Que faut-il penser de :
"Et puis je me suis réfléchi que ma mère ne m'en avait jamais offert autant" ?
Qu'il y a là confusion avec "se dire"
Réfléchir est pronominal au sens de "refléter, manifester".
Même en cherchant dans les coins? (vieux dictionnaires…etc)?
La citation est de Céline…
La citation exacte est : "Et puis je me suis réfléchi que ma mère, la pauvre, ne m'en avait jamais offert autant" (Voyage au bout de la nuit).
Selon le Robert historique
"un emploi métaphorique de la forme pronominale se réfléchir "méditer, se recueillir" est attesté isolément en 1609.
Mais il n'en dit pas plus…
1609 se reflechir « revenir sur sa pensée pour l'approfondir » (J.D.S.F., Prop. d'Epict., p. 647 ds Gdf. Compl.);
(Cntrl)
Est-ce que vous pensez que cette tournure est acceptable dans le langage courant?
J'ai toujours eu un penchant amusé pour ces usages très vieillis et (ou) rares de verbes pourtant très courants comme par exemple le "lui persuader" cher à Balzac.
Un jour, par jeu, j'ai conseillé à ma fille de 4ième ou 3ième de placer "ne pouvoir que ne…". Exemple : "Je ne peux que je ne chante toute la journée…"(sauf erreur). Ma fille s'est faite retoquer par sa prof de français!
Je trouve qu'il est plus élégant de dire "j'ai été moqué" plutôt que "on s'est moqué de moi".
Se réfléchir n'apporte rien de plus que l'habituel réfléchir.
Le but du langage est d'être compris par les autres, donc je n'utiliserai une formule vieillie à moins d'être sure que mon interlocuteur a les mêmes références. La plupart penseront que vous faites une faute. En tout cas, j'éviterais dans une copie.
Mais, à chacun ses jeux…
Peut-être Céline emploie-t-il cette forme pronominale par ironie, comme certains disent en souriant, le soir, au restaurant, entre amis, Qu'est-ce qu'on va se manger ce soir ? Cela me semble parfaitement compatible avec le style de Céline.
A Anne345:
Se faire comprendre par les autres et s'adapter au niveau des autres…Certes.
Mais n'est-ce pas le nivellement par le bas?
Et puis dans ce cas pourquoi se faire un plaisir ici-même à écrire par exemple "au temps pour moi " alors que "tout le monde" l'écrit - à tort- différemment?
D'ailleurs, d'après vous, pourquoi Céline a utilisé cette tournure critiquable?
Céline est un grand écrivain. Il domine parfaitement la langue. Je suis persuadé qu'il a employé cette formulation "limite argotique" pour rester fidèle au style général de son roman. Ce n'est sûrement pas une erreur ! C'est du langage populaire revisité par l'écrivain.
Mais dans une copie de devoir… Utiliseriez-vous des expressions argotiques, même courantes dans le langage familier ?
D'accord avec Zorah. Je pense que l'emploi du réfléchi ici est effectivement du même ordre que dans "se manger un bon poulet".
Il s'agit d'un datif étendu expressif, soulignant le bénéficiaire de l'action, c'est-à-dire, en l'occurrence, le sujet du verbe.
Et puis je me suis réfléchi que ma mère ne m'en avait offert autant.
Cela souligne, mieux que n'aurait fait de banals "je me suis dit" ou "j'ai réfléchi" , l'intérêt particulier que le locuteur a eu à réfléchir… Cela souligne qu'il est le "bénéficiaire" de sa propre réflexion.
Cette tournure - si peu orthodoxe puisse-t-elle paraître - ne me semble pas être un nivellement par le bas, puisqu'elle enrichit le propos d'une nuance non négligeable.
Cher Jehan,
tu as certainement lu mon message un peu trop rapidement car j'évoquais un nivellement par le bas dans le fait justement de se priver de cette tournure.
Je répondais à l'avis d'Anne345. 🙂
tancrède5a a écrit :A Anne345:
Se faire comprendre par les autres et s'adapter au niveau des autres…Certes.
Mais n'est-ce pas le nivellement par le bas?
Et puis dans ce cas pourquoi se faire un plaisir ici-même à écrire par exemple "au temps pour moi " alors que "tout le monde" l'écrit - à tort- différemment?
D'ailleurs, d'après vous, pourquoi Céline a utilisé cette tournure critiquable?
Je crois que tout dépend du contexte… Céline s'amuse avec le langage, tout comme on ne reprochera pas à Queneau d'écrire "si tu t'imagines xa va xa va xa va durer toujours la saison des za…". On peut bien sûr se le permettre aussi si on aime les mots et les tournures argotiques ou vieillies, selon à qui on s'adresse et dans quel but. Mais encore une fois cela dépend du contexte : dans une copie de collège je prendrais aussi cela pour une faute involontaire de l'élève, et non la connaissance d'une vieille tournure très rare.
Pour moi cela n'est pas une question de nivellement par le bas.
Tancrède5a a écrit :tu as certainement lu mon message un peu trop rapidement
Alors, au temps pour moi… 😉
Cela dit, mon avis quant au "nivellement par le bas" ne t'était pas spécialement destiné !
Tancrède5a a écrit :tu as certainement lu mon message un peu trop rapidement
Alors, au temps pour moi… 😉
Cela dit, mon message assorti d'un avis quant au "nivellement par le bas" ne t'était pas spécialement destiné !
Je reste un peu dubitatif sur le principe de n'utiliser qu'un niveau de langage compris (je comprends par là maîtrisé) par ses interlocuteurs…
C'est pour ça que je parle de nivellement par le bas.
Car dans ce cas, sauf auditoire un peu lettré, on ne peut par exemple pas dire oralement "il a passé par là il y a cinq minutes". Sauf erreur, c'est correct mais pourtant considéré comme une faute par beaucoup…
De même, on ne peut alors pas écrire "au temps pour moi" car tout le monde pensera que c'est une faute…etc