Bonjour,
Il est des sujets qui m'obsèdent au point de passer des heures à chercher, dans les manuels de type Grevisse ou sur le net, une réponse claire et précise.
Faute de temps, ce soir, je souhaite que dirigiez vos lumières sur "Le subjonctif par attraction".
Sur un site, j'ai lu que, dans une langue soignée, il fallait éviter de dire "Bien que vous sachiez que nous ne puissions pas venir, …" ou "Bien que Paul prétende que sa femme sache l’anglais, …"
Qu'en pensez-vous ?
Ces tours appartiennent-ils seulement à la langue courante ?
A bientôt.
Oui, je crois que le "subjonctif par attraction" est une sorte de contagion subjonctive, qui manque de rigueur, mais qu'on trouve assez souvent à l'oral.
Cela vient principalement du fait du "que", présent dans la plupart des emplois du subjonctif, mais qui, seul, ne suffit pas à justifier cet emploi.
On dira donc "bien que vous sachiez que nous ne pouvons pas venir" (vous nous invitez quand même pour avoir la conscience tranquille).
Ces tours étaient assez fréquents même à l'époque classique. En suivant une référence dans
Le Bon Usage, j'ai trouvé cette paragraphe-ci dans
l'Histoire de la langue française, t. III (1911), de Brunot, p. 572:
LE MODE DANS UNE PROPOSITION SUBORDONNÉE À UNE AUTRE DÉJÀ SUBORDONNÉE.— Dans plusieurs des catégories de verbes qui précèdent, on a vu l'influence de la négation jointe au verbe principal sur une proposition subordonnée. Vaugelas pose la question de savoir si cette influence se fait sentir sur une troisième proposition subordonnée à celle qui est déjà dépendante, et qui a son verbe au subjonctif. Il répond affirmativement ; on doit dire : je ne crois pas que personne puisse dire que je l'aye trompé (II, 92). Cf. J'admire que ces bons Pères disent que nous soyons contraintes en notre spiritualité (Sr Chantai, Lett., CCCXLIII,. 474); il ne faut point que personne s'imagine que je n'aye entrepris cecy que pour me faire estimer par dessus les Poètes, ou pour tirer vengeance de quelques-uns qui m'ayent offencé (Sorel, Berg. extr., Préf. du t. III); Je parle ainsi à cause que je pensois que vous ne voulussiez plus que fusse heureux (Balz., Lett. chois., 1647, 163). La question sera longtemps débattue.
Dans
cette édition de Vaugelas, p. 92, on peut trouver des commentaires par Thomas Corneille et par l'Académie française qui discutent des cas où les verbes acceptent ce subjonctif par attraction et d'autres où on garde l'indicatif.
A l'égard de tes exemples, il me semble qu'on parle de cette certitude que vous avez que nous ne pouvons pas venir, sans s'engager dans la véracité de cette croyance.
Bien que vous sachiez que nous ne pouvons pas venir, … Nous ne pouvons pas venir, et bien que vous le sachiez, …
Bien que vous sachiez que nous ne puissions pas venir, … Je ne dis pas que nous ne pouvons pas venir ; peut-être que nous pourrons venir. Mais même si vous croyez que nous ne pouvons pas venir, …
Cette nuance est plus claire dans le deuxième.
Bien que Paul prétende que sa femme sache l’anglais, Paul a beau la prétendre savoir l'anglais ; moi, qui parle, je doute qu'elle le sache.