Lewis Carroll, aux portes de l’Absurde

Littérature

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Si j'entendais «Lewiss Carroll est à l'Absurde ce qu'est Shakespeare au Romantisme», comme ça, dans la rue ou le bus, voyez-vous, je ne serais pas choqué. L'une des définitions de l'absurde n'est-il pas de pousser un raisonnement jusqu'au bout? L'Absurde chez Carroll est même flagrant, tout particulièrement dans son deuxième livre, Through the looking-glass lorsque des personnages tels qu'Humpty Dumpty (si vous n'en voulez lire qu'un chapitre, lisez celui qui s'intitule comme ça) dérivent dans leurs grandes démonstrations de logique, comme celui-ci qui va jusqu'à poser son addition pour démontrer qu'il y a plus de non-anniversaires que d'anniversaires dans une année, ou encore cette brebis lorsqu'elle fait payer plus cher deux œufs qu'un parce que l'on les doit tous les deux manger, ce qui fait plus (elle justifie, si mon analyse n'est pas douteuse, le fait établi que la proportionnalité nombre/prix est inversée).
'I know what you're thinking about' said Tweedledum : 'but it isn't so, no how.'
'Contrariwise,' continued Tweddledee, 'if it was so, it might be, and if it were so, it would be ; but as it isn't, it ain't. That's logic.'
Do you agree?
Eh bien, il n'est pas tout à fait correct de parler d'absurde dans le cas de Carroll, dont l'oeuvre et la pensée relève du Nonsense (terme utilisé également en français, car c'est la culture anglo-saxonne, notamment du XIXe siècle, qui a porté à son apogée cette esthétique).
La notion d'absurde en littérature est aussi, de toute façon, sujette à controverse, mais, si je devais noter une différence, c'est que l'absurde peut laisser en suspens la logique, et l'explication. Par exemple dans La métamorphose de Kafka, l'on ne sait pas finalement pourquoi il se transforme en cancrelat, tandis que pour les deux livres d'Alice, la logique "loufoque" est intégrée dans un cadre structurant la pensée - voir les nombreux jeux d'ailleurs entre la rationalité d'Alice et les logiques subversives des personnages rencontrés -, celui du rêve ramenant à la réalité (voir la fin des aventures d'Alice in Wonderland, où les cartes se révèlent être les feuilles des arbres).

Pour un logicien comme le fut Dodgson-Carroll, la caractéristique que tu as notée fait en effet partie de son esthétique, tout comme le côté subversif du Nonsense, qui dissout par exemple des comptines et traditions littéraires (et par là même les traditions cognitives et intellectuelles de son siècle) pour les reprendre à son compte. Le Nonsense n'est donc pas forcément le fait de prendre les choses à contre-sens, mais bien plutôt le fait de prendre d'autres sentiers, et d'aller vers des sens alternatifs, des logiques et systèmes différents.

Je m'arrête là, mais ayant passé un an à étudier Carroll, je ne pouvais que sauter sur l'occasion de répondre un peu là-dessus 😜
Merci! mais en parlant d'Absurde, y en avait-il avant le XXe siècle? Il doit bien y avoir une forte inspiration du Nonsens, non?
Fabula propose une présentation des divers aspects du nonsense. L'article Literary nonsense de wikipedia anglais donne une liste d'écrivains et curieusement mentionne un musicien aussi.