Concordance des temps et futur historique

Langue française

14 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,
Je m'interroge sur une question de concordance des temps. Voilà :
Nous connaissons tous le "présent historique" qui permet de relater un récit historique au présent.
"Bonaparte nait …. , il devient le Caporal Bonaparte…. il est sacré Empereur…."
Grevisse confirme que le futur simple peut servir de futur à ce présent historique.
"Au terme de ce destin glorieux, il mourra en exil."

On connait d'autre part la règle de concordance des temps qui fait que si on passe un texte du présent au passé, les verbes au présent se répartiront entre le passé simple (ou le passé composé) et l'imparfait, et les verbes au futur se trouveront au "futur dans le passé", c'est-à-dire, en pratique, au conditionnel :
Il engouffre des tonnes de chocolat, il aura sûrement mal au ventre demain.
=> Il engouffrait des tonnes de chocolat, il aurait sûrement mal au ventre le lendemain.

Mais qu'en est-il de notre "futur historique" ? Il me semble qu'il ne peut qu'être mis aussi au passé. Y a-t-il une règle à ce sujet ?
=> "Bonaparte naquit… il devint le Caporal Bonaparte… Il fut sacré Empereur… Au terme de ce destin glorieux, il mourrait mourut en exil." Peut-être même doit-on garder le futur ? "Il fut sacré Empereur, mais il mourra en exil." ?

Merci beaucoup à quiconque aura un élément de réponse, ne serait-ce que vos impressions !
Aneth
Et bien, je n'ai aucun élément technique à apporter ici, mais simplement quelques impressions d'étudiante en édition.

D'une part, en dehors de la concordance des temps, il me semble que "Napoléon nait ici, fait ses études là, se marie avec une telle et décède tragiquement en exil" marche très bien pour une raison assez simple : Puisqu'il "nait", "fait ses études", et "se marie" au même temps alors que, de toute évidence, on progresse dans le temps, pourquoi ne décéderait-il pas au présent également?
De fait, j'aurais tendance à tout laissait à un temps unique, quelque soit le temps : présent, ou passé simple.

D'autre part, la seule forme de "mourra" me pose problème, bien qu'elle soit absolument correcte. J'aurais tendance à l'éviter, peut-être en la remplaçant pas un autre verbe, ou un autre temps…
Merci,
Si le verbe "mourir" pose problème, on peut le remplacer par "Mais lors de sa Campagne de Russie, il connaîtra ses plus douloureux revers qui marqueront le début de la fin 😂 ."
En fait, l'exemple de Napoléon est tout à fait sans importance, ma question est théorique… et demeure ouverte 🙂 "Peut-on utiliser le conditionnel ? le futur simple ? pour exprimer le "futur historique" dans un texte au passé simple ?"
(je ne cherche pas à reformuler la phrase pour éviter la difficulté, en somme 🙂 )
Une fois encore, il me semble qu'il est préférable de tout laisser à un temps unique.

Le futur ne me pose aucun problème.

En revanche, je dirai non au conditionnel dans la mesure où les faits sont déjà avérés.
L'emploi du présent est devenu courant aujourd'hui en Histoire. Par contre, le futur n'est pas souhaité, on part du principe que l'Histoire, c'est du passé, alors que le futur est à venir. Je suis d'accord avec cette logique, mais j'avoue que, comme beaucoup de camarades, je suis intrigué par les manuels et livres d'Histoire dont certains regorgent de verbes au futur, par certains professeurs (fac) qui emploient également le futur, mais qui par ailleurs nous tiennent le discours ci-dessus lorsqu'à notre tour nous employons le futur.
Merci à tous les deux !
J'élimine donc, comme il me paraissait logique, le conditionnel.
Je retiens que le présent est utilisé en fac d'Histoire, mais que le futur y est peu en odeur de sainteté. Je suppose qu'on le garde dans les cas où on anticipe un peu sur le cours des évènements, comme, pour en revenir à Napoléon, si on disait :
"Il se lance dans la Campagne de Russie en espérant …. mais il n'y parviendra pas." et là on revient aux début de la Campagne.
Je conçois que le premier exemple que j'avais donné, avec "il mourra" donnait une impression de "destin" ce qui est probablement un peu dépassé dans la façon moderne de traiter l'Histoire.

Le véritable contexte qui m'interrogeait était la narration d'un mythe de la Grèce antique pour lequel un étranger me demandait s'il pouvait utiliser le conditionnel comme futur dans le passé. Je lui ai intuitivement répondu que non, bien que ne trouvant pas de règle à ce propos, mais je n'étais plus sûre de moi en ce qui concerne le futur simple… je pense que je vais, dans l'immédiat, rester sur mon prudent "peut-être" 🙂
aneth a écrit :Je suppose qu'on le garde dans les cas où on anticipe un peu sur le cours des évènements, comme, pour en revenir à Napoléon, si on disait :
"Il se lance dans la Campagne de Russie en espérant …. mais il n'y parviendra pas." et là on revient aux début de la Campagne.
Non, justement pas. Dans tous les cas, c'est du passé, dans aucune raison d'employer du futur. Tu peux donc garder le présent. Si ça te dérange vraiment, tu peux toujours trouver une autre formule pour y échapper.
Le futur simple historique existe bien.


Un exemple donné par Riegel de ce futur d'anticipation ou futur historique :
Victor Hugo naquit à Besançon en 1802. Ce fils d'un général d'empire deviendra l'un des plus grands écrivains français.
Il sert à évoquer des faits postérieurs au moment évoqué, en ouvrant une perspective sur les conséquences futures des évènements passés.
On notera qu'il s'accommode fort bien du passé simple.

Et bien sûr, rien ne s'oppose à son emploi en corrélation avec un présent de narration.
Il se lance dans la Campagne de Russie en espérant …. mais il n'y parviendra pas.
En tout cas je déconseille fortement de l'employer dans une dissert ou à un oral ! C'est mal vu !
Ah bon ?
Et dans quel cas est-il bien vu, alors ?
Cet emploi stylistique n'a pourtant rien d'incorrect et apporte une nuance intéressante dans le récit.
Comme je l'ai dit, parce qu'on considère que le passé est révolu, alors que le futur (simple voire même antérieur) est à venir. Donc les 2 ne font pas la paire. Je suis assez d'accord avec cette logique. Cela dit elle n'est pas de moi, donc je ne saurai pas en dire davantage. Disons alors que c'est une règle communément admise dans la discipline.
Donc, si l'on suit cette logique des "deux qui ne font pas la paire", le futur ne serait vraiment admissible que dans un texte entièrement rédigé au futur… Même pas au présent, fût-il de narration… 🙂
Merci infiniment, Jehan !

Je pense que la référence est Martin Riegel et sa "Grammaire méthodique du français" ? Le commentaire en est-il tiré également, ou seulement l'exemple ? (c'est en particulier le passage "il s'accommode bien du passé simple" qui m'intéresse !)

Il me semblait bien en effet que dans l'exemple :
"Il se lance dans la Campagne de Russie en espérant …. mais il n'y parviendra pas. En effet, au moment où ses troupes entrent…"
on ne pouvait faire l'économie du futur pour cette remarque "il n'y parviendra pas" qui anticipe sur le récit au présent au milieu duquel il est enchâssé !

Ne disons donc pas "jamais" car toute la richesse d'une langue vivante réside dans le "sauf si"…

Avec mes remerciements renouvelés,
Aneth
La phrase-exemple et le début du commentaire "Il sert à évoquer des faits postérieurs au moment évoqué, en ouvrant une perspective sur les conséquences futures des évènements passés" sont bien tirés de la Grammaire méthodique de Riegel.

La suite du commentaire, à propos du passé simple, est une simple remarque personnelle.
Je la pense fondée, étant donné la phrase-exemple de Riegel…