Montaigne, Essais, III, 13 - Il n’y a point de fin en nos inquisitions…

Entraide scolaire

5 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjours,

J'ai un doute par rapport à l'affirmation de mon prof sur ce texte :

Il y a plus à faire à interpréter les interprétations qu'a interpréter les choses, et plus de livres sur les livrres que sur autres sujet : nous ne faisons que nous entre-gloser.
Tout fourmille de commentaires ; d'auteurs, il en est grand cherté.
Le principal et plus fameux savoir de nos siècles, est-ce pas savoir entendre les savants ? Est-ce pas la fin commune et dernière de toutes études ?
Nos opinions s'entendent les unes sur les autres. La première sert de tige à la seconde, la seconde à la tierce. Nous échelons ainsi de degré en degré. Et advient de là que le plus haut monté a souvent plus d'honneur que de mérite ; car il n'est que le grain sur les épaules du pénultième.


Ce passage provient d'un extrait plus large, et notre prof nous avait donnée comme plan répondant à la question "Comment Montaigne voit-il la connaissance ?" :
I> Une quête infini
II> Une entreprise collective.

C'est pour la partie II que j'ai un doute pour moi Montaigne nous dit que l'on fait que se reprendre les un des autres et que aux lieux de créer nous commentons. La première phrase d'ailleurs me parait bien ironique. Cepandant ma prof m'a donné cette explication : Montaigne voit la constitution de la connaissance comme une entreprise collective. Pour lui, on doit interpréter les pensées et ne pas recommencer à faire les observations. Montaigne découvre le patrimoine hérité de l'Antiquité, l'essentiel a déjà été dit. Il ne reste plus qu'à faire fructifier ce patrimoine dont nous avons hérité. Il est rare de trouver quelqu'un qui découvre un nouveau principe : "d'auteurs, il en est grand cherté". L23 l'expression "nos siècles" confirme une vision épique (épopée = grande aventure collective) de la transmission du savoir.


J'aimerais bien avoir votre avis sur la question, merci ! 🙂
C'est ce texte.
Monsterh l'avait cité dans sa demande… à moins qu'il ne l'ait rajouté ensuite.

Il y a plus à faire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livrres que sur autres sujet : nous ne faisons que nous entre-gloser.
Tout fourmille de commentaires ; d'auteurs, il en est grand cherté.
Le principal et plus fameux savoir de nos siècles, est-ce pas savoir entendre les savants ? Est-ce pas la fin commune et dernière de toutes études ?
Nos opinions s'entendent les unes sur les autres. La première sert de tige à la seconde, la seconde à la tierce. Nous échelons ainsi de degré en degré. Et advient de là que le plus haut monté a souvent plus d'honneur que de mérite ; car il n'est que le grain sur les épaules du pénultième.
Mais ce n'est qu'une partie "d'un extrait plus large"…
Quelle est la dernière phrase de l'extrait ?
Montaigne estime que la connaissance est en effet une oeuvre collective et, par là-même, infinie. Contrairement à ce qu'on pourrait croire, il n'est pas ironique en disant "nous faisons que nous entregloser". Ou si ironie il y a , celle-ci ne vise pas l'homme en tant qu'individu, mais plus généralement la condition humaine. Montaigne se méfie des lois générales que l'on pourrait tirer de l'expérience (titre de l'essai en question), donc de la raison. Pour lui, la connaissance n'est pas à poser en terme de révélation ni en termes d'autorité (les Anciens ne sont pas un garant de vérité, notre auteur en est de plus en plus persuadé à mesure qu'il s'achemine vers ses derniers Essais). Elle n'est pas statique, définie pour toujours une fois qu'on aurait percé le nuage qui dissimule l'Etre; elle n'est pas d'ordre métaphysique. Elle est au contraire à penser comme un mouvement, un flux perpétuel et dynamique. Chaque être y apporte sa pierre (sans jeu de mots pour ceux qui connaissent Montaigne ! 🙂. Juste avant l'extrait cité, Montaigne avait du reste dit : "Ce n'est rien que foiblesse particulière qui nous faict contenter de ce que d'autres ou que nous-mesmes avons trouvé en cette chasse de cognoissance; un plus habile ne s'en contentera pas. Il y a tousjours place pour un suyvant, ouy et pour nous mesmes, et route par ailleurs."
Merci j'y vois plus clair, à par pour la phrase : "Tout fourmille de commentaires ; d'auteurs, il en est grand cherté."

Montaigne veut-il dire par la que l'on ne crée pas assez et que l'on fait que commenter ? Mais pourtant il nous dit le contraire dans la phrase d'avant avec la phrase "Il y a plus à faire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses". J'ai l’impression qu'il annonce une idée qu'il contredit juste après …
Non, il ne se contredit pas. Dans ces deux phrases, il critique ceux qui s'attachent à interpréter, à "gloser" des auteurs sans rien apporter par eux-mêmes, ce n'est évidemment pas ainsi que la connaissance peut progresser; il faut à celle-ci d'authentiques "auteurs".