On lit chez l'historien italien Adriano Tilgher, dans HOMO FABER (Libreria di Scienze e Lettere, Roma, 1929, chap. I), que "selon Homère, les dieux haissent les hommes et pour cette raison les obligent à travailler". Pourtant, Tilgher ne donne aucune référence. Puisse quelqu'un m'indiquer où l'on peut trouver cette opinion chez Homère?
Le travail humain chez Homère
7 réponses
Chez Homère, je ne sais pas.
On trouve ceci chez Virgile, poète latin :
En version originale :
On trouve ceci chez Virgile, poète latin :
Le Père des dieux lui-même a voulu rendre la culture des champs difficile, et c'est lui qui le premier a fait un art de remuer la terre, en aiguisant par les soucis les coeurs des mortels et en ne souffrant pas que son empire s'engourdît dans une triste indolence.Traduction de Maurice Rat.
En version originale :
pater ipse colendiDans ce passage, ce n'est pas la haine qui inspire Jupiter : il veut que la nécessité rende l'homme créatif, qu'il ne s'endorme pas dans l'oisiveté dont chacun sait qu'elle est la mère de tous les vices.
haud facilem esse uiam uoluit, primusque per artem
mouit agros, curis acuens mortalia corda
nec torpere graui passus sua regna ueterno.
Chère Delia,
Vivement merci! Je ne connais pas ces lignes de Virgile, je suppose qu’elles proviennent des Georgiques, vous avez la reference?
Par contre, saint Thomas d’Aquin a décrit le travail d’Adam dans le jardin d’Eden (« paradisus voluptatis » selon la Vulgate), avant sa déobéissance : « nec tamen illa operatio esset laboriosa, sicut post peccatum; sed fuisset jucunda, propter experentia virtutis naturae » (Summa Theologiae partie I, question 102, article 3).
On voit ainsi que, selon la théologie chrétienne, ce n’est pas le travail en soi qui serait punitif, mais plutôt le caractère pénible de beaucoup de notre travail.
On trouve d’ailleurs chez Marx une vision idéalisée du travail comme il l’imaginait dans son utopie : « le labeur devient un travail attrayant, la réalisation du soi individuel, ce qui ne veut pas du tout qu’il devient purement amusant, comme Fourier, tel une grisette, le conçoit naïvement » (Grundrisse, cahier VI).
Tout cela contrarie la conception économique moderne du travail, selon laquelle le travail ne serait qu'une
« désutilité », c'est à dire quelque chose que nous préférons ne pas faire. Donc on s'acharne à minimaliser la quantité de travail nécessaire pour toute production ou service (« augmenter la productivité »). On se demande alors pourquoi nous souffrons de tant de chômage….
Bien cordialement,
flaneurparisien
Vivement merci! Je ne connais pas ces lignes de Virgile, je suppose qu’elles proviennent des Georgiques, vous avez la reference?
Par contre, saint Thomas d’Aquin a décrit le travail d’Adam dans le jardin d’Eden (« paradisus voluptatis » selon la Vulgate), avant sa déobéissance : « nec tamen illa operatio esset laboriosa, sicut post peccatum; sed fuisset jucunda, propter experentia virtutis naturae » (Summa Theologiae partie I, question 102, article 3).
On voit ainsi que, selon la théologie chrétienne, ce n’est pas le travail en soi qui serait punitif, mais plutôt le caractère pénible de beaucoup de notre travail.
On trouve d’ailleurs chez Marx une vision idéalisée du travail comme il l’imaginait dans son utopie : « le labeur devient un travail attrayant, la réalisation du soi individuel, ce qui ne veut pas du tout qu’il devient purement amusant, comme Fourier, tel une grisette, le conçoit naïvement » (Grundrisse, cahier VI).
Tout cela contrarie la conception économique moderne du travail, selon laquelle le travail ne serait qu'une
« désutilité », c'est à dire quelque chose que nous préférons ne pas faire. Donc on s'acharne à minimaliser la quantité de travail nécessaire pour toute production ou service (« augmenter la productivité »). On se demande alors pourquoi nous souffrons de tant de chômage….
Bien cordialement,
flaneurparisien
Oui, j'ai la référence, sinon je n'aurais pas pu piquer droit dessus sur Internet !
Mais j'ai commis l'étourderie de ne pas la donner : premier livre des Géorgiques, vers 120 à 124.
Le morceau s'achève sur une phrase célèbre : labor omnia vicit/improbus (vers 145/146).
Le travail vint à bout de toutes les difficultés, travail qualifié par un adjectif mis en valeur par le rejet, improbus dont les traductions sont variées. Obstiné, acharné, démesuré… ou même mauvais, au sens où l'on parle d'une mauvaise action.
Mais j'ai commis l'étourderie de ne pas la donner : premier livre des Géorgiques, vers 120 à 124.
Le morceau s'achève sur une phrase célèbre : labor omnia vicit/improbus (vers 145/146).
Le travail vint à bout de toutes les difficultés, travail qualifié par un adjectif mis en valeur par le rejet, improbus dont les traductions sont variées. Obstiné, acharné, démesuré… ou même mauvais, au sens où l'on parle d'une mauvaise action.
Merci, Delia.
La vieille traduction anglaise de Henry Thompson (1855) traduit 'labor improbus' comme 'labour that cannot tire', soit 'travail infatigable'. On aimerait bien pouvoir travailler sans se fatiguer! En effet, l'oeuvre de Virgile a dû exiger un tel travail.
bien cordialement,
flaneurparisien
La vieille traduction anglaise de Henry Thompson (1855) traduit 'labor improbus' comme 'labour that cannot tire', soit 'travail infatigable'. On aimerait bien pouvoir travailler sans se fatiguer! En effet, l'oeuvre de Virgile a dû exiger un tel travail.
bien cordialement,
flaneurparisien
Je n'ai quant à moi trouvé aucune allusion à l'origine du travail des hommes chez Homère. Chez Hésiode, en revanche, (VIIIème siècle av. J.-C.), on trouve l'idée de labeur et de souffrance imposés aux hommes après l'âge d'or amplement exposés dans "Les Travaux et les Jours". Je citerai ce seul exemple : "Les dieux et les mortels s'indignent également contre quiconque vit sans rien faire et montre les instincts du frelon sans dard, qui, se refusant au travail, gaspille et dévore le labeur des abeilles". (Traduction d'A. Mazon, coll Budé). Mais le travail n'est pas vraiment vu ici comme la manifestation d'une quelconque haine de Zeus.
flaneurparisien a écrit :On lit chez l'historien italien Adriano Tilgher, dans HOMO FABER (Libreria di Scienze e Lettere, Roma, 1929, chap. I), que "selon Homère, les dieux haissent les hommes et pour cette raison les obligent à travailler". Pourtant, Tilgher ne donne aucune référence. Puisse quelqu'un m'indiquer où l'on peut trouver cette opinion chez Homère?Bonjour,
Peut-être Tilgher s'est-il inspiré de Nietzsche qui lui-même s'est inspiré de Burckhardt.



