Emplois du verbe "manquer"

Langue française

33 réponses · Page 2 / 2

C'est une bonne observation, même si ce n'est pas systématique. Je dirais comme toi que la construction directe va souvent avec quelque chose d'involontaire, comme le laissait présager l'équivalence avec "rater" que j'ai indiquée plus haut. En revanche, la construction indirecte ne permet pas à mon avis de dire si c'est volontaire ou involontaire ; les deux sont possibles.
Une autre nuance qui peut parfois être faite tient à la longueur ou à la répétitivité de l'événement manqué.
Dans un exemple précédent, on utilise "manquer à l'école et manquer au travail". Il s'agit là d'occupations à long terme, dont on peut être absent par moment.
Par contre, dans "manquer le concert", il s'agit d'une occupation courte qu'on peut avoir ratée entièrement. On peut aussi avoir "manqué le début du concert", pour les mêmes raisons.
Mais il est vrai que cette nuance n'est pas totalement distincte de la nuance fondée sur le côté involontaire. Rater un événement unique ou de courte durée, c'est souvent involontaire. Être absent longtemps ou répétitivement, c'est souvent volontaire !
On est parti bien loin des définitions de manquer ! Voici celle de Larousse. Je n'y constate aucune intention. Et je maintiens qu'en français correct, on ne manque pas à la réunion mais éventuellement aux autre participants.

Manquer
verbe transitif indirect
- Ne pas disposer de choses ou d'êtres en quantité suffisante ou ne pas les avoir du tout : Nous manquons d'hommes pour faire ce travail. La sauce manque de sel.
- Être plus ou moins dépourvu d'une qualité, d'une aptitude, etc. : Manquer d'expérience, d'humour.
- Créer un vide, un manque par son absence : Ses enfants lui manquent.
- Se soustraire à une obligation morale, s'y dérober, ne pas s'y conformer : Manquer à sa parole, à l'honneur.
- Littéraire. Se conduire à l'égard de quelqu'un de manière irrespectueuse, ne pas lui obéir : Il ne tolère pas qu'on lui manque.

verbe transitif
- Ne pas réussir à atteindre quelque chose, quelqu'un, un animal ; louper : Le chasseur a manqué le lièvre. La balle l'a manqué.
- Ne pas rencontrer quelqu'un comme prévu, arriver trop tard pour prendre un moyen de transport, pour assister à quelque chose : Manquer son train. Je vous ai manqué de peu.
- Ne pas assister à quelque chose, ne pas s'y trouver présent : Manquer l'école.
- Ne pas réussir une action : Manquer une photo.
- Laisser échapper quelque chose de profitable : Manquer une bonne occasion.

verbe intransitif
- Échouer, ne pas réussir : L'attentat a manqué.
- Faire défaut, ou être en quantité insuffisante : Article qui manque en magasin. Il manque du beurre dans la sauce.
- Être en moins, ne pas être là où il faudrait : Un bouton manque à sa veste. Il manque deux élèves. Il lui manque un bras.
- Être absent à son lieu de travail : Élève qui manque très souvent.
- Avoir été sur le point de se produire, mais ne s'être pas produit ; faillir : Il a manqué se faire renverser par la voiture.
- Cesser de souffler, en parlant du vent ; se rompre, en parlant d'un cordage.
Anne345 a écrit :On est parti bien loin des définitions de manquer ! Voici celle de Larousse. Je n'y constate aucune intention. Et je maintiens qu'en français correct, on ne manque pas à la réunion mais éventuellement aux autre participants.

verbe transitif
- Ne pas assister à quelque chose, ne pas s'y trouver présent : Manquer l'école.

verbe intransitif
- Être absent à son lieu de travail : Élève qui manque très souvent.
On peut très bien préciser le lieu dans le dernier exemple et dire :
Élève qui manque à l'école très souvent.

On a donc, avec des nuances de sens, un élève qui manque l'école et un élève qui manque à l'école.

Les deux se disent parfaitement. Pour le second, je rappelle les définitions du TLFi, plus complet sur ce point que le Larousse :
− [+ compl. prép. indiquant une circonstance, un lieu] Manquer au déjeuner, à une réunion de famille. Si vous écrivez à Mistral, dites-lui bien que c'est pour beaucoup le connaître que je viens et qu'il ne manque pas au rendez-vous (Mallarmé,Corresp., 1864, p. 129)
Cet exemple Mallarmé serait assez différent s'il n'y avait pas le "au".

Quant à l'intention que vous ne trouvez pas chez Larousse, vous la trouverez dans l'édition en cours du dictionnaire de l'Académie :
Par ext. Ne pas assister à quelque chose, alors qu'on devrait, qu'on voudrait être présent. Manquer la classe, manquer un cours.
devrait ou voudrait être présent indique donc bien que l'intention n'est pas systématique.
Vous rejoignez mon message en haut de page : "C'est une bonne observation, même si ce n'est pas systématique." 😉
Mais l'intention entre en jeu suffisamment souvent pour que l'Académie (avec d'autres dictionnaires) ait pris le soin de la noter. Il va de soi que les définitions ne peuvent rendre compte de la diversité et de la richesse de l'usage. Je pense que ce fil a permis d'explorer un peu mieux ce qui n'est pas nécessairement apparent à la lecture d'une définition.
Grand merci, lamaneur et Anne !

Voici le résultat de vos peines …. 😜

Ce n'est pas systématique et il n'y a pas de grandes différences entre les deux, mais….

Généralement, si on prend en considération la longueur ou la répétitivité de l'événement,
"J'ai manqué l'avion pour Paris." est mieux que "J'ai manqué à l'avion pour Paris."

Si on veut exprimer son dégoût,
"J'ai manqué à cette réunion assommante." est mieux que "J'ai manqué cette réunion assommante."

Cordialement.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :"J'ai manqué l'avion pour Paris." est mieux que "J'ai manqué à l'avion pour Paris."
Oui, non seulement mieux, mais quasiment la seule possibilité.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :"J'ai manqué à cette réunion assommante." est mieux que "J'ai manqué cette réunion assommante."
Dégoût est un peu fort, mais il y a de ça.
Laissons décanter un peu le sujet avant d'y revenir !
Salut à tous !

Ça me gêne toujours… le verbe 'manquer'.
Veuillez lire ceci :
Une ou deux fois, durant cette grande scène, Mme de Rênal fut sur le point d’éprouver quelque sympathie pour le malheur fort réel de cet homme qui pendant douze ans avait été son ami. Mais les vraies passions sont égoïstes. D’ailleurs elle attendait à chaque instant l’aveu de la lettre anonyme qu’il avait reçue la veille, et cet aveu ne vint point. Il manquait à la sûreté de Mme de Rênal de connaître les idées qu’on avait pu suggérer à l’homme duquel son sort dépendait. Car, en province, les maris sont maîtres de l’opinion. Un mari qui se plaint se couvre de ridicule, […]
Je n'arrive pas à comprendre le sens de la phrase soulignée à cause du verbe 'manquer' qui a deux compléments : 'à la sûreté de Mme de Rênal' et 'de connaître ~~'.
Sont-ils tous les deux COI ?
Ou, 'à la sûreté de Mme de Rênal' est-il CC ?

En bref, je veux savoir le sens de cette phrase.
Pourriez-vous me la réécrire plus facilement, donc sans le verbe 'manquer' ?

Merci, d'avance.
Il manquait à la sûreté de Mme de Rênal de connaître les idées qu’on avait pu suggérer à l’homme duquel son sort dépendait, […]
Le sens : Mme de Rênal n'est pas tranquille car elle ne connait pas les idées …

C'est la construction impersonnelle : Il manque quelque chose à quelque chose / quelqu'un.
Il manque à la sûreté de Mme de Rênal la connaissance de …
"La connaissance" est le sujet réel de manque.
Dans la phrase d'origine, comme ce sujet réel est un infinitif on le construit de (préposition ou marqueur d'infinitif selon les grammaires).
Il n'y a donc qu'un COI.
Hwang(moijesuisneant) a écrit :
Il manquait à la sûreté de Mme de Rênal de connaître les idées qu’on avait pu suggérer à l’homme duquel son sort dépendait. […]
Pourriez-vous me la réécrire plus facilement, donc sans le verbe 'manquer' ?
D'accord avec les explications d'Anne.
Une réécriture de la phrase pourrait être :
Il fallait, pour la sûreté de Mme de Rênal, connaître les idées qu’on avait pu suggérer à l’homme duquel son sort dépendait.
ou
Mme de Rênal n'était (ou ne se sentait pas) pas en sureté, faute de connaître les idées qu’on avait pu suggérer à l’homme duquel son sort dépendait.

Cher Hwang, manque-t-il à ton parfait bonheur de pouvoir comprendre d'emblée toutes les subtilités de la langue française du XIXe siècle ? Rassure-toi ; tu me sembles en savoir plus là-dessus que beaucoup d'élèves français.
Maintenant, je comprends.
Il manquait à ma connaissance sur(de?) la langue française de connaître les emplois du verbe manquer.

Grand merci, Anne345 et lamaneur ! 🙂
"à ma connaissance de la langue française"… 😉
… à toi aussi, Jehan ! 🙂