Prononciation du h aspiré : les haricots ou les zaricots ?

Langue française

66 réponses · Page 2 / 4

C'est vrai, je n'ai trouvé qu'un exemple de mot d'origine germanique avec un h muet : héberger et ses dérivés: "Nous allons l'héberger… Nous assurons l'hébergement."

En revanche, il existe plusieurs mots d'origine gréco-latine dont le h est aspiré, même si c'est effectivement une minorité : le hérisson, la herse, la huppe, la hernie, le halo, le huit, le hile, le héros (mais l'héroïne !), la hiérarchie, le hiéroglyphe, le halètement, le hurlement, le hennissement, le hors-jeu…

Donc, même si on connaît l'origine du mot, on ne peut être tout à fait certain de la prononciation du h. La seule solution : se laisser imprégner par l'usage correct en lisant beaucoup et en écoutant… mais en écoutant avec vigilance : les z'haricots, les z'handicapés et "Il est t'hors-jeu" sont des erreurs courantes !
Merci pour ces précisions !

Par curiosité j'ai ouvert le dictionnaire historique de la langue française pour tenter de comprendre pourquoi quelques mots d'origine latine avaient quand même un "h" aspiré :

le dictionnaire suppose que le "h" aspiré est d'origine expressive, dans les mots herse, hennir, huppe, hurlement, halètement.

De plus, pour les mots huppe, hurlement, halètement, l'étymon latin n'avait pas de "h", il n'a été rajouté plus tard.

De même, pas de "h" dans les étymons de huit, le "h" ayant été rajouté au XVIIème siècle pour ne pas prononcer "vit", étant donné que le u n'existait pas encore. Il fallait donc un moyen (le "h") pour distinguer le "v" consonne et le "v" voyelle (le futur "u").

Enfin, les mots "halo", "hiérarchie" et hiéroglyphe" ont soit une origine grecque, soit mixte, grecque et latine. Je ne sais pas trop dans quelle mesure l'origine grecque d'un mot rend le "h" aspiré…

Quant aux autres mots, le dictionnaire ne donne pas vraiment d'explications (ou alors je ne les ai pas comprises, le "hérisson" a une origine étymologique un peu complexe !).
Merci de ces remarques.

Je vais en faire d'autres… 🙂

Certes, l'histoire du mot hérisson est complexe, mais ni en latin classique, ni en vieux provençal, ni en espagnol n'apparaissent ce h …aspiré de surcroît. Est-ce là aussi à des fins expressives que le vieux français l'a rajouté ? Possible…

Oui, bien sûr. Le h de huit n'est pas étymologique, et tu as très bien expliqué son apparition. L'explication est la même pour les mots huis (uis, de ostium), huile (uile, de oleum), huître (uitre, de ostream).
Cependant, on ne dit pas "la huile, le huis, la huître"… Il n'y a que pour "le huit" que le h est aspiré. Mystère !

Quant aux nombreux mots d'origine grecque ayant un h à l'initiale… Seuls halo et les mots en hiér- semblent avoir un h aspiré. Au contraire de ceux en hydro-, hypo-, hyper-, hétéro-, etc. Peut-être un helléniste nous expliquera-t-il ?
J'ai une petite hésitation pour "huis" : dit-on "l'huis clos" ou "le huis clos" ?
Une bizarrerie de plus. Le h du mot huis n'est effectivement aspiré que dans l'expression le huis clos. Peut-être, par analogie sonore, un écho de l'hiatus de la locution à huis clos ? Mais on dit : "On frappe à l'huis." Et dans les dérivés, le h est bien muet aussi : l'huissier, l'huisserie..
J'apprends tout un tas de choses ce soir !

Je viens de regarder "hiatus" dans le Robert, car en lisant ton message Jehan, je me suis demandée si l'on devait dire "de l'hiatus" ou "du hiatus" (ce n'est pas un mot que j'utilise tous les jours…).

J'ai donc ouvert le Petit Robert qui accepte les deux formes : "l'hiatus" et "le hiatus".

Encore une bizarrerie !
Moi aussi, j'avais tendance à écrire "le hiatus"… Ça me semblait plus "normal" qu'on parle du hiatus en faisant un hiatus. Jusqu'à ce qu'une remarque d'intervenant me fasse ouvrir à moi aussi mon dictionnaire…
Bonsoir,

Je dois dire que je suis comme Jehan. L'hiatus, ou un "n'hiatus" : j'ai bien du mal… 🙂

Muriel
les haricots Merci pour la correction sur le "h aspiré de handicap". Plusieurs personnes font la liaison "les (Z) handicapés.
Jehan a écrit :Une bizarrerie de plus. Le h du mot huis n'est effectivement aspiré que dans l'expression le huis clos. Peut-être, par analogie sonore, un écho de l'hiatus de la locution à huis clos ? Mais on dit : "On frappe à l'huis." Et dans les dérivés, le h est bien muet aussi : l'huissier, l'huisserie..
Normalement, le h de "huis" n'est jamais aspiré, et ce d'autant que le "h" n'était pas présent dans le mot d'origine ostium. De même que pour huitre et huit, ce "h" a été rajouté car en écriture gothique u suivi de i pourrait amener à trop de confusions. Et peut être le rajoute-t-on à l'oral parce que cette succession pose aussi problème dans la prononciation.
La règle générale veut que le "h" d'origine grecque ou latine, n'ait aucune incidence sur la prononciation. Ainsi on doit dire l'hiatus, et non le hiatus. La seule exception à ma connaissance est le héros. Le "h" sera "aspiré" si l'origine du mot est germanique ou arabe.

EDIT, je viens de réfléchir au "hiatus". Il me semble que le problème ne vient absolument pas du h, mais du "i". Si je dis "au hiatus" et non pas "à l'hiatus", c'est très simplement parce que le "i" est une semi consonne; ce statut intermédiaire rend l'élision particulièrement difficile, mais il n'en va pas de même pour la liaison. De la même manière, on dira :" il a dit que oui" plutôt que ceci: "il a dit qu'oui". De la même façon, on dira plutôt "le huit de trèfle" que l"'huit de trèfle", "le ouistiti" et non "l'oustiti" On a tendance par facilité de prononciation, a considérer la demi consonne initiale comme consonne à part entière, et le "h" sert d'encouragement.
Si c'est vraiment à cause de la semi-voyelle i , et pas à cause du h, qu'on est tenté de dire le hiatus (d'ailleurs admis tout autant que l'hiatus, voir le Robert), pourquoi n'est-on pas tenté alors de dire le iode, le ïambe, le ion, la yeuse ?
La règle générale veut que le "h" d'origine grecque ou latine, n'ait aucune incidence sur la prononciation. Ainsi on doit dire l'hiatus, et non le hiatus. La seule exception à ma connaissance est le héros.
Voici d'autres exceptions à cette "règle" :
le hérisson, le halètement, le harcèlement, la herse, la hernie, le hic, le hile, la houlque, il est hors-jeu, le huis clos, le huit, le hululement, le hurlement, la huppe (latin)
la hiérarchie, le hiéroglyphe, le halo, la harpie (grec)

Germanique muet : l'hébergement.
Tu peux enlever de cette liste huis clos, huit, et hululer qui n'ont pas de "h" en latin, et qui posent un peu le même problème que "haut". Dans le cas de huit et huis clos, je pense que la raison vient du flottement de la prononciation à cause de la demi consonne. Notons aussi qu'on dit "le un", (au loto, elle tiré le un), et que cela doit être une caractéristique des chiffres, plus qu'une aspiration liée au h. L'aspect monosyllabique doit beaucoup jouer, notamment dans le mot emprunté "hic". Dans les autres cas, il s'agit généralement d'un ajout, d'une influence d'un autre mot, (comme pour "haut" et "hululer": il n'y a jamais eu de h à altus, ni à ululare).
En revanche pour hiérarchie, hiéroglype halo harpye, oui ce sont de véritables exceptions; mais on voit bien que ce "h" prononcé comme une aspiration, vise surtout un effet euphonique, notamment pout hiérarchie et hiéroglyphe. En tout cas, ce qu'on peut affirmer, c'est qu'il n'y a pas d'aspiration en latin, et qu'aucune aspiration ne vient du latin. On écrit indifféremment "herba" et "erba", "humanus" et "umanus".

Quant à ton objection sur l'iode, etc., je dirais que la semi consonne créée un flottement dans la prononciation, mais que ses effets ne sont pas systématiques, notamment pour les mots savants. En tout cas, sa présence créée une hésitation, ainsi on dit un nanimal, pour la liaison, mais beaucoup diront: un iambe, putôt qu'un niambe.

Enfin le "h" est typiquement ce qui devrait faire l'objet d'une réforme orthographique, car il finit par empiéter sur des problèmes de prononciation, et à apporter de la confusion.
J'ai une autre explication toute bête pour la "faute" le hiatus. En disant ainsi, on en fait justement un, de hiatus. Le mot colle davantage à la chose. Gain d'expressivité…

Je concède que tu avais bien écrit "le h d'origine grecque ou latine",. Ce qui laisse le champ libre à l'interprétation que tu fais. La "règle" énoncée en général, pour la répartion des h muets et aspirés, parle plutôt de mots d'origine gréco-latine ou germanique-exotique, sans préciser si les mots d'origine doivent avoir déjà possédé un h ou non dans leur graphie. Mais bon, faisons comme si.

En latin, aucune aspiration, dis-tu. D'où venait donc ce h facultatif, et à quoi servait-il ? En grec, l'aspiration existe, je crois, mais elle est notée par un signe, que je sache, et non par une lettre spécifique.

Pourquoi le huis clos / l'huile ? Pas à cause de la semi-consonne, présente dans les deux mots.
Pourquoi le huit / l'huis ? Pas à cause du monosyllabisme commun…

Alors, l'exception "la hiérarchie", ce serait pour des raisons euphoniques ? Création d'un hiatus euphonique, donc.
D'habitude, l'hiatus n'est pourtant pas considéré comme source d'euphonie, non ?

Que de mystères… 🙂
Pour qu'il y ait un hiatus dans "hiatus", il faut faire une diérèse. Dire simplement "le hiatus" n'est pas un hiatus, tant que le "i" est semi consonne. De la même façon, il n'y a aucun hiatus dans "la hiérarchie". Un hiatus, c'est quand deux voyelles se suivent (ex. créér). Mais le i, dans ce cas, n'est pas une voyelle, c'est une semi consonne. Quand on dit "l'hiatus", on fait se succéder une consonne et une semi consonne, ce qui n'est pas dysphonique en soi, mais ce qui heurte l'habitude de n'élider l'article que devant une voyelle pleine.
La règle est simple en apparence : devant voyelle, on élide (sauf contrindication par h dit aspiré) ; devant consonne, on n'élide pas. Mais que le cas des demi-consonnes prête à des hésitations, il ne faut pas trop s'en étonner.

Le h latin n'est que la trace d'une aspiration ancienne, qui n'a déjà plus cours dans la langue classique. Par exemple, dans "veho" je transporte (qui a donné vehiculum), on sait que là où il y a le "h", il y avait en indo-européen la lettre "gh", qui a fini par disparaitre entre deux voyelles. On sait cela, parce que le supin est vectum (de sorte qu'on peut expliquer le "c" par une assimilation régressive de gh, sous l'influence du t : vectum vient de *vegh-tum), et aussi parce qu'on peut comparer avec ce que ce mot est devenu dans d'autres langues, par exemple, si mes souvenirs sont bons, "veho" correspond au verbe grec "echô" le "ch" provenant du "gh". Le "h" en latin n'est que la trace d'un phonème disparu, un peu comme notre accent circonflexe. Le h sert aussi à transcrire l'esprit rude, qui est le signe en grec de l'aspiration (l'esprit doux, dans l'autre sens, étant le signe qu'il n'y a pas d'aspiration). Il me semble que cette aspiration a fini aussi par s'estomper, mais savoir quand précisément, je ne sais pas.
Octosyllabes (grâce au h aspiré) :

Un grand merci, cher Lucretius.
Au temps pour moi pour le hiatus…


Octosyllabes (grâce à une diérèse) :

Un grand merci, cher Lucretius.
Au temps pour moi pour l'hiatus…
Jehan a écrit :Octosyllabes (grâce au h aspiré) :

Un grand merci, cher Lucretius.
Au temps pour moi pour le hiatus…
Un grand merci, Lucretius,
Au temps pour moi pour l'hiatus

(la diérèse est obligatoire aussi bien à Lucretius qu'à hiatus)

EDIT: il édite, le traitre!
Une petite question en passant.
Le "h" de "huis clos" est-il disjonctif ? Dit-on:

C’est ainsi de la gangue même de l’ordinaire, dans cette atmosphère de huis clos lourde de menace, que jaillit « l’extra-ordinaire ».

ou

C’est ainsi de la gangue même de l’ordinaire, dans cette atmosphère d'huis clos lourde de menace, que jaillit « l’extra-ordinaire ». (Lire page 3.)
Bonjour.

Si le h du mot simple huis n'est pas disjonctif (Je frappe à l'huis), celui de l'expression huis clos l'est bien, et ne permet donc pas l'élision ( Obtenir le huis clos ).
Thank you =)
permettez moi de revenir sur "héroïne" :

Peut-on dire "la héroïne" ?

De même "halluciner" : "je hallucine" ? 😀