Beckett, En attendant Godot - Voilà l’homme tout entier…

Entraide scolaire

9 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,

Je suis en 1ère S et je dois réaliser un plan détaillé de l'extrait ci-dessous (En attendant Godot, Samuel Beckett).
Il se trouve que cet extrait est très déroutant et après après avoir fait l'analyse littéraire de ce passage, je peine à trouver des axes.
En effet, j'ai trouvé quelques éléments :
- thème religieux omniprésent de par son champ lexical (repentir, la bible, dieu, enfer les évangélistes…
- mise en abîme (Vladimir et estragon sont conscients de jouer "Tu pourrais me renvoyer la balle […] ?")
- paradoxe entre le sujet grave abordé (la religion) et la façon de le traiter
- dégradation du langage au fil de la conversation
- stichomythies
- apparition du thème de la Roquette (prison où beckett a été torturé il me semble ?)
==> thématique de la religion qui se mutile au cours de l'extrait. On oublie toute réflexion biblique

Cependant, je n'arrive pas à trouver des axes… Pourriez vous m'aider s'il vous plait ?


VLADIMIR
Voilà l'homme tout entier, s'en prenant à sa chaussure alors que c'est son pied le coupable. Ca devient inquiétant. Un des larrons fut sauvé. C'est un pourcentage honnête. Gogo…

ESTRAGON
Quoi ?

VLADIMIR
Si on se repentait ?

ESTRAGON
De quoi ?

VLADIMIR
Eh bien … On n'aurai pas besoin d'entrer dans les détails.

ESTRAGON
D'être né ?

VLADIMIR
On n'ose même plus rire.

ESTRAGON
Tu parles.

VLADIMIR
Seulement sourire. C 'est pas la même chose. Enfin… Gogo…

ESTRAGON
Qu'est-ce qu'il y a ?

VLADIMIR
Tu as lu la bible ?

ESTRAGON
La bible… J'ai dû y jeter un coup d'oeil.

VLADIMIR
A l'école sans Dieu ?

ESTRAGON
Sais pas si elle était sans ou avec.

VLADIMIR
Tu dois confondre avec la prison.


ESTRAGON
Possible. Je me rappelle les cartes de la Terre Sainte. En couleur. Très jolies. La mer morte était bleu pâle. J'avais soif rien qu'en la regardant. Je me disais, c'est là que nous irons passer notre lune de miel. Nous nagerons. Nous serons heureux.

VLADIMIR
Tu aurais dû être poète.

ESTRAGON
Je l'ai été. Ca ne se voit pas ?

VLADIMIR
Qu'est-ce que je disais… Comment va-t-on … ?

ESTRAGON
Il enfle.

VLADIMIR
Ah oui ! Cette histoire de larrons. Tu t'en souviens ?

ESTRAGON
Non.

VLADIMIR
Tu veux que je te la raconte ?

ESTRAGON
Non.

VLADIMIR
Ca passera le temps. C'étaient deux voleurs, crucifiés en même que le Sauveur. On…

ESTRAGON
Le quoi ?

VLADIMIR
Le Sauveur. Deux voleurs. On dit que l'un fut sauvé et l'autre…damné.

ESTRAGON
Sauvé de quoi ?

VLADIMIR
De l'enfer.


ESTRAGON
Je m'en vais.

VLADIMIR
Et cependant… Comment se fait-il que…Je ne t'ennuie pas, j'espère ?

ESTRAGON
Je n'écoute pas .

VLADIMIR
Comment se fait-il que des quatre évangélistes un seul résente les fais de cette façon ? Ils étaient cependant là tous les quatre - enfin, pas loin. Un seul parle d'un larron de sauvé. Voyons, Gogo, il faut me renvoyer la balle de temps en temps.

ESTRAGON
J'écoute.

VLADIMIR
Un sur quatre. Des trois autres, deux n'en parlent pas du tout et le troisième dit qu'ils l'ont engueulé tous les deux.

ESTRAGON
Qui ?

VLADIMIR
Comment ?

ESTRAGON
Je ne comprend rien… Engueulé qui ?

VLADIMIR
Le Sauveur.

ESTRAGON
Pourquoi ?

VLADIMIR
Parce qu'il n'a pas voulu les sauver.

ESTRAGON
De l'enfer ?

VLADIMIR
Mais non, voyons ! De la mort.


ESTRAGON
Et alors ?

VLADIMIR
Alors ils ont dû être damnés tous les deux.

ESTRAGON
Et après ?

VLADIMIR
Mais l'autre dit qu'il y en a eu un de sauvé.

ESTRAGON
Eh bien ? Ils ne sont pas d ' accord un point c'est tout.

VLADIMIR
Ils étaient là tous les quatre. Et un seul parle d'un larron de sauvé. Pourquoi le croire plutôt que les autres ?

ESTRAGON
Qui le croit ?

VLADIMIR
Mais tout le monde. On ne connaît que cette version-là.

ESTRAGON
Les gens sont des cons.
Bonsoir,

Tes observations sont justes.
Essaie de définir préalablement un parcours de lecture : par exemple un dialogue métaphysique burlesque.

Beckett oppose deux personnages qui n'ont pas la même conception de l'homme. L'un éprouve une culpabilité diffuse, des interrogations sur l'au-delà, des doutes sur la possibilité d'un salut ; l'autre refuse ces divagations, il se montre borné, inculte, terre-à-terre…

Que résulte-t-il de cette confrontation ?
L'échange traitant de la religion et le passage se terminant par le mot "cons", le résultat de cette confrontation ne nous amènerait-il pas à comprendre que, pour Beckett, croire est une sottise ? (Surtout que d'après mon cours Beckett était athée)
Au théâtre, il s'agit de créer une tension pour que l'action progresse.
Tu remarqueras les tentatives de partir avortées qui sont apparemment comiques, mais qui manifestent peut-être indirectement l'intérêt du personnage pour ces "conneries".
Beckett est sans doute plus subtil. Il n'impose pas sa conception, il met simplement en scène l'absurdité qui est l'absence de réponse sure à une souffrance et une insatisfaction humaines réelles.
D'accord, merci. Donc le plan dressé ci-dessous est-il convenable ?

I- Une condition humaine misérable
II - Un langage en crise
III - Ethique et esthétique du dramaturge révélant un profond désespoir
Oui, mais il faudrait voir exactement ce que recouvrent ces parties.
En particulier 2. Pour moi, ce serait plutôt l'illusion poétique, la fonction mythomaniaque du langage opposée à sa crudité, l'incapacité à toucher la vérité, une certitude…
J'espère également qu'en 3, esthétique comprend le burlesque.
Merci, je vois (à peu près, du moins) ce que vous voulez dire.

I - Un condition humaine misérable
a) Des conditions d'existence précaires
b) L'homme, un animal misérable
c) ?

II - L'illusion poétique
a) La fonction mythomaniaque du langage opposée à sa crudité
b) L'incapacité à toucher la vérité
c) Malgré tout, le langage comme lien et moyen de survie

III - Ethique et esthétique du dramaturge révélant un profond désespoir
a) Le thème de la religion, insignifiant en apparence
b) Une vision de l'éducation obscure (Ecole… = La Roquette ?)
c) Le burlesque
d) Une mise en évidence de l'absurdité humaine (ou de la vie ?)

D'après vous, cela convient ?
Ce plan est bon.

I - Une condition humaine misérable
a) Des conditions d'existence précaires
b) L'homme, un animal misérable
c) l'absurdité de la condition humaine

II - L'illusion poétique
a) La fonction mythomaniaque du langage opposée à sa crudité
b) L'incapacité à toucher la vérité
c) Malgré tout, le langage comme lien et moyen de survie (très bien vu)

III - Ethique et esthétique du dramaturge révélant un profond désespoir
a) Le thème de la religion, insignifiant en apparence
b) Une vision de l'éducation obscure (Ecole… = La Roquette ?)
peut-être à regrouper dans le conditionnement sociologique
c) Le burlesque à développer dans le couple clownesque (Le clown blanc est le personnage sérieux, intelligent et rationnel ; L'auguste est fruste, outrancier et désordonné.)
d) fonction éducatrice et cathartique du rire selon Figaro : "Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer."
Je vous remercie. Bonne soirée.