"Je suis été à…"

Langue française

11 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous,

Pouvez-vous me dire si l'on trouve dans la littérature française la conjugaison je suis été (de l'occitan soi estat) comme dans la phrase "hier, je suis été à…" que l'on entend dans le Sud ? Je voudrais savoir si cette conjugaison assez courante peut être considérée correcte en français, comme c'est le cas des temps surcomposés ("quand il a eu fini"), eux aussi issus de la langue occitane.

Merci d'avance.
Ce ne peut pas être correct puisque être non transitif direct ne peut être mis à la voix passive.
J'ignorais que l'occitan revendiquait la paternité des temps surcomposés !
Bonjour,

J'habite en Languedoc mais je ne j'ai jamais entendu la formule "Je suis été…". Etrange chose… 😉
À propos de la même question, trouvé cette citation sur le forum du site Wordreference :
Le verbe être est parfois conjugué avec l'auxiliaire être aux temps composés (°Je suis été) en français classique et dans certaines variétés du français régional. Grevisse (§ 811, rem.).
Dommage que Grevisse ne précise pas la région, ni ne cite d'exemples littéraires…
OK. Que signifie le "français classique" ??? Ceci me fait penser à un topic sur les "grands classiques de la littérature française"…
Si, il y a des exemples (un peu) plus littéraires, mais dans quelles bouches… !
Le fr. pop. à Paris et en province, notamment dans les domaines franco-provençal et provençal, conjugue être, surtout dans le sens d'aller, avec l'auxiliaire être :

Non, je n'y suis pas été. Mais j'irai ! J'irai rien que pour leur dire, là-bas, que j'y suis été [dit une habilleuse du music-hall] (Colette, Envers du music-hall, Sel, P. 46)

- Jusqu'en Syrie et à Constantinomple, que je suis été.
- Que j'ai été, corrige clovis
(Queneau, Chiendent)
[…]
Etre était assez souvent conjugué avec lui-même au XVI[sup]e[/sup] s., parfois par imitation de l'italien :
Ce sont esté eux qu'à la guerre sont estez les premiers aux assautz
(Brantome).
Bonjour Anne,

Je ne retiens que Colette, qui écrit TB - AMHA, je prends mes précautions 😉-. Elle prend soin, effectivement, de mettre ce langage dans la bouche d'une théâtreuse, même pas d'ailleurs, d'une habilleuse de music-hall. Ceci dit, il faut savoir que Colette a fait des tournées dans le sud de la France, notamment dans la ville où je réside, et il est possible qu'elle y ait entendu cette phrase.
L'habilleuse de Colette est plus probablement parisienne et parle la langue populaire parisienne d'alors. Comme le note la citation du Bon Usage faite par Anne, "je suis été" était fréquent en langage populaire parisien, selon une étude d'Henri Bauche dont la première édition date quand même de près de 100 ans. Je ne suis pas sûr que ce langage parisien se parle vraiment encore et cette forme de conjugaison ne m'a pas frappé.Elle est d'ailleurs considérée comme un archaïsme (qu'on trouve quand même chez Simenon) par certains auteurs.

Il n'est pas sûr qu'à Paris cette forme de conjugaison ait reçu l'influence de l'occitan. D'une part, les Parisiens sont des grands garçons qui ont pu trouvé tout seuls cette forme verbale ! 😉 D'autre part et surtout, elle n'est pas l'apanage du Sud. Un auteur, par exemple, note qu'elle est fréquente dans le français parlé par les Flamands, par calque du néerlandais. Un autre la note en Lorraine.

Cela étant, les provinces méridionales avaient la réputation d'être plus enclines que les autres à ce genre de tournures, et on les mettait en garde, ici pour les Provençaux, là pour les Gascons!

J'ajoute que le Bon Usage cite aussi un usage assez obscur, moderne, en philosophie :
Aussi en langage philosophique : Ce n’être-pas n’est ni constaté, ni jugé, mais suivant la formule que nous employions l’autre jour, il est été [imprimé en italique] ( Sartre, Carnets de la drôle de guerre, p. 218). — C’est une influence de Heidegger : Le Dasein est authentiquement été ( trad. Martineau, commun. P. Fohr).
Comprenne qui pourra !
Je note que parmi les gasconismes paraît-il fautifs, l'auteur corrige "Allez chercher du pain" en "Allez quérir du pain"… Excès de zèle, non ?

Pour en revenir à notre verbe être… Logiquement, en langue écrite, le participe été doit s'accorder avec le sujet, comme tous les participes conjugués avec l'auxiliaire être.
Colette aurait donc dû écrire, faisant parler l'habilleuse : "Non, je n'y suis pas étée. Mais j'irai !"
Certes, Jehan et Lamaneur,

Mais enfin, perso, je n'accepterais jamais "Je suis été(e)" dans une copie.

Et vous ???

Songeons aux élèves, nom d'une pipe !!! 😉
En l'état actuel de la norme langagière, je suis bien d'accord !
Jehan a écrit :Je note que parmi les gasconismes paraît-il fautifs, l'auteur corrige "Allez chercher du pain" en "Allez quérir du pain"… Excès de zèle, non ?
Pour l'époque, quand "quérir" était encore en usage, on faisait -- théoriquement -- une distinction expliquée ainsi dans un dictionnaire de synonymes :
La différence entre l'un et l'autre a été très bien saisie par Condillac qui l'énonce en ces termes : « On va chercher une chose ou une personne quand on ne sait où elle est; on la va quérir quand on sait où la trouver. »Chercher garde ici comme partout son idée essentielle, qui est celle de démarches et d'efforts poux arriver à découvrir; au lieu que quérir ne rappelle aujourd'hui à nos esprits aucune idée semblable, quoiqu'il dérive du latin quaerere, qui veut dire chercher.
C'était peut-être plus de finesse qu'il n'en fallait !
Jehan a écrit :Pour en revenir à notre verbe être… Logiquement, en langue écrite, le participe été doit s'accorder avec le sujet, comme tous les participes conjugués avec l'auxiliaire être.
Colette aurait donc dû écrire, faisant parler l'habilleuse : "Non, je n'y suis pas étée. Mais j'irai !"
Bonne remarque mais on comprend son hésitation devant ce étée que nul n'a jamais vu écrit, en principe ! En fait, ces formules, au moins dans la langue populaire parisienne, n'étaient pas destinées à être écrites, mais sont simplement du ressort de la langue orale. Du reste, Bauche les transcrit en fait "ch'suiz été". Par ailleurs, prenons garde qu'il n'y a pas ici de conjugaison complète avec l'auxiliaire "être" car on disait "je suis été", mais bien "tu as été", "il a été" … On pourrait donc prétendre que "suis" remplace exceptionnellement "ai" sans bouleverser pour autant la syntaxe et "été" reste "été". Cela dit, tout le monde n'a pas ces scrupules, et on trouve sur la Toile des cas d'accord "je suis étée". Il y en a même un dans une lettre écrite sous la Révolution, mais l'orthographe générale ne permet pas de tirer des conclusions particulières : "Ayans perdue mon Etat de peruquier je suis étée forcé dantrée au comité de surveillance de ma section pour pouvoir supsister jai geré lespasse de huitte mois et je me suis conduy comme un Galan homme … Par le décret du 22 prérealle je suis étée nommée jurée du tribunalle révolutionnaire […]".