Bonjour,
Je suis tombée sur cette citation, certes un peu longue, de Claudel. Je l'ai trouvée très intéressante.
Pour vous est-ce que la poésie vous fait moins vibrer quand elle respecte des codes ? Que pensez-vous de cette réflexion de Paul Claudel sur la poésie ?
Je suis tombée sur cette citation, certes un peu longue, de Claudel. Je l'ai trouvée très intéressante.
" Supposons l'amateur délicat dont il était question quelque part dans les pages qui précèdent - un enfant de préférence. Il entend causer derrière un mur deux dames par exemple, de la province ou de Paris, de telle sorte qu'il n'ait aucune peine à laisser le sens de l'autre côté de l'écran et que la musique seule lui parvienne. Comme ce parler visible s'inscrit pour lui devant ses yeux en dessins pleins de fraîcheur et d'imprévu ! Quel dialogue entre ces voix ! Quelle originalité et quelle verdeur dans les attaques ! Quel tour toujours nouveau ! Quelles coupes ! Quel rapport plus délicieux entre les timbres que ceux du rouge et du gris ! Quelles élégantes ondulations de phrase ponctuée au mépris de la grammaire et que termine un cri de fauvette ! Ah ! il n'y a plus besoin de mesurer et de compter ! Quel soulagement ! Comme l'esprit jouit de cet affranchissement de l'oreille ! Qu'est-ce qui va arriver ? Quelle musique toujours changeante et toujours imprévue et quelle joie de se sentir ainsi gracieusement porté sans que l'on sache comment par-dessus tous les obstacles ! Et comme le vers alexandrin à côté de ces roulades d'oiseau paraît quelque chose de barbare, à la fois enfantin et vieillot, quelque chose de pionnesque et de mécanique, inventer pour dépouiller les vibrations de l'âme, les initiatives sonores de la simple Psyché, de leur accent le plus naïf et de la fleur la plus délicate. Le lecteur, qui littérairement en est resté à l'époque des crinolines et du linge empesé, fronce le sourcil au seul nom de liberté et je l'entends qui s'écrie : Mais c'est de la prosee, ce que vous dîtes là ! Non, ce n'est pas de la prose, cher Monsieur, ça n'a aucun rapport, ce sont des vers dont chacun est distinct, dont chacun a une figure sonore différente et contient en lui même tout ce qu'il faut pour être parfait, en un mot c'est de la poésie latente, brute encore, mais infiniment plus vraie, jaillie d'une source infiniment plus profonde que toutes les malherberies de la mécanique."Ces mots de Claudel m'interpellent. Il voit dans les mots quelque chose de poétique et semble refuser les règles établies par la versification. Il établit une "théorie de la modernité" pour mieux se délecter de la profondeur du langage français. C'est grâce à ce naturel du langage que la poésie devient jouissance et qu'elle devient plus facilement accessible à tous.
Paul Claudel, "Réflexions et propositions sur le vers français" dans Réflexions sur la poésie
Pour vous est-ce que la poésie vous fait moins vibrer quand elle respecte des codes ? Que pensez-vous de cette réflexion de Paul Claudel sur la poésie ?



