Le plus classique ?
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En fait je me demandais qui pouvait être le plus classique entre Flaubert et Balzac en rangeant ma bibliothèque. J'ai vu sur internet que Flaubert était un "prosateur de premier plan de la moitié du XIXe siècle" et du coup je me disais qu'il devait quand même être plus classique que Balzac qui est moins bon prosateur que lui et qui a un style parfois vraiment lourd. Mais, en même temps, Balzac il a écrit la Comédie Humaine, ce qui est très classique dans le style et qui rend parfois Flaubert un peu moins classique en comparaison… Ce problème est vraiment embêtant parce qu'il m'empêche de savoir qui est le plus classique des deux ?
Je me disais que ça pourrait être intéressant de voir ce qui peut objectivement nous faire dire de Flaubert ou de Balzac, ou des autres (Zola, Hugo et Molière), qu'ils sont les plus classique. Ainsi on pourra faire une liste des livres les plus classiques de la littérature française et ça permettra de donner l'essentiel de ce qu'il faut lire pour connaître la littérature (ça pourra être intéressant pour ceux qui veulent comprendre vite l'écriture à travers les siècles en français).
Par exemple, je dirais que Molière est moins classique que Flaubert parce qu'il est trop drôle pour être classique ; il fait rire, certes, en dénouant subtilement les sentiments universels des hommes, mais il perd en classique dans le rire du lecteur. Il me semble que le classique implique le respect et je vois bien que rire c'est un peu se "moquer" du livre. Flaubert, on ne rit pas. Flaubert à la subtilité (très classique) de nous faire juste sourire (soit un rictus, soit un petit sourire intrigué). Parfois on dit que Flaubert est ennuyeux : mais c'est parce que je crois qu'en fait il est très classique (peut-être le plus classique ?) et que c'est ce qui implique qu'il faut une grande connaissance de la littérature pour pouvoir percer à jour sa langue, son style et sa profondeur (classique). D'un autre côté, Balzac est au moins aussi "ennuyeux" (du premier abord du profane de la littérature, évidemment) que Flaubert et à réussi à mettre l'analyse réaliste de la psychologie des personnages à un niveau très haut. L'universalité des caractères moliériens est joint à une incroyable faculté à décrire le réel. Donc, Balzac tend vraiment vers le plus classique des livres de la littérature française (ça serait l'Auteur à Connaître). Pour Zola et Hugo, je ne sais pas trop : le premier parle trop des pauvres pour pouvoir être totalement classique (on peut difficile dire qu'il décrit l'universalité des psychologies de l'homme, vu qu'il décrit surtout l'état mental des ouvriers dans les mines) ; le deuxième est très classique dans l'approche, mais un peu gentillet dans l'analyse théorique et langagière du monde.
Bref ! Voilà un intéressant débat ! Comment savoir qui est le plus classique des auteurs de la littérature française ? Le plus littéraire des littérateurs ?
PS : Si vous avez d'autre nom d'auteurs classiques à proposer : n'hésitez pas !
Si j'ai bien compris, le problème central est la définition du "classique".
J'aurais plutôt tendance à penser qu'un auteur n'est pas classique parce que son œuvre est classique mais parce qu'elle est vue comme classique, parce qu'on en parle d'elle comme étant classique, parce qu'elle est couramment étudiée dans les milieux scolaires ou universitaires, etc.
Selon ce point de vue le classique ne résiderait pas tant dans l’œuvre elle-même que dans la manière dont elle est reçue, et il faudrait dire que les auteurs sont plus ou moins classiques en fonction des époques, des lieux et des milieux, bref, des personnes qui jugent leurs œuvres.
Trouves-tu cette manière de considérer les choses intéressante ?
Tu veux donc dire que le classique n'est pas universellement classique ?
Oui, ça voudrait dire que le classique est relatif, voire qu'il n'est pas objectif.
Mais ce n'est évidemment qu'une manière de voir les choses.
Un point de vue plus nuancé pourrait consister à considérer qu'un auteur devient de plus en plus classique à mesure que son influence sur les auteurs qui le suivent s'accroît.
Dans ce cadre le classique reste externe à l'auteur mais il devient objectif.
Mais si on s'attache à un classique intrinsèque (à l'auteur ou à l’œuvre), il faut de toute manière supposer un regard-type, un référentiel, parce que le classique dépend de toute manière de la personne qui considère l'auteur, ne serait-ce que pour une raison de nationalité, une raison culturelle ; par exemple, Flaubert et Balzac sont certainement beaucoup moins classiques que Kerouac ou que Joyce pour un anglophone, le Râmâyana est certainement très classique pour les Indiens mais très exotique pour nous.
Que l'on souhaite réfléchir à un classique intrinsèque ou non, je ne crois pas qu'il soit possible de contourner la question de celui qui regarde l'auteur ou l’œuvre. Pour essayer de rendre ce regard objectif on peut par exemple considérer la "classicité" d'un auteur par rapport à la littérature de son époque et de son pays.
Pour le classique intrinsèque, il faudrait distinguer des catégories de critères : est-on classique parce qu'on traite d'un sujet classique ? parce qu'on le traite d'une manière classique ?
😂
On pourrait faire une distinction entre le classique subjectif et le classique intrinsèque. Le classique subjectif ferait référence au livre qui, tout en ne répondant pas aux impératifs catégoriques du classique en soi, aurait pour un lecteur une importance donnée telle qu'il pourrait être dit pour lui "classique". Le classique intrinsèque serait le stade supérieur du classique (ou l'on pourrait mettre Flaubert et Balzac) où la catégorisation de classique dépasse les appréciations individuelles et relève d'une correspondance universelle dans l'écriture du livre…
Ce qui est intéressant c'est peut-être de voir les croisements dans la classicité des auteurs entre la classicité subjective et objective. Ainsi, Flaubert pour n'est pour moi pas subjectivement classique (alors que Michel Houellebecq est très classique subjectivement pour moi de mon point de vu) mais est classique objectivement parlant (si on revient sur ce que j'ai écris plus haut). Du coup, Flaubert est peut-être moins classique qu'un Molière qui est effectivement moins classique objectivement que lui (tout en l'étant quand même), mais plus classique subjectivement pour moi. Je ne sais pas si je très clair. Du coup, on pourrait faire une échelle classique de la littérature (par pays ou région) grâce au croisement des appréciations objectives et subjectives…
Cela fait belle lurette que les anglo-saxons font des listes de classiques ou parlent de western canon (voir wikipedia). On peut discuter de listes, de critères de listes etc mais chercher l'écrivain qui serait le meilleur classique c'est carrément mission impossible.
définition du classique par Sainte-Beuve :
« Un vrai classique, […] c’est un auteur qui a enrichi l’esprit humain, qui en a réellement augmenté le trésor, qui lui a fait faire un pas de plus […] ; qui a rendu sa pensée, son observation ou son invention, sous une forme n’importe laquelle, mais large et grande, fine et sensée, saine et belle en soi ; qui a parlé à tous dans un style à lui et qui se trouve aussi celui de tout le monde, dans un style nouveau sans néologisme, nouveau et antique, aisément contemporain de tous les âges. »
mais chercher l'écrivain qui serait le meilleur classique c'est carrément mission impossible.
Je n'espère pas ! Comment on va faire sinon…
Je ne cherche pas à définir le meilleur classique pour toujours, mais au moins pour maintenant. Je pense que c'est possible, si l'on fait de grand effort d'objectivité !
Bha alors c'est Homère, le plus classique (ou alors n'ai-je pas compris la définition…).
Je trouve la proposition de Leihe tout à fait intéressante. Mais je me demande si, finalement, les classiques ne sont pas les auteurs que l'on étudie en classe pour les raisons énumérées plus haut.
Ce qui, j'en conviens, est fort réducteur.
Baudelaire, par exemple, est devenu un classique. Mais quelqu'un sait-il à partir de quand il fut étudié dans les lycées ?
Classique un jour, mais pas classique toujours. Dans ma jeunesse, nous lisions et étudions Gide par exemple (Les Nourritures terrestres notamment qui paraissaient alors le comble du modernisme), Sartre ou Beauvoir… Ils ne sont plus guère étudiés.
Est classique ce qui résiste au passage du temps. Ce qui parle à l'homme parce que toujours vrai.
La Bible est l'ouvrage le plus lu au monde. Non pas parce que l'on y parle d'un Dieu (hypothétique, n'est-ce pas ?) mais parce que, au-delà du conte bleu, l'ouvrage témoigne des problèmes essentiels auxquels l'homme est confronté, qu'il soit croyant ou non.
Il me semble qu'après la Bible, c'est Dumas qui est le plus vendu. On ne l'étudie guère en classe pourtant, ce qui invalide le début de ma réponse mais pas la suite.
Harry Potter est devenu un classique… Les Aventures de Tintin aussi…
Bref, mille questions se pressent dans ma tête. Merci à toi Leihe d'avoir ouvert cette discussion.
Bref, mille questions se pressent dans ma tête. Merci à toi Leihe d'avoir ouvert cette discussion.
Il faut croire que ce sont les plus mauvaises blagues qui font les meilleurs discussions (au sens les plus agitées) sur ce forum. C'est intéressant…
PS : On pourrait faire un jeu comme "Le plus classique que j'ai en tête". On aura un "classique" dans la tête et les autres devraient proposer des noms jusqu'à ce qu'on tombe juste. On verrait comme ça les noms qui reviennent le plus souvent et ça serait bon : on aurait une liste. On pourrait même reprendre le système d'archivage très ingénieux mis en place par Délia pour calculer les points… Franchement, il vaut le coup ce forum sur la littérature ! On amorce un vrai travail de fond là !
PSS : Je vais quand même un peu développer pour pas que les gens prennent ça pour du simple troll (ça ne l'étais vraiment pas). J'ai fait un sujet crétin sur le thème des classiques, simplement parce qu'il me semblait que sur ce forum la question du "classique" semblait être la plus importante pour les intervenants (du moins la seule qui pouvait motiver des réponses, ça et les gens "littéraire"). Je fais un truc tellement idiot et une question de base tellement absurde que je n'envisageais même pas qu'il puisse y avoir là dessus des réponses sérieuses. J'ai été pris à mon propre piège en quelque sorte et complétement ahuris de voir que le sujet était pour les gens qui y intervenaient intéressant…
Donc là je me pose une autre question : qu'est-ce que c'est que ce forum dit "littéraire" où la question la plus centrale et la plus vivace est celle de savoir ce qu'est un classique, comment faire une liste de classique, un classement, etc. ? Est-ce que je suis le seul ici à trouver complétement délirant que sur un forum où des gens normalement passionné par la littérature, sont heureux de réfléchir sur comment "classer" les oeuvres écrites dans le passé…
Je veux dire : il n'y avait même pas vraiment de réflexion sur la portée mythique, symbolique, etc. du classique. Seulement du relativisme sociologique un peu plat et un problème vraiment grave de savoir comment être "objectif". Mais… est-ce qu'on doit apprendre à classer des oeuvres écrites, ou est-ce qu'on doit essayer d'abord de les lire ? C'est un peu la question que je me pose là… C'est totalement hallucinant. C'est comme si en philosophie je passais mon temps à déterminer qui a le plus d'autorité dans l'histoire de la philosophie entre Platon et Kant, plutôt que de chercher à comprendre ce qu'ils voulaient dire, ce qu'on peut lire d'eux, et prendre les problèmes qu'ils posaient à mon compte. Comme si je voulais savoir qui de Dali ou de Rembrandt est à mettre au-dessus.
Enfin bon…
Perso, je me pose des questions sur tout, particulièrement sur le sens des mots (pas en tant que prof, en tant qu'être pensant, si je puis me permettre…). Dans tous les bouquins scolaires, tu lis le terme "classique". Je trouve que ça vaut le coup de réfléchir sur ce que les auteurs desdits bouquins entendent pas là.
Et, effectivement, ta "mauvaise blague" n'en est pas une pour moi. 😉
Le fait que le seul débat possible sur ce forum en littérature semble être sur la question du statut "classique". Je trouve juste désespérant le fait qu'il soit impossible d'avoir un débat animé sur un autre thème et que, finalement, ce qui concerne les livres eux-même, leur contenu, passe systématiquement à la trappe pour des considérations un peu fade (et sans intérêt) sur leur statut dans l'échelle des productions littéraires.
Mais bon : "lol" !