Histoire de chambre

Littérature

19 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Le thème du programme de littérature moderne vient de tomber : Histoire de chambre.

J'aimerai savoir si vous connaissez des œuvres (françaises de préférence) du XXème siècle ou l'on retrouve une description de chambre.

Je suis actuellement entrain d'étudier Un homme qui dort de Perrec et Rue des boutiques obscures de Modiano.

J'ai pensé à Du coté de chez Swann de Proust, et la métamorphose de Kafka, mais j'aimerai avoir d'autres pistes.

En vous remerciant d'avance.
Je pense que la chambre représente assez le "soi" pour qu'il y en ait une description dans chaque autobiographie, non?
J'aimerai éviter les autobiographie (qui est devenue un genre récurrente), pour me focaliser sur les romans "classiques".
Regarde peut-être du côté de Zola.
Naturalisme oblige, il y a parfois de longues descriptions des lieux où vivent les personnages et plus particulièrement des chambres.
Je pense particulièrement au début de L'Assommoir, à Nana et à L'oeuvre.
Je dis ça au hasard un peu mais, il n'y a pas un passage de "chambre" dans une Vie de Maupassant ? J'avoue avoir lu ça il y a longtemps et ne plus l'avoir exactement en tête…

Edit : Il y a des choses chez Zweig dans la nouvelle "La scarlatine" dans le recueil Wondrak. Il y a aussi des éléments, je pense, chez Camus - encore encore encore - dans l'Envers et l'Endroit, la Chute ou l'Exil et le Royaume.
Même si ce n'est pas du XXe s., tu peux aller voir du côté de Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre (frère de Joseph) et des romans de Balzac (par ex. Le Père Goriot).
Quelques petites choses en vrac :
- les romans de Beckett se passent souvent dans des chambres étouffantes, sinistres : ce qui est intéressant ici c'est de voir comment le narrateur opère une restriction de son champ de vision, comment la chambre à son état initial est vue puis transforée par le personnage, devient personnage
- voir les romans où il y a des bonnes et des chambres de bonnes : Journal d'une femme de chambre de Mirbeau par exemple
- Huysmans quand même… ; quelques descriptions somptueuses dans Bruges-la-morte de Rodenbach aussi
- quelques descriptions de chambres et d'alcôves dans des romans comme Les Liaisons dangereuses et voir plus directement dans les romans libertins
- j'ai souvenir de chambres dans Cleveland de Prévost, même de chambres-caveaux, possible qu'il y en ait d'autres de significatives dans Manon Lescaut aussi, mais ma lecture date
- les salons de réception sont parfois vus aussi comme des chambres à part entière (et inversement), des endroits où l'on croit pouvoir se cacher, préserver son intimité mais où tout le monde se voit, se rencontre
- L'Histoire d'Amour et de Psyché dans les Métamorphoses d'Apulée
- la chambre n'est pas que lieu d'intimité mais aussi parfois lieu de réclusion, d'emprisonnement et devient au sens propre une cellule (voir par exemple Le zéro et l'infini de Koestler, qui mérite de toute façon la lecture au-delà de cet aspect) : le politique s'inclut dans ce qui reste encore de vie privée
- j'imagine que dans Oblomov de Gontcharov la chambre (salon ?) est décrite (le personnage ne veut pas se lever de son divan) mais je ne l'ai pas lu
- Le marin rejeté par la mer de Mishima pose la chambre comme moyen de voyeurisme, la chambre de l'enfant étant à côté de celle des parents -l'enfant les observe par un trou
- moins classique comme littérature, mais les textes relatifs aux enfants cachés pendant la guerre ont souvent pour cadre la chambre, seul refuge possible, mais incertain (chez Georges-Arthur Goldschmidt ; La Chambre de Mariana d'Appelfeld) (je n'oserais pas parler des chambres à gaz mais il y a des récits sur ça…)
- et même si c'est pas classique : quand même Le Mystère de la chambre jaune de Leroux et autres romans policiers !
Idée de passage : peut-être qu'il serait intéressant de mettre en relation la chambre de Combray avec celle de Balbec, enfin, celles de Balbec 😉 D'autre part, afin de varier un peu les genres, il doit s'en trouver chez les correspondanciers et chez Saint-Simon…
Je dis ça parce que je l'ai finis il n'y a pas longtemps : Les bonnes de Jean Genet. Un texte passionnant qui plus est… (et c'est bien le XXème cette fois que je te propose… *boulette quand je te parlais de Zola…*)
Ce n'est pas une oeuvre française, mais elle est du début du XXe siècle. Ce n'est pas l'histoire d'une chambre, mais de plusieurs chambres, et aussi de leurs occupants : c'est l'histoire de l'Hôtel Savoy de Joseph Roth, qui décrit admirablement le monde, de la splendeur du 1er étage (où l'on "peut tout se permettre"), à la misère du dernier (là où les locataires étouffent de la vapeur des lessives des autres). Personnellement, j'avais beaucoup aimé.
Merci à toutes et à tous. Je pense qu’après vos précieux conseils, j’ai de la matière à travailler.

Polo ne rigole pas quand il se penche sur une question…c’est sympa 😉

Ségolène B, loin de là est l’erreur. Je note en exergue toutes vos sources, même si la contrainte de ne sélectionner que des œuvres romanesques du XXème siècle devrait m’empêcher d’aller au-delà ou en déca du XXème siècle, il est toujours intéressant d’avoir le point de vue des autres siècles sur le thème abordé (ici la chambre). Puis je ne suis pas très enclin à la contrainte, donc merci à toutes et à tous, je vais dès demain matin faire un tour à la bibliothèque universitaire pour me lancer à corps perdu dans la recherche des œuvres cités au dessus.

Merci Theophilius, je n'avais pas pensé à faire le rapprochement entre Combray et Balbec, ça peut être une approche comparative intéressante (à développer).

Mais une fois de plus, je vous remercies tous pour vos précieux conseils (contrairement à certains professeurs qui réfutent en bloc la véracité et l'aide précieuse que peut apporter les forums, je trouve toujours de précieux conseils en venant ici).

C'est limite bien plus enrichissant qu'un cours de littérature 😉
Pope68 a écrit :
Polo ne rigole pas quand il se penche sur une question…c’est sympa 😉
Elle 😉
Autant pour moi ! (surement une vieille habitude misogyne) 😉

Ajoutons à cela un peu de mauvaise foi : Le "il" désignait le personnage pseudonymique "Polo" et non la personne 😉


Sinon, j'abuse, mais concernant Beckett, un roman en particulier ?

J'avais pour entreprise depuis un petit moment d'entamer du Beckett (c'est un peu lamentable en tant qu'étudiant en lettres de n'avoir jamais lu un seul Beckett…je pourrais décliner cette lacune pour d'innombrables œuvres en y réfléchissant un peu). 😞
Molloy par exemple. Si mes souvenirs sont bons, le roman s'ouvre d'ailleurs sur la mention de la chambre de la mère.
Oh, je me rends compte que j'ai oublié l'incipit de Mort à crédit de Céline, avec la chambre depuis laquelle Ferdinand écrit : "Nous voici encore seuls. Tout cela est si lent, si lourd, si triste… Bientôt je serai vieux. Et ce sera enfin fini. Il est venu tant de monde dans ma chambre. Ils ont dit des choses. Ils ne m'ont pas dit grand-chose. Ils sont partis. Ils sont devenus vieux, misérables et lents chacun dans un coin du monde."

Que l'on aime ou pas Céline, il faut bien admettre que cet incipit est remarquable !
Leihe a écrit :Je dis ça au hasard un peu mais, il n'y a pas un passage de "chambre" dans une Vie de Maupassant ? J'avoue avoir lu ça il y a longtemps et ne plus l'avoir exactement en tête…
C'est bien le cas, notamment au chapitre 1 (Jeanne retrouve la maison familiale); avec aux murs des tapisseries de Pyrame et Thysbé.
La description de la chambre a d'ailleurs une valeur symbolique, si mes souvenirs sont bons.
76man a écrit :Oh, je me rends compte que j'ai oublié l'incipit de Mort à crédit de Céline
Ah oui alors ! Merci 76man, je n'avais même pas pensé à ce fameux incipit (car il est fameux).
Baudelaire La Chambre Double… mais poème en prose je ne sais pas si c'est ce que tu cherches… dans tous les cas même si ce n'est pas exacetement ce qui est demandé il est toujours bon de relire ce texte d'une puissance et d'une beauté étourdissante.
La Chambre double

Une chambre qui ressemble à une rêverie, une chambre véritablement spirituelle, où l'atmosphère stagnante est légèrement teintée de rose et de bleu.

L'âme y prend un bain de paresse, aromatisé par le regret et le désir. -- C'est quelque chose de crépusculaire, de bleuâtre et de rosâtre; un rêve de volupté pendant une éclipse.

Les meubles ont des formes allongées, prostrées, alanguies. Les meubles ont l'air de rêver; on les dirait doués d'une vie somnambulique, comme le végétal et le minéral. Les étoffes parlent une langue muette, comme les fleurs, comme les ciels, comme les soleils couchants.

Sur les murs nulle abomination artistique. Relativement au rêve pur, à l'impression non analysée, l'art défini, l'art positif est un blasphème. Ici, tout a la suffisante clarté et la délicieuse obscurité de l'harmonie.

Une senteur infinitésimale du choix le plus exquis, à laquelle se mêle une très-légère humidité, nage dans cette atmosphère, où l'esprit sommeillant est bercé par des sensations de serre-chaude.

La mousseline pleut abondamment devant les fenêtres et devant le lit; elle s'épanche en cascades neigeuses. Sur ce lit est couchée l'Idole, la souveraine des rêves. Mais comment est-elle ici? Qui l'a amenée? quel pouvoir magique l'a installée sur ce trône de rêverie et de volupté? Qu'importe? la voilà! je la reconnais.

Voilà bien ces yeux dont la flamme traverse le crépuscule; ces subtiles et terribles mirettes, que je reconnais à leur effrayante malice! Elles attirent, elles subjuguent, elles dévorent le regard de l'imprudent qui les contemple. Je les ai souvent étudiées, ces étoiles noires qui commandent la curiosité et l'admiration.

A quel démon bienveillant dois-je d'être ainsi entouré de mystère, de silence, de paix et de parfums? O Béatitude! ce que nous nommons généralement la vie, même dans son expansion la plus heureuse, n'a rien de commun avec cette vie suprême dont j'ai maintenant connaissance et que je savoure minute par minute, seconde par seconde!

Non! il n'est plus de minutes, il n'est plus de secondes! Le temps a disparu; c'est l'Éternité qui règne, une éternité de délices!

Mais un coup terrible, lourd, a retenti à la porte, et, comme dans les rêves infernaux, il m'a semblé que je recevais un coup de pioche dans l'estomac.

Et puis un Spectre est entré. C'est un huissier qui vient me torturer au nom de la loi; une infâme concubine qui vient crier misère et ajouter les trivialités de sa vie aux douleurs de la mienne; ou bien le saute-ruisseau d'un directeur de journal qui réclame la suite d'un manuscrit.

La chambre paradisiaque, l'idole, la souveraine des rêves, la Sylphide, comme disait le grand René, toute cette magie a disparu au coup brutal frappé par le Spectre.

Horreur! je me souviens! je me souviens! Oui! ce taudis, ce séjour de l'éternel ennui, est bien le mien. Voici les meubles sots, poudreux, écornés; la cheminée sans flamme et sans braise, souillée de crachats; les tristes fenêtres où la pluie a tracé des sillons dans la poussière; les manuscrits, raturés ou incomplets; l'almanach où le crayon a marqué les dates sinistres!

Et ce parfum d'un autre monde, dont je m'enivrais avec une sensibilité perfectionnée, hélas! il est remplacé par une fétide odeur de tabac mêlée à je ne sais quelle nauséabonde moisissure. On respire ici maintenant le ranci de la désolation.

Dans ce monde étroit, mais si plein de dégoût, un seul objet connu me sourit: la fiole de laudanum; une vieille et terrible amie; comme toutes les amies, hélas! féconde en caresses et en traîtrises.

Oh! oui! le Temps a reparu; le Temps règne en souverain maintenant; et avec le hideux vieillard est revenu tout son démoniaque cortège de Souvenirs, de Regrets, de Spasmes, de Peurs, d'Angoisses, de Cauchemars, de Colères et de Névroses.

Je vous assure que les secondes maintenant sont fortement et solennellement accentuées, et chacune, en jaillissant de la pendule, dit: «Je suis la Vie, l'insupportable, l'implacable Vie!»

Il n'y a qu'une Seconde dans la vie humaine qui ait mission d'annoncer une bonne nouvelle, la bonne nouvelle qui cause à chacun une inexplicable peur.

Oui! le Temps règne; il a repris sa brutale dictature. Et il me pousse avec son double aiguillon. -- «Et hue donc! bourrique! Sue donc, esclave! Vis donc, damné!»
Bonjour,
J'ai pensé à la description de la chambre de la grand-tante du narrateur dans Combray de Proust, chambre comparée à un immense chausson aux pommes
Ou encore, à la description de la chambre de l'abbé Faujas, dans La Conquête de Plassans de Zola, chambre froide et austère, comme l'homme qui l'habite ; sans oublier la présence du "grand Christ de bois noir" révélant déjà la face sombre du personnage.

En espérant t'avoir aidée… 🙂