Italo Calvino, Un général dans la bibliothèque

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour 🙂 , je passe mon oral de français le 28/06 et mon prof ne nous a donné aucun plan ni aucune problématique possible en ce qui concerne un texte qui est un apologue d'italo calvino "un général dans la bibliothèque". Si quelqu'un a déjà étudié ce texte en cours pourrait me donner des axes possibles silvouplait car j'ai essayé d'en trouver toute seule et j'ai cherché sur le net mais je n'ai rien trouvé .

Merci 🙂


Texte :

En Pandurie, une nation illustre, un soupçon
s'insinua un jour dans les esprits des hauts
officiers : les livres pouvaient contenir des
opinions contraires au prestige militaire. En
effet, à la suite de procès et d’enquêtes, il était
apparu qu'une grande quantité de livres,
modernes et anciens, panduriens et étrangers,
partageait cette habitude désormais si
répandue de considérer les généraux comme
des personnes qui peuvent 10 elles aussi se
tromper et causer des désastres, et les guerres
comme quelque chose de différent, parfois, des
chevauchées radieuses vers des destins
glorieux.
L'état-major de Pandurie se réunit pour faire le
point sur la situation. Mais ils ne savaient par
où commencer parce que, en matière de
bibliographie, aucun d'eux n'était très ferré. On
nomma une commission d’enquête, sous les
20 ordres du général Fedina, officier scrupuleux et
sévère. La commission examinerait tous les
livres de la plus grande bibliothèque de
Pandurie.
Cette bibliothèque se trouvait dans un ancien
palais plein d'escaliers et de colonnes, décrépi
et croulant par endroits. Dans ses salles
froides, pleines à craquer, partiellement
impraticables, s'entassaient les livres ; seuls les
rats avaient la possibilité d'explorer l'ensemble
30 des recoins. Le budget de l'État pandurien,
grevé par des dépenses militaires
considérables, ne pouvait fournir aucune aide.
Les militaires prirent possession de la
bibliothèque par un matin pluvieux de
novembre. Le général descendit de cheval,
courtaud et trapu, bombant le torse, sa grosse
nuque tondue ras, les sourcils froncés audessus
de son pince-nez ; quatre échalas, des
lieutenants, descendirent de voiture, menton
40 haut dressé et paupières baissées, chacun avec
sa serviette à la main. Puis arriva une équipe
de soldats qui campèrent dans l'ancienne cour,
avec leurs mulets, des bottes de foin, des
tentes, des cuisines, des radios de campagne et
des drapeaux de signalisation.
Des sentinelles furent placées aux portes, ainsi
qu'une pancarte qui interdisait l'entrée, «à
cause des grandes manoeuvres, pour toute la
durée de celles-ci». C'était un expédient, pour
50 que l'on pût mener l'enquête en grand secret.
Les chercheurs qui avaient l'habitude de se
rendre à la bibliothèque tous les matins,
emmitouflés dans leurs manteaux, avec des
écharpes et des passe-montagnes pour ne pas
se geler, durent faire marche arrière. Ils se
demandaient, perplexes :
«Comment ça, les grandes manoeuvres dans la
bibliothèque ? Ne vont-ils pas mettre du
désordre ? Et la cavalerie ? Vont-ils faire aussi
60 du tir ? »
Parmi le personnel de la bibliothèque il ne resta
qu'un petit vieux, M. Crispino, conservé pour
expliquer aux officiers l'emplacement des
volumes. C'était un petit bonhomme, avec un
crâne chauve en forme d'oeuf et des yeux
comme des têtes d'épingle derrière ses
lunettes.
Le général Fedina s'occupa tout d'abord de
l'organisation logistique, les ordres étant que la
70 commission ne sortît pas de la bibliothèque
avant d'avoir achevé l'enquête ; c'était un
travail qui demandait de la concentration et ils
ne devaient pas être distraits. Aussi se
procurèrent-ils des stocks de vivres, quelques
poêles de caserne, une provision de bois à
laquelle s’ajoutèrent des recueils de vieilles
revues, estimées peu intéressantes. Il n'avait
jamais fait aussi chaud dans la bibliothèque, en
cette saison. Dans des endroits sûrs, entourés
80 de souricières, on plaça les lits de camp où
dormiraient le général et ses officiers.
Puis on procéda au partage des tâches. A
chacun des lieutenants furent assignées des
branches déterminées du savoir, des siècles
déterminés d'histoire. Le général contrôlerait le
tri des volumes et apposerait divers tampons
selon que le livre serait déclaré lisible par les
officiers, les sous-officiers, la troupe, ou bien
devrait être dénoncé auprès du tribunal
90 militaire.
Et la commission commença son travail.
Chaque soir la radio de campagne transmettait
le rapport du général Fedina au
commandement supérieur. « Examiné tel
nombre de volumes. Retenu tant comme
suspects. Déclaré tant comme lisibles pour
officiers et troupe.» Ces chiffres sévères étaient
rarement accompagnés de quelque
communication extraordinaire : la requête
100 d'une paire de lunettes pour un lieutenant
presbyte qui avait cassé les siennes, la nouvelle
qu'un mulet, laissé sans surveillance, avait
mangé un codex rare de Cicéron.
Mais des événements d'une portée bien plus
grande, dont la radio de camp ne transmettait
aucune nouvelle, étaient en train de mûrir. La
forêt des livres, au lieu de s'éclaircir, semblait
devenir de plus en plus enchevêtrée et
insidieuse. Les officiers se seraient perdus,
110 n'eût été l'aide fournie par M. Crispino.
Le lieutenant Abrogati, par exemple, se levait
brusquement et jetait sur la table le volume
qu'il était en train de lire : « Mais c'est inouï !
Un livre sur les guerres puniques qui parle bien
des Carthaginois et qui critique les Romains ! Il
faut le dénoncer tout de suite ! » (Il faut dire
que les Panduriens, à tort ou à raison, se
considéraient comme les descendants des
Romains.) De son pas silencieux dans ses
120 pantoufles de feutre, le vieux bibliothécaire
s'approchait de lui. « Et ce n'est encore rien,
disait-il, lisez là, toujours à propos des
Romains, ce qui est écrit ; vous pourrez
verbaliser celui-ci, et celui-ci, et celui-là. » Et il
lui soumettait une pile de volumes. Le
lieutenant commençait à les feuilleter
nerveusement, il lisait, de plus en plus
intéressé, prenait des notes. Et il se grattait la
tête en marmonnant : « Parbleu ! On en
130 apprend tous les jours ! Mais qui l'eût cru ! » M.
Crispino s'approchait du lieutenant Lucchetti,
qui refermait furieusement un tome en disant :
« C'est du beau ! Ils ont ici le culot d'exprimer
des doutes sur la pureté des idéaux des
croisades ! Oui, messieurs, des croisades ! » Et M. Crispino, tout souriant : « Ah, si vous devez
dresser un procès-verbal sur cet argument, je
peux vous suggérer quelques autres livres où
vous trouverez plus de détails. » Et il ramenait
la moitié d'un rayonnage. 140 Le lieutenant
Lucchetti fonçait tête baissée, et pendant une
semaine on l'entendait feuilleter et murmurer :
« Ces croisades alors ! C'est du beau ! »
Sur le communiqué que la commission
établissait tous les soirs, le nombre des livres
examinés était de plus en plus élevé, mais on
ne reportait plus aucune donnée sur les
verdicts positifs ou négatifs. Les tampons du
général Fedina demeuraient inactifs. Si,
150 cherchant à contrôler le travail des lieutenants,
il demandait à l'un d'eux : « Comment se fait-il
que tu aies laissé passer ce roman ? La troupe
y est mieux mise en valeur que les officiers !
C'est un auteur qui ne respecte pas l'ordre
hiérarchique ! », le lieutenant lui répondait en
citant d'autres auteurs et en s'embarquant
dans des raisonnements historiques,
philosophiques et économiques. Il en naissait
des discussions d'ordre général, qui se
160 poursuivaient pendant des heures et des
heures. M. Crispino, silencieux dans ses
pantoufles, presque invisible dans sa blouse
grise, intervenait toujours au moment
opportun, apportant un livre qui, à son avis,
contenait des détails intéressants sur la
question, et qui avait toujours pour effet de
mettre à l'épreuve les convictions du général
Fedina.
Pendant ce temps, les soldats n'avaient pas
170 grand-chose à faire et s'ennuyaient. L'un d'eux,
Barabasso, le plus instruit, demanda aux
officiers un livre à lire. Sur le moment, ils
voulurent lui donner l'un des très rares livres
qui avaient été déclarés lisibles par la troupe ;
mais en songeant aux milliers de volumes qu'il
restait à examiner encore, le général refusa
que les heures de lecture du soldat Barabasso
soient perdues pour le service ; et il lui donna
un autre livre à examiner, un roman qui
180 semblait facile, sur les conseils de M. Crispino ;
après avoir lu le livre, Barabasso devait en
référer auprès du général. D'autres soldats
aussi demandèrent et obtinrent de faire la
même chose. Le soldat Tommasone lisait à
haute voix à l'un de ses camarades,
analphabète, et celui-ci donnait son avis. Les
soldats, eux aussi, commencèrent à prendre
part aux discussions générales.
Sur la poursuite des travaux de la commission,
190 on ne connaît pas beaucoup de détails : ce qui
eut lieu dans la bibliothèque pendant les
longues semaines d'hiver n'a pas été relaté. Le
fait est que les rapports radiophoniques du
général Fedina arrivèrent de plus en plus
rarement à l'état-major de Pandurie, jusqu'à ce
qu'ils cessent tout à fait. Le commandement
suprême commença à s'alarmer ; il transmit
l'ordre de conclure l'enquête au plus vite et de
présenter un rapport exhaustif.
200 Cet ordre parvint à la bibliothèque alors que
l'esprit de Fedina et de ses hommes était en
proie à des sentiments opposés : d'une part, ils
découvraient à chaque instant de nouvelles
curiosités à satisfaire et prenaient goût à ces
lectures et à ces études comme jamais
auparavant ils ne l’auraient imaginé ; d'autre
part, ils se demandaient quand ils reviendraient
parmi les gens et reprendraient contact avec la
vie, qui leur apparaissait à présent d'autant
210 plus complexe, presque renouvelée à leurs
yeux ; et d'autre part encore, l'approche du
jour où ils quitteraient la bibliothèque leur
donnait beaucoup d'appréhension, parce qu'il
fallait qu'ils rendent compte de leur mission, et,
avec toutes les idées qui se mettaient à jaillir
dans leurs têtes, ils ne savaient plus comment
s'en sortir.
Le soir, ils regardaient à travers les vitres des
fenêtres les premiers bourgeons sur les
220 branches éclairées par le soleil couchant, et les
lumières de la ville qui s'allumaient, tandis que
l'un d'eux lisait à haute voix les vers d'un
poète. Le général Fedina n'était pas avec eux :
il avait donné l'ordre qu'on le laissât seul à son
bureau, parce qu'il devait rédiger le rapport
final. Mais de temps en temps on entendait
résonner la sonnette et sa voix qui appelait : «
Crispino ! Crispino ! » Il n'arrivait pas à avancer
sans l'aide du vieux bibliothécaire, et ils finirent
230 par s'asseoir à la même table et par rédiger
ensemble le rapport.
Un beau matin, enfin, la commission sortit de la
bibliothèque et alla au rapport auprès du
commandement suprême ; et le général Fedina
exposa les résultats de l'enquête devant l'étatmajor
réuni. Son discours était une sorte
d'abrégé de l'histoire de l'humanité des origines
à nos jours, dans lequel toutes les idées les
moins discutables pour les bien-pensants de
240 Pandurie étaient critiquées, les classes
dirigeantes dénoncées comme responsables des
malheurs de la patrie, le peuple exalté en tant
que victime héroïque de guerres et de
politiques erronées. C'était un exposé un peu
confus, avec des affirmations souvent
simplistes et contradictoires, comme cela arrive
à ceux qui ont embrassé depuis peu de
nouvelles idées. Mais on ne pouvait nourrir de
doutes sur la signification d'ensemble.
250 L'assemblée des généraux de Pandurie resta
abasourdie, écarquilla les yeux, retrouva sa
voix, cria. Le général n'eut même pas la
possibilité de terminer. On parla de
dégradation, de procès. Puis, par crainte de
scandales plus graves, le général et les quatre
lieutenants furent mis à la retraite pour raisons
de santé, à cause d'«une dépression nerveuse
grave contractée pendant le service ». Habillés
en civil, on les vit entrer souvent, emmitouflés
260 dans des manteaux matelassés pour ne pas se
geler, dans la vieille bibliothèque, où les
attendait M. Crispino avec ses livres.
Un Général dans la bibliothèque*, Italo
CALVINO
* Titre du manuscrit paru dans l’Unità du 30
octobre 1953 sous le titre « Il generale in
biblioteca ».
Salut,


Je n'ai pas étudié ce texte mais pour les apologues, il y a un plan type que j'utilise souvent :

I. Un récit plaisant

II. La portée morale

En effet, les apologues s'appuient sur la devise classique qui est "plaire et instruire".

En espérant t'avoir aidé.
Merci beaucoup pour ta réponse c'est gentil 🙂 au moins j'ai une idée de plan 🙂
Ce plan ne fonctionnera pas forcément sur un extrait précis de l'oeuvre. Il peut s'adapter pour une fable, qui constitue un tout, mais pas sur les extraits d'oeuvres plus vastes. Ceci dit je ne connais pas ce livre, je ne suis d'aucune aide
ok merci pour la précision
J'ai bien aimé :
De son pas silencieux dans ses 120 pantoufles de feutre,
et
Le soir, ils regardaient à travers les vitres des fenêtres les premiers bourgeons sur les
220 branches éclairées par le soleil couchant…
120 pantoufles, 220 branches, cela donne une couleur poétique au texte…

La présentation (lignes trop courtes, numéros non effacés) rend très difficile la lecture.
On comprend cependant qu'il s'agit d'une fable anti-militariste et anti-fasciste, d'autant plus anti-fasciste qu'il a paru peu après la guerre dans le quotidien du PCI.
En avant donc pour le schéma narratif : état initial, perturbation, état final.
On peut aussi chercher à décoder les allusions historiques et politiques.