Ce fut alors, ajouta-t-il, ①qu’après un long silence, ②qui sans doute était destiné à me faire comprendre ce ③que je vois trop aujourd’hui, ④que vous ne m’aimiez plus et ⑤que j’étais devenu indifférent pour vous…
Aujourd'hui on écrirait "Ce
ne fut alors, ajouta-t-il,
qu’après un long silence", où le ne… que signifie seulement.
"②qui sans doute était destiné à me faire comprendre ce ③que je vois trop aujourd’hui, " deux relatives explicatives imbriquées, la première a pour antécédent silence, la seconde développe ce.
"④que vous ne m’aimiez plus et ⑤que j’étais devenu indifférent pour vous…" appositions à "ce que je vois trop aujourd'hui". On pourrait dire "à savoir que…", elles complètent "comprendre".
Julien est bien le scripteur.
Sa prose est ampoulée, elle est le signe de son embarras.
Jean-Luc a écrit :
"④que vous ne m’aimiez plus et ⑤que j’étais devenu indifférent pour vous…" appositions à "ce que je vois trop aujourd'hui". On pourrait dire "à savoir que…", elles complètent "comprendre".
Bonjour, Jean-Luc.
Du point de vue sémantique, ton explication m'est très compréhensible.
Mais, du point de vue syntaxique, j'ai encore un doute :
Si
"④que vous ne m’aimiez plus" et
"⑤que j’étais devenu indifférent pour vous…" sont appositions à
"ce que je vois trop aujourd'hui" qui complètent
"comprendre",
où se trouve le sujet réel(logique?) du verbe 'fut' ?
Je ne peux pas le trouver…
Je ne suis pas d'accord avec la première partie de l'analyse de Jean-Luc, et aujourd'hui, on ne réécrirait pas la phrase comme il le propose, ou alors on en changerait le sens.
Mais d'abord, il faut comprendre que la phrase, que je reprends ci-dessous, doit bien aller jusqu'au bout :
Ce fut alors, ajouta-t-il, qu’après un long silence, qui sans doute était destiné à me faire comprendre ce que je vois trop aujourd’hui, que vous ne m’aimiez plus et que j’étais devenu indifférent pour vous… Mme de Rênal serra ses mains. Ce fut alors que vous m’envoyâtes une somme de cinq cents francs.
C'est en effet une phrase complexe qui commence à s'égarer dans les raisons du long silence, puis qui est interrompue par une observation du narrateur, hors discours (ce que la typographie n'indique pas), puis qui est reprise reprise pour aller au fait, les 500 francs ! SI l'on arrête la phrase à "pour vous" comme pourrait le laisser croire la typographie, on arrête la phrase en cours de route ; la phrase reprend en fait après, avec un "ce fut alors" de rappel, de résumé.
Si on la débarrasse de ses scories, cette longue phrase, mal construite parce qu'elle traduit une phrase d'un discours oral embarrassé, se résume à :
« Ce fut alors que, après un long silence, vous m’envoyâtes une somme de cinq cents francs. »
Si l'on réécrit en propositions séparées le tout, cela donne :
Il ajouta :
« Ce fut alors que, après un long silence, vous m’envoyâtes une somme de cinq cents francs. Ce long silence était sans doute destiné à me faire comprendre ce que je vois trop aujourd’hui, à savoir que vous ne m’aimiez plus et que j’étais devenu indifférent pour vous… »
En entendant ces mots, Mme de Rênal serra ses mains.
J'espère que ce découpage te facilite la compréhension.
Ta question sur le sujet réel de "fut" :
Dans le tour présentatif "c'est alors que …"/ce fut alors que", on n'a pas je crois l'habitude de chercher le sujet réel car cela contorsionne trop la logique. Je prends un exemple de même structure, mais plus parlant :
"c'est dimanche que je suis venu"= je suis venu dimanche= dimanche est quand je suis venu (c'est du mauvais français, juste pour expliquer).
On peut probablement dire que "dimanche" est le sujet réel de "est".
Pour la même raison, "alors" pourrait être considéré comme le sujet réel de "fut", mais je ne pense pas que cette analyse soit importante (à la supposer partagée par tous, d'ailleurs).
La phrase de Stendhal, on dirait du Thucydide ! 😀
Bonne année et bonjour à tous.
Aidez-moi, s'il vous plait.
Ce jour-là, M. d’Artagnan, ayant reçu ses dernières instructions du roi et fait ses adieux à ses amis, et pour le moment le nombre en était réduit à Planchet, se traça le plan de sa journée comme doit le faire tout homme occupé et dont les instants sont comptés, parce qu’il apprécie leur importance.
Cette phrase m'est claire
sauf la partie soulignée.
1) La partie soulignée est-elle une incise ?
2) Une incise peut-elle avoir le verbe conjugué ?
Ne doit-on pas écrire
"et pour le moment le nombre en étant réduit à Planchet" ?
3) Quel est le référent du pronom
'en', des amis ?
4) En somme, à combien de ses amis d'Artagnan a-t-il fais ses adieux ?
Je souhaite que mes questions ne soient pas obscures.
Merci, d'avance.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :1) La partie soulignée est-elle une incise ?
2) Une incise peut-elle avoir le verbe conjugué ?
Cf.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Proposition_incise
et l'exemple donné :
Leurs chats, et ils en avaient beaucoup, avaient chacun leur panier.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :3) Quel est le référent du pronom 'en', des amis ?
4) En somme, à combien de ses amis d'Artagnan a-t-il fais ses adieux ?
Oui, "en" se rapporte aux amis. Leur nombre est réduit à un seul, Planchet. C'est donc au seul Planchet que d'Artagnan a fait ses adieux. La phrase est un peu humoristique.
Grand merci, lamaneur. 😀
----------------------
Deux fois en un jour… ça serait trop.
Mais j'ai encore une question.
Pour d’Artagnan, il ne les vit même pas ; sa maison au pignon dentelé, aux fenêtres pleines de curieux, attirait, absorbait même toute l’attention dont il était capable.
Il distingua dans la place et autour des maisons bon nombre de mousquetaires en congé, qui, les uns avec des femmes, les autres avec des amis, attendaient l’instant de la cérémonie. Ce qui le réjouit par-dessus tout, ce fut de voir que le cabaretier, son locataire, ne savait auquel entendre.
Trois garçons ne pouvaient suffire à servir les buveurs. Il y en avait dans la boutique, dans les chambres, dans la cour même.
Je ne peux pas trouver le référent (ou antécédent ?) du pronom relatif '
auquel'.
Il y a
'les uns' et
'les autres', mais pas de nom singulier masculin ni avant ni après.
Ce
'auquel', c'est
'à qui' ?
Amicalement.
Entendre à est une construction vieillie de entendre.
Aujourd'hui on écrirait "lequel entendre", lequel des mousquetaires, et même plus vraisemblablement, lequel écouter.
Anne345 a écrit :Entendre à est une construction vieillie de entendre.
Aujourd'hui on écrirait "lequel entendre", lequel des mousquetaires, et même plus vraisemblablement, lequel écouter.
Oui, je comprends.
Mais, dans
"Entre 'les uns avec des femmes' et 'les autres avec des amis', le cabaretier ne savait auquel entendre", n'y a-t-il pas de problème d'accord en nombre ?
C'est ce que je veux savoir.
Cordialement.
Pas s'il n'en écoute qu'un à la fois.
Le sens de "entendre à" n'est pas loin du vieux sens décrit par
Littré de :
2. Être occupé à. On n'entendit plus à autre chose qu'à faire toute la diligence possible.
MALH., Le XXXIIIe livre de T. Live, ch. 9: De cette façon ayant à faire en deux lieux, et ne pouvant pas entendre partout, il en demeura une partie sur la place, l'autre jeta ses armes et s'enfuit
LA CHAUSSÉE, Gouvern. I, 1: Cette femme n'entend qu'à donner des vapeurs
Vieilli en ce sens.
mais en fait, il s'agit ici d'une locution :
Absolument. Ne pas savoir auquel ou à qui entendre, c'est-à-dire ne pas savoir à qui ou à quoi il importe de faire attention.
VAUGELAS, Q. C. 536: Parmi tant de cris différents on ne sait auquel entendre
HOLBACH, Essai sur les préj. ch. 13, dans DUMARSAIS, Oeuvres, t. VI, p. 316: L'homme ne sait donc à qui entendre ; sa volonté est le jouet continuel de divers motifs opposés qui se disputent le droit de le déterminer
ou, comme le dit le
TLFi :
b) [Entendre + compl. d'obj. indir.] Vieilli
♦ Ne savoir auquel entendre. ,,Avoir affaire à plusieurs personnes à la fois et éprouver quelque embarras à les satisfaire`` (Ac. 1835-1932). Synon. ne savoir à qui entendre (Ac. 1932).Et son idée lui réussissait, car il ne savait plus auquel entendre. En effet, les villageois, qui avaient chaud, se disputaient ces sièges (Flaub., MmeBovary,t. 1, 1857, p. 159).
Autrement dit, dans cette locution figée,
auquel, qui aurait pu être
à qui, renvoie non pas à une antécédent déterminé mais à un antécédent innomé.
Le sens est le suivant : l'aubergiste a tant de clients qu'il ne sait où donner de la tête. D'Artagnan s'en réjouit car l'aubergiste est son locataire, et il ne pourra prétexter qu'il n'a pas d'argent pour éviter de payer le loyer.
Ton explication m'est on ne peut plus claire ; mon doute s'est d'un coup dissipé.
J'habite avec trois femmes : ma mère, ma soeur et mon épouse.
Quand je rentre après ma journée de travail, toutes m'adressent des intarissables plaintes.
Et, je ne sais auquel entendre.
Ai-je bien écrit ?
Grand merci, lamaneur et Anne.
Vous êtes trop aimables. 🙂
La locution semble figée…
Mais puisque dans ton cas il n'y a que des femmes, j'écrirais plutôt à laquelle entendre…
Cela dit, attends d'autres avis !
La locution est aujourd'hui trop vieillie pour être généralement comprise et adaptée à des situations grammaticales telles que celle que tu présentes. "Auquel" heurte un peu la logique grammaticale, mais "à laquelle", plus logique, ne serait probablement pas beaucoup mieux compris.
Solution première, l'esquive partielle : je ne sais à qui entendre, qui marche pour les deux genres (mais conserve le défaut d'être mal comprise aujourd'hui).
Solution seconde, l'esquive totale : je ne sais où donner de la tête, qui évite cette locution obsolète.
Solution radicale : mettre ces trois femmes plaintives à la porte ! Bon débarras. 😉
Lamaneur a écrit :Solution seconde, l'esquive totale : je ne sais où donner de la tête, qui évite cette locution obsolète.
Ou alors, plus adaptée à ce cas précis :
Je ne sais où donner de l'oreille.
Mais c'est une variante toute personnelle et non officielle ! 😜
Merci, Jehan et lamaneur.
Si l'occasion se présente, je ne dirai jamais "je ne sais auquel entendre" mais "je ne sais où donner de la tête" ou "je ne sais où donner de l'oreille".
Et… dès que le printemps revient, je mettrai infaillement ces trois femmes à la porte pendant trente minutes chaque fois qu'elles se plaignent.
Parce que, ces jours-ci, il fait très froid ici. :/
Hwang(moijesuisneant) a écrit :Et… dès que le printemps revient, je mettrai infaillement ces trois femmes à la porte pendant trente minutes chaque fois qu'elles se plaignent.
Voulais-tu écrire
infailliblement ?
En fait, je crois que ce qui convient ici est
sans faute.
Tu as raison : infaillblement !
Et, merci pour 'sans faute'.
Amicalement. 🙂
On peut aussi corriger le temps des verbes :
Et… dès que le printemps reviendra, sans faute, je mettrai ces trois femmes à la porte pendant trente minutes chaque fois qu'elles se plaindront.
😉
C'est vrai.
J'en ai honte.
Dès que l'occasion pareille se présentera, je ne répéterai pas la même faute.
Merci, Jehan. 🙂