Bonjour
Savez-vous si la forme "endormissait" existe ou a existé ? Je l'entends souvent à l'oral. Cordialement
Après une recherche rapide sur Internet, je n'ai pas trouvé cette conjugaison. A-t-elle existé dans un lointain passé ? Je ne peux répondre…
Maintenant, il me semble moi aussi avoir entendu "endormissait". Par rapport à "endormait", le processus serait peut-être plus lent. Simple supposition ! 😉
Tiens, c'est une question intéressante. Il y a incontestablement une tendance à accepter un imparfait "endormissais/t", qu'on voit même traîner dans quelques livres ! Même mon oreille, pourtant assez intransigeante, ne proteste que mollement devant ce "endormissais/t", alors que "dormissais/t" lui serait insupportable, et de fait, on trouve assez peu la faute "dormissais/t".
Je ne crois pas que la forme "endormissais/t" ait jamais eu librement cours.
Je note qu'on a le nom "endormissement" qui a triomphé d'un concurrent "endormement" ; peut-être cela nous a-t-il familiarisé l'oreille avec la forme "dormiss-" que sinon nous ne rencontrons que dans le rare imparfait du subjonctif.
Même à l'imparfait du subjonctif, "endormissait" ou "dormissait" n'existent pas, en tout cas officiellement ! Dans Google, tapez : endormir (ou dormir) conjugaison 🙄
Maintenant, Lamaneur a sans doute raison : "endormissait" doit se dire par analogie avec "endormissement". Pourquoi pas ? Cela ne m'empêche pas de dormir ! 😉
Spalding a écrit :Même à l'imparfait du subjonctif, "endormissait" ou "dormissait" n'existent pas, en tout cas officiellement ! Dans Google, tapez : endormir (ou dormir) conjugaison 🙄
Relisez plutôt ce que j'ai écrit. Je n'ai pas parlé, à l'imparfait du subjonctif, de "endormissait" ou "dormissait", mais de la forme "dormiss-" qui se trouve bien à l'imparfait du subjonctif :
endormisse
endormisses
endormissions
endormissiez
endormissent.Je crois … qu'il ne faut surtout pas le croire. Son ouvrage est sympathique mais loin de présenter la moindre rigueur en matière de grammaire historique.
J'avais bien dit "si l'on en croit"… 😉
Quant à ce site anglais qui propose la conjugaison de verbes français, question rigueur, il n'est pas mal non plus ! 😜
[lien invalide]
lamaneur a écrit :Je note qu'on a le nom "endormissement" qui a triomphé d'un concurrent "endormement".
C'est vrai… alors qu'il s'agit d'un superbe barbarisme ! Mais il est devenu tellement courant que l'Académie elle-même note, à l'entrée
endormement (qui serait pourtant la seule forme correcte) : "on dit plus couramment Endormissement".
Merci à tous pour vos messages, fort intéressants.
Il semble que
endormissement ait prévalu de bonne heure sur
endormement.
Google le relève dans trois livres avant 1560 :
… ce que j'ai monstré en parlant de stupeur et endormissement (Les Livres de Hierosme Cardanus, 1556)
Stupeur, ou endormissement de membres (Trésor des rémèdes secretz, 1557)
…la Torpille a cette vertu d'induire … un endormissement à la main du pescheur… (La première partie de l'histoire entière des poissons, 1558)
Endormement est réapparu au
milieu du XIX[sup]e[/sup] siècle, peut-être gràce à Jules de Goncourt, qui l'avait utilisé le 30 mars 1862 en écrivant de George Sand :
Dans son attitude, il y a une gravité, une placidité, quelque chose du demi-endormement d'un ruminant. (Journal, 1862-1865)
Beaucoup de verbes indiquant un changement d'état (rendre tel ou devenir tel) sont des verbes en -ir du 2[sup]e[/sup] groupe : grossir, rougir, rétrécir… .
"endormir", du fait de son sens, a dû subir l'attraction de ces verbes, ce qui explique, à défaut de les justifier, les formes observées.
Marc81 a écrit :lamaneur a écrit :Je note qu'on a le nom "endormissement" qui a triomphé d'un concurrent "endormement".
C'est vrai… alors qu'il s'agit d'un superbe barbarisme !
Mais pas isolé dans la langue. Par exemple, sur le verbe
bruire qui se conjuguait
je bruis, nous bruyons, ils bruient, je bruyais, bruyant, on a bien fait le nom
bruissement. Et ce nom a encouragé des secondes formes en voie de gagner sur les premières,
ils bruissent, je bruissais, etc.
A cette différence près, me semble-t-il, que la formation de bruissement tire son origine du caractère défectif du verbe bruire, ce qui n'est pas le cas d'endormir.
Je croyais que le substantif inusité et désormais vieilli du verbe "dormir" était "dormition" (cf.dormition de la vierge). S'il y avait une vraie analogie entre ce verbe et "endormir", nos ancêtres auraient dû se retrouver avec un horrible nom, à l'instar de celui qu'est "endormition".
Ceci dit, je viens de faire le rapprochement avec le verbe "frémir". On dit bien, à l'imparfait de l'indicatif, "frémissais/t", avec les trois personnes du singulier. Le verbe "endormir" était probablement du deuxième groupe ! Qu'en pensez-vous ?
Après réflexion, il se peut que nous nous soyons fait duper par le verbe "renformir", dont l'imparfait de l'indicatif est bel et bien "renformissais/t", avec les trois personnes du singulier.
De plus, après une recherche approfondie, tous les verbes se terminant par "mir" (et non "ir") sont tous du deuxième groupe, sauf "dormir" et ses dérivés (re-/en-/etc.).
Marc81 a écrit :A cette différence près, me semble-t-il, que la formation de bruissement tire son origine du caractère défectif du verbe bruire
Peux-tu préciser ta pensée ? En quoi le caractère défectif du verbe
bruire intervient-il ? Il n'a pas empêché la formation d'autres dérivés comme
bruit ou
bruiment (et aussi
bruisson).
Mithridate a écrit :Je croyais que le substantif inusité et désormais vieilli du verbe "dormir" était "dormition" (cf. dormition de la vierge).
Il y avait aussi la
dormison, la
dormitation.
lamaneur a écrit :Peux-tu préciser ta pensée ?
Voici ce que Littré écrit à ce sujet :
"L'imparfait ancien et grammatical de bruire est je bruyais ; toutefois l'usage commence à en introduire un autre : Les insectes bruissaient sous l'herbe, BERNARDIN DE ST-PIERRE, dans GIRAULTDUVIVIER ; La ville…. Bruissait à ses pieds comme une ruche pleine, LAMARTINE. Ce serait absolument un barbarisme si cet imparfait ne s'appuyait sur son analogie avec bruissement. Pour que bruissement se soit établi, il faut supposer une conjugaison irrégulière et fautive, qui a pris ce verbe comme si, s'écrivant bruir, il se conjuguait sur finir, et d'après laquelle l'imparfait je bruissais s'est formé. C'est de la même façon qu'on a fait un participe bruissant, et un subjonctif que je bruisse. Ce sont des procédés que l'usage tente pour combler les lacunes du verbe bruire devenu à tort défectif."
Littré explique donc la formation de
bruissement par l'existence d'une conjugaison irrégulière du verbe défectif
bruire sur le modèle de
finir. Il ne me semble pas que ce soit le cas du verbe
endormir (pour répondre à la question de Mithridate :" Le verbe
endormir était probablement du deuxième groupe ! Qu'en pensez-vous ?").
D'où ma remarque initiale sur le barbarisme qu'est
endormissement… et que n'est pas
bruissement.
Ce n'est donc pas spécialement le caractère défectif du verbe qui joue, mais simplement le fait qu'on a substitué à la forme normale bruyais une forme bruissais. Cette conjugaison secondaire est effectivement attestée pour bruire. Ce fait linguistique pourrait très bien concerner un verbe non défectif.
Pour endormir, la conjugaison secondaire n'est pas (à ma connaissance) attestée très anciennement, encore qu'on puisse la supposer avoir existé oralement.
On est un peu devant le problème de la poule et de l’œuf. Qu'est-ce qui est apparu en premier, le nom en -issement ou la conjugaison secondaire -issais ?
lamaneur a écrit :On est un peu devant le problème de la poule et de l’œuf. Qu'est-ce qui est apparu en premier, le nom en -issement ou la conjugaison secondaire -issais ?
Sur ce point précis, Littré semble avoir tranché : "Pour que bruissement se soit établi, il faut supposer une conjugaison irrégulière et fautive"…
Mais, pour en revenir à
endormir, et comme je le rajoutais pendant que vous éditiez votre précédent message, là où je voulais en venir, c'est que
endormissement constitue un authentique barbarisme (Dupré le qualifie d' "énorme", tout en concédant qu'il est devenu usuel), alors que
bruissement n'en est pas vraiment un, selon Littré.
Maintenant, après quelques recherches sur Internet, j'avoue que je suis très étonné de découvrir de tels tableaux de conjugaison [lien invalide]…
Littré se mord la queue. Il écrit à propos de la conjugaison secondaire "bruissais" : Ce serait absolument un barbarisme si cet imparfait ne s'appuyait sur son analogie avec "bruissement". Autrement dit, il l'admet à cause de l'existence de "bruissement". D'un autre côté, il défend "bruissement" à cause de l'existence de la conjugaison secondaire ! La poule et l’œuf ! C'est d'ailleurs sans grande importance, et Littré n'est pas connu pour la rigueur de sa science étymologique !