Me voilà tuberculeux par exemple. Ici la malédiction (et la grandeur). Cette maladie, qui m'infecte, m'affaiblit, me change, limite brusquement mes possibilités et mes horizons. J'étais acteur ou sportif, je ne puis plus l'être. Ainsi négativement je suis déchargé de toute responsabilité touchant ces possibilités que le cours du monde vient de m'ôter. C'est ce que le langage populaire nomme être diminué. Et ce mot semble recouvrir une image correcte: j'étais un bouquet de possibilités, on ôte quelques fleurs, le bouquet reste dans le vase, diminué, réduit à quelques éléments. Mais en réalité il n'en est rien cette image est mécanique. La situation nouvelle quoique venue du dehors doit être vécue, c'est à dire assumée, dans un dépassement. Il est vrai de dire qu'on m'ôte ces possibilités mais il est aussi vrai de dire que j'y renonce ou que je m'y cramponne ou que je ne veux pas voir qu'elles me sont ôtées ou que je me soumette à un régime systématique pour les reconquérir. En un mot ces possibilités sont non pas supprimées mais remplacées par un choix d'attitudes possibles envers la disparition de ces possibilités.
Un texte que j'apprécie beaucoup.
Quel est selon vous l'interprétation qu'il en fait dans ce texte parce que certaines personne ne voit pas la même chose.
Et c'est justement amusant de voir les différents avis.
Bonjour,
Le mot est prononcé : " Dépassement".
On a la possibilité ( et le droit incontesté!) d'être, négatif ou positif.
— On refuse le coup du sort : on geint et s'apitoie. On devient aigre. Comportement négatif mais acceptable.
On refuse le coup du sort : on se bat pour le "dépasser".
— On accepte le coup du sort : on meurt, vaincu.
On accepte le coup du sort ( ses conséquences) : on fait en sorte de vivre avec les nouvelles données. Pour vivre avec, on se tourne vers autrui; on ne s'enferme pas dans son acceptation sinistre de la chose. On compense la perte, la blessure, par une volonté souriante. On ne serre pas les poings, on tend les bras. On prend un peu, on essaie de donner beaucoup.
Pas simple. La montagne à gravir. Du haut des plus hautes montagnes, le paysage doit être grandiose…
À ne pas regretter ses efforts, la pénible ascension.
Mais attention, savoir ne pas mépriser le plus faible qui geint me semble indispensable à toute élévation de l'âme, à tout dépassement de soi.
Plus facile à faire qu'à dire, naturellement…
Et ton interprétation, Incube, quelle est-elle?
Je pense que Sartre donnerait l'opinion populaire dans le premier paragraphe dénonçant ce que l'homme voit et qu'il y croit. Il montre la maladie vu par instinct, la malade sous ses couleurs primaires, l'affaiblissement, l'infirmité et j'en passe. Mais la ou Sartre éclaire ce point en nuançant le faite de savoir si la maladie meurtrit ou guérit réellement.
Les possiblités qui viennent nous être arrachées ne disparaissent pas, mais sont remplacées. Une confrontation à la solitude pour discuter avec une personne qui n'est autre que sois même ne peut être que positif selon Sartre. Moi j'ajouterais que beaucoup de personne oublie certaines fois de prendre un temps et de se poser certaines questions. Loin de là de dire qu'il faut être malade, mais Sartre nuance cette idée reçues.
Voilà une première idée.
La souffrance fait grandir, puisqu'elle apporte la nécessité de ce dépassement dont nous parlions. À condition, non de vouloir guérir la blessure, mais de désirer l'accepter, la "vivre" au jour le jour, sans perdre de soi. J'entends par là, sans devenir aigri, haineux, etc. continuer de sourire, d'aimer, de donner alors que nous sommes diminués, blessés, meurtris. Le dépassement est là.
La maladie, en reprenant les mots de Sartre, ce n'est pas seulement une poignée de fleur qui disparait. Ce qu'il faut voir ce sont les fleurs qui restent et que nous voyions pas auparavant.
Oui, ces quelques fleurs qui restent et que nous pouvons rendre plus belles que le bouquet initial.
Delisa a écrit :Oui, ces quelques fleurs qui restent et que nous pouvons rendre plus belles que le bouquet initial.
Pas plus belle différentes. Les possibilités ne sont pas mieux mais différentes. Si elles étaient mieux, nous serions malade me semble t-il n'est il pas ? Cette malade qui obscurcit notre horizon, nous donne une nouvelle vue différente avec laquelle nous devons vivre avec.
Si elles étaient mieux, nous serions malade me semble t-il n'est il pas ?
Je suppose que tu as voulu dire : "Si elles étaient mieux, nous ne serions pas malades, me semble-t-il."
Je maintient ma phrase. Si les possibilités que nous offre la maladie étaient mieux que les autres. Il serait préférable d'être malade ce qui parait étrange.
C'est déjà nettement plus clair, à condition de ponctuer ainsi :
Si les possibilités que nous offre la maladie étaient mieux que les autres, il serait préférable d'être malade.
Dans ce que tu dis, Incube, tu installes une notion de "choix". Hors, il n'en est rien. On ne choisit pas d'être "malade", et puis l'humain craint la souffrance et c'est naturel. Il s'accommode fort bien d'être moins "grand" et en bonne santé!
L'élévation peut se faire par choix, elle, oui. Même sans être malade. C'est autre chose. Plus rare encore ? je ne sais pas.
Au départ,il y a un être. Un bouquet. Ensuite, la maladie, puisque c'est l'exemple choisi, décime, en quelque sorte, le bouquet ( disparition des fameuses possibilités de faire), pour ne laisser que quelques fleurs ( possibilités de "tout" faire échangées contre possibilités de compenser les possibilités perdues.)
D'où le besoin impérieux de se dépasser. Se dépasser, c'est forcément devenir meilleur, plus " beau" et pas seulement différent.
D'ailleurs, l'être sera l'être, tel qu'il était auparavant, lorsqu'il était bouquet. Simplement, il sera encore "plus" qu'avant. Capable d'actes ou de démarches ( morales) dont il n'était pas capable avant cette diminution supposée.
N'est-ce pas une transcendance?
L'être, au prix d'indéniables souffrances, va s'enrichir, devenir plus fort, plus grand, et cela "grâce" à la maladie, à la disparition d'un certains nombres de possibilités qui s'offraient à lui. Je maintiens, quant à moi, que cet être sera plus "beau" et non différent. On pourrait dire qu'il sera complété. Car nous sommes, notre vie durant, à construire.
Après tout, les possibilités d'avant la maladie étaient -elles essentielles? ( Je trouve que l'allusion est faite dans le texte, allusion à la superficialité de certaines de ces possibilités d'avant.)
Grandir, c'est embellir, ce n'est pas devenir différent.
Je suis entiérement d'accord avec toi du fait que nous n'avons pas opté d'etre malade de ce point de vue la j'espere que la maladie est parfois une chose qui t'empeche de faire quelque chose qui te tient au coeur et voila une question philosophique a savoir " que dois faire ".la philosophie est ainsi faite de se demander la ou je devrait pratiquer du sport ; la ou je devait etre accompagne par mes amis je reste seul dans un lit je peux ni bouger ni bien manger meme pas dormir je suis malade du coup je repose la question " si je pouvais " bien sur si je pouvais etre comme avant .
la maladie m'obligeant d'etre different avec les autres n'est il pas un peché que j'ai fait et oublié
Bonjour 😀 , je suis en terminal S et j'ai un commentaire à faire pour la rentrée .. seulement je n'arrive pas à bien faire mon introduction.. Je me perds dans mes idées, quelqu'un pourrait-il m'aider ? C'est un texte de Sartre, cahier pour une morale.
Voici mon introduction pas terminée bien évidemment, mais que dois-je ajouter ?
Souvent, les adolescents trouvent que leurs parents ne leur laissent pas assez de liberté, ils trouvent qu'ils n'ont pas assez le droit de sortir, ne peuvent pas faire tout ce qu'ils veulent, .. Ici Jean Paul Sartre dans Cahiers pour une morale rédigés en 1947-1948 s'interroge sur un sujet malade qui se voit également privé de liberté dans la mesure où il n'est pas capable, selon le sens commun, de réaliser ses projets, son idéal, faire des choix non imposés par d'autres personnes ou choses .. , d'être autonome. La maladie, comme toutes situations extrêmes interdit-elle la liberté ? Il montre donc aussi ici qu'il y a ici un lien entre la liberté et la réalisation de son bien, mais n'est il pas à la limite de faire une confusion entre la recherche de la liberté et la recherche du bien voir du bonheur ? La liberté, ne serait-elle pas déterminée que par les possibles qui s'offrent à elle ?
Que dois-je ajouter ? je sais que je dois faire une sorte de plan du texte étudié .. mais comment introduire cela ? Pour moi : Dans un premier temps, il argumente le regard de la société, puis il réfute ensuite cette thèse et pour finir il explique qu'être libre est toujours être contraint par sa liberté, l'on est obligé d'assumer ce qui nous arrive, ce qui est le déterminisme ..
Et voici le texte de Satre que j'ai a étudier :
« Me voilà tuberculeux par exemple. Ici apparaît la malédiction. Cette maladie qui m’infecte, m’affaiblit, me change, limite brusquement mes possibilités et mes horizons. J’étais acteur ou sportif, je ne puis plus l’être. Ainsi, négativement, je suis déchargé de toute responsabilité touchant ces possibilités que le cours du monde vient de m’ôter . C’est ce que le langage populaire nomme être diminué. Et ce mot semble recouvrir une image correcte : J’étais un bouquet de possibilité, on ôte quelques fleurs, le bouquet reste dans le vase, diminué, réduit à quelques éléments. Mais en réalité il n’en est rien. Cette image est mécanique. La situation nouvelle quoique venue du dehors doit être vécue c’est-à-dire assumée dans un dépassement. Il est vrai de dire qu’on m’ôte des possibilités mais il est vrai aussi que j’y renonce ou que je m’y cramponne ou que je ne veux pas voir qu’elles me sont ôtées ou que je me soumets à un régime systématique pour les reconquérir. En un mot ces possibilités ne sont donc pas supprimées mais remplacées par un choix d’attitudes possibles envers la disparition de ces possibilités. Et d’autre part, surgissent avec mon état nouveau des possibilités nouvelles possibilités à l’égard de ma maladie (être bon ou mauvais malade), possibilités vis-à-vis de ma condition (gagner tout de même ma vie, etc.), un malade ne possède ni plus ni moins de possibilités, qu'un bien portant ; il a son éventail de possibles comme l'autre et il à décider sur sa situation, c'est-à-dire à assumer sa condition de malade pour la dépasser (vers la guérison ou vers une vie humaine de malade avec de nouveaux horizons).
Autrement dit la maladie est une condition à l’intérieur de laquelle l’homme est à nouveau libre et sans excuses. Il a à prendre la responsabilité de sa maladie. Sa maladie est une excuse pour ne pas réaliser ses possibilités de non-malade mais il n'en est pas une pour ses possibilités de malade qui sont aussi nombreuses. […]
Ainsi suis-je sans repos : toujours transformé, miné, laminé, ruiné du dehors et toujours libre, toujours obligé de reprendre à mon compte, de prendre la responsabilité de ce dont je ne suis pas responsable. Totalement déterminé et totalement libre.