Bonjour
Qui aurait Les Misérables dans La Pléiade ? En effet, j'ai un doute sur un participe passé employé par V. Hugo. Il s'agit du passage faisant le portrait de Cosette :
"Ses mains étaient, comme sa mère l'avait deviné, « perdues d'engelures ». Le feu qui l'éclairait en ce moment faisait saillir les angles de ses os et rendait sa maigreur affreusement visible."
J'aurais tendance à lire "perclues" mais ayant vérifié dans plusieurs éditions je retrouve "perdues", terme qui m'étonne beaucoup. Est-ce qu'une note dans La Pléiade l'expliquerait ? Est-ce une erreur venant de la première édition ?
Merci à vous.
Cordialement,
Isa
Bonspoir Isabo,
Je n'ai pas l'édition de la Pléiade, mais je pense qu'Hugo a écrit perdues.
En effet perclues est une forme populaire de percluses qui de plus signifie paralysées. Ces deux raisons suffisent à douter qu'Hugo ait employé ce mot.
Quant à perdues, il signifie abimées, gâtées. Les mains de Cosette sont effectivement marquées par les engelures.
Merci pour cette réponse. J'ignorais que "perclues" était une forme populaire de "percluses". Cet emploi de "perdues de" doit être assez rare. Je ne l'ai pas rencontré dans une autre oeuvre.
Cordialement,
Isa
Bonsoir Isabo,
Je te conseille de consulter le TLFI dont voici l'article au sujet de perclues. Tu trouveras une occurence chez Zola.
Ici.REM. 1. Perclue, adj. fém., var. pop. Ce soir-là, il était tout endormi, l'œil vague, les jambes perclues de rhumatismes (ZOLA, Dr Pascal, 1893, p. 47). Elle en restait après ça des journées entières toute gémissante et perclue… ça le souciait lui de plus en plus (CÉLINE, Mort à crédit, 1936, p. 351). 2. Perclure, verbe trans. Rendre perclus, paralyser une personne, une partie du corps. La vieillesse avait brisé sa vigueur, affaibli sa vue et perclu ses membres (DU CAMP, Nil, 1854, p. 107). P. métaph. Rien à dire, rien à écrire, rien à penser; le froid perclut même l'âme (E. DE GUÉRIN, Journal, 1834, p. 27).
Prononc. et Orth. : [], fém. [-y:z]. Att. ds Ac. dep. 1694. Perclu, -ue p. anal. avec perçu, -ue, etc. V. ex. supra rem. 1 et 2. Étymol. et Hist. 1. Ca 1240 « qui ne peut plus se mouvoir » (Saint François, 4144 ds T.-L.); 2. fig. 1536 « qui est frappé d'immobilité » (ROGER DE COLLERYE, 170 ds IGLF : je suis perclus par leurs voulloirs iniques). Empr. au lat. méd. du Moy. Âge perclusus (IIIe s. d'apr. FEW t. 8, p. 219b) part. passé de percludere « fermer entièrement » (FORC. t. 3), dér. de claudere « former », préf. per- à valeur intensive. Fréq. abs. littér. : 142.
perdues d'engelures
Je n'avais pas remarqué !
c'est très beau, et au niveau des sonorités, j'y retrouve Hugo poète (remarquez le déplacement des sons D et U et R, que ne premettrait pas "perclues")