Analyse grammaticale
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Pourquoi pas.
Alors, avec Il marche sur les pas de son père, on a au moins deux analyses possibles :
Il = sujet
Marche = verbe
Sur les pas de son père = complément de lieu de marcher
De son père = complément de nom de pas
Il = sujet
Marche sur les pas de = locution verbale
Son père = COD (ou COI, selon que la locution s’analyse comme transitive ou intransitive, ce que je ne sais. A priori la préposition est intégrée à la locution, donc figée, donc COD, mais bon, pas sûre).
Comment choisir ?
À la différence de casser sa pipe, le sens global métaphorique a une grande proximité, aisément compréhensible, avec le sens littéral. Je n'irais donc pas jusqu'à y voir une locution verbale.
Ah, j’ai l’impression que nous ne parlons pas du même sens.
Je pensais au plus figuré = imiter quelqu’un, suivre son exemple.
Tu pensais à suivre quelqu’un de près, physiquement ?
Mais si, je parle du même sens…
Marcher sur les pas de quelqu'un, suivre son exemple. (sens figuré)
De "suivre (physiquement) quelqu'un" à "suivre (métaphoriquement) l'exemple de quelqu'un, le glissement de sens va quasiment de soi.
Tandis que le glissement de sens entre "casser sa pipe" (la briser) et "casser sa pipe" (mourir) est tout de même plus tarabiscoté.
Même au sens figuré, difficile de voir dans "de son père" un COI de locution verbale.
"De son père" est selon moi toujours complément de nom, complément du nom "pas", précisant le "possesseur" de l'exemple suivi.
Ah ! si tu avais parlé du sens le moins figuré, j’aurais compris, parce que dans ce cas, marcher conserve son sens propre et est séparable de son complément, il est donc compositionnel.
Dans le sens le plus figuré, je trouve que ta position est plus difficilement défendable : marcher n’a plus le sens propre de marcher et il forme un tout avec sur les pas de, et c'est ce tout pris dans son ensemble qui a le sens de imiter, suivre l'exemple, se conduire comme, etc.
A - sens le moins figuré
- Qui est-ce, où est-il, que fait-il ?
- C’est le célèbre Herpule Coirot, il est dans la forêt, et il marche, il marche sur les pas du fugitif, il est à deux doigts de le rattraper.
B - sens le plus figuré
- Qui est-ce, où est-il, que fait-il ?
- C’est un jeune physicien très prometteur, il est assis à son bureau, et il marche, il marche sur les pas d’Einstein, il est à deux doigts de devenir aussi génial que lui.
On traite les deux phrases de la même façon, on exclut donc l’humour, l'absurde, l’effet de style et autres jeux de langue qui permettent toujours de défiger les locutions les plus figées. La première est parfaitement acceptable, ce qui n’est pas le cas de la seconde.
Analyser marcher dans les pas de X dans son sens le plus figuré, ça me fait le même effet que d’analyser pomme de terre.
Après, comme le montre très bien cet exemple, les locutions semblent être plus ou moins analysables selon leur degré de transparence ou de figement. Moins c’est transparent, plus c’est figé, moins ça s’analyse. À ce titre, on ne peut pas dire que casser sa pipe dans son sens figuré soit transparent.
Sans compter que si, dans cette dernière locution, sa pipe pouvait s'analyser comme un COD, on devrait pouvoir (toujours sans jeux de langue) dire :
Ce n'est pas sa pipe qu'il a cassé, c'est son nettoie-pipe, comme on pourrait le faire dans le cas d'un "vrai" COD appartenant à un syntagme compositionnel (et comme on pourrait le faire si casser sa pipe était pris dans son sens propre), or ce n'est pas ici possible.
Bien sûr que non…
je voulais dire: tous les compléments circonstanciels introduits par "sur"….
Ma réponse ne change pas.
Même si c'est le cas le plus fréquent, un complément (qu'il soit essentiel ou circonstanciel) introduit par sur n'est pas forcément un complément de lieu.
Sur le soir, la pluie se mit à tomber. (CC de temps)
Sur la grammaire, elle est incollable. (CC de propos : en ce qui concerne…)
Etc.
Katioucha a écrit :Sans compter que si, dans cette dernière locution, sa pipe pouvait s'analyser comme un COD, on devrait pouvoir (toujours sans jeux de langue) dire :
Ce n'est pas sa pipe qu'il a cassée, c'est son nettoie-pipe, comme on pourrait le faire dans le cas d'un "vrai" COD appartenant à un syntagme compositionnel (et comme on pourrait le faire si casser sa pipe était pris dans son sens propre), or ce n'est pas ici possible.
Oui, bien sûr, dans l'emploi figuré, on peut arguer du fait que "sa pipe" est devenu indissociable et rebelle à l'extraction. Mais on a toujours le droit, si on le désire, de faire remarquer que cet élément est bien à l'origine un COD. De même qu'on a toujours le droit, si on le désire, de faire remarquer que l'élément "de terre" de "pomme de terre" est bien à l'origine un complément du nom "pomme".
Certains éléments de certaines locutions, en revanche, vestiges d'un état révolu de la syntaxe, se laisseraient moins facilement analyser :
à vau-l'eau, sens dessus dessous, à cœur joie, avoir beau…c'est noté 🙂
une question qui n'a pas de rapport avec l'analyse grammaticale: un verbe pronominal transitif est-il obligatoirement transitif indirect?
"Dieu sait combien ils ont été nombreux à avoir été massacrés, torturés, emprisonnés! Dieu sait!" Jeanne Champion, Mémoires en exil, Fayard, 1989
*Dieu sait: locution prépositive introduisant un adverbe (je prend le risque de dire que la locution se compose d'un sujet et d'un verbe qui forment un groupe figé)
-combien: adverbe exclamatif
-nombreux: attribut du sujet "ils"
-à avoir été massacrés: complément de l'adjectif "nombreux"
-avoir été massacrés: forme passive, l'agent est ellipsé
-torturés, emprisonnés: participes passés ayant la valeur d'un adjectif apposé
-Dieu sait: locution prépositive ayant la valeur d'une interjection
*Le mobilier sens dessus dessous encombre la pièce
- sens dessus dessous: locution adverbiale qui fonctionne comme un complément circonstanciel de maniere
Bon pour
pomme de terre, l’analyse ne pose en effet pas de problème : elle est toujours identique et qu’on analyse ou pas ne change rien à l’interprétation de la phrase, contrairement à ce qui se passe avec les locutions verbales.
Dans
casser sa pipe au
sens propre, le verbe
casser à deux arguments.
Dans
casser sa pipe au
sens figuré, la locution n’en a qu’un seul, le procès décrit par cette locution n’a rien à voir avec celui décrit par
casser X, et la pipe ne participe en rien au procès.
Si c’est toi qui corriges, si on analyse
casser = verbe transitif et
sa pipe = COD, on aura 20/20. Si c’est un adepte de Gross, 0/20.
Y a plus qu’à croiser les doigts ! 😜
Et si on analyse
casser sa pipe = verbe intransitif, tu mets combien ?
@
vemissa
Regarde le verbe
se découvrir, il est magique !
réfléchi
réciproque
passif
transitif direct
transitif indirect
intransitif https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais-anglais/d%C3%A9couvrir/22310
🙂
Bonsoir.
Vemissa a écrit :Une question qui n'a pas de rapport avec l'analyse grammaticale: un verbe pronominal transitif est-il obligatoirement transitif indirect ?
Non. Quand le réfléchi se a une valeur de COS, le verbe pronominal est bien suivi d'un COD.
"Dieu sait combien ils ont été nombreux à avoir été massacrés, torturés, emprisonnés! Dieu sait!" Jeanne Champion, Mémoires en exil, Fayard, 1989
*Dieu sait: locution prépositive introduisant un adverbe (je prend le risque de dire que la locution se compose d'un sujet et d'un verbe qui forment un groupe figé)
Non. On a là une principale "Dieu sait" (nom sujet et verbe) complétée par une subordonnée exclamative indirecte en fonction de COD. C'est un procédé stylistique. Au lieu du discours direct, on utilise le discours indirect en prenant Dieu à témoin de ce qu'on déclare, ce qui permet de donner une plus grande force à son discours.
-combien: adverbe exclamatif
-nombreux: attribut du sujet "ils"
-à avoir été massacrés: complément de l'adjectif "nombreux"
-avoir été massacrés: forme passive (infinitif passé passif) l'agent est ellipsé
-torturés, emprisonnés: participes passés ayant la valeur d'un adjectif apposéNon, ce sont en fait d'autres infinitifs passés passifs juxtaposés au premier, avec ellipse de l'auxiliaire "avoir été".
-Dieu sait !: locution prépositive ayant la valeur d'une interjection
Non. Proposition indépendante exclamative à valeur expressive.
*Le mobilier sens dessus dessous encombre la pièce
- sens dessus dessous: locution adverbiale qui fonctionne comme un complément circonstanciel de maniere
Je dirais plutôt que cette locution a ici une valeur adjectivale et une fonction d'épithète par rapport à "mobilier".
Merci Katioucha, je le consulterai sûrement 🙂
Concernant "Dieu sait", c'est Wikipedia qui m'a induite en erreur; elle l'a présente comme une locution prépositive…
En tout cas merci pour la milliardième fois 🙂
@Katioucha
Entendons-nous bien…
Il est certain que la locution verbale "casser sa pipe" au sens de "mourir" forme un tout.
Il est certain qu'on ne peut plus extraire là-dedans par c'est…que un COD qui serait "sa pipe".
Il est certain qu'on ne peut rajouter aucun COD ou COI à cette locution, et la qualifier d' intransitive me semble dès lors pertinent.
Cependant, lors d'une analyse de phrase, encore une fois, même si ce n'est pas indispensable, il n'est pas interdit de rappeler en supplément "l'étymologie grammaticale" de cette locution (verbe transitif casser suivi d'un COD). Tout comme on pourrait le faire avec le nom "casse-pipe". Je ne prétends rien de plus.
Je serais plus circonspect avec Il marche sur les pas de son père. pris au sens figuré.
Logiquement, pour l'option "locution verbale à part entière", tu te demandais plus haut quelle fonction par rapport à ce verbe (COI ou COD) on pourrait donner à "son père".
Si "de son père" est vraiment complément de ce verbe, il devrait pouvoir supporter l'extraction par c'est…que. Or, il semble qu'il ne la supporte pas : *C'est de son père qu'il marche sur les pas. (!)
En revanche, C'est sur les pas de son père qu'il marche, et non sur les pas d'Einstein me semble plus recevable, et ne pas relever d'un effet de style très marqué. Dans ce cas, "de son père" reste complément du nom "pas", même si l'on emploie ici métaphoriquement le verbe marcher et le nom pas.
Le verbe "marche" peut donc très bien être séparé de "sur les pas de", que rien dès lors n'empêche d'être considérée comme une locution prépositive introduisant le complément de "marche", à savoir "sur les pas de son père".
J’ai bien compris qu’on n’irait pas en prison pour ça !
La question était quid dans un devoir, si l’élève ne met qu’une seule analyse, laquelle sera retenue pour bonne.
Autant pour "Il marche sur les pas de son père" que pour "Il a cassé sa pipe", qu'on le regrette on non, il me semble quasiment certain que c'est l'analyse traditionnelle qui prévaudra, tant pour le correcteur que pour l'élève. Une analyse éventuellement assortie de remarques sur le sens de ces expressions et sur leur caractère imagé. Il serait intéressant d'avoir ici les avis de professeurs de français.
Il serait intéressant d'avoir ici les avis de professeurs de français.
Oui, ce serait en effet intéressant.
En attendant, et puisque tu as aussi été enseignant, comme dans tous les cas tu analyses un COD, comment aurais-tu expliqué à tes élèves que :
-
L’enfant a cassé son jouet.
Le/son jouet a été cassé par l’enfant.
-
Le vieillard a cassé sa pipe.
* > La/sa pipe a été cassée par le vieillard (inutile de répéter qu’on exclut les jeux de langue).
Je n'ai été enseignant qu'au niveau CP et CE1.
Et à ce niveau, la recherche et l'identification du COD par transformation à la voix passive n'étaient pas et ne sont toujours pas au programme, et encore moins dans un registre de langue familier ou imagé.
Des avis de professeurs du secondaire seraient en l'occurrence nettement plus intéressants que le mien.
Jolie pirouette. 🙂
Grâce au prédicat la question ne se pose dorénavant qu’à partir de la 5e.
Ce n'est pas une pirouette.
Il me semble d'ailleurs avoir déjà clairement exposé mon point de vue plus haut.
Je n'ai jamais soutenu mordicus que "sa pipe" demeurait un véritable COD dans l'expression imagée.
Je ne crois pas que pour ta part tu aies été enseignante, mais je te retourne quand même la question : comment serais-tu tentée d'expliquer cela aux élèves, de ton côté ?
Il me semble d'ailleurs avoir déjà clairement exposé mon point de vue plus haut.
Certes, mais il me semble qu’il se heurte ici à un paradoxe.
comment serais-tu tentée d'expliquer cela aux élèves, de ton côté ?
Moi aussi "Il me semble d'ailleurs avoir déjà clairement exposé mon point de vue plus haut", et pour le coup a priori sans tomber sur un paradoxe :
Syntagme libre =
S (Il) +
V (a cassé) +
COD (sa pipe).
Et pour montrer que le verbe et son complément sont libres :
Il a cassé son jouet / sa petite voiture / son joujou
Il a cassé / brisé / fait tomber sa pipe
Il a cassé la pipe de son père / ses pipesSyntagme figé =
S (Il) +
V (a cassé sa pipe).
Et pour montrer que la locution, bien que composée d’autre chose que d’un verbe, n’est en fait qu’un verbe, constater qu'on ne peut faire aucune des transformations ci-dessus, en revanche, on peut remplacer la séquence par :
Il est mort
Il est décédé
Il a expiré
Choses qui ne peuvent commuter avec le syntagme libre.
Je n'ai jamais soutenu mordicus que "sa pipe" demeurait un véritable COD dans l'expression imagée.
La question est simplement de savoir concrètement comment on analyse. Je ne sais pas si tu le soutiens mordicus ou pas, c'est un point que tu défends, et qui me parait difficilement défendable (mordicus ou pas).