Bernanos, Les Grands Cimetières sous la Lune

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Sans doute, il est possible que la guerre ait jadis formé des gladiateurs, des belluaires.Du moins chez les peuples à sang de bouc. Mais lorsqu'un homme a une fois fait face au mur orange et noir du tir de barrage, dans le barrissement des mille sirènes d'acier, puis ménageant son souffle, ses gros souliers collant à la glaise, s'est aligné de son mieux sur ce qu'il reste de la section, il n'a plus le temps de songer à la bagatelle-je veux dire à la hane de l'ennemi…Mais non, Excellences, vous vous trompez encore, il n'a pas bu. Il ne saoulera qu'après. Il est aux portes de la mort, ou sans doute un peu au-delà, mais il ne sait pas, il ne sait rien de ce détachement essentiel, fondamental, qui n'a plus les couleurs de la vie, atteint à une espèce de transparence surhumaine. Les forces hurlantes qu'il affronte sont absolument sans proportion avec la révolte ou la colère d'un pauvre diable tel que lui; et bien qu'il se croie souvent très occupé à ne pas laisser sa culotte dans les barbelés, j'affirme à vos Seigneuries qu'il marche alors nu sous le regard de Dieu. Ce sont là des confidences que vous recevrez rarement, pour cette raison que les portes de la mort ne se trouvent sur aucun indicateur de chemir de fer. Ceux quin dans leur naiveté, ont choisi eux-mêms le nom cocasse d'Anciens Combattants auront beau retourner en famille à la place où il subirent l'épreuve du feu, ils ne se souviennent de rien du tout et, faute de mieux, ils racontent des histoires.Car les souvenirs de guerre ressemblent aux souvenirs de l'enfance.
Ce commentaire m'a l'air bien compliqué! J'y vois un rapport entre guerre et religion. Un plaidoyer envers les gens qui se jettent à la mort! Mais c'es tout! J' y percois le développement d'une scène de guerre à l'image de martyrs qui iraient se sacrifier sur l'autel pour épurer la terre du pêché?
Bonjour Benjamin,

Quelques notes rapides pour te permettre de commencer !

Cet extrait est une critique de la guerre moderne : la guerre est dérisoire, elle réduit l'homme à un pantin, elle le fait régresser dans les peurs infantiles (la focalisation sur des riens, la nudité, la fuite, l'oubli). C'est l'expérience d'un voyage au pays de la folie ou des approches de la mort, c'est tout comme.
Il appartient au registre polémique.
Il manifeste un humour corrosif en particulier exercé contre les "excellences" de l'état-major.
Son style est plutôt argumentatif et tu peux noter une forte modalisation.

La thèse de Bernanos : la guerre n'est plus cet affrontement majestueux et épique entre deux guerriers comme dans l'Iliade, si elle ne le fut jamais. A ce sujet relève les connotations de "sang de bouc", autant l'animal lubrique, la virilité dévoyée que l'animal du sacrifice (en grec bouc se dit tragos et a donné tragédie). La guerre moderne est donc devenue une technique anonyme qui broie l'homme. Le combat est aujourd'hui dérisoire dans sa disproportion, il ne laisse plus de place à un éventuel héroïsme guerrier, seulement à des réactions animales, primitives.
VOICI MON COMMENTAIRE COMPOSE ACHEVE JEAN LUC.


Introduction :


En 1936 la guerre d’Espagne éclate. Prélude d’une guerre totale, elle oppose farouchement républicains et franquistes. Acharnée, destructrice, sanguinaire, la guerre oppose non plus des hommes entre eux, mais ces derniers aux machines, aux robots, aux techniques mécaniques. Ainsi, lorsqu’il publie à 38 ans Les Grands Cimetières sous la lune ,Bernanos auteur chrétien, se trouve à Majorque. Il voit passer des camions, couverts de poussières mais se tenant droits, des républicains espagnols qu’on va fusiller demain. En effet, « il fut (dès lors) frappé par cette impossibilité qu'ont les pauvres gens de comprendre le jeu affreux où leur vie est engagée. […] Et puis, je ne saurais dire quelle admiration m'ont inspirée le courage, la dignité avec laquelle j'ai vu ces malheureux mourir » De cette vision barbare et courageuse de la guerre va naître cet ouvrage polémique et pamphlétaire. Dénonçant la toute « puissance des imbéciles », Bernanos en appelle à l’honneur et à la dignité humaine pour cesser ce massacre. Pourtant lui qui fut en premier lieu un fervent apôtre du franquisme décida face aux ignominies inhumaines de son camp de basculer du côté républicain, plus juste et plus probe. Dès lors, cet extrait n’est que la mise en abyme des ouvrages bernanosiens : la guerre moderne y est vilipendée. Elle réduit l’homme à pantin, elle le fait régresser dans ses peurs infantiles. L’homme vit alors l’expérience d’un voyage au pays de la folie et de la mort. Aliéné, étranger à lui-même, exilée de son être, il n’ose plus même scruter la honte qui l’entoure. Bernanos entreprend alors ici un véritable réquisitoire contre les effets de la guerre sur la nature humaine. En cela, en quoi la guerre n’est plus cet affrontement majestueux et épique entre deux guerriers, comme dans l’Iliade, mais bien une technique anonyme qui broie l’homme ? En cela, la dénonciation de la guerre moderne sera étudiée, puis l’angoisse humaine, et enfin l’amnésie volontaire de l’homme.


I) Une dénonciation de la guerre moderne

Introduction partielle

Dante, dans un ouvrage intitulé La Divine Comédie, dit « Toi qui entre ici abandonne toute espérance ». La guerre moderne est cette perte de l’espérance. Face aux bruits, aux cris stridents, aux bombes, la guerre moderne incarne bien cette perte de l’espérance. L combat dérisoire dans sa disproportion ne laisse plus de place à un éventuel héroïsme guerrier mais seulement à des réaction animales et primitives.

a) L’héroïsme guerrier n’est plus

En effet, « la guerre » a « jadis formé des gladiateurs, des belluaires ».Autrefois, les « gladiateurs » étaient ces combattants armés qui, dans les jeux du cirque ,combattait contre un autre homme, ou une bête féroce pour les « belluaires ».Cette singularité du combat et cet affrontement duelle mettait l’homme en face de sa propre force physique, en face de sa propre nature à résister à l’adversaire :Le combat était beau et avait une valeur noble. De plus, c’était un spectacle offert à la vue de tous, il revêtait une dimension divine où l’être livrait combat « ex-nihilo » contre l’ennemi. Il existait un contact charnel où le vainqueur était souvent le plus valeureux et le plus vaillant. De ce fait, l’emploi du « jadis » corrobore bien cette mélancolie et cet irréel du passé de la guerre dite « héroïque » L’âge d’or du combat s’est substitué à l’âge de fer « robotique ». Ainsi, loin d’être un art de la guerre comme l’entendait Sun Tse, la guerre dite « moderne » a davantage « formé » et transformé le combat en vice. Non seulement la guerre dont l’étymologie provient du francique « werra » signifiant « bataille » traduit aussi bien l’épreuve de la possibilité permanente de la mort violente pour soi, que l’épreuve de la nécessité permanente de la mort infligée à autrui. En plongeant alors l’homme dans sa finitude, la guerre héroïque était saisie comme un des lieux où se déterminaient l’expérience et l’idée de la vertu. De ce fait, l’emploi de la périphrase « peuples à sang de bouc » connote autant l’animal lubrique, la virilité dévoyée que l’animal du sacrifice, puisqu’en grec bouc se dit « tragos » qui a donné tragédie. Dès lors, La « guerre » par essence a toujours été une tragédie humaine, mais « jadis » elle avait au moins le mérite « chez les peuples à sang de bouc » de « former » des âmes héroïques et nobles. Ces références à l’antiquité ne sont pas là par hasard puisque la tragédie est bien cette mise à mort programmée d’un héros qui ne pourra reculer face à sa destinée.Pour Bernanos, l’âge homérique ou antique est cet âge certes guerrier, mais courageux, honorable et valeureux . Cependant, la guerre dite « moderne » a t-elle cette visée ? A t-elle cet enjeu ? N’est-ce pas plutôt la politique continuée par d’autres moyens ? En effet, L’usage des modalisateurs «possible » et « sans doute » exprime clairement un jugement tacite de Bernanos. Ce dernier tente de manière « épistémique » de créer chez le lecteur une incertitude quant à la véracité « que la guerre ait jadis formé des gladiateur, des belluaires. L’antithèse très nette ici entre « sans doute » et « il est possible » accentuée par une gradation confère, il nous semble, davantage la valeur d’une vérité générale. D’ailleurs, l’emploi de la virgule isole « sans doute » afin de donner une tonicité à la phrase : « Sans doute » pourrait peut-être signifier sans le moindre doute, et ainsi la phrase apparaîtra plus sous la forme de vérité générale : « sans doute, la guerre a jadis formé des gladiateurs, des belluaires » ? De ce fait, Le visage de la guerre s’est transhumé en un combat purement technique. Elle est donc cette « Janus » aux deux visages, dont l’un tourné vers le passé évoque le temps de la guerre noble, et l’autre tourné vers l’avenir marque l’avènement malheureux de la guerre moderne.

b) La guerre dite moderne


Bernanos dépeint de manière minutieuse le nouveau paysage de la guerre. La conjonction adversative « Mais » vient bien marquer l’opposition avec ce que nous avons dit précédemment. De plus, ce ne sont plus des « belluaires » ou des « gladiateurs » qui combattent mais « un homme ».L’emploi de l’article indéfini permet non seulement de donner un effet de généralisation à savoir que la guerre touche tous les hommes ; mais peut également signifier le caractère prosaïque et banal de l’homme : cela voudrait dire que ce n’est qu’un homme et rien de plus qui part à la guerre . Pis encore, L’homme moderne ne combat plus d’homme à homme, mais d’homme à machines. La présence du champ lexical de la machine par les termes « tir », «acier », « barrages », « sirènes », « forces hurlantes », «chemins de fer », « barbelés » exposent la bizarrerie de cette lutte. Elle est aussi très bruyante voire assourdissante : « les sirènes », le « barrissement », les forces « hurlantes » crée un effet cacophonique. L’emploi de l’hyperbole « mille sirènes d’aciers » puis la personnification « forces hurlantes » provoquent une harmonie imitative qui vise à reproduire le bruit de la guerre. On pourrait ajouter aussi que l’allitération en r redoublée par la paronomase des termes « barrage » et « barrissement » accroît ce désordre et ce tumulte de la guerre. Mais la construction « parataxique » de la phrase « Mais lorsqu’un homme a une fois fait face au mur orange et noir….bagatelle » vise aussi reproduire l’atmosphère de mouvement, de rapidité et décadence propre au champ de guerre. L’ essoufflement lié à la peur est clairement exprimé par les points de suspensions : « je veux dire à la haine de l’ennemi…. » qui traduisent bien cette incapacité pour l’homme à suivre le rythme infernal de la guerre. En effet, « ménageant son souffle », « face au mur », il est également dans l’impossibilité de se révolter, c’est à dire de faire volte-face à sa destinée. Entièrement plongé au cœur de la bataille avec « ses gros souliers collant à la glaise », qui n’est pas sans évoquer la couleur rouge, la couleur du sang. Cependant, ne pourrait-on même comparer la guerre moderne avec le Phlégéthon, fleuve de l’enfer qui avait la particularité d’avoir du feu à la place de l’eau d’ou, peut-être, la présence du mur « orange » qui symboliserait les flammes, et du « noir » pour renvoyer à la mort ? Mais peut-être pourrions nous également dire que pour Bernanos, l’enfer c’est le froid : « le mur » est élément froid tout comme l’ « acier » , le « souffle », « la mort » et le « fer ». La guerre est peut-être cet enfer glacial qui serait « un détachement essentiel » des couleurs chaudes et humaines du paradis et de la vie Sainte ? De plus, le terme « section » qui vient du latin « sectio » qui signifie division accentué par le participe passé « resté » montre bien que la guerre réduit ce qui a déjà été anéanti. Il y a donc bien une opiniâtreté d’annihilation de la guerre moderne qui n’admet aucune « proportion ». Le « diable » du latin « diabolos » qui signifie diviser n’est que l’allégorie de la guerre moderne, à savoir qu’elle divise l’indivisible, qu’elle réduit l’irréductible au néant, à savoir à l’inexistence totale.

Cette description de la guerre apparaît sous la forme d’un tableau désordonné, éparse, plein de couleurs et de fracas telle la toile Canon en action du peintre futuriste Gino Severini. Bernanos use alors de l’hypotypose afin de décrire la guerre de manière très subjective et très vivante tel un tableau en mouvement qui n’a plus « les couleurs de la vie »

c) Une guerre de couards


Mais, contrairement aux gladiateurs qui font face à leur destinée, l’homme moderne tente d’échapper à cette destinée en refusant de combattre car ce dernier « s’est aligné de son mieux sur ce qu’il reste de la section », et est « souvent occupé à ne pas laisser sa culotte dans les barbelés ». Il est donc non plus dans la perspective d’un affrontement de l’ennemi, mais avant tout dans celle de la conservation de sa propre existence. L’homme de la guerre moderne apparaît comme un « anti-héros » un couard qui « reste » figé et qui refuse d’affronter le combat. Cette passivité liée d’une part liée aux machines de guerre qui peuvent lui permettre de n’engager sa propre personne, et d’autre part lorsque l’homme » s’est aligné de son mieux sur ce qu’il reste de la section » peut renvoyer à l’idée que l’homme ne fait que « s’aligner », c’est à dire ne fait qu’imiter le guerrier, ne fait que simuler le combat réel . En effet, toutes les phrases soulignent bien que l’homme subit l’action : Ce sont les « forces hurlantes qu’il affronte », il «a fait face au tir de barrage », « n’a plus le temps de songer à la bagatelle » . De ce fait, il ne peut que « songer à » c’est à dire être absorbé par la machine infernale de la guerre non l’orchestrer comme bon lui semble. Par conséquent, l’homme moderne ne ferait que jouer le combattant, que simuler le combat, que « subirent l’épreuve du feu », que feindre un héroïsme. Or, être un combattant, c’est être un soldat qui prend part directement et activement au combat .Il n’y a alors pas de « mur » qui entrave l’affrontement. Ainsi, Bernanos, en plus de souligner l’assujettissement de la machine sur l’homme, expose une subordination de la lâcheté. En premier lieu, les machines permettent aux hommes de ne pas aller au front, et dans un second temps, même si certains hommes doivent s’affronter, ils ne le font jamais que dans une visée de protection de soi puisque l’homme « n’a plus le temps de songer à la bagatelle –je veux dire à la haine de l’ennemi ». Par conséquent, l’être tend davantage à se préserver, à entreprendre « un détachement » pour le combat afin de se maintenir en vie alors que la guerre est avant tout un combat de soi pour l’existence de tous. De ce fait, le « nom cocasse d’Anciens Combattants » n’est qu’un moyen de masquer aux autres qu’on a refusé sciemment la guerre par peur de celle-ci. Pis encore, la guerre qui avait pour objectif la victoire sur l’ennemi est abandonné au profit de l’émergence de la couardise. Mais, que faire face a une telle disproportion entre l’homme et la machine ?En effet, a « bagatelle » de « la haine de l’ennemi » n’est rien en effet face à la puissance destructrice de la machine. C’est la modernité qui a détruit la possibilité de choisir son « chemin » et par la même de choisir son destin. En cela, la guerre déjà absurde par essence l’est encore plus avec l’irruption de la guerre moderne, guerre qui dépasse et surpasse la capacité humaine bien incapable de résister face à une telle force de destruction.

Conclusion partielle

Oxymore de l’ancien héroïsme guerrier, la guerre Technique n’est que le versant dévoyé de la guerre du « jadis » . Elle susciterait en effet plus d’angoisse que de courage, plus de vice que de vertu, plus de cynisme que d’héroïsme.




II) L‘angoisse humaine


Introduction partielle :

La guerre est un traumatisme inexpugnable. Souffrance sans borne comme l’est sa volonté de destruction, la guerre suscite la peur, l’oubli, l’exil de soi et la honte de sa propre existence. Par le truchement de l’empirisme de la guerre, Bernanos se voue à la quête d’un sens absolu de la destinée humaine dans l’expérience de l’angoisse humaine.

a) Le déshonneur comme approche de la mort


La guerre moderne est une aliénation de l’homme à savoir que l’individu devient complètement étranger à lui même. Contrairement aux « gladiateurs » et aux « belluaires », l’homme moderne refuse le combat. Face à la Technique de la guerre, le déshonneur de l’homme est grand. Tout d’abord, la peur apparaît très forte : En « Ménageant son souffle », il « s’est aligné de son mieux sur ce qu’il reste de la section » démontre clairement une angoisse insurmontable pour affronter le combat. Ceci est notamment accentué par la présence des nombreuses négation telles « il n’a pas bu », « ne le sait pas », « ne sait rien » , « n’a plus les couleurs de la vie » qui traduisent cette négation de la nature humaine. Mais, cet exil de l’être qui provoque « un détachement essentiel » et « fondamental » de l’homme est tragique puisqu’il n’est pas du ressort de celui qui le subit, mais du monde qui le fait subir. Le progrès de la Technique de la guerre par les termes « acier », « tir » et « fer » n’a pas entraîné une amélioration du sort de L’Humanité puisqu’il n’est, en réalité, qu’une dépossession de l’homme de son pouvoir de décider. « Sans proportion » la guerre a fait plongé l’homme dans une incroyable passivité ou il est bien trop « souvent occupé à ne pas laisser sa culotte dans les barbelés » au lieu de défendre sa liberté. Or, s’aligner « sur ce qu’il reste de la section » c’est selon Bernanos se déshonorer puisque l’honneur, selon lui, permet à l’homme d’être toujours en accord avec ses actes, de ne pas se trahir et de vivre dans une parfaite incarnation. Cependant, être « aux portes de la mort » c’est vivre l’expérience du déshonneur car la mort n’est rien d’autre que la désincarnation, à savoir ce détachement essentiel » et « fondamental » de soi-même. Dès lors, cette dissémination de soi « n’a plus les couleurs de la vie » car il s’arrache à lui-même et sort de l’honneur. L’exil et la fuite ne constituent qu’une infidélité et «une désertion de l’être puisqu perclus et enfoncé dans « ses gros souliers collant à la glaise ».Mais, la guerre doit être un combat sans ménagement, et sans répit car elle a pour but la préservation de notre bien le plus précieux qu’est la Liberté .Et oser vouloir sauver « sa peau », c’est passer du « tout » au « rien », c’est passer de l’absolu de l’honneur au « rien » du déshonneur, c’est passer « de la transparence surhumaine» « aux portes de la mort ».L’homme comme disait Sartre dans l’ être et le néant réalise « par la honte une relation de moi avec moi (car)il découvert par la honte un aspect de (son) être ».

b) Une Rédemption par le courage


La guerre peut provoquer des tensions de division chez l’être. « Ce pauvre diable », ce diviseur de notre être nous scinde entre deux volontés : le renoncement ou l’abnégation.
En effet, l’abnégation est « une transparence » de l’âme du Saint :Ce dernier ne cache rien, « il marche nu sous le regard de dieu » car il s’est surpassé, transcendé « au-delà » de sa condition de mortel pour défendre les valeurs de tous les hommes. Il est devenu « surhumain », c’est à dire au-dessus de l’homme et presque divin. Il a su par la « révolte » et par la « colère » dompter sa bile noire pour le bien communs de l’homme. Passé du particulier à l’ « absolument sans proportion » traduit la volonté pour l’homme de s’élever vers le divin, vers l’ « au-delà » ; de basculer de la multitude à l’unité, de la division à l’union, des hommes a « un homme » Tout comme chez Platon, la fuite et le « détachement »du monde sensible trop informe, trop plein de matières doit être surpasser pour atteindre la lumière « transparente » et « nu » de l’essence « fondamentale » du monde intelligible. Or, malheureusement face aux forces hurlantes qu’il affronte sans proportion », l’homme se retrouve dans l’incapacité de maîtriser « l’absolu » de la création technique, et se voit immobilisé dans « la glaise » fangeuse. « Pauvre » mortel, Bernanos se moque de manière corrosive de la situation fébrile de l’homme. La commisération éprouvée par nous autres ne changera pas le remords qu’il aura de n’avoir plus « les couleurs de la vie ».Dépecé, émacié et exsangue l’homme a perdu toutes chaleurs, toutes « couleurs » de l’existence, et a plongé dans le précipice de la négation de soi pour sauver une future « pauvre » existence. Donc, Bernanos prône ici une véritable ascèse chrétienne qui considère que le sacrifice humain permettra l’accessibilité au paradis tel un Polyeucte qui préfère quitter un monde ténébreux afin d’accéder au salut de la vie éternelle. Cette vie détachée du poids d’une existence « collant à la glaise » permet à l’homme de vivre dans un « au-delà absolument « sans proportion ».


c) Un manichéisme religieux


Profondément religieux, Bernanos n’a pas exclu dans ce texte le manichéisme entre « Dieu » symbole du bien et le « diable » symbole de la division. En effet, l’évocation des « portes de la mort », de l’ « au-delà » et de « la transparence » sont des termes qui renvoient au bon vieux dualisme entre le bien et le mal. Ainsi, comment Bernanos tente t-il de percevoir la guerre non pas comme un Mal absolu mais comme la tension entre le bien et le mal ? En effet, le « mal » est ici associé au monde moderne, c’est à dire au monde extérieur : source de ce qui divise d’ou sûrement l’usage des mots « section » et « diable », l’homme ne fait qu’en se tournant vers l’extérieur non pas le bien mais « le mieux ». Or, Ce « mieux » n’est qu’une «bagatelle » par rapport au bien, et l’individu ne peut alors se détacher de l’être corporelle pour se tourner vers son intériorité « transparente ». A la différence d’être « nu sous le regard de Dieu », l’extériorité est au contraire« aux portes de la mort». De plus, au lieu de se situer « au-delà » c’est à dire au-dedans de soi, l’homme tourné vers l’extériorité ne peut s’extirper qu’un peu » de soi. Ainsi, la « naïveté » de l’enfance apparaît incompatible avec le monde moderne. Pleine de « transparence » l’enfance permet à l’être de pénétrer dans l’ « essentiel de son être ». Ce retour aux sources, ce retour à l’origine serait le signe d’une pureté retrouvée et traduirait le refus de vivre dans un monde « sans proportion » et « barbelés ».En cela, L’innocence infantile serait – elle donc l’unique fontaine de jouvence dont l’eau demeurerait éternellement saine ?





III) Une amnésie volontaire de l’homme

Introduction partielle


Dans un ouvrage intitulé Considérations inactuelles, Nietzsche souligne que « Celui qui ne sait pas se reposer sur le seuil du moment pour oublier tout le passé, celui qui ne se dresse point, comme un génie de victoire, sans vertige et sans crainte, ne saura jamais ce que c’est que le bonheur ».Dès lors, l’oubli est fondamental pour quiconque veut exister dignement.


a)Boire comme oubli

Face à la honte qui surgit et qui submerge le tréfonds de l’homme, le seul moyen d’apaiser cette douleur profonde est la beuverie. A l’image de Leclerc dans L’espoir d’André Malraux, boire est une façon de se débarrasser de l’ignominie de son être . En effet, « Leclerc ne se pardonnait pas sa fuite, et il entendait entraîner tous ceux qu’il touchait dans la délivrance sinistre qu’il eût trouvé dans le dégoût général comme il l’avait trouvée dans le pernod ».L’homme « n’a pas bu » pendant le combat puisqu’ « il ne saoulera qu’après le combat ». La gradation entre « bu » et « saoulera » marque la volonté pour le combattant d’être « ivre mort ». La honte l’ayant décomposée, l’alcool n’est qu’une morphine douce qui accompagne insidieusement l’être vers une mort tranquille et dérisoire. Cette profusion de l’alcool peut-être mis en étroite comparaison avec le fleuve de l’oubli : Le Léthé. Tous les morts doivent boire pour oublier les douleurs et les plaisirs de leur ancienne vie. Ainsi, ces « Anciens Combattants » sont comparables à des « morts vivants » qui par volonté d’omettre une partie de leur existence s’abreuve de l’alcool dévastateur. De ce fait, comme durant le combat ou ils n’ont « plus le temps de songer à la bagatelle » le retour « en famille à la place exacte ou il subirent l’épreuve du feu » n’est qu’un retour honteux de l’enfant que l’on croyait Prodigue. Loin d’avoir apporter des bienfaits qui rendrait fier sa famille, l’homme a développé une guerre immonde qu’il n’a pas été capable d’assumer valeureusement. Contrit d’avoir trahi les siens, il est alors remis « à la place exacte où il subit l’épreuve du feu » afin d’être tancé et réprimandé de n’avoir pas respecté l’honneur de sa famille qu’il se devait pourtant de protéger. Tel est en principe le devoir d’un homme, c’est à dire protéger le giron familial en se sacrifiant. Or, l’homme n’en a pas été capable, et c’est donc pour cette raison qu’il préfère « raconter des histoires » afin de mieux masquer l’affreuse vérité de sa pleutrerie.

b)Une réminiscence tronquée

Par peur d’assumer la plénitude de ces actes, les hommes « ont choisi » de mentir quant aux souvenirs. Remaniés, transformés ils ne sont que l’écume de la mémoire car « ils ne se souviennent de rien du tout ». L’oxymore entre « rien » et « tout » renvoie à l’impossibilité pour l’individu de restituer des « riens du tout », à savoir qu’ils n’ont même pas de souvenirs exactes mais bien une amnésie générale qui les pousse à inventer plutôt qu’à restituer. « Faute de mieux » ils s’adonnent à narrer « des histoires » fausses et mensongères afin de se représenter aux yeux des autres comme de valeureux combattants. Or, personne ne combat, mais tout le monde se donne le nom « cocasse d’Anciens combattants ». Cette absurdité donne à l’être une nouvelle manière de s’accepter, de ne pas se juger tel qu’il fut, mais tel qu’il sera perçu sous cette terminologie erronée. Cependant , tous les hommes « marchent nus sous le regard de Dieu », et il est impossible de tromper le don d’ubiquité du créateur. Bernanos veut-il signifier que le vrai jugement de l’homme n’est pas sur terre , mais aux cieux ? Que seul « Dieu » a vu ceux qui n’ont pas « défroqué » leurs rangs ? Quoiqu’il en soit, le fait même de se saouler traduit bien la difficulté d’assumer la désertion de son être durant le combat. Vivre déchu vaut-il mieux que mourir en Héros comme ses « gladiateurs » ou ses « belluaires »? Une existence sans engagement et sans abnégation est-elle noble ? Ne vaut-il pas mieux mourir en martyr car comme dit Nietzsche « les plus grands naissent posthumes » ?

c)Un retour à l’enfance


L’homme malheureusement en grandissant se compromet avec le monde extérieur et oublie peu à peu l’enfant qu’il a conservé malgré lui dans son intérieur et commettant ,envers lui même, un acte de félonie en trahissant cette part d’innocence dont il ne peut se délier. Ainsi, l’hypozeuxe « car les souvenirs de guerre ressemblent aux souvenirs de l’enfance » permet un parallélisme de construction entre « les souvenirs de guerre » qui ne sont que la narration « d’histoires » floues ou mensongères tout comme le sont « les souvenirs de l’enfance » également difficile à restituer. Nonobstant, par la polyptote des mots « souvenir» et « souviennent», Bernanos montre que l’être est inexorablement plongé dans un désir de connaître son passé et qu’il est dans l’incapacité d’effacer une quelconque partie de son existence. La guerre peut-être comparé a cette « naïveté » de l’enfance car avoir été enfant implique que tout homme a porté à un moment donné de sa vie, un regard innocent sur le monde. Un enfant est innocent parce qu’il ne sait pas tout comme l’homme est innocent car « il ne le sait pas », « il ne sait rien » de ce que pouvait être la guerre avant de faire « face au mur et orange et noir du tir de barrage ». En ce sens, l’enfant est incapable de cynisme parce qu’il est authentique et se présente tel qu’il est tandis qu’une fois après avoir affronté « les forces hurlantes » de la guerre, l’homme devient conforme au monde moderne et accepte de poursuivre ses barbaries même s’il faut compromettre la pureté de son essence. Bernanos vante alors cette pureté, cette « transparence » non ternie afin d’accéder aux valeurs de la vie « surhumaine » quitte à paraître naïf. En cela, la guerre a détruit la part d’innocence infantile des hommes car l’ ayant vécu et subi ils sont devenus les ombres d’ « eux-mêmes ».

Conclusion partielle :

L’oubli de soi est vital si l’homme veut continuer à mener une existence. L’alcool refuge de ses maux est le symptôme d’un suicide programmé et voulu tout comme l’est l’absence de souvenirs bien trop lourd à porter et à assumer. Par conséquent, l’homme a trahit la blancheur immaculée de son enfance en trahissant l’innocence et la belle naïveté de son être.




Conclusion :

Créatrice de stigmates, la guerre a crucifié l’homme. Le rendant inique et honteux de sa propre existence, il ne pourra jamais se défaire du désordre sanglant qu’il vit se répandre sous ses yeux. Anéanti et aliéné, il ne pourra jamais retrouver les valeurs douces du passé et doit se plonger dans les affres d’un présent mélancolique et chaotique .Cicatrice béante, la guerre a dévoyé l’humanité de son enfance candide pour l’obscurcir d’une réalité amère et terrible : il est le bourreau de ses douleurs inexpugnables.
Bonjour Benjamin,

En complément de ce que j'ai déjà pu te dire, je trouve dommage que tu n'aies pas relevé l'acidité des attaques contre l'état-major.