La signification du mot 'fantasme' dans le Dictionnaire Encyclopédique universel édition 1998 est la suivante "Ensemble de représentations imagées mettant en scène le sujet et traduisant, à travers les déformations de la censure imposée par le sur-moi, les désirs inconscients de celui qui l'élabore."
Ma question est : Peut on employer le mot 'fantasme' dans le cadre d'une critique littéraire par exemple pour se référer aux rêves chastes auxquels s'adonne un poète ( dans mon cas c'est Verlaine parlant de sa Mathilde) ou est ce que le mot 'fantasme' nous renvoie directement à l'aspect sexuel et torride des rêves?
Cette définition relève de la psychanalyse.
Le terme n'a pas toujours cette connotation sexuelle.
Le Larousse donne cette définition plus neutre : "Représentation imaginaire traduisant des désirs plus ou moins conscients : Être dominé par ses fantasmes. Les fantasmes d'une société."
Le TLFI est encore plus modéré (voir ce que j'ai repéré en gras) :
A. Vx, PATHOL. Vision hallucinatoire. Synon. hallucination. Je voyais en marge de mon champ visuel et à quelque distance une grande ombre en mouvement, je tourne le regard de ce côté, le fantasme se rétrécit et se met en place : ce n'était qu'une mouche près de mon œil. J'avais conscience de voir une ombre et j'ai maintenant conscience de n'avoir vu qu'une mouche (MERLEAU-PONTY, Phénoménol. perception, 1945, p. 344).
B. PSYCHANAL. Construction imaginaire, consciente ou inconsciente, permettant au sujet qui s'y met en scène, d'exprimer et de satisfaire un désir plus ou moins refoulé, de surmonter une angoisse. Fantasme conscient, inconscient, sexuel. [Freud] vit dans le refoulement des désirs œdipiens intolérables la source des phantasmes (…) des névrosés (Hist. de la sc., 1957, p. 1697). Les interprétations de Jung ont fait l'objet de nombreuses critiques chez les alchimistes contemporains (Canseliet, Alleau, Claude d'Ygé), alarmés à juste titre de voir l'art d'Hermès rapproché des visions, des rêves, des phantasmes pathologiques (CARON, HUTIN, Alchimistes, 1959, p. 84) :
1. Ces pulsions refoulées cristallisent sur elles les complexes morbides les plus différents. (…). (Au lieu d'être enfoui dans les profondeurs du moi, l'objet redouté ou désagréable peut être dérivé vers un fantasme imaginaire et agréable, où se dissout l'angoisse, souvent en retournant l'objet en son contraire : c'est le rôle fréquent de la rêverie diurne; …).
MOUNIER, Traité caract., 1946, p. 353.
Fantasmes originaires. ,,Fantasmes qui transcendent le vécu individuel et ont un certain caractère d'universalité. En ce sens, ils sont à rapprocher des mythes collectifs. Ils « mettent en scène » ce qui aurait pu dans la préhistoire de l'humanité participer à la réalité de fait et à ce titre ils entrent dans le cadre de la réalité psychique`` (A.-J. Coudert ds POROT 1975, p. 270).
P. ext., usuel. Représentation imaginaire marquant une rupture avec la réalité consciente. Synon. chimère, rêverie. Alors, ils se montaient des bobards, des entourloupes monumentes, ils rêvaient tous de réussites, de carambouilles formidables… Ils se voyaient expropriés, c'était des fantasmes! (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 342). La montagne célèbre [le Matterhorn] avait beau ne plus être la cime surnaturelle, environnée de terreurs et de fantasmes de jadis (PEYRÉ, Matterhorn, 1939, p. 57) :
2. À l'heure où le silence, l'ombre, l'ennui des immeubles bourgeois envahissaient le vestibule, je lâchais mes phantasmes; nous les matérialisions, à grand renfort de gestes et de paroles, et parfois, nous envoûtant l'une l'autre, nous réussissions à décoller de ce monde jusqu'à ce qu'une voix impérieuse nous rappelât à la réalité.
BEAUVOIR, Mém. j. fille, 1958, p. 46.
Je vous remercie pour votre réponse 🙂 .