Bonjour, j'étudie en ce moment "Le dictionnaire philosophique" de Voltaire et plus précisément l'article "Liberté de penser".
Une phrase m'intrigue et je ne comprends pas son sens :
"Le droit inouï de tenir les âmes dans les fers…" ?
La phrase complète est la suivante :
"Quelle horrible alternative ! Vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout vainqueurs qu'ils étaient, ne s'arrogeaient pas le droit inouï de tenir les âmes dans les fers… "
Quelqu'un peut il me donner une piste ou bien m'indiquer le sens qu'il accorde à cette phrase ?
Merci d'avance.
Bonjour Joshua03,
Voltaire dénonce la contrainte idéologique, l'intolérance religieuse. Il s'agit bien d'un abus, d'une violence exercée contre la liberté de conscience. Note l'image et sa métaphore allégorique, puisque les âmes par essence immatérielles ne sauraient être enchaînées.
Merci bien Jean Luc, c'est exactement ce que j'attendais 🙂.
Bonjour à tous, je suis en 1eS et j'ai un commentaire à rédiger. J'aurais besoin de votre aide car je ne suis vraiment pas doué en français. Il s'agit d'un texte qui est la définition de la liberté de penser tiré du dictionnaire philosophique portaif.
Boldmind. — Vous êtes donc sergent des dominicains? vous faites là un vilain métier
Médroso. — Il est vrai; mais j’ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j’ai préféré le malheur de brûler mon prochain à celui d’être cuit moi-même
Boldmind. — Quelle horrible alternative! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout vainqueurs qu’ils étaient, ne s’arrogeaient pas le droit inouï de tenir les âmes dans les fers
Médroso. — Que voulez-vous? il ne nous est permis ni d’écrire, ni de parlcr, ni même de penser. Si nous parlons, il est aisé d’interpréter nos paroles, encore plus nos écrits. Enfin, comme on ne peut nous condamner dans un auto-da-fé pour nos pensées secrètes, on nous menace d’être brûlés éternellement par l’ordre de Dieu même, si nous ne pensons pas comme les jacobins. Ils ont persuadé au gouvernement que si nous avions le sens commun, tout l’État serait en combustion, et que la nation deviendrait la plus malheureuse de la terre
Boldmind. — Trouvez-vous que nous soyons si malheureux, nous autres Anglais qui couvrons les mers de vaisseaux, et qui venons gagner pour vous des batailles au bout de l’Europe? Voyez-vous que les Hollandais, qui vous ont ravi presque toutes vos découvertes dans l’Inde, et qui aujourd’hui sont au rang de vos protecteurs, soient maudits de Dieu pour avoir donné une entière liberté à la presse, et pour faire le commerce des pensées des hommes? L’empire romain en a-t-il été moins puissant parce que Tullius Cicero a écrit avec liberté?
Médroso. — Quel est ce Tullius Cicero? Jamais je n’ai entendu prononcer ce nom-là la sainte Hermandad
Boldmind. — C’était un bachelier de l’université de Rome, qui écrivait ce qu’il pensait, ainsi que Julius Cesar, Marcus Aurelius, Titus Lucretius Carus, Plinius, Seneca, et autres docteurs
Médroso. — Je ne les connais point; mais on m’a dit que la religion catholique, basque et romaine, est perdue, si on se met à penser
Boldmind. — Ce n’est pas à vous à le croire; car vous êtes sûr que votre religion est divine, et que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle(16). Si cela est, rien ne pourra jamais la détruire
Médroso. — Non, mais on peut la réduire à peu de chose, et c’est pour avoir pensé, que la Suède, le Danemark, toute votre île, la moitié de l’Allemagne, gémissent dans le malheur épouvantable de n’être plus sujets du pape. On dit même que si les hommes continuent à suivre leurs fausses lumières, ils s’en tiendront bientôt à l’adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les portes de l’enfer prévalent jamais jusque-là, que deviendra le saint-office?
Boldmind. — Si les premiers chrétiens n’avaient pas eu la liberté de penser, n’est-il pas vrai qu’il n’y eût point eu de christianisme?
Médroso. — Que voulez-vous dire? je ne vous entends point
Boldmind. — Je le crois bien. Je veux dire que si Tibère et les premiers empereurs avaient eu des jacobins qui eussent empêché les premiers chrétiens d’avoir des plumes et de l’encre; s’il n’avait pas été longtemps permis dans l’empire romain de penser librement, il eût été impossible que les chrétiens établissent leurs dogmes. Si donc le christianisme ne s’est formé que par la liberté de penser, par quelle contradiction, par quelle injustice voudrait-il anéantir aujourd’hui cette liberté sur laquelle seule il est fondé? Quand on vous propose quelque affaire d’intérêt, n’examinez-vous pas longtemps avant de conclure? Quel plus grand intérêt y a-t-il au monde que celui de notre bonheur ou de notre malheur éternel? Il y a cent religions sur la terre, qui toutes vous damnent si vous croyez à vos dogmes, qu’elles appellent absurdes et impies; examinez donc ces dogmes
Médroso. — Comment puis-je les examiner? je ne suis pas jacobin
Boldmind. — Vous êtes homme, et cela suffit
Médroso. — Hélas! vous êtes bien plus homme que moi
Boldmind. — Il ne tient qu’à vous d’apprendre à penser; vous êtes né avec de l’esprit; vous êtes un oiseau dans la cage de l’inquisition; le saint-office vous a rogné les ailes; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l’apprendre; tout homme peut s’instruire: il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent; osez penser par vous-même
Médroso. — On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion
Boldmind. — C’est tout le contraire. Quand on assiste à un spectacle, chacun en dit librement son avis, et la paix n’est point troublée; mais si quelque protecteur insolent d’un mauvais poète voulait forcer tous les gens de goût à trouver bon ce qui leur paraît mauvais, alors les sifflets se feraient entendre, et les deux partis pourraient se jeter des pommes à la tête, comme il arriva une fois à Londres. Ce sont ces tyrans des esprits qui ont causé une partie des malheurs du monde. Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son avis
Médroso. — Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien
Boldmind. — Vous êtes tranquilles, mais vous n’êtes pas heureux; c’est la tranquillité des galériens, qui rament en cadence et en silence
Médroso. — Vous croyez donc que mon âme est aux galères?
Boldmind. — Oui; et je voudrais la délivrer
Médroso. — Mais si je me trouve bien aux galères?
Boldmind. — En ce cas vous méritez d’y être
Les axes sont donnés, il faut trouver les sous parties.
1 - Un dialogue entre deux personnages que tout oppose.
Alors pour les sous parties je propose
a Les noms opposés
b les contradictions religieuses, les libertés de penser
J'ai mis cette sous partie car je vois bien que les personnages sont opposés religieusement mais je ne comprends pas trop pourquoi, et quelles sont les libertés de penser
2 - L'esprit des Lumières
a Les registres
(ironique, polémique)
On a dit en cours qu'il y avait du polémique mais je ne vois pas quoi.
b L'esprit de Voltaire et des lumières.
Merci de bien vouloir me donner un coup de pouce
Amicalement
Dans l'article "Liberté de penser",Voltaire oppose un Anglais milord boldwind et un portugais , le comte Médrodo.
Boldmind
— Ce n’est pas à vous à le croire ; car vous êtes sûr que votre religion est divine, et que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle [Matthieu, xvi,18]. Si cela est, rien ne pourra jamais la détruire.
Médroso
— Non, mais on peut la réduire à peu de chose, et c’est pour avoir pensé, que la Suède, le Danemark, toute votre île, la moitié de l’Allemagne, gémissent dans le malheur épouvantable de n’être plus sujets du pape. On dit même que si les hommes continuent à suivre leurs fausses lumières, ils s’en tiendront bientôt à l’adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les portes de l’enfer prévalent jamais jusque-là, que deviendra le saint-office?
Boldmind
— Si les premiers chrétiens n’avaient pas eu la liberté de penser, n’est-il pas vrai qu’il n’y eût point eu de christianisme?
Médroso
— Que voulez-vous dire? Je ne vous entends point.
Boldmind
— Je le crois bien. Je veux dire que si Tibère et les premiers empereurs avaient eu des jacobins qui eussent empêché les premiers chrétiensd’avoir des plumes et de l’encre ; s’il n’avait pas été longtemps permis dans l’empire romain de penser librement, il eût été impossible que les chrétiens établissent leurs dogmes. Si donc le christianisme ne s’est formé que par la liberté de penser, par quelle contradiction, par quelle injustice voudrait-il anéantir aujourd’hui cette liberté sur laquelle seule il est fondé? Quand on vous propose quelque affaire d’intérêt, n’examinez-vous pas longtemps avant de conclure? Quel plus grand intérêt y a-t-il au monde que celui de notre bonheur ou de notre malheur éternel? Il y a cent religions sur la terre, qui toutes vous damnent si vous croyez à vos dogmes, qu’elles appellent absurdes et impies ; examinez donc ces dogmes.
Médroso
— Comment puis-je les examiner? Je ne suis pas jacobin.
Boldmind
— Vous êtes homme, et cela suffit.
Médroso
— Hélas! vous êtes bien plus homme que moi.
Boldmind
— Il ne tient qu’à vous d’apprendre à penser ; vous êtes né avec de l’esprit ; vous êtes un oiseau dans la cage de l’inquisition ; le saint-office vous a rogné les ailes ; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l’apprendre ; tout homme peut s’instruire: il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent ; osez penser par vous-même.
Médroso
— On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion.
Boldmind
— C’est tout le contraire. Quand on assiste à un spectacle, chacun en dit librement son avis, et la paix n’est point troublée ; mais si quelque protecteur insolent d’un mauvais poète voulait forcer tous les gens de goût à trouver bon ce qui leur paraît mauvais, alors les sifflets se feraient entendre, et les deux partis pourraient se jeter des pommes à la tête, comme il arriva une fois à Londres. Ce sont ces tyrans des esprits qui ont causé une partie des malheurs du monde. Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son avis.
Médroso
— Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien.
Boldmind
— Vous êtes tranquilles, mais vous n’êtes pas heureux ; c’est la tranquillité des galériens, qui rament en cadence et en silence.
Médroso
— Vous croyez donc que mon âme est aux galères?
Boldmind
— Oui ; et je voudrais la délivrer.
Médroso
— Mais si je me trouve bien aux galères?
Boldmind
— En ce cas vous méritez d’y être.
C'est sur cet extrait que je dois faire un commentaire composé, et je pense que dans cet article ,Voltaire dénonce principalement l'intolérance religieuse et les abus du pouvoir dont le système politique fait preuve. Donc à partir de là, je voulais montrer comment Voltaire a su faire le blâme des institutions religieuses à travers un dialogue, puis comment il a su affirmer ses idées philosophiques à travers cet article. Qu'en pensez-vous?
Et je voulais savoir ce que Médroso veut dire dans la 2è réplique " Non, mais on peut la réduire ….. le Saint-Office," je ne comprends pas cette partie, alors si vous pouviez m'éclairer un peu…😀 merci.
Bonjour Candy land,
As-tu remarqué que les noms des protagonistes sont déjà une étiquette ?
Bold mind : esprit audacieux
Medroso en espagnol (et non en portugais) signifie peureux, craintif
— Non, mais on peut la réduire à peu de chose, et c’est pour avoir pensé, que la Suède, le Danemark, toute votre île, la moitié de l’Allemagne, gémissent dans le malheur épouvantable de n’être plus sujets du pape. On dit même que si les hommes continuent à suivre leurs fausses lumières, ils s’en tiendront bientôt à l’adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les portes de l’enfer prévalent jamais jusque-là, que deviendra le Saint-Office ?
Que signifie cette réplique ?
D'abord il faut remarquer la référence implicite à Kant qui définit les Lumières par la fameuse formule latine "
sapere aude" ose penser.
Vois ce lien du site.
Dans cette réplique, donc, le verbe "penser" doit être pris dans son sens absolu "avoir osé penser en dehors de la vérité révélée et de l'Eglise".
Note l'ironie de "malheur épouvantable de n’être plus sujets du pape".
Selon Voltaire, la conséquence de cet effort de pensée libre a conduit les réformés (protestants) à parvenir à l'essentiel (Dieu et vertu) en rejetant le dogme surajouté par le catholicisme.
La fin est un retournement ironique de l'argument initial : "les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle [Matthieu, xvi,18". Selon les promesses du Christ, l'Eglise (et le trône de Pierre qu'oublie volontairement Voltaire) ne pourront être vaincus par les flammes de l'Enfer. Or les "dérives" réformistes n'ont pas reçu un châtiment divin, donc l'erreur n'en est pas une.
Le Saint-Office s'appelle aujourd'hui la Congrégation pour la doctrine de la Foi, c'est le dicastère romain chargé de la pureté de la Foi et du dogme.
Vois ce lien chez Wikipedia.
Tu perçois donc combien Voltaire est dans le registre polémique.
Merci beaucoup pour cette réponse!j'ai encore une question! dans la première réplique de boldmind, je ne sais pas si j'ai bien compris.Alors je pensais que Voltaire décrit la religion de Médroso comme supérieur et divine ,et il se sert de l'ironie pour invalider cette idée mais le problème est, je ne sais pas s'il parle vraiment de cela ou de la légitimité religieuse. En fait, j'ai les axes de mon commentaire (dans le premier post) mais je n'arrive pas à les développer et trouver des exemples dans le texte, j'ai un soucis pour rédiger mon commentaire.
Bonsoir,
Voilà le début de l'article qui peut te permettre de mieux apprécier
le pamphlet voltairien contre l'Eglise catholique :
LIBERTÉ DE PENSER
Vers l’an 1707, temps où les Anglais gagnèrent la bataille de Saragosse, protégèrent le
Portugal, et donnèrent pour quelque temps un roi à l’Espagne, milord Boldmind, officier général, qui avait été blessé, était aux eaux de Baréges. Il y rencontra le comte Médroso, qui, étant tombé de cheval derrière le bagage, à une lieue et demie du champ de bataille, venait prendre les eaux aussi. Il était familier de l’inquisition; milord Boldmind n’était familier que dans la conversation: un jour, après boire, il eut avec Médroso cet entretien
Boldmind. — Vous êtes donc sergent des dominicains? vous faites là un vilain métier
Médroso. — Il est vrai; mais j’ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j’ai préféré le
malheur de brûler mon prochain à celui d’être cuit moi-même
Boldmind. — Quelle horrible alternative! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des
Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout vainqueurs qu’ils étaient, ne s’arrogeaient pas le droit inouï de tenir les âmes dans les fers
Médroso. — Que voulez-vous? il ne nous est permis ni d’écrire, ni de parler, ni même de
penser. Si nous parlons, il est aisé d’interpréter nos paroles, encore plus nos écrits. Enfin, comme on ne peut nous condamner dans un auto-da-fé pour nos pensées secrètes, on nous menace d’être brûlés éternellement par l’ordre de Dieu même, si nous ne pensons pas comme les jacobins. Ils ont persuadé au gouvernement que si nous avions le sens commun, tout l’État serait en combustion, et que la nation deviendrait la plus malheureuse de la terre
Boldmind. — Trouvez-vous que nous soyons si malheureux, nous autres Anglais qui couvrons les mers de vaisseaux, et qui venons gagner pour vous des batailles au bout de l’Europe? Voyez-vous que les Hollandais, qui vous ont ravi presque toutes vos découvertes dans l’Inde, et qui aujourd’hui sont au rang de vos protecteurs, soient maudits de Dieu pour avoir donné une entière liberté à la presse, et pour faire le commerce des pensées des hommes?
L’empire romain en a-t-il été moins puissant parce que Tullius Cicero a écrit avec liberté?
Médroso. — Quel est ce Tullius Cicero? Jamais je n’ai entendu prononcer ce nom-là à la
sainte Hermandad
Boldmind. — C’était un bachelier de l’université de Rome, qui écrivait ce qu’il pensait, ainsi
que Julius Cesar, Marcus Aurelius, Titus Lucretius Carus, Plinius, Seneca, et autres docteurs
Médroso. — Je ne les connais point; mais on m’a dit que la religion catholique, basque et
romaine, est perdue, si on se met à penser
Medroso représente de manière caricaturale l'Eglise romaine (catholique) obscurantiste, rétrograde et répressive. Voltaire en a fait un couard qui s'est blessé honteusement dans une chute de cheval loin du champ de bataille…
— Ce n’est pas à vous à le croire ; car vous êtes sûr que votre religion est divine, et que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle [Matthieu, xvi,18]. Si cela est, rien ne pourra jamais la détruire.
Est une réponse ironique à un propos de Medroso qui craint que la religion soit mise en péril par la liberté de penser. En effet si les promesses du Christ sont assurées, l'Eglise ne devrait pas redouter le débat d'idées, certaine que le Mal et l'erreur ne peuvent rien contre elle.
bonjour, Je suis en 1er ES est j'ai un commentaire commposé a faire sur ce passage , pensez vous que l'argumentation est trés importante ? je n'arrive pas à faire un plan ni une problematique , la forme du texte-le dialogue- est il trés important pour essaier d'analyser le texte?montrer moi le chemin svp !! merci d'avance
Bonjour Maryon,
As-tu lu ce qui précède ? Il y a la plupart des pistes que tu souhaites.
Bonjour,
Je dois répondre à une question mais elle me pose problème.
La consigne est :
relevez et analysez le vocabulaire de la religion;de la pensée et de son expression,du bonheur et du malheur.Indiquez l'importance de ces divers lexiques dans l'argumentation et étudiez comment Voltaire les met en rapport les uns avec les autres.Je ne comprends pas,par exemple pour la religion je cite dominicains,jacobins…?Je précise que je veux juste qu'on m'explique la consigne,je ne demande pas les reponses.
Merci d'avance!
Vers l’an 1707, temps où les Anglais gagnèrent la bataille de Saragosse, protégèrent le
Portugal, et donnèrent pour quelque temps un roi à l’Espagne, milord Boldmind, officier général,
qui avait été blessé, était aux eaux de Baréges. Il y rencontra le comte Médroso, qui, étant tombé
de cheval derrière le bagage, à une lieue et demie du champ de bataille, venait prendre les eaux
aussi. Il était familier de l’inquisition; milord Boldmind n’était familier que dans la conversation: un
jour, après boire, il eut avec Médroso cet entretien
Boldmind. — Vous êtes donc sergent des dominicains? vous faites là un vilain métier
Médroso. — Il est vrai; mais j’ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j’ai préféré le
malheur de brûler mon prochain à celui d’être cuit moi-même
Boldmind. — Quelle horrible alternative! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des
Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout
vainqueurs qu’ils étaient, ne s’arrogeaient pas le droit inouï de tenir les âmes dans les fers
Médroso. — Que voulez-vous? il ne nous est permis ni d’écrire, ni de parler, ni même de
penser. Si nous parlons, il est aisé d’interpréter nos paroles, encore plus nos écrits. Enfin, comme
on ne peut nous condamner dans un auto-da-fé pour nos pensées secrètes, on nous menace
d’être brûlés éternellement par l’ordre de Dieu même, si nous ne pensons pas comme les
jacobins. Ils ont persuadé au gouvernement que si nous avions le sens commun, tout l’État serait
en combustion, et que la nation deviendrait la plus malheureuse de la terre
Boldmind. — Trouvez-vous que nous soyons si malheureux, nous autres Anglais qui
couvrons les mers de vaisseaux, et qui venons gagner pour vous des batailles au bout de
l’Europe? Voyez-vous que les Hollandais, qui vous ont ravi presque toutes vos découvertes dans
l’Inde, et qui aujourd’hui sont au rang de vos protecteurs, soient maudits de Dieu pour avoir
donné une entière liberté à la presse, et pour faire le commerce des pensées des hommes?
L’empire romain en a-t-il été moins puissant parce que Tullius Cicero a écrit avec liberté?
Médroso. — Quel est ce Tullius Cicero? Jamais je n’ai entendu prononcer ce nom-là à la
sainte Hermandad
Boldmind. — C’était un bachelier de l’université de Rome, qui écrivait ce qu’il pensait, ainsi
que Julius Cesar, Marcus Aurelius, Titus Lucretius Carus, Plinius, Seneca, et autres docteurs
Médroso. — Je ne les connais point; mais on m’a dit que la religion catholique, basque et
romaine, est perdue, si on se met à penser
Boldmind. — Ce n’est pas à vous à le croire; car vous êtes sûr que votre religion est divine, et
que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle(16). Si cela est, rien ne pourra jamais la
détruire
Médroso. — Non, mais on peut la réduire à peu de chose, et c’est pour avoir pensé, que la
Suède, le Danemark, toute votre île, la moitié de l’Allemagne, gémissent dans le malheur
épouvantable de n’être plus sujets du pape. On dit même que si les hommes continuent à suivre
leurs fausses lumières, ils s’en tiendront bientôt à l’adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les
portes de l’enfer prévalent jamais jusque-là, que deviendra le saint-office?
Boldmind. — Si les premiers chrétiens n’avaient pas eu la liberté de penser, n’est-il pas vrai
qu’il n’y eût point eu de christianisme?
Médroso. — Que voulez-vous dire? je ne vous entends point
Boldmind. — Je le crois bien. Je veux dire que si Tibère et les premiers empereurs avaient eu
des jacobins qui eussent empêché les premiers chrétiens d’avoir des plumes et de l’encre; s’il
n’avait pas été longtemps permis dans l’empire romain de penser librement, il eût été impossible
que les chrétiens établissent leurs dogmes. Si donc le christianisme ne s’est formé que par la
liberté de penser, par quelle contradiction, par quelle injustice voudrait-il anéantir aujourd’hui
cette liberté sur laquelle seule il est fondé? Quand on vous propose quelque affaire d’intérêt,
n’examinez-vous pas longtemps avant de conclure? Quel plus grand intérêt y a-t-il au monde que
celui de notre bonheur ou de notre malheur éternel? Il y a cent religions sur la terre, qui toutes
vous damnent si vous croyez à vos dogmes, qu’elles appellent absurdes et impies; examinez
donc ces dogmes
Médroso. — Comment puis-je les examiner? je ne suis pas jacobin
Boldmind. — Vous êtes homme, et cela suffit
Médroso. — Hélas! vous êtes bien plus homme que moi
Boldmind. — Il ne tient qu’à vous d’apprendre à penser; vous êtes né avec de l’esprit; vous
êtes un oiseau dans la cage de l’inquisition; le saint-office vous a rogné les ailes; mais elles
peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l’apprendre; tout homme peut s’instruire:
il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre
argent; osez penser par vous-même
Médroso. — On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange
confusion
Boldmind. — C’est tout le contraire. Quand on assiste à un spectacle, chacun en dit librement
son avis, et la paix n’est point troublée; mais si quelque protecteur insolent d’un mauvais poète
voulait forcer tous les gens de goût à trouver bon ce qui leur paraît mauvais, alors les sifflets se
feraient entendre, et les deux partis pourraient se jeter des pommes à la tête, comme il arriva une
fois à Londres. Ce sont ces tyrans des esprits qui ont causé une partie des malheurs du monde.
Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire
son avis
Médroso. — Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien
Boldmind. — Vous êtes tranquilles, mais vous n’êtes pas heureux; c’est la tranquillité des
galériens, qui rament en cadence et en silence
Médroso. — Vous croyez donc que mon âme est aux galères?
Boldmind. — Oui; et je voudrais la délivrer
Médroso. — Mais si je me trouve bien aux galères?
Boldmind. — En ce cas vous méritez d’y être
Bonsoir,
Je viens ici dans l'espoir de trouver de l'aide. Sachant que je ne suis pas grandiose en français, et même que j'ai de sacrées difficultés, j'aimerais que vous m'aidiez à construire ma dissertation.
Elle est sur le texte de
Voltaire, dans le
Dictionnaire philosophique, article liberté de penser :
Boldmind. — Vous êtes donc sergent des dominicains? vous faites là un vilain métier
Médroso. — Il est vrai; mais j’ai mieux aimé être leur valet que leur victime, et j’ai préféré le malheur de brûler mon prochain à celui d’être cuit moi-même
Boldmind. — Quelle horrible alternative! vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout vainqueurs qu’ils étaient, ne s’arrogeaient pas le droit inouï de tenir les âmes dans les fers
Médroso. — Que voulez-vous? il ne nous est permis ni d’écrire, ni de parlcr, ni même de penser. Si nous parlons, il est aisé d’interpréter nos paroles, encore plus nos écrits. Enfin, comme on ne peut nous condamner dans un auto-da-fé pour nos pensées secrètes, on nous menace d’être brûlés éternellement par l’ordre de Dieu même, si nous ne pensons pas comme les jacobins. Ils ont persuadé au gouvernement que si nous avions le sens commun, tout l’État serait en combustion, et que la nation deviendrait la plus malheureuse de la terre
Boldmind. — Trouvez-vous que nous soyons si malheureux, nous autres Anglais qui couvrons les mers de vaisseaux, et qui venons gagner pour vous des batailles au bout de l’Europe? Voyez-vous que les Hollandais, qui vous ont ravi presque toutes vos découvertes dans l’Inde, et qui aujourd’hui sont au rang de vos protecteurs, soient maudits de Dieu pour avoir donné une entière liberté à la presse, et pour faire le commerce des pensées des hommes? L’empire romain en a-t-il été moins puissant parce que Tullius Cicero a écrit avec liberté?
Médroso. — Quel est ce Tullius Cicero? Jamais je n’ai entendu prononcer ce nom-là la sainte Hermandad
Boldmind. — C’était un bachelier de l’université de Rome, qui écrivait ce qu’il pensait, ainsi que Julius Cesar, Marcus Aurelius, Titus Lucretius Carus, Plinius, Seneca, et autres docteurs
Médroso. — Je ne les connais point; mais on m’a dit que la religion catholique, basque et romaine, est perdue, si on se met à penser
Boldmind. — Ce n’est pas à vous à le croire; car vous êtes sûr que votre religion est divine, et que les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle(16). Si cela est, rien ne pourra jamais la détruire
Médroso. — Non, mais on peut la réduire à peu de chose, et c’est pour avoir pensé, que la Suède, le Danemark, toute votre île, la moitié de l’Allemagne, gémissent dans le malheur épouvantable de n’être plus sujets du pape. On dit même que si les hommes continuent à suivre leurs fausses lumières, ils s’en tiendront bientôt à l’adoration simple de Dieu et à la vertu. Si les portes de l’enfer prévalent jamais jusque-là, que deviendra le saint-office?
Boldmind. — Si les premiers chrétiens n’avaient pas eu la liberté de penser, n’est-il pas vrai qu’il n’y eût point eu de christianisme?
Médroso. — Que voulez-vous dire? je ne vous entends point
Boldmind. — Je le crois bien. Je veux dire que si Tibère et les premiers empereurs avaient eu des jacobins qui eussent empêché les premiers chrétiens d’avoir des plumes et de l’encre; s’il n’avait pas été longtemps permis dans l’empire romain de penser librement, il eût été impossible que les chrétiens établissent leurs dogmes. Si donc le christianisme ne s’est formé que par la liberté de penser, par quelle contradiction, par quelle injustice voudrait-il anéantir aujourd’hui cette liberté sur laquelle seule il est fondé? Quand on vous propose quelque affaire d’intérêt, n’examinez-vous pas longtemps avant de conclure? Quel plus grand intérêt y a-t-il au monde que celui de notre bonheur ou de notre malheur éternel? Il y a cent religions sur la terre, qui toutes vous damnent si vous croyez à vos dogmes, qu’elles appellent absurdes et impies; examinez donc ces dogmes
Médroso. — Comment puis-je les examiner? je ne suis pas jacobin
Boldmind. — Vous êtes homme, et cela suffit
Médroso. — Hélas! vous êtes bien plus homme que moi
Boldmind. — Il ne tient qu’à vous d’apprendre à penser; vous êtes né avec de l’esprit; vous êtes un oiseau dans la cage de l’inquisition; le saint-office vous a rogné les ailes; mais elles peuvent revenir. Celui qui ne sait pas la géométrie peut l’apprendre; tout homme peut s’instruire: il est honteux de mettre son âme entre les mains de ceux à qui vous ne confieriez pas votre argent; osez penser par vous-même
Médroso. — On dit que si tout le monde pensait par soi-même, ce serait une étrange confusion
Boldmind. — C’est tout le contraire. Quand on assiste à un spectacle, chacun en dit librement son avis, et la paix n’est point troublée; mais si quelque protecteur insolent d’un mauvais poète voulait forcer tous les gens de goût à trouver bon ce qui leur paraît mauvais, alors les sifflets se feraient entendre, et les deux partis pourraient se jeter des pommes à la tête, comme il arriva une fois à Londres. Ce sont ces tyrans des esprits qui ont causé une partie des malheurs du monde. Nous ne sommes heureux en Angleterre que depuis que chacun jouit librement du droit de dire son avis
Médroso. — Nous sommes aussi fort tranquilles à Lisbonne, où personne ne peut dire le sien
Boldmind. — Vous êtes tranquilles, mais vous n’êtes pas heureux; c’est la tranquillité des galériens, qui rament en cadence et en silence
Médroso. — Vous croyez donc que mon âme est aux galères?
Boldmind. — Oui; et je voudrais la délivrer
Médroso. — Mais si je me trouve bien aux galères?
Boldmind. — En ce cas vous méritez d’y être
Tout d'abord, une question concernant le texte :
Sagit-il d'un dialogue : polémique ? didactique ? dialectique ? Justifiez votre réponse.
Ensuite, dissertation sur le sujet suivant :
"Dans la préface de son
Dictionnaire philosophique portatif, Voltaire écrit : "Nous avons taché de joindre l'agréable à l'utile […]. Les personnes de tout état trouveront de quoi s'instruire en s'amusant." Pensez vous, comme Voltaire, que l'humour et la fantaisie soient des stratégies efficaces pour argumenter ? Vous vous appuierez sur le texte, ainsi que sur vos connaissances (moindres soient-elles) pour répondre à cette question."
Pour ne pas mentir, je suis complétement perdu, je ne sais par où commencer.. Merci de bien vouloir m'aider.
Amicalement, Andr0mac.
Bonsoir, il se trouve que moi aussi j'étudie le texte de liberté de penser de Voltaire , ces informations m'ont aidé à le comprendre encore plus et je vous remercie de tout coeur,mais notre professeur nous a donné une question pour laquelle je trouve une grande difficulté à y répondre :
La question est:"Quelles caractéristiques de la liberté de penser s'opposent à celles du dogmatisme ?"
Je sais bien sûr qu'il y a une délibération qui tient de la thèse de Boldmind et du ridicule de Médroso mais je sais pas comment je pourrais développer les idées de Boldmind qui s'opposent au dogmatisme de médroso et les introduire dans ma réponse.
Et merci pour votre compréhension.
Bonsoir,
Il s'agit de dresser un tableau de deux colonnes où tu places tes constatations :
- bonheur contre tristesse
- paix sociale contre révolte
- diversité d'opinions contre pensée unique
- discussions contre silence…
Bonjour
J'ai un problème pour comprendre cette phrase postée par Jean-Luc il y a quelques temps:
La fin est un retournement ironique de l'argument initial : "les portes de l’enfer ne peuvent prévaloir contre elle [Matthieu, xvi,18". Selon les promesses du Christ, l'Eglise (et le trône de Pierre qu'oublie volontairement Voltaire) ne pourront être vaincus par les flammes de l'Enfer. Or les "dérives" réformistes n'ont pas reçu un châtiment divin, donc l'erreur n'en est pas une.
Où réside l'ironie?
Merci de bien vouloir m'éclairer. De plus, j'ai des difficultés à relever le registre polémique…
Je vous remercie d'avance et vous souhaite une bonne soirée
Bonjours je suis en 1iereL 🙂
J'étudie en ce moment un texte de voltaire, Dictionnaire philosophique, article " liberté de penser".
J'ai un devoir qui consiste à dire : En quoi de la ligne 6 à 9, Bolmind utilise l'ironie ? JE DOIS PROUVER LE FAIT QU'IL UTILISE L'IRONIE en disant ce qu'il souhaite réellement dire derrière tout cela en épiant chaque phrase…
Ligne 6 à 9 :
BOLDMIND : " Quelle horrible alternative ! Vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions, et qui, tout vainqueurs qu'ils étaient, ne s'arrogeaient pas le droit inouïe de tenir les âmes dans les fers."
J'ai vraiment besoin d'aide car je ne sais vraiment pas quelle démarche je dois prendre, je sais ce qu'est l'ironie ( = Procédé implicite qui vise à faire comprendre que ce que l'on dit est le contraire de ce que l'on pense dans une visé polémique) mais ensuite.. ? Je suis coincée, car je sais que pour y arriver il faut que je comprenne le sens de la phrase : "Vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures, qui vous laissaient croupir librement dans toutes vos superstitions".. ! Aidez moi s'il vous plait
MErci d'avance 🙂
Bonjour,
Un des signes de l'ironie est l'exagération qui signale le passage à l'antiphrase.
"Vous étiez cent fois plus heureux sous le joug des Maures…" Tu peux noter le "cent" ainsi que l'antithèse "heureux" et "joug". Peut-on être heureux quand on est privé de liberté ?
Mais Voltaire suggère que les occupants arabes avaient laissé la liberté de culte, liberté préjudiciable à la raison. La véritable cible des attaques est l'obscurantisme religieux du catholicisme.
Bonjour, J'ai vu que vous vous y connaissiez bien au niveau de l'article "liberté de penser". Je l'étudie en ce moment même avec ma classe de 1ere S et j'aimerais vous posez une question:
A votre avis, comment peut-on prouver que le texte contient des contradictions religieuses, et en quoi cet article est dans la ligne de l'esprit des lumières ?
ce sont des questions que j'ai formulé moi-même si vous ne comprenais pas, redemandez moi,
Merci d'avance