Les grands auteurs commettent parfois des bévues.
Le jeune Chateaubriand n'y a pas échappé.
Qui saura trouver un pléonasme dans cet extrait du "Voyage en Amérique" ?
Le jeune Chateaubriand n'y a pas échappé.
Qui saura trouver un pléonasme dans cet extrait du "Voyage en Amérique" ?
On leva l'ancre pour gagner la rade, et ensuite le port de Baltimore. Le trajet fut lent ; le vent manquait. En approchant de Baltimore, les eaux se rétrécirent : elles étaient d'un calme parfait ; nous avions l'air de remonter un fleuve bordé de longues avenues : Baltimore s'offrit à nous comme au fond d'un lac. En face de la ville s'élevait une colline ombragée d'arbres, au pied de laquelle on commençait à bâtir quelques maisons. Nous amarrâmes au quai du port. Je couchai à bord et ne descendis à terre que le lendemain. J'allai loger à l'auberge, où l'on porta mes bagages. Les séminaristes se retirèrent avec leur supérieur à l'établissement préparé pour eux, d'où ils se sont dispersés en Amérique.
Baltimore, comme toutes les autres métropoles des Etats-Unis, n'avait pas l'étendue qu'elle a aujourd'hui : c'était une jolie ville fort propre et fort animée. Je payai mon passage au capitaine, et lui donnai un dîner d'adieu dans une très bonne taverne auprès du port. J'arrêtai ma place au stage, qui faisait trois fois la semaine le voyage de Philadelphie. A quatre heures du matin je montai dans ce stage, et me voilà roulant sur les grands chemins du Nouveau Monde, où je ne connaissais personne, où je n'étais connu de qui que ce soit : mes compagnons de voyage ne m'avaient jamais vu, et je ne devais jamais les revoir après notre arrivée à la capitale de la Pensylvanie.
La route que nous parcourûmes était plutôt tracée que faite. Le pays était assez nu et assez plat : peu d'oiseaux, peu d'arbres, quelques maisons éparses, point de villages, voilà ce que présentait la campagne et ce qui me frappa désagréablement.
En approchant de Philadelphie nous rencontrâmes des paysans allant au marché, des voitures publiques et d'autres voitures fort élégantes. Philadelphie me parut une belle ville : les rues larges ; quelques-unes, plantées d'arbres, se coupent à angle droit dans un ordre régulier du nord au sud et de l'est à l'ouest. La Delaware coule parallèlement à la rue qui suit son bord occidental : c'est une rivière qui serait considérable en Europe, mais dont on ne parle pas en Amérique.
Ses rives sont basses et peu pittoresques.
Philadelphie à l'époque de mon voyage (1791) ne s'étendait point encore jusqu'au Schuylkill ; seulement le terrain en avançant vers cet affluent était divisé par lots, sur lesquels on construisait quelques maisons isolées.
L'aspect de Philadelphie est froid et monotone. En général, ce qui manque aux cités des Etats-Unis, ce sont les monuments et surtout les vieux monuments. Le protestantisme, qui ne sacrifie point à l'imagination, et qui est lui-même nouveau, n'a point élevé ces tours et ces dômes dont l'antique religion catholique a couronné l'Europe. Presque rien à Philadelphie, à New-York, à Boston, ne s'élève au-dessus de la masse des murs et des toits. L'oeil est attristé de ce niveau.



