Bonjour à toutes et à toutes,
Je viens vers vous car je me pose beaucoup de questions. Titulaire d'un Master II de Lettres Modernes en génétique textuelle (j'ai travaillé sur les manuscrits de L'après-midi de Monsieur Andesmas de Duras), je suis également professeure contractuelle en … histoire-géographie Incroyable, n'est-ce pas ? Oui, je sais, j'ai décroché ce job en invoquant ma "passion" pour l'histoire et la géographie. Et, effectivement, il s'est avéré que ces deux disciplines ont commencé à vraiment me passionner, si bien que je prépare actuellement le CAPES d'histoire-géographie.
Pourtant, je reviens sans cesse à mes premières amours, tout en essayant de me convaincre que je préfère l'histoire-géographie aux Lettres, mais en fait, je n'en sais rien. Je me sens infidèle.
Je me demande à quoi sert la littérature.
Je me demande également comment concilier ma passion pour l'histoire (parce que c'est l'histoire que j'aime beaucoup, plutôt que la géographie) avec celle des Lettres. Est-ce possible ?
De plus, j'aimerais faire un doctorat. Ce qui paraît le plus évident, c'est de le faire en Lettres - mais je n'ai pas envie de travailler sur Duras. Et si je le faisais en histoire ce doctorat ? Mais y arriverai-je ? Je n'ai même pas d'idée de sujet alors qu'en Lettres, il serait - presque - tout trouvé.
Que me conseillez-vous ? J'ai vraiment besoin de votre aide ! 🙄
De plus, j'ai bien réussi mon master sur Duras avec un 18 en Master I et un 16 en Master II (en sachant que je travaillais en même temps que je rédigeais mon mémoire). Alors qu'en histoire, eh bien…je ne sais pas quel est mon niveau
Merci à tous 😉
Ce qu'il faut savoir c'est que contrairement aux lettres ou à la philosophie il y a un fossé énorme entre apprécier l'histoire (suivre des cours, lire des bouquins) et aimer le métier d'historien. Si tu te lances dans un doctorat d'histoire tu vas devoir passer des journées entières à trifouiller des cartons d'archives, ce qui est à la fois passionnant et très fastidieux. En dehors de ça tu peux toujours faire de l'histoire littéraire. Le mieux ce serait que tu nous dises quelle période historique t'intéresse, les sujets et les croisements possibles dépendent beaucoup de ces dernières (il est par exemple très simple de croiser histoire et littérature sur des périodes comme le XVIIIè et le XIXè). Dernière chose, souvent historiens et prof de lettres travaillent sur les même sujets mais dans des perspectives souvent très différentes (pour caricaturer d'un côté la science sociale de l'autre l'herméneutique), par exemple un prof de littérature va plutôt s'intéresser dans une perspective génétique au travail d'écriture de Hugo, à ses manuscrits alors que l'historien va centrer son analyse sur l'inscription de l'écrivain dans un champ intellectuel, d'un côté l'originalité et l'idiosyncrasie, de l'autre l'échantillon plus ou moins représentatif (je te renvoie à une référence que tu dois bien connaître, Lucien Goldmann : l'esprit d'une époque ou d'un groupe social est amené à son plus au point de conscience de soi par ses plus brillants représentants). Bien sûr cette opposition est caricaturale mais il faut aussi prendre en compte les attendus et les amour-propres disciplinaires des historiens comme des prof de lettres.
Tout d'abord, merci de ta réponse.
Je n'ignore pas qu'il peut être parfois fastidieux de travailler sur des manuscrits ; en effet, mon mémoire de Master portait sur la génétique textuelle, il s'agissait donc d'un travail sur des manuscrits - en l'occurence ceux de Duras. Et j'ai beaucoup aimé effectuer ces recherches. Pour cela, j'ai dû être acceptée comme chercheur à l'IMEC de Caen (Institut Mémoire de l'Edition Contemporaine), ce qui n'a pas été une mince affaire ! En arrivant là-bas, je pensais n'y voir que des littéraires, comme moi, et pourtant non, des historiens, des ethnologues étaient présents ! Et leurs travaux paraissaient tellement moins fastidieux que les miens ! J'ai dû retranscrire des dizaines et des dizaines de pages tapuscrites et manuscrites et ce travail-là, crois-moi, est de loin, plus fastidieux que celui des historiens !
Néanmoins, la littérature est un domaine que je connais, que je pourrai, sans doute, maîtriser réellement, même si cela nécessite encore du travail !
De plus, quand je songe aux deux diciplines, je ressens la littérature comme un domaine délicat. L'histoire et la géographie, c'est une tout autre chose ! C'est plus "brut de décoffrage" si je puis dire !
Et puis, il y a aussi ce côté "scientifique" des études de Lettres. Lorsqu'on apprend à "stylistiquer" ou à étudier la grammaire ou encore l'ancien français, c'est très mathématique, il y a des règles à appliquer, c'est comme ça et pas autrement. J'aime ça.
J'ai peur, peur de faire un mauvais choix, que je regretterai toute ma vie. J'ai adoré enseigner l'histoire cette année, vraiment ! Je l'ai fait avec passion mais ça a été aussi difficile ; je me suis laissée piéger par certaines questions d'élèves et ça, c'est terrible lorsque l'on est enseignant.
En revanche, lorsqu'il s'agissait d'expliquer une règle de grammaire (il le faut, les élèves posent parfois des questions de grammaire, souvent des questions d'accords), eh bien, j'étais très à l'aise ! J'évoquais aussi en cours des auteurs en rapport avec la période historique que l'on était en train d'étudier - les philosophes des Lumières et la Révolution française par exemple - ; je suis une littéraire, je m'en suis aperçue !
Ceci dit, pour un doctorat, j'aimerais travailler sur le XVIIe ou le XVIIIe siècle. Mais j'aimerais ne pas trop m'éloigner de la génétique textuelle non plus ; compliqué, n'est-ce pas ?
D'ailleurs, quel est ton parcours Gamelin ?
Si d'autres ont un avis sur la question, qu'ils n'hésitent pas !
moi je fais de l'histoire mais comme tout ancien khagneux je demeure passionné de littérature. Tu ne m'as pas dit quelle période t'intéresserais. Quant au côté scientifique de l'histoire il est différent mais extrêmement présent puisque tu dois sans cesse faire de la critique de document, mettre en avant des causalités, justifier le choix des sources (après c'est vrai que t'as pas de méthode pré-définie à appliquer), je sais pas ce que tu veux dire par brut de décoffrage, si tu parles du caractère rugueux et terrestre de l'histoire je vais dans ton sens, par contre en termes d'analyse ça peut demander beaucoup de finesse et ça dans de nombreux domaines, en histoire économique (place de la rente foncière par rapport au profit capitaliste au XVIIIè, coût/bénéfice de l'esclavage comme de l'empire colonial) comme en histoire culturelle (pour donner un exemple connu : Les origines intellectuelles de la révolution française de Mornet, classique histoire des idée, versus les origines culturelles de la révolution française de R. Chartier : quels livres sont diffusés ? quels livres lit-on ? qui les lit ?… pour démystifier un peu l'idée libérale d'une révolution politique engendrée par la force des idées)
Dans tous les cas comme les deux trucs te passionnent tu risque pas de faire un si mauvais choix que ça, après je sais pas ce qui t'intéresse en lettre mais si tu tiens absolument pas à faire des trucs super techniques les croisements avec l'histoire sont vraiment facile à trouver (c'est pas du tout mon domaine mais il me semble qu'il y a pas mal de travaux croisant littérature et histoire), je te donne un lien vers un petit bouquin que je n'ai pas lu mais qui pourrait t'intéresser, L'Historien et la littérature:
https://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index.php?ean13=9782707159014%20
Tu veux dire CAPLP lettres-histoire et géographie ?
Mais Kalliope est déjà à la recherche de son sujet de thèse…
J'ai hésité à vérifier le sigle, merci Anne.
Oui bien sûr pour la thèse, c'est simplement ce qui m'est venu à l'esprit en lisant son message.