Questions sur le master recherche
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Bonjour,
Je suis en L3 de lettres modernes et j’aimerais intégrer l’année prochaine un master recherche. Je compte en parler avec quelques uns de mes profs, et je consulte les sites des facs pour connaître leurs propositions ; cependant j’ai des questions qui me viennent à l’esprit et auxquelles j’espère vous pourrez répondre ?
1) Une connaissance étudiant en master à Grenoble m’a dit que chaque fac avait une « spécialité », laquelle est connue par « le bouche à oreille » et non mentionnée explicitement sur leur site (exemple ; Grenoble est spécialisé dans le XVIIIe siècle).
Est-ce vrai ? (ça me parait un peu bizarre…)
2) Quand est-ce que les demandes d’inscriptions doivent être envoyées aux facs où on veut postuler ? (j’ai cru comprendre qu’il fallait envoyer un dossier avec lettre de motivation, etc., si on change de fac pour son master, ce qui sera mon cas… là encore est-ce exact ?)
3) Comment choisir son directeur de mémoire ? je n’ai pour l’instant que des pistes pour l’année prochaine (quelques thèmes que je pourrais travailler pendant 2 ans sans finir par en être dégoutée..) ; cependant je ne connais aucun directeur de recherche… DONC est-ce que je dois me rendre dans les facs qui m’intéressent pour prendre contact avec eux? ou alors tous les profs de fac sont plus ou moins en contact, et dans ce cas je peux demander une adresse mail fiable à un de mes profs ?
4) Sinon (question vraiment débile mais dont je ne connais pas la réponse) ; peut-on théoriquement préparer n’importe quel sujet de mémoire dans n’importe quelle fac (et dans ce cas on aurait donc un prof non spécialisé dans le domaine étudié) ? (je la pose au cas où je trouve THE sujet, mais que je ne puisse pas aller dans la fac idéale pour ça…)
En espérant ne pas avoir posté de questions déjà posées sur d’autres threads… merci beaucoup à ceux qui me répondront ! 🙂
Bonjour,
1) Une connaissance étudiant en master à Grenoble m’a dit que chaque fac avait une « spécialité », laquelle est connue par « le bouche à oreille » et non mentionnée explicitement sur leur site (exemple ; Grenoble est spécialisé dans le XVIIIe siècle).
Est-ce vrai ? (ça me parait un peu bizarre…)
Dire que ce n'est pas mentionné explicitement sur le site de la fac n'est pas tout à fait exact mais oui, effectivement, chaque fac (en tout cas, celles qui ont de vraies activités de recherche) a plus ou moins ses domaines de prédilection. Généralement, un regard sur les cours proposés et les équipes de recherche permet de se faire une bonne idée.
2) Quand est-ce que les demandes d’inscriptions doivent être envoyées aux facs où on veut postuler ? (j’ai cru comprendre qu’il fallait envoyer un dossier avec lettre de motivation, etc., si on change de fac pour son master, ce qui sera mon cas… là encore est-ce exact ?)
Chaque fac fait sa petite cuisine (donc bien surveiller les délais même si certaines universités sont plus coulantes que d'autres…) mais concrètement on commence à songer sérieusement aux demandes d'admission vers mai-juin. Et bien sûr les inscriptions proprement dites se font soit en juillet soit à la rentrée (parfois jusque début novembre). Quand on change de fac, il faut en principe joindre au dossier une lettre de motivation, une esquisse de recherche mais rien de bien méchant (surtout si tu as trouvé entre-temps un directeur de recherche qui te soutient).
3) Comment choisir son directeur de mémoire ? je n’ai pour l’instant que des pistes pour l’année prochaine (quelques thèmes que je pourrais travailler pendant 2 ans sans finir par en être dégoutée..) ; cependant je ne connais aucun directeur de recherche… DONC est-ce que je dois me rendre dans les facs qui m’intéressent pour prendre contact avec eux? ou alors tous les profs de fac sont plus ou moins en contact, et dans ce cas je peux demander une adresse mail fiable à un de mes profs ?
Tu regardes déjà sur les sites des université les pages "master" ou "équipes de recherche" : on y trouve souvent un court CV pour chaque prof et une adresse mail pour les contacter. Si tu es intéressée par certains thèmes, commence déjà à repérer les livres critiques sur ces sujets : souvent, les mêmes noms reviennent -c'est ceux-là avec lesquels, dans l'idéal, il faudrait travailler. Demander à ses profs de licence des conseils est aussi judicieux mais tous les profs ne se connaissent pas, bien sûr, vu tous les domaines de recherche possibles… Il existe sur internet, me semble-t-il, quelques annuaires de chercheurs (par exemple sur fabula) mais ce n'est pas forcément bien mis à jour et tous les profs ne s'y inscrivent pas.
4) Sinon (question vraiment débile mais dont je ne connais pas la réponse) ; peut-on théoriquement préparer n’importe quel sujet de mémoire dans n’importe quelle fac (et dans ce cas on aurait donc un prof non spécialisé dans le domaine étudié) ? (je la pose au cas où je trouve THE sujet, mais que je ne puisse pas aller dans la fac idéale pour ça…)
En théorie oui, mais ce serait dommage de passer à côté de profs, d'activités de recherche ou simplement de séminaires de recherche plus directement liés à tes sujets. Tu risques de te retrouver un peu seule avec ton sujet (je trouve que pouvoir s'entretenir avec un ensemble de professeurs et d'étudiants intéressé par les mêmes sujets est très enrichissant et motivant). Possible aussi que le professeur qui pourrait éventuellement t'encadrer refuse de le faire faute de compétences (et ce serait honnête de sa part). Une précision quand même : le directeur de recherche n'a pas besoin d'être parfaitement calé sur ton sujet de prédilection mais doit un peu naviguer dans ces eaux-là. Exemple : ne pas se rabattre sur un prof qui se dit spécialiste de la littérature du XXe siècle (que c'est fourre-tout…) même si tu veux travailler, par exemple, sur la littérature des camps nazis : à la limite il vaut mieux être soutenu par quelqu'un qui travaille plus directement sur les liens entre littérature et histoire / politique.
Et puis si tu as des questions plus précises (sur l'actualité d'un sujet de recherche, si tu recherches quelques noms de directeurs de recherche), tu peux toujours le faire ici : les centres d'intérêt sont assez divers sur ce forum. 🙂
Polo, un grand merci pour ta réponse complète et précise!
ça calmera quelques jours le stress qui me ronge au sujet de l'orientation à choisir! 🙂
Ne stresse pas trop : tu as encore pas mal de temps pour y réfléchir sereinement. Honnêtement, quand j'étais en L3, j'ai longtemps hésité entre deux domaines complètement différents…
Pour ton dossier CROUS, si tu en fais un, ce serait bien d'avoir d'ici fin avril quelques idées de facs possibles mais rien ne presse 😉
Pour ton dossier CROUS, si tu en fais un, ce serait bien d'avoir d'ici fin avril quelques idées de facs possibles mais rien ne presse
Si tu ne le fais que pour les bourses, te stress pas trop pour ça non plus. Il est préférable, parce que ça débarasse, de le faire dans les délais ; mais tu peux faire ta demande n'importe quand dans l'absolu, du moins ça ne pose pas de problème profond si tu ne l'as fait qu'en septembre : parole d'un mec qui fait ça tellement c'est un glandu depuis quatre ans. Tu as quand même ta bourse en octobre, comme tout le monde 😀
Bonjour,
Voici ma deuxième série de questions, j’espère que vous pourrez m’éclairer un peu…
1) Combien de mémoires doit-on produire selon si on est en master enseignement ou en master recherche ? Serait-ce 2 mémoires en master enseignement (soit un par an) et un mémoire sur 2 ans pour le master recherche ?
(et si je veux poursuivre en doctorat, alors master recherche obligatoire, c’est cela ?)
2) Je suis par essence une littéraire, mais dans la mesure où je suis une « touche-à-tout » ; continuer à m’intéresser aux sciences par exemple me permet d’apprécier encore plus la littérature et de ne pas m’en « lasser ». Pourrais-je donc faire un master recherche mêlant 2 disciplines ? (par exemple littérature et peinture, ou littérature et musique, ou même littérature et science ou sociologie?). Je ne connais pas les limites thématiques de la recherche en master de lettres…
3) Sinon je me rappelle avoir trouvé une fois un site répertoriant les sujets de mémoire déjà traités, mais je ne le retrouve plus… quelqu’un pourrait-il poster le lien ?
Merci d’avance pour l’aide que vous pourrez m’apporter !
1) Pour les masters recherches, tout dépend de la maquette de la formation. Personnellement, par exemple, pour un de mes masters je dois faire un mémoire sur deux ans - théoriquement -, et pour l'autre un mémoire par an.
2) Les possibilités d'entremêlement sont relativement illimité, le seul critère de sélection étant en l’occurrence la pertinence de la recherche.
3) Je ne connais pas ce site, mais choisir un thème de recherche déjà traité d'une manière ou d'une autre n'est pas un problème et il est même difficile de trouver un sujet absolument jamais traité. L'originalité se fera au niveau de l'angle, des avancées théoriques, de l'écriture.
Il n'existe pas de site référençant les mémoires ou maîtrises soutenus. A la limite, quelques-uns sont référencés sur le SUDOC (
https://www.sudoc.abes.fr/), qui est un catalogue référençant entre autres les thèses, voire sur Calames
https://www.calames.abes.fr/pub/
Pour les thèses en préparation, il y a le Fichier central des thèses :
https://www.theses.fr/sujets/
Si tu souhaites te lancer dans un doctorat, mieux vaut faire en effet un master recherche. Le plus souvent, il faut avoir eu la mention Bien au cours du master pour être accepté en doctorat.
merci leihe et polo pour ces réponses-éclair! 🙂
si des idées de mémoire me viennent à l'esprit, je dois éviter de les poster sur le forum?
Tu peux les poster sur le forum, je pense, même si je ne suis pas certain que nous soyons les mieux indiqués ici pour donner un avis sur un sujet de mémoire.
Bonjour,
C'est de pire en pire, cette fois-ci je regresse, puisque je me mets à hésiter entre le master recherche et le master enseignement.
Si j'ai bien compris, on opte pour le master enseignement si on veut "juste" passer capes et agreg; si on souhaite poursuivre en doctorat, alors pas le choix, c'est master recherche obligatoire.
J'ai envie de tenter le master recherche, pour la "liberté" qui y est accordée (dans le sens où on choisit son sujet, donc son programme), et parce que j'adore étudier, et si j'y arrive j'adorerais faire un doctorat, puis enseigner à la fac.
SEULEMENT grosse remise en question; j'ai parlé à l'une de mes profs qui m'a dit de ne pas passer l'agreg ni faire un doctorat, et donc me "limiter" au capes, car il n'y a presque pas de postes d'enseignants-chercheurs, et que je finirais par enseigner en collège/lycée, quel que soit mon parcours.
question: qu'en pensez-vous?!
Que la réponse de ta professeure n'est peut-être pas la plus intelligente.
Ce qui est vrai, c'est que les postes d'enseignant-chercheur ou de chercheur au CNRS sont rares en France et dans le monde, que cela demande une grande implication professionnelle, qui est aux dépends des loisirs et de la vie privée, qu'il y a une très forte compétition et que cette compétition n'est pas toujours entièrement honnête, que la vie d'un doctorant est précaire, que les salaires sont très inférieurs à ce que l'on serait en droit d'attendre à un tel niveau de qualification et que le prestige social est nul.
Ces considérations sont importantes à prendre en compte et à bien méditer, mais elles ne sont pas nécessairement des critères déterminants dans le choix des concours ou des diplômes que l'on poursuit. On peut très bien vouloir faire un doctorat pour le plaisir de la recherche, en ayant conscience que les perspectives d'avenir sont limitées. On peut très bien vouloir faire un doctorat pour obtenir un poste, s'en donner tous les moyens, être prêt à s'expatrier, accumuler les lignes de CV, etc.
Il faut cependant bien savoir que l'amour de la recherche n'est pas une chose tendre et agréable, une liberté ou une pure extase intellectuelle. Je vois beaucoup de gens qui souhaitent s'engager dans un doctorat parce que ça a l'air amusant et/ou intéressant. Un doctorat réussi exige un haut niveau de compétence qui passe nécessairement par l'accumulation d'un savoir point toujours exaltant, par une spécialisation très souvent frustrante et par la publication régulière de résultats, que l'on en ait envie ou non. Il faut bien mesurer ces exigences avant de prendre sa décision.
Pour ce qui est de l'agrégation, elle ne permet pas, à elle seule, d'enseigner à l'université (du moins dans la plupart des cas et dans les autres débouche de toute façon sur une situation peu confortable). Mais, dans le secondaire, elle offre une meilleure rémunération, une progression plus rapide dans l'échelle des salaires, des horaires plus confortables et une affectation plus conforme à tes souhaits. Déconseiller à une personne de passer l'agrégation est de ce point de vue très curieux.
On peut à la rigueur estimer qu'il est préférable de passer d'abord le CAPES avant de tenter l'agrégation ou de tenter le CAPES en même temps que l'agrégation, pour s'assurer un filet de sécurité.
Peut-être faut-il voir la façon dont sont considérés les masters recherche et enseignement dans la fac de RitaSkeeter.
Je me souviens qu'en L3, alors que je me renseignais pour le master recherche, une de mes professeurs m'avait fortement déconseillé de faire un master recherche ; elle m'encourageait à faire un master enseignement. Les raisons qu'elle avançait étaient plus ou moins les mêmes : crainte que l'agrégation disparaisse, chance plus grande d'avoir le CAPES et recherche sinistrée (impossibilité ou presque d'obtenir un poste dans le supérieur). Un autre professeur tenait à peu près le même discours. En réalité, leurs propos cachaient autre chose : c'étaient des professeurs qui avaient précisément travaillé sur la nouvelle maquette du master enseignement et craignaient qu'il n'y ait pas assez d'effectifs et que leurs meilleurs éléments aillent voir ailleurs. De fait, j'aurais été la seule de ma promo de LM à faire un master recherche en littérature dans cette fac.
Certes, malgré les intentions cachées, cela n'empêche pas de bien réfléchir à ses objectifs professionnels et à sa propre motivation. RitaSkeeter, si tu as quand même envie de t'initier à la recherche, n'oublie pas qu'un master recherche ne t'empêche pas a priori de passer les concours (CAPES et agrégation), même si, forcément, tu seras moins encadrée pour la préparation de certaines épreuves et certifications.
Il faut ajouter que beaucoup de professeurs exposent de la façon la plus noire possible la situation (certes difficile) de la recherche en lettres, pour décourager les étudiants les moins décidés de s'engager dans une voie que leur indécision rendra justement stérile. Il me semble pour ma part plus sain d'exposer le plus objectivement possible la situation et de s'en remettre à l'esprit rationnel de son interlocuteur, mais après tout, ce sont deux méthodes pour parvenir à la même conclusion : n'entamer un doctorat que si l'on est vraiment, vraiment, vraiment motivé (et compétent).
A Strasbourg (et peut-être quelques autres universités de France), le master enseignement (linguistique, ancien français, littérature, langue, cours à l'IUFM) est agrémenté de trois stages dont un d'un mois complet en responsabilité (comme ailleurs direz-vous), d'un rapport de stage ET du mémoire exigé en master recherche, le même, avec sujet au choix. Les étudiants de ce master sont ainsi préparés pour le CAPES et peuvent entamer un doctorat/une prépa agrég ensuite.
Le Canard a écrit :Ce qui est vrai, c'est que les postes d'enseignant-chercheur ou de chercheur au CNRS sont rares en France et dans le monde, que cela demande une grande implication professionnelle, qui est aux dépends des loisirs et de la vie privée, qu'il y a une très forte compétition et que cette compétition n'est pas toujours entièrement honnête, que la vie d'un doctorant est précaire, que les salaires sont très inférieurs à ce que l'on serait en droit d'attendre à un tel niveau de qualification et que le prestige social est nul.
Ces considérations sont importantes à prendre en compte et à bien méditer, mais elles ne sont pas nécessairement des critères déterminants dans le choix des concours ou des diplômes que l'on poursuit. On peut très bien vouloir faire un doctorat pour le plaisir de la recherche, en ayant conscience que les perspectives d'avenir sont limitées. On peut très bien vouloir faire un doctorat pour obtenir un poste, s'en donner tous les moyens, être prêt à s'expatrier, accumuler les lignes de CV, etc.
Il faut cependant bien savoir que l'amour de la recherche n'est pas une chose tendre et agréable, une liberté ou une pure extase intellectuelle. Je vois beaucoup de gens qui souhaitent s'engager dans un doctorat parce que ça a l'air amusant et/ou intéressant. Un doctorat réussi exige un haut niveau de compétence qui passe nécessairement par l'accumulation d'un savoir point toujours exaltant, par une spécialisation très souvent frustrante et par la publication régulière de résultats, que l'on en ait envie ou non. Il faut bien mesurer ces exigences avant de prendre sa décision.
J'ai été très intéressée par ce message.
Je mets en gras les points négatifs que vous soulevez, et qui me paraissent assez fidèles à la réalité, pour ce que j'en connais (c'est-à-dire peu de choses - quelques témoignages de personnes de ma famille plus ou moins éloignée - thésards ou professeurs, quelques échos d'amis, etc).
J'ai envie de vous poser une question personnelle, à vous, et à ceux qui ont fait ou sont sur le point de faire ce choix de la recherche, et aspirent à devenir enseignant-chercheur : où trouvez-vous votre motivation, sur quoi s'appuie cet "amour de la recherche" (vous parlez aussi d'un "plaisir de la recherche"), et quels sont les "critères déterminants" de votre choix (puisque celui-ci ne peut être dicté par tous les éléments peu engageants que vous donnez ici) ?
Question personnelle, en effet, mais à laquelle je vais essayer de répondre.
Il y a des choses qui, par exemple, ne m'ont jamais beaucoup inquiété. Ainsi la question des salaires me laisse-t-elle relativement indifférent : je suis issu d'un milieu (très) modeste, de sorte qu'aussi risible soit le salaire qui accompagne un contrat doctoral, il constituera toujours, pour moi, une amélioration de mon niveau de vie et m'offrira une situation matérielle toujours un peu moins précaire, ou tout du moins fruste, que celle dans laquelle j'ai vécu jusque là. Cet aspect bêtement financier, je crois, joue beaucoup dans ma tranquillité d'esprit. Je dirais des choses semblables du prestige social.
Ensuite, comme bien des personnes qui s'engagent dans la recherche, la littérature est pour moi une passion et une passion assez accueillante pour ne pas répugner aux aspects les plus techniques (par exemple la théorie littéraire) qui souvent rebutent les étudiants, lorsqu'ils découvrent que les études littéraires, et à plus forte raison la recherche, sont des activités fort éloignées de la simple jouissance esthétique ou émotionnelle de livres que l'on apprécie. Cette déception, fréquente, me parait compréhensible ; j'y ai simplement échappé.
Par ailleurs, j'ai des capacités purement mécaniques, si l'on peut dire, qui font que je lis très vite, conceptualise très aisément, réfléchis très vite, peux me concentrer pendant une dizaine d'heures sans interruption, etc. Il ne faut pas se voiler la face : tout le monde ne peut pas être un (bon) chercheur et pour réussir (je ne dis pas sa carrière, mais simplement ses objectifs personnels), il vaut mieux avoir des facilités. Ce que ces facilités permettent aussi, c'est d'effectuer plus rapidement ses recherches et donc de se consacrer à d'autres choses, soit à d'autres domaines que sa spécialisation primaire, soit à des loisirs.
Pour donner un exemple, cette année, j'ai produit ou produirai huit contributions scientifiques (articles dans des revues académiques, communications en colloque ou traductions) : trois concernent mon domaine au sens strict, une mon domaine un peu élargi et les cinq autres deux domaines différents. Cette diversification, je crois, est importante et répond à un besoin de nouveauté, à une envie de respirer un peu. Mais elle n'est pas toujours possible (ni toujours favorisée par les structures institutionnelles).
Enfin, je ne trouve pas pour l'instant qu'il soit dégradant pour un docteur d'enseigner à des collégiens ou des lycéens. Cela ne l'empêche nullement de publier et de poursuivre sa recherche. Je ne dis pas que ce sont des conditions idéales ni qu'il n'est pas légitime d'aspirer à des postes plus en accord avec sa formation et ses capacités. Simplement, une chose bien comprise l'est dans ses principes comme dans ses développements, il est aussi honorable d'enseigner les uns que les autres.
Ces obstacles levés, qui ne sont que des raisons négatives en quelque sorte, j'ai bien sûr des raisons positives pour m'engager dans la recherche.
D'abord, la méthodologie/l'idéologie/la théorie/la philosophie (comme vous voulez) dont je participe tient les pratiques interprétatives pour des clés de la construction politique, de sorte qu'en menant des recherches en littérature, je n'ai pas l'impression de m'enfermer dans une tour d'ivoire, mais de participer, certes très indirectement, non seulement à mon développement personnel (c'est le volet éthique), mais au bien commun à ma modeste mesure (c'est le volet politique). Il me semble d'ailleurs que le doute fais-je quelque chose de bien utile ? est légitime et profitable, et qu'il ne devrait pas quitter le chercheur tout au long de sa carrière.
Ensuite, la volonté de faire de la recherche naît d'une frustration que j'ai très vite ressentie, dans les premières années de mes études littéraires, en écoutant des explications peu convaincantes, en lisant des textes critiques ou théoriques au mieux approximatifs, au pire contradictoires. L'enseignement des classes préparatoires par exemple, qui est d'abord une grande exaltation, devient assez vite une déception, si l'on se rend compte que les théories enseignées sont dépassées depuis quelques décennies et que les professeurs ont des textes qu'ils abordent une connaissance bien imparfaite.
Produire de nouvelles connaissances, plus précises, non tant pour remplacer que pour ajouter à ce qui existe déjà, est une puissante motivation. Je relisais il y a quelques semaines le Discours du récit de Genette, il y a quelques mois l'Introduction à la littérature fantastique de Todorov, et je me heurtais aux mêmes murs qu'à mes premières lectures : les distinctions ne sont pas assez rigoureuses, elles ignorent des matériaux importants, favorisent la polémique sur la description satisfaisante, etc. Ce sont de très bons ouvrages, mais de vieux ouvrages, et la recherche est un moyen de constituer de nouvelles références.
Enfin, la recherche telle qu'elle est organisée, avec toutes les imperfections de cette organisation, est fort profitable, je crois, pour le chercheur. A condition de ne pas arriver au colloque juste pour sa communication avant de repartir par le premier train, ces réunions sont l'occasion pour le chercheur de découvrir des domaines, parfois des disciplines, entièrement inconnus. De la même façon, les appels à contribution, s'ils ont parfois le vice d'ouvrir sur des articles de commande, forcent également à la réflexion. Il est vrai que la recherche en littérature est une activité assez solitaire, mais c'est une solitude accompagnée.
Encore une fois, ce sont des considérations très personnelles et c'est pourquoi je me garde de les exposer d'abord. Comme beaucoup, je préfère ne pas faire l'apologie de ma pratique de la recherche en prétendant faire celle de la recherche et engager des personnes dans une voie qui, peut-être, pour elles, ne ressemblera guère à celle que j'ai décrite. L'enthousiasme se communique parfois trop aisément et, dans des choix de carrière si importants, il vaut mieux procéder avec rationalité.
Merci d'avoir répondu de manière aussi détaillée. Je trouve dans votre réponse bien des traits caractéristiques du chercheur (selon moi), et quelques éléments plus personnels aussi.
merci beaucoup pour vos réponses!!
si je prends le master enseignement, je passe les concours dans la foulée? ou alors comme pour le master recherche l'année bac+6 est consacrée à la préparation de l'agreg?
très honnêtement, je suis une trouillarde, j'aurais trop peur de faire un master recherche et louper l'agreg; et si je ne l'obtiens pas je peux faire une croix sur le doctorat…
dans ce cas-là, je peux toujours faire le master enseignement, passer les concours, et si j'obtiens l'agreg, alors je reprends un master recherche? c'est un peu bancal… =s
je suis aussi tombée sur ce thread qui m'a fait assez peur (encore 🙂 ) :
https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/25558-preinscription-en-master-enseignement.html
en 2012, pensez-vous que ce master enseignement ne "vaut" rien?
Les masters d'enseignement fonctionnent généralement de la manière suivante :
1) Une première année de préparation des épreuves écrites du CAPES
2) Une deuxième année de préparation des épreuves orales et de stage.
Les écrits du CAPES intervenant au début de la seconde année du master et les oraux à la fin, ceci justifie cela. Il faut ensuite, après le master, prendre une année pour préparer l'agrégation, dont les écrits se déroulent fin mars (demain, pour cette session, par exemple). La préparation de l'agrégation n'est pas comprise dans la maquette de ces masters, mais il faut un master (n'importe lequel) pour obtenir l'agrégation.
Les raisons de préparer le CAPES avant l'agrégation sont :
1) De meilleures chances d'obtenir un concours plus facile qui est une sécurité pour l'avenir professionnel
2) Une continuité entre certaines épreuves de l'un et l'autre cours (ancien français, grammaire moderne, explication de texte)
3) L'acquisition de la méthodologie de la dissertation (particulièrement utile si tu n'as pas fait de classes préparatoires).
Il est impossible de se prononcer sur la valeur de ce master : les masters sont aussi variés que les universités qui les proposent. Disons simplement qu'il n'y a pas de raison, a priori, qu'il soit plus mauvais qu'un autre.
Naturellement, un contrat doctoral ne peut être obtenu après un master d'enseignement (ou alors cela risque d'être très, très difficile) et il est préférable d'être titulaire d'un master de recherche pour postuler à un contrat doctoral. C'est là qu'il convient d'être vigilant et je m'excuse d'avance pour les explications tordues qui vont suivre.
Une université ne peut délivrer qu'une fois un diplôme à un élève. Par exemple, si un élève a une licence de Lettres Modernes, l'université ne peut pas lui délivrer une seconde licence de Lettres Modernes, et par conséquent il ne peut pas s'inscrire à nouveau en licence de Lettres Modernes. Imaginons maintenant qu'une université propose un Master Littérature, avec deux parcours :
1) Recherche,
2) Enseignement.
Un élève ayant obtenu un Master Littérature ne pourra pas en obtenir un second et donc, s'il a choisi le parcours enseignement, ne pourra pas recommencer ce Master avec le parcours recherche. Il lui faudrait au mieux changer de discipline (pour aller par exemple en Arts du Spectacle) ou d'université, et il n'est encore pas certain que les choses se résoudraient. En revanche, si l'université propose effectivement deux masters distincts, alors il n'y a pas de problèmes.
Encore une fois, tout dépend des universités et de leurs maquettes. Pour cela, il est impératif que tu contactes les établissements qui t'intéressent en leur exposant très précisément des cas. Et en insistant — parce que tout cela est compliqué même pour les personnels d'administration et il arrive qu'on donne aux étudiants des réponses inexactes, incomplètes ou contradictoires. Bref, ce n'est pas sur un forum que tu pourras bien établir ton parcours.
Ceci étant dit, une fois un concours de recrutement des enseignants du secondaire obtenu, tu n'es pas libre de tes mouvements. Après avoir réussi ton CAPES, tu as théoriquement le droit à une année de report d'entrée en fonction, si et seulement si cette année est consacrée à la préparation de l'agrégation. Après avoir réussi ton agrégation, tu as théoriquement le droit à trois fois une année de report, si et seulement si ces années sont consacrées à la préparation du doctorat.
Si d'aventure tu n'entrais pas en fonction pour d'autres raisons ou après ces délais impartis (dont l'obtention implique évidemment des démarches auprès du rectorat), tu perds la jouissance de ton concours, c'est-à-dire que tu ne peux plus exercer qu'en tant que vacataire (avec le salaire et les conditions de recrutement propres aux contractuels).
Il existe d'infimes marges de négociation, mais, tout bien considérer, envisager un master après son agrégation est une assez mauvaise idée.