Bonjour
J'ai écrit cette phrase dans une traduction par automatisme mais j'ai un doute sur la construction car les deux formulations me gênent. Quelqu'un pourrait-il décrypter et me dire ce qui ne va pas ? Ou si quelqu'un veut reformuler, à son bon plaisir. En tout état de cause, je pencherais pour la version 1 mais sans avoir pourquoi car ne n'est pas un subjonctif évident :
"C'est la première fois qu'il ait jamais demandé quelque chose d'aussi égoïste."
"C'est la première fois qu'il a jamais demandé quelque chose d'aussi égoïste."
Merci d'avance !
Salut !
Je pense d'abord qu'il faut mettre "fois" après "première" : sans doute un oubli. L'adverbe "jamais" n'est sinon pas indispensable ici, mais crée un effet d'insistance.
Ensuite, la version 1 (subjonctif) n'est pas adéquate. En effet, le subjonctif indique que l'on ne s'engage pas sur la réalité du fait. Mais ce n'est pas le cas, vu la première proposition. "C'est" implique en effet une évidence.
Par conséquent, la seconde proposition doit être au même mode que la première (indicatif). Je choisis donc la version 2 : "C'est la première fois qu'il a jamais demandé quelque chose d'aussi égoïste."
L'indicatif semble bizarre mais merci de la réponse, ça m'évite une faute monumentale.
C'est en fait l'adverbe "jamais" qui trouble la perception. Cet adverbe n'est pas indispensable d'un point de vue sémantique. Supprimez-le pour ne pas vous tromper sur le choix de l'indicatif ou du subjonctif.
Vous direz alors bien "C'est la première fois qu'il a demandé quelque chose d'aussi égoïste" (indicatif), pas "C'est la première fois qu'il ait demandé quelque chose d'aussi égoïste" (subjonctif).
Sans avoir beaucoup réfléchi à la question, je pense que la première proposition d'une phrase est essentielle pour déterminer si la seconde doit être à l'indicatif ou au subjonctif.
Si cette première proposition est affirmative, la seconde sera alors nécessairement à l'indicatif. On dira par exemple "Je pense que vous avez raison", pas "Je pense que vous ayez raison".
Si la première proposition est négative, la seconde peut être à l'indicatif ou au subjonctif. Nous dirons ainsi "Je ne pense pas que vous avez raison" (indicatif), mais aussi "Je ne pense pas que vous ayez raison" (subjonctif). Le subjonctif indique alors que le locuteur ne s'engage pas sur la réalité du fait.
Que faut-il choisir ? Si nous voulons être polis et ne pas heurter, le subjonctif est bien sûr préférable à l'indicatif. "Je ne pense pas que vous ayez raison" est évidemment moins brutal que "Je ne pense pas que vous avez raison". Cela dit, le sens reste fondamentalement le même dans les deux cas. 🙄
Reprenons à présent la phrase de Graz : "C'est la première fois qu'il a demandé quelque chose d'aussi égoïste". La première proposition étant affirmative, la seconde doit être à l'indicatif comme expliqué.
Mais contrairement à ce que j'ai dit, la première proposition négative de cette phrase implique aussi une seconde à l'indicatif. On ne dira pas ainsi "Ce n'est pas la première fois qu'il ait demandé quelque chose d'aussi égoïste". L'indicatif s'impose ici également : "Ce n'est pas la première fois qu'il a demandé quelque chose d'aussi égoïste".
La forme affirmative ou négative de la première proposition ne suffit donc pas à déterminer si la seconde peut être mise éventuellement au subjonctif, cela à des fins de politesse. Il faut également considérer des critères sémantiques. "Ce n'est pas" (première proposition) est catégorique, impliquant une seconde proposition à l'indicatif. "Je ne pense pas", "Je ne crois pas", "Je ne suppose pas" laissent par contre une place raisonnable au doute. Avec ces verbes, le subjonctif peut être alors utilisé pour la seconde proposition. Ce mode aimable permet de ne pas trop heurter l'interlocuteur, comme déjà dit. 😉
Bonjour,
C'est rare d'utiliser le subjonctif, surtout depuis le XX[sup]e[/sup] siècle.
Une recherche dans des livres en relève une centaine d'exemples, du XIX[sup]e[/sup] siècle ou plus avant. (On peut tout trouver dans la littérature.) En voilà un, d'
une lettre de Diderot :
Nos artistes sont accourus dans son atelier; tous l'ont félicité de s'être affranchi de la route battue, et c'est la première fois que j'aie vu une idée nouvelle aussi universellement applaudie, et des gens de l'art, et des gens du monde, et des ignorans, et des connaisseurs.
Dans la phrase dont il est question, peut-être que c'est cet «
aussi égoïste » qui porte l'idée d'un jugement, donc d'une restriction, et qui, ajouté au superlatif, suggère le subjonctif. Cela est devenu si rare de nos jours que je ne m'y aventurerais pas.
Le subjonctif est en effet plus utilisé à l'écrit qu'à l'oral. Mais il reste quand même fréquent entre des gens bien éduqués, comme on dit.
Sinon, la phrase de Diderot m'étonne. Nous y relevons en effet une contradiction entre la tournure affirmative et catégorique de la première proposition (c'est la première fois) et celle hypothétique de la seconde (que j'aie vu). Mais il est vrai que ces écrivains peuvent se permettre beaucoup de libertés… Et certains font aussi des fautes comme tout le monde ! À l'époque de Diderot, les règles grammaticales étaient de toute façon plus libres qu'aujourd'hui.
Mon conseil : ne suivez pas Diderot, à moins d'avoir acquis sa notoriété ! 😉
Avec "la première fois que", le subjonctif est sans doute désuet dans la subordonnée conjonctive.
Il est en revanche couramment usité dans une relative après un superlatif, ou après le premier, le dernier, le seul… :
C'est le plus beau poème que je connaisse.
C'est le seul élève qui ait bien répondu.
C'est le premier sportif qui réussisse cet exploit.
C'est la dernière chambre qui soit libre.
La grammaire Riegel commente ainsi ces tournures :
"Le subjonctif met l'accent sur le jeu des possibles et sur la restriction qui s'opère.
L'indicatif, souvent moins adéquat,établit une présupposition d'existence :
C'est la dernière chambre qui est libre."
Jehan a écrit :"Le subjonctif met l'accent sur le jeu des possibles et sur la restriction qui s'opère.
L'indicatif, souvent moins adéquat,établit une présupposition d'existence."
Ce critère sémantique est en effet primordial dans les exemples de Jehan, impliquant plusieurs options possibles. Avec "C'est la dernière chambre qui
est libre" (indicatif), nous pourrions supposer que la dernière chambre est toujours libre. Le subjonctif est ici manifestement plus indiqué : "C'est la dernière chambre qui
soit libre".
Mais sinon, le subjonctif indique que l'on ne s'engage pas sur la réalité du fait :
A-1) Je ne pense pas que vous
ayez raison (subjonctif).
A-2) Je pense que vous
avez raison (indicatif).
B-1) Il semble que vous
ayez raison (subjonctif).
B-2) Il est certain que vous
avez raison (indicatif).
Mais dans les exemples A-1 et B-1, l'indicatif pourrait aussi être utilisé. D'une manière générale, le choix du subjonctif pour la proposition subordonnée n'est pas guidé par des considérations strictement sémantiques. Il s'agit plutôt de créer un effet de style, marquer une certaine distanciation par rapport à ce que l'on avance.
Cette distanciation revient à considérer un problème d'un point de vue intellectuel plus qu'affectif. Très utile quand on contredit un interlocuteur ! Dans l'exemple A-1, le subjonctif est évidemment plus poli que l'indicatif, laisse les portes ouvertes et permet de poursuivre la discussion…
Avec le langage d'autrefois, on faisait cette nuance même après
la première fois. J'ai découvert les deux modes juxtaposés dans le
Mercure de France de décembre 1737.
Nous en avons dit assez, pour faire connaître que c'est la première fois que cette curieuse opération a été exactement détaillée. Aussi est-ce la première fois qu'elle ait été exécutée en France avec succès.
Comme Jehan a bien dit, cette utilisation du subjonctif est désuète de nos jours.
Merci vraiment à tous pour ces éclaircissements. Je pense que c'est un sujet sur lequel je devrai souvent revenir et relire pour mes nouvelles traductions, le subjonctif étant un sujet plutôt épineux quand il est opposé au langage parlé. Heureusement que j'ai une base littéraire assez solide. 🙂