Pour un travail que je réalise autour des moralistes, je retrouve souvent les termes amour-propre, orgueil, vanité, coquetterie… je sais qu'ils avaient une grande place dans les discours aux 16, 17, 18 et 19ème siècle. Mais quand a-t-on commencé à les utiliser de la manière que les faisaient les intellectuels du 17è? Dès le 16è ou déjà bien avant?
J'aurais voulu pouvoir, après en avoir donné une définition, rapporter quelques grandes citations où ces termes tiennent une place d'honneur mais en écrivant quelque chose tel que:
"Ces termes, auxquels on a toujours beaucoup recouru dans la littérature française, autant dans les dissertations philosophique ou moraliste que dans les romans et autres écrits, ont eu une place majeure dès le 16ème siècle, ces questions d’opinion avantageuse de soi et de désir de plaire occupant de manière prédominante les conversations (ou les esprits?)."
Est-ce que c'est complètement faux ou ça se tient?
Quand pourrait-on situer ce début de concept "d'amour-propre"?
Un grand merci!!
Bonsoir,
Littré a écrit :Amour-propre, amour de soi, considéré comme un sentiment excessif pour soi et de préférence sur les autres ; opinion avantageuse de soi-même. Cet homme est pétri d'amour-propre. ♦ C'est [l'amour de la patrie] un véritable amour-propre, ST-ÉVREM., II, 399 ♦ Depuis, le péché étant arrivé, l'homme a perdu le premier de ses amours [l'amour pour Dieu] ; et l'amour pour soi-même étant resté seul dans cette grande âme capable d'un amour infini, cet amour-propre s'est étendu et débordé dans le vide que l'amour de Dieu a laissé ; et ainsi il s'est aimé tout seul, et toutes choses pour soi, c'est-à-dire infiniment : voilà l'origine de l'amour-propre, PASC., Pensées, part. II, art. 18 ♦ Faut-il que l'amour-propre aveugle les esprits !, LA FONT., Fab. IV, 2 ♦ L'amour-propre est le plus grand de tous les flatteurs, LA ROCHEF., Réflex. 2 ♦ Notre amour-propre souffre plus impatiemment la condamnation de nos goûts que de nos opinions, LA ROCHEF., ib. 13 ♦ Si l'amour-propre était un peu plus délicat, on ne compterait pour louanges que celles qui auraient de pareils assaisonnements, FONTEN., Dodart. ♦ L'homme que vous voyez si attaché à lui-même par son amour-propre, n'a pas été créé avec ce défaut, BOSSUET, la Vall.
[…]
SYNONYME
1° AMOUR DE SOI, AMOUR-PROPRE. Aucune distinction entre ces deux termes n'existait au XVIIe siècle, qui confondait dans une commune réprobation l'amour de soi et l'amour-propre. Mais depuis on a distingué entre ces deux expressions : l'une n'implique aucun blâme et indique simplement l'intérêt légitime qu'un homme prend à soi-même ; l'autre indique que l'amour de soi tend à passer les bornes et à s'approcher de l'égoïsme.
Je t'ai extrait ce qui peut répondre à ta question. il semble donc qu'amour-propre apparaît au XVIIe siècle. En revanche amour de soi est attesté chez Montaigne "Tumber en amour de soy indiscrete, MONT., II, 62"
Bonsoir,
Pour amour-propre, il apparaît déjà dans des
textes du XVe siècle.
Muriel
Un tout grand merci!!!! 🙂
Je remets mon travail demain matin. Au final je suis assez satisfaite alors que j'avais peur que ce soit un gros fiasco.
Merci à vous pour vos éclaircissements!
Bonne soirée!
Muriel a écrit :Bonsoir,
Pour amour-propre, il apparaît déjà dans des textes du XVe siècle.
Muriel
Muriel, dans ta première référence, "amour propre" signifie "amour de soi". Dans la seconde, il y a manifestement une erreur de date dans l'édition reproduite!!!
A Lenoil :
- amour-propre remonte à 1608.
- orgueil est médiéval (Chanson de Roland)
- vanité est médiéval, mais le dérivé vaniteux, datant de 1743 montre que son sens moral est plus récent.
- coquetterie date de 1651.
A Lenoil :
- amour-propre remonte à 1608.
- orgueil est médiéval (Chanson de Roland)
- vanité est médiéval, mais le dérivé vaniteux, datant de 1743 montre que son sens moral est plus récent.
- coquetterie date de 1651.
Un grand merci!!!! Quelle précision! Comment savez-vous cela si précisément?
Le Dictionnaire historique de la langue française (Alain Rey, éditions Le Robert) corrobore en gros ces renseignements, mais avec quelques menues différences :
amour-propre au sens d' "égoïsme" apparaît en 1521.
Le sens "tendance à la fierté", vers 1640. "Opinion trop avantageuse de soi-même" en 1685.
Il n'est pas précisé quand apparaît le sens moderne "sentiment de sa valeur, de son honneur".
orgueil (écrit orgoill), au sens de "sentiment exagéré qu'on a de sa valeur" est attesté en 1080.
Il n'a eu longtemps que ce sens négatif. Il faut attendre semble-t-il le XVII[sup]e[/sup] siècle pour qu'il ait aussi une valeur positive ("noble orgueil" chez Corneille).
vanité est attesté vers 1120, et son premier sens est déjà : "désir de se faire louer, amour-propre frivole". Il désigne le trait de caractère d'une personne en 1580. Son dérivé vaniteux n'est pourtant attesté que bien plus tard, en 1735.
coquetterie est attesté en 1651.