Sade, enfant honteux des lettres

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je voulais rebondir sur ces quelques mots de mon professeur de littérature du XIXème concernant Les Cent Vingt Journées de Sodome :

"voulez vous me cacher cette horreur, ce n'est pas de la littérature".

Après cette réflexion tout à fait objective et découlant d'une ouverture d'esprit peu commune de mon cher professeur, j'aimerai comprendre pourquoi les œuvres du Marquis de Sade sont en quelques sortes les enfants honteux de la littérature française ? (du moins c'est le cas dans l'enceinte de l'établissement scolaire ou je suis).

Étant enclin à la crédulité, une partie de moi pense que cela a un rapport avec le politiquement trop correct des thématiques Sadienne…cependant une autre partie de moi (celle-ci débordante de lucidité) pense que faire abstraction d'un auteur "classique" juste parce que celui-ci écrit dans un délicieux phrasé des insanités, ne peut exister dans une société "moderne" qui a pour pygmalion notre actuel ministre de la culture.


Que l'on n'enseigne pas Sade au Lycée, je peux comprendre (et encore…en fait non je ne comprend pas), mais que celui-ci soit bannis des bancs de la faculté de lettres…
J'ai cité Sade dans ma dissertation au bac de Français, et on ne m'en a pas tenu rigueur. Cependant, je comprends que cela puisse heurter certaines âmes sensibles… Après, ces âmes ont-elles les capacité d'être prof de français au lycée… Peut être pas. Quant à l'enfant honteux, on ne peut dire que (outre ses meurs), ses idées eurent été très licencieuses, comparé à un Céline ou à un Brasillach, pour être actuel.
La présentation de Sade sur wikipedia anglais est la suivante.
He is best known for his erotic works, which combined philosophical discourse with pornography, depicting sexual fantasies with an emphasis on violence, criminality, and blasphemy against the Catholic Church
Les thèmes ne sont pas adaptés au scolaire de façon évidente. Il s'agit non pas de protéger les âmes des professeurs adultes ou de considérer que ces professeurs sont dotés d'une sensiblerie aigüe non professionnelle mais de ne pas blesser ou perturber les mineurs tout comme dans la vie on éloigne les mineurs de parents à la dérive.

Le CSA a stoppé la diffusion d'un extrait du texte de Sade à la radio en journée pour ce genre de raison. Le commentaire du philosophe qui organisait les diffusions était pourquoi réagir au passage diffusé alors qu'il y en avait de bien plus épouvantables … A chacun ses critères en effet.

Un classique entre guillemets n'est pas un classique. Je ne le considère pas comme un classique. La psychanalyse lui a conféré une certaine importance. Sade est en vente dans les librairies, il n'y a plus d'enfer dans les bibliothèques et chacun est libre d'avoir une opinion sur cet auteur.
Je ne sais pas qui est ton prof de XIXe, mais franchement, sa réflexion est plus que malvenue. D'autant plus qu'un vrai spécialiste du XIXe connaît l'influence essentielle de Sade sur toute une partie des auteurs du siècle.

Après, comme le dit Portia, chacun peut se faire une idée sur Sade, mais dire d'un auteur qui est publié en Pléiade que ce n'est pas de la littérature… Bien sûr, c'est un pornographe, mais s'ils avaient tous son talent, ça se saurait. Après, qu'une certaine critique (la psychocritique notamment) lui ait donné plus d'intérêt qu'il ne mérite, on peut en discuter.
Après, il faut voir sur quel ton la phrase du professeur a été prononcée et ne pas extrapoler à partir d'une malheureuse parole…
Pour rassurer Pope68, Sade est encore lu et commenté sur les bancs de l'école et jouit (c'est le cas de le dire -pardon 😀) encore d'une certaine réputation dans les milieux intellectuels (voir l'actualité éditoriale sur Sade cf. Pourquoi le XXe siècle a-t-il pris Sade au sérieux ? Ou les continuateurs souvent un peu fumeux de Bataille et compagnie).
Mais, si l'on lit volontiers La Philosophie dans le boudoir, en revanche il paraît assez difficile pour un professeur de faire étudier, par exemple, les 120 journées. Un cours est aussi fait pour ne pas dégoûter les élèves : on peut comprendre qu'un texte pareil puisse être difficilement lu par certains (et pas besoin de les qualifier d'âmes sensibles ou de chochottes hein : chacun a ses propres objets de répulsion ! je parierais peu sur le degré de réceptivité de certains ici à des textes littéraires portant sur les camps ou la Shoah par balles). Le contenu est si voyant qu'on peine même à voir le côté littéraire, et c'est un aspect gênant quand, en tant que prof, on cherche à développer la sensibilité littéraire chez les élèves.
J'avais assisté il y a quelques années à un colloque sur le mauvais goût à l'âge classique. Un prof, très amateur de textes libertins, fin connaisseur des textes sadiens, avouait lui-même sa difficulté à relire ce texte pour son intervention sur "l'excrément culinaire". Au final, l'intervention était plaisante à écouter (recette de Sade pour améliorer le goût des excréments etc.), mais le prof n'avait pas dû rigoler à chaque instant devant son texte…
On demande toujours l'impossible à un professeur : aimer tous les textes que soi-même on aime, et les considérer avec la même bienveillance qu'on le fait, et s'il ne le fait pas c'est qu'il est coincé, réac, pas ouvert. Eh bien non, pas forcément, le professeur est peut-être tout simplement un simple lecteur.
Entre citer Sade dans une dissertation et l'étudier, il existe un fossé.

Je ne suis pas dans la tête dans mon professeur, mais sachant que sur certains points il peut être très arrêté, je pense que ce n'était pas ironique, ou sous forme de boutade, ou je ne sais quoi encore.

Portia…Wikipédia quoi. 😜
Certes à un certain niveau, se pencher sur les œuvres de Sade peut être problématique au niveau des bonnes mœurs et de la morale, mais à ce que je sache à la faculté ce problème de l'age ne devrait pas se poser (oui, il existe toujours des exceptions, mais la grande majorité à la majorité).

Donc je ne comprends pas pourquoi il est évincé de tout propos dans une sphère universitaire. Les guillemets définissent cette ambiguïté, mais à quoi définir un auteur classique alors ? Il est étudié dans certains établissements (je suppose…peut être je suppose mal) donc à partir de là le terme classique irait très bien.


76man : (selon moi) A coté de quelques bémols dans ce genre, mon professeur du XIXème est vraiment bon dans son domaine. Je n'avais jamais rencontré avant lui, une personne avec une telle érudition du XIXème siècle.

Je préfère prendre du recul sur ces réflexions, mais à coté de ça, trois quart de ma promotion considèrent maintenant Sade, comme de la mauvaise littérature (ceci est un autre débat).

Après je ne sais pas du tout la réelle influence de Sade sur le XIXème siècle donc je pense encore moins savoir si dans un cours du XIXème Sade à sa place dans une quelconque discussion. Je serais tenté de dire un grand "oui" (mais là ce n'est plus la personne plus ou moins objective qui parle, mais le lecteur qui apprécie Sade).

Comme dis au dessus, Sade est dans la Pléiade, à coté de ça mon professeur de littérature de la Renaissance nous à mis en garde concernant les propos tenus dans la Pléiade de Rabelais (plus précisément la partie sur l'Abbaye de Thélème dans Gargantua) qui selon lui sont tout bonnement faux.

Est-ce que je dois remettre en cause la véracité de certaines annexes de la Pléiade ?!
A partir de là est ce que la Pléiade peut rester la référence en thème de littérature dite "classique" ?

Bien évidemment, se contenter d'ingurgiter quelques propos de professeurs (que je considère comme très subjectifs) serait ridicule, (plus que ridicule) mais bon, je me dis aussi ce que ces professeurs sont (plus ou moins) des spécialistes dans les domaines qu'ils abordent, donc la limite n'est pas très nette.

Cette digression pour dire que certes Sade (selon moi) est un auteur dont le talent n'est plus à démontrer, mais qui suis-je pour dire ça…un simple étudiant qui ne peut développer avec acuité cette pensée par manque de savoir.

Au final je pense simplement qu'avant d'être un spécialiste, un professeur est un être humain qui peut tout comme bon nombre de personne, avoir un avis très arrêté sur certains sujets.

Mais alors quel est la place de Sade dans la littérature ? Comme par exemple son influence sur les autres siècles…Si ma mémoire est bonne Sade a été redécouvert au XXème siècle, donc pour je ne sais quelle raison, il à bien été rejeté (en quelque sorte) par le XIXème siècle, non ?

Par contre 76man pourquoi dire "une certaine critique (la psychocritique notamment) lui ait donné plus d'intérêt qu'il ne mérite" ?

L'on mérite un certain degré d'intérêt en fonction de…?
Pope68 a écrit :Donc je ne comprends pas pourquoi il est évincé de tout propos dans une sphère universitaire.
S'il n'est pas souvent étudié, Sade n'est pas non plus absolument éludé par les universitaires. L'une de mes profs de XVIIIe s. est entre autres spécialiste de Sade.
Après je ne sais pas du tout la réelle influence de Sade sur le XIXème siècle donc je pense encore moins savoir si dans un cours du XIXème Sade à sa place dans une quelconque discussion. Je serais tenté de dire un grand "oui" (mais là ce n'est plus la personne plus ou moins objective qui parle, mais le lecteur qui apprécie Sade).
Je n'aime pas Sade plus que ça, donc je pense être assez objectif quand je dis que son importance est réelle. Chez Musset, chez Baudelaire, chez les décadents… Mario Praz, dans La Chair, la Mort et le Diable : le romantisme noir consacre à Sade un chapitre intitulé "A l'enseigne du divin marquis", qui pèche par quelques erreurs mais rétablit l'importance de Sade.
Comme dis au dessus, Sade est dans la Pléiade, à coté de ça mon professeur de littérature de la Renaissance nous à mis en garde concernant les propos tenus dans la Pléiade de Rabelais (plus précisément la partie sur l'Abbaye de Thélème dans Gargantua) qui selon lui sont tout bonnement faux.

Est-ce que je dois remettre en cause la véracité de certaines annexes de la Pléiade ?!
A partir de là est ce que la Pléiade peut rester la référence en thème de littérature dite "classique" ?
Il y a toujours des clans de critiques, donc il faut bien prendre soin de la véracité des propos de spécialistes. D'après ce que j'ai pu entendre sur Mireille Huchon, éditrice de Rabelais en Pléiade, ce serait une très grande et très bonne chercheuse - excepté pour son livre sur Louise Labé, très critiqué.
Mais alors quel est la place de Sade dans la littérature ? Comme par exemple son influence sur les autres siècles…Si ma mémoire est bonne Sade a été redécouvert au XXème siècle, donc pour je ne sais quelle raison, il à bien été rejeté (en quelque sorte) par le XIXème siècle, non ?
Comme dit plus haut, au XIXe s., les auteurs "respectables" n'avouaient pas lire Sade, mais on le connaissait de nom, et parfois par ses textes.
Par contre 76man pourquoi dire "une certaine critique (la psychocritique notamment) lui ait donné plus d'intérêt qu'il ne mérite" ?

L'on mérite un certain degré d'intérêt en fonction de…?
Je ne suis pas spécialiste de Sade, mais il a été un client parfait pour la psychocritique, le sadisme étant devenu une catégorie de névrose. Quant à l'intérêt que mérite un auteur, c'est souvent relatif, mais si on lit plus aujourd'hui Flaubert et Zola que Georges Ohnet, il y a des raisons tout à fait justifiables.
Polo a écrit :On demande toujours l'impossible à un professeur : aimer tous les textes que soi-même on aime, et les considérer avec la même bienveillance qu'on le fait, et s'il ne le fait pas c'est qu'il est coincé, réac, pas ouvert. Eh bien non, pas forcément, le professeur est peut-être tout simplement un simple lecteur.
C'est surtout qu'un professeur n'a pas à donner son avis… Il peut avoir des avis, mais il n'a pas à condamner un livre… Et ses préférences doivent être intégrées avec délicatesse…
Karlsbrau a écrit :C'est surtout qu'un professeur n'a pas à donner son avis… Il peut avoir des avis, mais il n'a pas à condamner un livre… Et ses préférences doivent être intégrées avec délicatesse…
En même temps ce sont ces mêmes professeurs qui définissent le programme de l'année en fonction de leurs préférences…mais dans l'idéal, il est vrai que le rôle d'un professeur est d'être le plus objectif possible (hélas, l'être humain prend parfois le dessus sur l'enseignant pédagogique).
S'il n'est pas souvent étudié, Sade n'est pas non plus absolument éludé par les universitaires. L'une de mes profs de XVIIIe s. est entre autres spécialiste de Sade.
Parce qu'il existe des professeurs du XVIIIème ! (bien sur qu'il en existe)
Cette matière n'existe pas dans la faculté ou je suis cependant, la littérature va du Moyen Age au XXème siècle, en prenant soin d'ésquiver méticuleusement le XVIIIème siècle (allez savoir pourquoi, à croire que la littérature du XVIIIème est inexistante).
Il faut croire que toute les facultés ne s'organisent pas sur une même base d'apprentissage (après cela n'est pas spécialement mauvais).
Je ne suis pas spécialiste de Sade, mais il a été un client parfait pour la psychocritique, le sadisme étant devenu une catégorie de névrose. Quant à l'intérêt que mérite un auteur, c'est souvent relatif, mais si on lit plus aujourd'hui Flaubert et Zola que Georges Ohnet, il y a des raisons tout à fait justifiables.
Oui en effet je m'attendais un peu à ça 🙂
Le sadisme est devenu une poule aux œufs d'or avec le développement de la psychanalyse.

76man j'aimerai savoir quelles sont les littératures que tu as étudié lors de ton cursus estudiantin ?

Parce qu'il est vrai que je n'ai pas d'autre modèle que la faculté dans laquelle je suis, mais je me rend compte au fur et à mesure des discussions sur le forum, que beaucoup de chose semble êtres différentes.
Karlsbrau a écrit :
Polo a écrit :On demande toujours l'impossible à un professeur : aimer tous les textes que soi-même on aime, et les considérer avec la même bienveillance qu'on le fait, et s'il ne le fait pas c'est qu'il est coincé, réac, pas ouvert. Eh bien non, pas forcément, le professeur est peut-être tout simplement un simple lecteur.
C'est surtout qu'un professeur n'a pas à donner son avis… Il peut avoir des avis, mais il n'a pas à condamner un livre… Et ses préférences doivent être intégrées avec délicatesse…
Enfin, tous les professeurs, à un moment ou un autre, évitent soigneusement les livres dont ils n'ont pas envie de parler, sauf s'ils leur sont imposés ! Je me souviens de mon professeur de Terminale qui nous avouait n'avoir jamais lu Proust pendant toutes ses études et jusqu'à aujourd'hui, si ce n'est par extraits.
Et je trouve plus profitable pour l'élève qu'un prof s'engage aussi à exprimer son avis sur un livre, manifeste ses coups de coeur et ses réserves, plutôt qu'un prof qui fera tout lire sans qu'on sente qu'il a une quelconque conception de la littérature. J'aime bien sentir qu'un prof se passionne pour ce qu'il lit et déteste. Et puis qu'il le condamne, vous y allez un peu fort. Il n'aime pas, et alors, rien n'empêche les étudiants d'aller lire Sade : une réserve formulée ainsi me donnerait plus envie d'aller lire discrètement l'ouvrage que de boire l'avis du prof. Que les 3/4 de la promotion s'en tienne à la formule péremptoire, tant pis pour eux, c'est qu'ils ne sont pas curieux et voient encore le professeur comme le gardien du bon goût.
En tout cas, ce serait malhonnête qu'à cause de cette phrase malheureuse l'on pense que Sade est banni de l'université. Je pense que tous ceux qui sont ici à la fac l'ont déjà entendu mentionné au moins une fois.
Et s'il n'est pas tant étudié que cela, ce n'est pas forcément à cause des âmes sensibles qui seraient heurtées : peut-être qu'on tournerait vite en rond à l'étudier ? C'est une vraie question que je pose car je me demande si on ne l'a pas récupéré pour parler essentiellement de sadisme parce qu'on ne savait pas quoi dire du reste ni comment le commenter : non pas seulement parce que ça gênait, mais parce que c'est une littérature qui, je crois, ne prend son sens qu'à partir des textes qui s'en sont inspirés, même de loin. En somme comme si c'était une littérature-matrice à la forme monstrueuse encore incertaine et aux exagérations si grosses qu'elle réduisent les textes à des cas de perversion. Et ce serait aux écrivains qui succèderont à Sade de le reprendre discrètement pour magnifier les gros sabots du marquis. Ça fait Pierre Bayard dit comme ça, mais je me demande s'il n'y a pas un peu de ça chez Sade, une forme d'échec dans l'ambition littéraire qui explique son statut marginal (car le critère de la Pléiade ne semble pas très satisfaisant : il y a des tas d'auteurs obscurs qui y sont publiés sans avoir écrit de chefs-d'oeuvre : Baculard d'Arnaud par exemple, à la même époque que Sade, et assez proche de lui par sa poétique).
Polo a écrit :(car le critère de la Pléiade ne semble pas très satisfaisant : il y a des tas d'auteurs obscurs qui y sont publiés sans avoir écrit de chefs-d’œuvre : Baculard d'Arnaud par exemple, à la même époque que Sade, et assez proche de lui par sa poétique).
Bien sûr, je n'ai jamais dit le contraire. Mais tu es taquine : tu prends un auteur qui est présent dans un recueil de nouvelles du XVIIIe s. 😜 Après, certains auteurs ne sont pas en Pléiade mais ont beaucoup d'intérêt.

Pope, j'ai étudié de nombreux auteurs en licence : Proust, Céline, Balzac, Gautier, Musset, Mérimée, Hugo, Racine, La Fontaine, Voltaire, Christine de Pizan, Marot, les petits et grands poètes bucoliques de la période 1550-1600…
Je commence à croire que c'est moi qui suis allé dans la mauvaise faculté…
En L2/L3 et pas un Proust, ni un Céline depuis le début de mon cursus en littérature du XXème siècle.

Mais tout ceci est normal, justement j'aimerai rebondir sur ce qu'a dit Polo
tous les professeurs, à un moment ou un autre, évitent soigneusement les livres dont ils n'ont pas envie de parler, sauf s'ils leur sont imposés !
Le programme (à la faculté) est définit par les professeurs, non ?
peut-être qu'on tournerait vite en rond à l'étudier ?
Pour ma part, je ne pense pas que la seule matière des œuvres de Sade (du moins pour celles que j'ai entrevues) soit la matière du sadisme. Certes, le fond pornographique à visée sadique occupe une grande partie dans ses écrits, mais l'on peut prendre en compte aussi le coté philosophique qui est lui aussi omniprésent dans son œuvre. Et la forme dans tout ça…son phrasé n'est pas dégueulasse, et il y aurait pas mal à dire sur son style d'écriture. Je pense que beaucoup de personnes citent Sade pour le coté "monstrueux" de l'œuvre, alors que je suis persuadé (avec toute la crédulité que cela comporte) que l'on ne peut concentrer la profondeur de certains de ces écrits au seul aspect sadique.

Après je ne suis pas assez calé à ce niveau pour affirmer ou infirmer les limites de l'œuvre de Sade. Et d'ici que j'aurais trouvé matière, ce post sera perdu dans les limbes de la sphère virtuelle.

Concernant la Pléiade, elle est loin d'être complète, je n'y trouve pas encore les œuvres philosophiques de BHL.

Duras est entrée dans la Pléiade qu'il y a très peu de temps.
Je n'ai pas un goût démesuré pour Sade, ce qui est je crois la position de bon goût parmi les lettrés. Tant pis. Mais je dois avouer, Polo, que ton dernier paragraphe me titille un peu, parce qu'on dirait la dissimulation d'une idée plus tranchée – Sade est surestimé – mais formulée de telle sorte qu'on ne peut donc répondre que d'une manière assez bête : ou peut-être pas. Est-il bien pertinent de mettre en doute la qualité d'un auteur en s'appuyant sur une hypothèse sur la cause du manque de travaux universitaires ? Il y aurait tant à contester. On sera tous d'accord pour dire que ce n'est pas la taille du public qui fait la qualité de l'auteur, puisque nous apprécions des « classiques » qui ne sont dans les bibliothèques de personne. Si Sade a un public particulièrement restreint, cela peut aussi expliquer la discrétion des travaux. D'une manière ou d'une autre, qu'on n'en dise rien ne montre pas qu'il n'y a rien à en dire, et un critique qui ne sait pas parler d'une œuvre ne montre jamais que sa propre incapacité à en dire quelque chose, rien d'autre. (Au reste je me souviens que mon professeur de première parlait sans cesse de Sade.) Je ne crois donc pas qu'on puisse montrer qu'une œuvre est vide ou ne prend de sens que comme ça et pas autrement (je ne vois pas comment). Après, je t'ai peut-être mal compris.
Oui bien sûr que mon message était exagéré (et je me doutais que tu réagirais 😜). Du reste, on prend quand même le cas d'un écrivain qui n'est pas non plus si marginal que cela. Je n'ai pas été voir le nombre de travaux universitaires qui lui étaient consacrés mais j'imagine qu'il n'y en a pas aussi si peu qu'on le laisse penser ici. Et en dehors de l'université parce que la popularité d'un auteur ne se mesure pas là, évidemment, Sade est encore apprécié, je crois.

Je ne parlais pas exactement des travaux universitaires, mais d'une étude de ses textes en cours. Qu'on me contredise si quelqu'un a eu à l'étudier en cours, mais je crains que le prof ne se sente trop démuni face au contenu, que le contenu dérangeant l'emporte trop sur une analyse poétique qui, elle, ferait surgir un système de valeurs, ou du moins que le prof se replie sur l'aspect philosophique qui est, certes, contenu dans toute oeuvre littéraire mais ne semble pas s'y conformer tout à fait. Un travail universitaire prendrait le temps de déplier le texte, de prendre du recul, là où une étude plus resserrée dans le temps risquerait de trop moraliser le texte. Après, j'ai peut-être ce sentiment-là parce que je me sentirais, je crois, incapable de faire étudier sérieusement ses textes pendant un semestre et que moi non plus je ne raffole pas de lui, on l'aura compris (trop roboratif et le style ne m'emporte pas -rien qu'en l'exprimant ainsi j'avoue ma propre faiblesse car le style serait ce sur quoi je me raccrocherais alors qu'on sait bien que le style ne doit pas être de l'enrobage).

Mais c'est plus largement le problème -si c'en est un- des oeuvres ayant un contenu abject, et que je rencontre moi aussi pour mes textes "classiques" : c'est souvent difficile de passer outre ce contenu et, dans le cas de Sade, de le voir autrement que comme un cas clinique et, dans le cas de la littérature de témoignage par exemple, de dépasser l'acceptation de témoignage (l'expression "littérature de témoignage" a été forgée faute de mieux, elle est bien sûr discutée). C'est pas évident parce que ça déstabilise nos façons d'aborder les textes.

Après, quant aux auteurs dits mineurs, je ne sais pas si la rareté des travaux ou simplement du public (car les travaux universitaires ne me semblent pas toujours être un bon reflet de ce qui peut se dire de stimulant sur une oeuvre -on l'a déjà tous deux constaté) s'explique simplement par les propres défaillances des commentateurs. Enfin, je pense que dire "qu'on n'en dise rien ne montre pas qu'il n'y a rien à en dire, et un critique qui ne sait pas parler d'une œuvre ne montre jamais que sa propre incapacité à en dire quelque chose, rien d'autre" est sans aucun doute pertinent pour des auteurs "confidentiels" dont on sent la qualité sans arriver encore à l'exprimer ou pour des écrivains incontournables mais vraiment cotons à commenter, mais que ce constat l'est moins pour des auteurs dont le critique a aussi le droit d'affirmer qu'ils ont échoué ou sont simplement mauvais. L'échec est souvent intéressant à commenter, mais je ne voudrais pas non plus qu'on considère que le critique, en affirmant qu'un livre est par exemple creux, a tort parce que l'auteur, rien que par son ambition, a forcément eu quelque chose à dire. Il y a hélas des textes mauvais dont il n'y a rien à dire, si ce n'est regretter que l'auteur s'y soit pris aussi mal. Mais je dois trop extrapoler tes propos. Et on s'éloigne du sujet initial.

Si tu ne comprends pas, c'est normal, je ne suis pas sûre moi-même d'avoir bien médité mes propos 😀
Quand on voit tout ce qu'on a pu débiter à partir du "Chantre" d'Apollinaire, comment peut-on en venir à croire qu'il puisse n'y avoir rien à dire sur un texte, seriously ? 😜 René Pommier pourtant en arrive presque à cette conclusion, mais c'est que le point de vue dont il part (même s'il prétend ne pas en avoir) le conduit à rejeter ce qui a été dit et ne lui permet pas de dire grand chose. Il ne prouve pas qu'il n'y a rien à dire, il prouve que sa manière de lire ne permet pas de tirer quelque chose de ce texte. De n'y rien voir à rien à voir, le pas est tentant, mais il n'est pas pertinent. Ce n'est pas non plus l'indice d'un mauvais lecteur ou d'une approche bancale, comme s'il fallait forcément qu'il y ait quelque chose ; je suis aussi d'accord pour dire qu'une critique aussi négative peut être intéressante. Je ne suis pas du tout contre les critiques d'aucune sorte, en fait, seulement il me semble que, la chose considérée n'étant que telle qu'on la voit, le sens, la valeur, etc., n'étant que ce qu'on dit qu'ils sont, il ne peut y avoir qu'une variété de points de vue, et pas de d'objectivité, donc jamais de critiques « démontrant » l'insignifiance ou la médiocrité d'une œuvre, mais toujours des démarches ayant d'autres enjeux que la vérité : déplacer, servir, mettre en cause des idées, valeurs, politiques, que sais-je.

Voilà. Pour le cours sur Sade, je ne sais pas trop quoi dire, je trouve tout ce que tu dis intéressant et me reconnais dans certaines difficultés - enfin, je me rappelle des 120 jours, mais La Philosophie dans le boudoir, j'avoue que je n'ai trouvé ça "qu'"ennuyeux - mais c'est la situation qui me semble étrange, essayer d'imaginer ce qu'on dirait, ce que les autres diraient… En tous cas, à te lire je me dis que le cours dont j'aurais envie sur cet auteur partirait justement de problèmes comme ceux tu évoques. Pourquoi, comment lire un auteur abject ? Qu'est-ce que ça fait que ce qu'il dit le soit dans les formes du siècle des Lumières ? Quelque chose comme ça, plutôt qu'une approche qui partirait à la conquête de la spécificité de l'œuvre de Sade comme elle le ferait avec n'importe quoi d'autre.

(Je tiens là à préciser que je n'aime pas René Pommier.)
(car les travaux universitaires ne me semblent pas toujours être un bon reflet de ce qui peut se dire de stimulant sur une oeuvre -on l'a déjà tous deux constaté)
M***** M**** ?
Ursus a écrit :Voilà. Pour le cours sur Sade, je ne sais pas trop quoi dire, je trouve tout ce que tu dis intéressant et me reconnais dans certaines difficultés - enfin, je me rappelle des 120 jours, mais La Philosophie dans le boudoir, j'avoue que je n'ai trouvé ça "qu'"ennuyeux - mais c'est la situation qui me semble étrange, essayer d'imaginer ce qu'on dirait, ce que les autres diraient… En tous cas, à te lire je me dis que le cours dont j'aurais envie sur cet auteur partirait justement de problèmes comme ceux tu évoques. Pourquoi, comment lire un auteur abject ? Qu'est-ce que ça fait que ce qu'il dit le soit dans les formes du siècle des Lumières ? Quelque chose comme ça, plutôt qu'une approche qui partirait à la conquête de la spécificité de l'œuvre de Sade comme elle le ferait avec n'importe quoi d'autre.
Oui mais ma besta, tu imagines qu'on se sentirait obligé de parler quand même de Julia Kristeva, quelle horreur ! 😜 (A moins de faire comme le prof de Pope68…)

(Pour le reste, je vais y réfléchir)

M. M. : ah oui tiens, je ne pensais même plus à lui, tu me rappelles certains fous rires à la BU !
En fait je me suis davantage souvenu de P******* d* l* r*** que d'une étude d'une oeuvre que nous aurions souffert en commun. 😜

J'avais cherché à faire en sorte d'éviter Barthes, et paf.
Bon je vois un topic avec écrit Sade, je fonce dessus évidemment. Sade a toujours eu une réputation sulfureuse on le sait. C'est seulement au XX ème s avec les surréalistes qu'il est redécouvert et réhabilité d'une certaine façon. Etudier Sade en classe ne me parait pas si ardu que ça : évidemment on ne va pas donner les 120 Journées à des secondes mais je pense que des extraits de Justine ou de La Philosophie dans le boudoir pourraient être judicieusement convoqués, notamment sur leur portée philosophique et leur mise en parallèle avec d'autres auteurs du XVIII ème s comme Rousseau notamment…

De nombreux travaux ont été consacrés à Sade : des spécialistes comme Bataille, Le Brun, Klossowski, Blanchot ou même Barthes et de Beauvoir pour ne citer que les plus connus..

Je prends beaucoup de plaisir à lire Sade, sûrement parce que la violence en littérature me fascine mais pas seulement pour ça. Sade peint certes l'horreur d'une façon complaisante et affreuse mais on sent le travail d'écriture derrière.

Voilà =p