quel est le sens attribué au mot "gésine" par jean paul sartre dans la phrase: "j’étais en gésine, j'accoucherais d'un mot d'enfant…"
Sens de "gésine"
17 réponses
En gésine : en gestation, en train de grandir, de se former…
Anne345 a écrit :En gésine : en gestation, en train de grandir, de se former…Pas tout à fait. L'enfant à naître est en gestation, mais c'est sa mère qui est en gésine.
En gésine veut dire en couches, sur le point ou en train d'accoucher.
Sartre dit qu'il va accoucher d'un mot.
J'ai recopié "En gésine : en gestation" du sujet de bac 2011 ! Ce qui correspond au dictionnaire…
Eh bien c'est une erreur ou une approximation abusive de l'auteur du sujet du bac. Quel dictionnaire, par curiosité ? Aucun de ceux que je vois ne commet une semblable erreur.
Edit : la glose du sujet du bac se contente de dire "en gestation", ce qui n'est pas faux, même si c'est un sens un peu moins courant aujourd'hui de l'expression. L'erreur, c'était d'ajouter "en train de grandir, de se former", ce qui détourne l'expression "en gésine" de son sens.
Edit : la glose du sujet du bac se contente de dire "en gestation", ce qui n'est pas faux, même si c'est un sens un peu moins courant aujourd'hui de l'expression. L'erreur, c'était d'ajouter "en train de grandir, de se former", ce qui détourne l'expression "en gésine" de son sens.
GÉSINE, subst. fém.(Tlfi)
Vieilli
A. État d'une femme en mal d'enfantement. Synon. accouchement. Être en gésine.
[…]
B. P. métaph. et au fig. Action de créer.
GESTATION, subst. fém.
A. Activité physiologique ou état d'une femelle vivipare à partir du moment où elle est enceinte jusqu'à l'accouchement.
[…]
B. Au fig. Travail d'élaboration précédant l'apparition (d'une œuvre, d'une idée, d'une chose nouvelle, etc.).
On trouve le mot chez Baudelaire :
« C'était l'heure où parmi le froid et la lésine
S'aggravent les douleurs des femmes en gésine ; »
(Charles Baudelaire, Le crépuscule du matin)
« C'était l'heure où parmi le froid et la lésine
S'aggravent les douleurs des femmes en gésine ; »
(Charles Baudelaire, Le crépuscule du matin)
Il faut tenir compte du contexte. En écrivant : "en gestation, en train de grandir, de se former", on s'intéresse à ce qui est en développement (l'être ou le projet) et non à ce qui le porte (la mère ou l'auteur).
On peut, avec l'Académie, parler d'une théorie en gestation, mais pas d'une théorie en gésine.*
Quand Sartre écrit : "j’étais en gésine, j'accoucherais d'un mot d'enfant…", vous ne pouvez pas substituer "j’étais en en train de grandir, j'étais en train de me former".
Mais j'ai l'impression d'enfoncer des portes ouvertes et ne peux croire que vous ne sentiez pas la différence qu'il y a entre ces expressions.
*Du moins en principe, mais on en trouve naturellement sur la Toile de rares exemples (projet en gésine, théorie en gésine), généralement associés à un certain verbiage psychologique, qui témoignent de la confusion de leurs auteurs sur le sens des mots, et de la tendance à employer des mots plus rares pour faire bien, fût-ce au prix d'un grand flou sémantique. Naturellement, si la mode se répand suffisamment, eh bien nous aurons assisté à la naissance d'une nouvelle acception, une acception pour l'instant en … gestation dans l'attente de la délivrance de la langue en gésine.
On peut, avec l'Académie, parler d'une théorie en gestation, mais pas d'une théorie en gésine.*
Quand Sartre écrit : "j’étais en gésine, j'accoucherais d'un mot d'enfant…", vous ne pouvez pas substituer "j’étais en en train de grandir, j'étais en train de me former".
Mais j'ai l'impression d'enfoncer des portes ouvertes et ne peux croire que vous ne sentiez pas la différence qu'il y a entre ces expressions.
*Du moins en principe, mais on en trouve naturellement sur la Toile de rares exemples (projet en gésine, théorie en gésine), généralement associés à un certain verbiage psychologique, qui témoignent de la confusion de leurs auteurs sur le sens des mots, et de la tendance à employer des mots plus rares pour faire bien, fût-ce au prix d'un grand flou sémantique. Naturellement, si la mode se répand suffisamment, eh bien nous aurons assisté à la naissance d'une nouvelle acception, une acception pour l'instant en … gestation dans l'attente de la délivrance de la langue en gésine.
Ce serait bien de donner la référence exacte du texte de Jean-Paul Sartre, dans ce cas particulier, de quelque auteur que ce soit, de manière générale, ainsi que le nom de l'œuvre (dont est extrait le texte) et de l'éditeur.
lamaneur a écrit : Quand Sartre écrit : "j’étais en gésine, j'accoucherais d'un mot d'enfant…", vous ne pouvez pas substituer "j’étais en en train de grandir, j'étais en train de me former".Si, c'est tout à fait ce que je comprends. Quand on interroge Sartre sur ses lectures, il ne peut répondre qu'un mot d'enfant.
En l'occurrence, c'est assez simple, car la phrase citée est emblématique. Il s'agit à l'évidence du roman le plus facile à lire de Sartre, Les Mots.
Roman !
Nulle critique ne saurait être plus féroce…
Nulle critique ne saurait être plus féroce…
Delia a écrit :Roman !Pas du tout. C'est une autographie qui se lit … comme un roman. C'est un compliment sous ma plume !
Nulle critique ne saurait être plus féroce…
Anne345 a écrit :Aïe ! Nos divergences sont plus profondes que je croyais ! 😉lamaneur a écrit : Quand Sartre écrit : "j’étais en gésine, j'accoucherais d'un mot d'enfant…", vous ne pouvez pas substituer "j’étais en en train de grandir, j'étais en train de me former".Si, c'est tout à fait ce que je comprends. Quand on interroge Sartre sur ses lectures, il ne peut répondre qu'un mot d'enfant.
Je suis persuadé que Sartre utilise l'expression "en gésine" au sens propre : il va accoucher, ce que la suite de la phrase confirme, d'un mot d'enfant en l'occurrence. Même utilisation à la même époque chez Senghor définissant le poète, notamment noir :
L'aventure des poètes de l'Anthologie n'a pas été une entreprise littéraire, pas même un divertissement ; ce fut une passion. Car le poète est comme la femme en gésine : il lui faut enfanter. Le Nègre singulièrement, qui est d'un monde où la parole se fait spontanément rythme dès que l'homme est ému, rendu à lui même, à son authenticité. Oui, la parole se fait poème.
D'accord avec Lamaneur. Il semble bien que "en gésine" ne signifie pas ici que Sartre est en formation lui-même, mais qu'il va créer, enfanter, "pondre" quelque chose… En l'occurrence accoucher d'un mot. Et d'un mot d'enfant, puisqu'il est encore un enfant.
Voit TLf :
Voit TLf :
B. − P. métaph. et au fig. Action de créer. (…)
− En gésine. La continuelle compagnie d'artistes (…) toujours en gésine de locutions inouïes et non encore essayées (Lemaitre).Avec son visage ouvert d'homme d'action (…) son haut cerveau toujours en gésine, il n'avait jusque-là embrassé que le vide (Zola).
voilà l'extrait des mots de jean paul sartre:
A peine avais-je poussé la porte de la bibliothèque, je me retrouvais dans le ventre d’un vieillard inerte : le grand bureau, le sous-main, les taches d’encre, rouges et noires sur le buvard rose, le pot de colle, l’odeur croupie du tabac, et, en hiver le rougeoiement de la salamandre, les claquements du mica, c’était grand-père Karl en personne, réifié : Il n’en fallait pas plus pour me mettre en état de grâce, je courais aux livres !…. Le soir on m’interrogerait : « Qu’as-tu compris ? », je le savais, j’étais en gésine, j’accoucherais d’un mot d’enfant ; fuir les grandes personnes dans la lecture, c’était le meilleurs moyens de communiquer avec elles : « Absentes, leur regard futur entrait en moi par l’occiput, ressortait par les prunelles, fléchait au ras du sol ces phrases cent fois lues que je lisais pour la première fois ».ce que j'ai compris c'est qu'il était entrain d' inventer/créer un mot mais qu'il avait des difficultés à le faire
Etymologiquement, le mot gésine, de la famille de gésir, signifie "position couchée [de la femme qui va enfanter]" (d'où le mot "couches"). C'est ce sens qui me paraît expliquer le plus simplement ce que semble vouloir dire l'auteur…
Je plussoie.
Ce qui n'a pas empêché le fabricant du sujet de ne pas comprendre, et d'accoucher d'une note erronée, de nature à égarer les candidats.
Ces perles de sujet, récurrentes, ne sont pas sans m'inquiéter, d'autant plus que pour une erreur dans un problème de mathématiques, la France entière se soulève, mais qu'on laisse passer d'énormes bourdes dans les sujets littéraires.
je le savais, j’étais en gésine, j’accoucherais d’un mot d’enfant…La superposition du nom et du verbe est claire.
Ce qui n'a pas empêché le fabricant du sujet de ne pas comprendre, et d'accoucher d'une note erronée, de nature à égarer les candidats.
Ces perles de sujet, récurrentes, ne sont pas sans m'inquiéter, d'autant plus que pour une erreur dans un problème de mathématiques, la France entière se soulève, mais qu'on laisse passer d'énormes bourdes dans les sujets littéraires.



