Il y a un poème allemand très connu (un des poèmes préférés des Allemands) qui est construit ainsi. L'effet est très mélodieux.
Auriez-vous des exemples de poèmes français construits de la même manière ?
Mondnacht (Joseph von Eichendorff)
Es war, als hätt der Himmel (7)
Die Erde still geküsst,(6)
Dass sie im Blütenschimmer (7)
Von ihm nun träumen müsst. (6)
Die Luft ging durch die Felder, (7)
Die Ähren wogten sacht, (6)
Es rauschten leis die Wälder, (7)
So sternklar war die Nacht. (6)
Und meine Seele spannte(7)
Weit ihre Flügel aus, (6)
Flog durch die stillen Lande, (7)
Als flöge sie nach Haus. (6)
Traduction du début (pour information):
On eût dit que sans bruit le ciel
Avait embrassé la terre,
Pour que dans la clarté des fleurs
Elle ne rêvât plus que de lui.
…
En eux-mêmes, les vers de 7 syllabes sont rares en poésie française.
La forme appelée villanelle est en heptasyllabes.
On trouve quelques poèmes en heptasyllabes chez Verlaine.
Mais je doute que l'on trouve un poème avec alternance 7-6
Dans la chanson à texte, peut-être ?
Chez Brassens, j'ai trouvé deux chansons avec alternance 7-5 :
https://www.musikiwi.com/paroles/georges-brassens-je,suis-voyou,31961.html Je suis un voyou
https://www.musikiwi.com/paroles/georges-brassens-bonhomme,30423.html Bonhomme
Rien de mieux à proposer pour l'instant…
Intéressant… merci Jehan !
Pourquoi utilise-t-on si peu d'heptasyllabes en français à votre avis ?
C'est pourtant très harmonieux:
"Et quand, solennel, le soir
Des chênes noirs tombera,
Voix de notre désespoir,
Le rossignol chantera."
(Verlaine)
Pour faire une villanelle
Rime en ‘elle’ et rime en ‘in’
La méthode est simple et belle.
On dispose en kyrielle
Cinq tercets, plus un quatrain,
Pour faire une villanelle
Sur le premier vers en ‘elle’
Le second tercet prend fin;
La méthode est simple et belle (…)
(Boulmier)
Cela dit, l'heptasyllabe n'est sans doute pas le seul vers harmonieux.
Comme je l'ai suggéré, sa relative brièveté semble convenir aux chansons et aux vers chantants…
Tels ceux de Maurice Fombeure, par exemple, dont les poèmes ont souvent été mis en musique.
Fombeure a fréquemment usé de l'heptasyllabe :
Automne, automne, automne, oh,
La saison de l'ancolie
La saison où les tonneaux
Se remplissent de folie
Ou encore :
L'aube point avant que passent
Dans un froissis de velours
Les guivres et les bécasses…
Il ne fait pas encor jour
Ou encore :
Bien souvent le matin j'ai
Le doux plaisir de surprendre
Des belles en négligé
Un pain frais dans leurs bras tendres…
L'heptasyllabe, comme tous les vers impairs, a souffert de l'impérialisme de l'octosyllabe et du décasyllabe au Moyen-Age, puis de l'alexandrin à partir de l'ère classique. On l'appelle du reste parfois "vers boiteux", c'est tout dire! Et pourtant, il est présent dans la poésie lyrique médiévale, comme en témoignent ces beaux vers de Christine de Pisan :
Quand je voy ces amoreux
Tant de si doulz semblanz faire
L'un à l'autre et savoreux
Et doulz regars entretraire,
Liement rire et eulx traire
A part, et les tours qu'ils font,
A pou que mon coeur ne font !
Quant à associer 6 et 7… Je ne vois guère qu'Hugo à l'avoir fait, dans les Djinns, aux strophes 5 et 6 ; 10 et 11, mais il s'agit évidemment d'un cas très particulier…
Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns…! - Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond !
Déjà s'éteint ma lampe ;
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.
C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant.
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide ;
Qui porte un éclair au flanc.