Après le bac L ou à quoi le bac L ne sert pas

La filière littéraire

14 réponses

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Lettre ouverte à Messieurs
Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale,
Laurent Wauquiez, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,
Pascal Charvet, Directeur de l’Office national d'information sur les enseignements et les professions (ONISEP) et
Jean-Robert Pitte, Délégué interministériel à l’orientation.

Messieurs,
Après le BAC L, tel est le titre d’une fiche ONISEP. En page 3 de ce guide, on parle des prépas. A en croire l’ONISEP, différentes prépas recrutent des élèves titulaire d’un bac L. Elles sont certes moins nombreuses que celles ouvertes au S ou au ES mais c’est donné comme possible. Ma fille a pu faire la douloureuse expérience qu’il n’en est rien.

Camille est élève en Terminale (filière littéraire, section Euro-Anglais) au Lycée J. à M. Au moment de choisir sa filière (fin de la classe de seconde), Camille hésite. Ses résultats sont très bons voir excellents dans toutes les matières et toutes les filières lui sont ouvertes. Seulement, Camille a un goût marqué pour la littérature, la philosophie,le grec ancien et une passion pour les mathématiques. Dans le même temps, elle ne manifeste que peu d’intérêt pour la Physique-Chimie ou pour la SVT. Camille est une enfant prudente, avant de faire son choix, elle prend conseil auprès de ses professeurs et de la Conseillère d’orientation de son établissement. Après mûre réflexion, elle opte pour la voie littéraire avec pour spécialité les mathématiques. Dès l’entrée en classe de première, son objectif est clairement défini : intégrer une prépa littéraire lettres et sciences sociales (CPGE HK B/L).

Camille est bonne élève. C’est une enfant déterminée et persévérante. Tant en classe de première qu’en classe de Terminale, ses professeurs louent son sérieux, la pertinence de ses réflexions, la qualité de son travail et même sa maturité alors qu’elle a deux ans d’avance scolaire. Camille ne néglige aucune matière (pas même l’EPS) et multiplie les options (en plus de la section euro et de la spécialité mathématiques, elle suit les cours de grec ancien et de latin tout en poursuivant des études de musique au Conservatoire) mais il y a une matière où elle brille particulièrement : les mathématiques. L’un de ses professeurs de mathématiques écrira même dans une lettre de recommandation : « cette élève, qui a choisi la filière L, est l’une des plus douée à qui il m’ait été donné d’enseigner, et en disant cela, je prends en compte mes élèves de la filière S ». En plus d’excellents résultats dans cette discipline, Camille se distingue en obtenant le Premier prix pour l’Académie de M. aux Olympiades Mathématiques de Première. Encouragée par tous ces beaux résultats, Camille est confortée dans le choix d’orientation qu’elle a fait.

Lors des phases d’inscription au portail Admission Post-Bac (APB), Camille s’acquitte régulièrement de toutes les formalités et en toute logique place en tête de son classement les CPGE HK B/L de ses rêves. Aucun de ses professeurs n’a de doute quant à ses chances d’être reçue. D’ailleurs, l’appréciation du chef d’établissement et du professeur principal indique que le niveau de la classe est Très bon, avis général sur le dossier Très Favorable avec le commentaire « Un ensemble remarquable à tous points de vue. Un excellent profil d’élève de CPGE. » Camille a toutes les raisons d’être sereine en attendant les résultats d’admission ; son dossier est très solide.

Arrive enfin, le 9 juin 2011 à 14h. Ma fille saura où elle poursuivra ses études l’an prochain. Catastrophe ! Camille a été « refusée » dans toutes les CPGE HK B/L (5) qu’elle avait sollicitées. Pas sur liste d’attente, pas admise sans l’internat, refusée, évincée… Pour chacune de ses demandes dans cette filière apparaît à côté du mot « refusée » le court texte suivant : « Après examen, l’établissement a jugé que votre dossier n’était pas en adéquation avec la formation. Vous ne pouvez donc plus prétendre à cette formation, ni lors des 3 phases d’admission ni lors de la procédure complémentaire. » Le coup est violent, j’en ai la tête qui tourne. Camille est K.O debout, son monde s’écroule… Puis rapidement, il me faut comprendre. Ma fille souffre, je veux savoir qui l’a blessée et pourquoi.

« Pas en adéquation avec la formation », que leur faut-il ? Elle a 19/20 de moyenne en mathématiques. Je relis tous les textes ONISEP sur cette filière, je demande conseil à ses professeurs (ils sont aussi abasourdis que moi) puis j’entre en contact par courriel avec les animateurs de deux sites dédiés aux prépas HK B/L. Mon courriel est volontairement polémique et a pour objet : « peut-on vraiment intégrer une B/L quand on vient de la filière L ? » A ma grande surprise, les réponses n’attendent pas, dès le lendemain messieurs X. et Y., professeurs en prépas B/L me font part de leur étonnement. En résumé, ils sont tous deux aussi surpris et étonnés de ce résultat. Tous deux me confirment que les élèves venant de Terminal L sont nettement moins nombreux dans ces prépas que ceux venant de filières S ou ES, néanmoins il m’indique clairement qu’il n’est pas normal que Camille ait été refusée dans toutes les B/L qu’elle a demandées. Je cite leurs réponses : «… si ses résultats affichés sur sa fiche de candidature démontraient clairement qu'elle avait suivi un enseignement de mathématiques en "spécialité" (la précision est obligatoire pour les élèves issus d'une voie "Littéraire") avec de tels résultats, je puis vous assurer qu'elle aurait été classée… », ou encore : « …je suis moi-même étonné que votre fille n'ait pas été recrutée avec un aussi bon dossier. Je vous confirme qu'il est tout à fait possible d'intégrer une prépa BL en venant de L, à la condition bien sûr d'avoir la spécialité maths, et d'excellents résultats dans cette discipline. Il n'y a certes pas beaucoup d'élèves de L dans notre filière (moins que de S et de ES), mais il y en a. » Dans le même temps, tous deux me conseillent vivement de contrôler le dossier APB (et tout particulièrement la fiche pédagogique) pour s’assurer qu’il n’y ait pas eu une erreur.

Après quelques tâtonnements, je comprends que le document déterminant dans l’étude des dossiers, celui qui permet de passer le premier filtre de la sélection c’est justement cette fameuse « fiche pédagogique ». Cette fiche pédagogique est dite « dématérialisée » car elle générée directement par le portail APB et elle est consultable par les élèves après que les commissions de sélections aient fait leur classement. Cette fiche fait apparaître pour chaque matière la moyenne des deux premiers trimestres de Terminale, l’appréciation du professeur et le classement de l’élève. S’ajoute à cela un avis général sur l’élève, et sur la classe. En prenant connaissance de la fiche pédagogique accompagnant le dossier de Camille ma stupeur et mon écœurement sont à leurs paroxysmes. Ce document est incomplet et erroné. La spécialité mathématiques n’apparaît pas (ni évidemment les résultats), dans la case LV1 Anglais, il est indiqué : « l’élève ne suit pas cet enseignement », ce qui est évidemment faux concernant une élève en section européenne Anglais. S’ajoute à cela une erreur de saisie concernant ses résultats d’histoire-géo. Cette coquille avait été signalée et corrigée sur les bulletins électroniques mais pas sur « la fiche pédagogique dématérialisée ».

Après l’énervement, l’espoir reprend. Je me dis, il y avait bien une erreur. On va la signaler, Camille n’est pas responsable, son mérite n’est pas en cause et je n’en doute pas, il se trouvera une personne bienveillante qui nous aidera à corriger tout cela. Premièrement, je me rapproche de son Professeur principal et du Proviseur de son lycée. Tous deux acceptent d’écrire aux Proviseurs des établissements sollicités par Camille en faisant état de cette « erreur informatique » et les prient de reconsidérer le dossier de ma fille. Dans le même temps, Camille utilise la messagerie interne d’APB pour leur demander de faire le nécessaire pour corriger ce qui lui paraît être une injustice. Sur les conseils d’une maman d’élève, je me rapproche également du Rectorat de Montpellier et plus particulièrement du SAIO qui pilote APB au niveau académique. Nous sommes tous confiants, la situation est critique mais pas désespérée.

Pourtant, le temps passe et rien n’avance. La messagerie interne d’APB indiquera « en attente » pendant plus de quinze jours. Entretemps, la deuxième phase d’APB a eu lieu et rien ne laisse croire que le problème est adressé. Quand finalement, Camille est gratifiée d’une réponse d’APB, on comprend que rien ne sera fait pour corriger le problème car ce n’est pas une erreur sur le dossier de Camille, c’est un problème « national ». Voici la réponse de M. Bernard Koehret : « Depuis que toujours, y compris avant APB, le dossier d’entrée en CPGE ne comporte pas les spécialités. Cette candidate est traitée comme tous les candidats. » A nouveau, la douche froide. L’erreur n’est pas le traitement des données, l’erreur c’est la filière choisie par ma fille à la fin de la classe de seconde.
Pour être complète, je dois préciser qu’APB propose désormais un « module d’aide à la décision. » Je cite la notice « traitement des dossiers » d’APB qui présente ce module aux établissements.

« Ce module a été mis au point en 2009 avec l’aide de Thierry Ballenghein, responsable du logiciel CIELL, pour les IUT. Ce module est disponible pour toutes les formations. Il n’est pas utilisable pour le classement pour l’internat des CPGE.
Le module peut être utilisé pour faire un tri préalable à l’examen des dossiers et, éventuellement, pour générer le classement final. Les candidatures peuvent être réparties par familles en fonction du bac préparé (ou obtenu), le tri peut être réalisé à partir de notes de certaines matières affectées de coefficients choisis par l’utilisateur …
»

Techniquement les établissements peuvent établir les matières qu’ils définissent comme déterminantes (en affectant des coefficients). Sont ainsi créés des « fichiers paramétrables. » Cependant cette fonctionnalité n’est pas accessible aux CPGE et seul le « fichier standard » est utilisable. Quant à savoir qui décide ce qu’est le « fichier standard » et quelles sont les matières remontées dans ce fichier, mystère… Pourquoi ne pas simplement faire apparaître l’intégralité des enseignements suivis par les élèves ? J’ai observé qu’il n’y avait matériellement pas assez de « cases » sur la fiche pédagogique pour faire apparaître toutes les matières. Est-ce uniquement un problème de mise en page ? Dans la mesure où les spécialités peuvent être un pré-requis au recrutement dans certaines CPGE selon la filière d’origine, il paraît aberrant (pour ne pas dire imbécile) de ne pas les faire apparaître.

Enfin, je passe rapidement, mais le fait que l’enseignement de LV1 n’ait pas été correctement remonté serait le fait d’une mauvaise nomenclature. Dans la perspective d’une automatisation du système, il me semble qu’il est urgent d’homogénéiser les appellations. Cette erreur n’a probablement pas suffit à bloquer le dossier de ma fille mais elle demeure inadmissible.

Mon analyse de la situation est la suivante, si ma fille avait choisi la filière S après la classe de seconde, elle ne serait pas dans cette situation. Certes, les enseignements qu’elle a reçus en littérature, en philosophie et en langues anciennes l’ont comblée. Bien entendu, tout cela l’a nourrie et construite mais pour être parfaitement honnête si dès la classe de seconde on lui avait clairement expliqué qu’en intégrant la filière L, elle ne pourrait pas suivre la voie qu’elle avait choisie, je pense sincèrement qu’elle aurait opté pour la filière S ou ES, non sans un énorme pincement au cœur. Seulement voilà, elle n’a pas été informée correctement. D’ailleurs, ses professeurs (tout comme les professeurs de prépas B/L que j’ai contactés) n’ont pas su l’informer correctement car les informations dont ils disposaient étaient manifestement erronées. D’ailleurs, les guides ONISEP que nous avons consultés, nous ont également induits en erreur. J’ai un respect sincère et profond pour les enseignants et pour leur travail mais en l’état, ils ont menti à mon enfant. L’ONISEP ment à nos enfants. L’affirmation se vérifie également à propos du site EDUCSOL.

En matière de CPGE, il n’y a plus qu’une seule filière possible pour les élèves des séries littéraires : la CPGE HK A/L. Peut-être me jurerez vous qu’il n’en est rien et que seul un concours de circonstance désastreux (erreur de paramétrage ?) a pu engendre cette réalité. Si tel était le cas, qu’attend-t-on pour réparer l’erreur, pour laver l’injustice ? La réalité est, je le regrette d’ailleurs, bien plus terrible. Le chef d’établissement de ma fille a contacté par téléphone, devant elle, un confrère pour tenter d’arranger les choses. Ce dernier lui a indiqué que dans son lycée on ne recrutait plus d’élèves issus de la voie littéraire en B/L car ils étaient tous trop faibles en mathématiques.
Honnêtement, je pense qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une méconnaissance manifeste des responsables de l’interface APB mais quoiqu’il en soit le résultat reste. Si vous êtes très bon élève, ne gaspillez pas votre orientation future en optant pour la voie littéraire. Prenez la filière S, elle ouvre toutes les portes. Et voilà comment lentement mais surement on en arrive au lycée unique. Quand les cours de langues et de civilisations anciennes ne seront plus que des histoires de grands-mères, quand la philosophie (réduite à la portion congrue dans la voie scientifique) ne sera plus qu’un « truc pour enquiquiner » les élèves, quand la littérature ne se résumera plus qu’aux quelques fragments de textes que l’on saupoudre aux classes de premières S, que restera-t-il de « l’esprit français », de ces « lumières » qui font encore aujourd’hui de la France un phare culturel. Il fut un temps où l’on pouvait être philosophe et mathématicien. Je ne pense pas que la CPGE B/L ait tout à fait cette vocation mais c’est sans doute ce qui s’en approchait le plus. Force est de constater qu’entre conter et compter, il faut désormais choisir son camps.

Je ne demande qu’à être convaincue qu’il s’agit là d’une erreur lamentable mais jusqu’à présent toutes nos tentatives pour trouver une issue ont été vaines.

L’erreur est humaine, la réparer c’est faire preuve d’humanité.

France Vézina
Je suis désolée pour votre fille… Vous ne vous êtes pas rendues toutes les deux aux lycées que demandait votre fille avec son dossier, ses relevés de notes complets, diplômes du bac, relevé de notes des EAF, distinction en mathématiques, lettres de recommandation, avec explications des mauvaises manip d'admission post-bac ? Essayez de contacter les directeurs et responsables des CPGE de ces établissements. Dans ces cas-là, il faut y aller au forcing…
Une question, cependant : quels lycées aviez-vous demandés ? Je sais que des lycées très prestigieux recrutent très peu voire pas du tout d'anciens L pour la B/L, mais d'autres prépas moins bien classées le font si l'élève a obtenu d'excellents résultats en spé maths. Si votre fille a des résultats tout à fait honorables la première année, rien ne l'empêchera ensuite de postuler pour une prépa d'un plus haut niveau encore. Il est certes un peu tard, le mois de juillet étant bien avancé, mais vous pourrez aussi retenter votre chance fin août ?
Dans le cas où il s'agit bien du lycée Joffre, je suis assez surpris de la réaction du chef d'un établissement qui a l'habitude d'envoyer chaque année des élèves dans les prépas parisiennes, et qui à ce titre devrait être informé de ce régime de sélection. J'ai du mal à croire son étonnement quant à la sélection de seuls anciens élèves de S en B/L dans certains lycées…
Je comprends votre déception et votre colère. Sachez cependant que chaque année, des élèves sont affectés dans les classes préparatoires (y compris dans les lycées prestigieux) hors procédure APB. Ces affectations se font "en direct", après entretien avec le proviseur du lycée et concernent des cas particuliers.
Celui de votre fille peut à mon avis se plaider, parce que son dossier est très bon et adapté à une filière B/L (grâce à ses notes et appréciations en général, mais aussi à sa récompense en mathématiques et à l'avis du professeur de mathématiques). Mais aussi et surtout parce qu'il y a manifestement eu erreur (et que sans celle-ci, le dossier aurait été bien classé et retenu, au moins dans certaines prépas B/L car oui, les L ont accès à la filière B/L, si leur niveau de mathématiques dépasse les exigences du bac L, ce qui semble être le cas pour votre fille). Maintenant je ne suis pas sûre que trop mettre en avant ce dysfonctionnement (et votre exaspération, même si elle est légitime) soit une bonne stratégie. Le dossier me paraît suffisamment solide pour emporter la décision d'un proviseur d'accepter votre fille indépendamment du système APB. Il reste quelques jours en juillet (les lycées ferment autour du 15 juillet, mais certains proviseurs restent joignables jusqu'au 20) et les choses aboutissent parfois à la toute fin du mois d'août (ce qui, je vous l'accorde, n'est pas très confortable), mais à mon sens, rien n'est perdu.
A votre place, je ferais également du forcing. De toute façon, vous n'avez strictement rien à perdre. Contactez des proviseurs, à défaut adressez vous à des professeurs si vous en avez la possibilité, présentez votre dossier, demandez des entretiens…Il suffit qu'une porte s'ouvre, et c'est loin d'être impossible. Bien sûr ce ne sera peut être pas HIV, mais la formation est souvent tout aussi excellente ailleurs, sans compter que, comme l'a dit Polo, il est toujours possible de changer de prépa à la fin de la 1ère année si les résultats le permettent. Ne vous découragez surtout pas, un proviseur pourrait aussi être sensible à la force de détermination d'une étudiante qui ne désespère pas et fait tout son possible pour être acceptée quelque part.
Vu que cette lettre ouverte sera invisible ici, je me permets de transmettre, via Twitter, à MM. Luc Chatel, ministre de l'Éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative et Laurent Wauquiez, ministre de l'Enseignement supérieur et de la recherche et à lemonde.fr.

Je vous plains et plains votre fille, mais comme ça a été dit précédemment, une visite en personne dans les lycées concernés peut être utile.
Merci pour ces encouragements. Je continue évidemment le forcing mais j'ai parfois l'impression que l'Education Nationale c'est la "grande muette" (et/ou sourde). J'ai écris, j'ai appelé, le proviseur a écrit et appelé, des professeurs ont écrit et appelé, le rectorat a écrit et appelé pour l'instant rien n'avance. Le seul proviseur qui s'est clairement manifesté a avoué qu'il ne prenait pas de L (quoique dise son site) et qu'il avait un "overbooking" de 70 noms pour une seule division. Dans un sens, cet "overbooking massif" serait de nature à me redonner espoir (ça veut dire qu'il a l'habitude de désistements en nombre après sciences-po) mais on finit par avoir la sensation que c'est une grande loterie.
Un grand merci à Tenno pour avoir relayé mon courrier.
Etant moi-même élève de CPGE B/L à profil particulier, votre histoire m'indigne tout à fait !

Je ne sais rien du dossier complet de votre fille mais il m'a l'air d'être typiquement du genre propre à enthousiasmer n'importe quel recruteur : le choix d'aller en L, en dépit des risques, allié au souci évident d'établir clairement un potentiel réel en mathématiques démontre de l'audace, un certain anticonformisme, néanmoins soutenu par une dose d'intelligence et de prévoyance.

Je pense vraiment que vous devriez faire du forcing auprès de Janson qui - c'est une réalité que je constate quotidiennement - accepte des profils parfois exotiques (bien que je n'y aie jamais vu de L). Je trouve très regrettable le fait que, depuis quelques années, la présélection des dossiers se fasse par un procédé algorithmique. Lequel attribue aux mathématiques un poids considérable, en effet - ce qui n'est pas étonnant puisqu'ici, à Janson, le niveau d'abstraction demandé équivaut à celui d'une licence de mathématiques pures (je compte d'ailleurs en finir une en parallèle). Que votre fille ait été refusée partout provient du fait qu'un algorithme fonctionne d'abord automatiquement sur tous les dossiers en en éliminant une majorité - en l'absence de la spécialité mathématiques le dossier de votre fille sera passé à travers les mailles du filet. La responsabilité de la situation présente de votre fille incombe, il me semble, à son lycée d'origine qui n'est apparemment pas au point sur le remplissage des fiches pédagogiques. Je souligne que la réponse d'APB ne fait pas sens : si le problème était "national", aucun L ne pourrait être admis en BL l'an prochain. Or, ce n'est pas le cas (j'en connais au moins un, par la procédure régulière). C'est absurde. Je ne comprends pas - vous aurait-on menti ? Le lycée de mon ami a-t-il choisi une mise en page de la fiche pédagogique différente, avec un autre mode d'affichage de la spécialité, comme matière principale ? Vraiment, la réponse d'APB me semble particulièrement improbable !
C'est regrettable, parce que cette réponse vous induit à inférer un problème généralisé à la filière L, ce qui, du point de vue purement administratif discuté ici, est contrefactuel.

Je me permets, de façon pas trop impertinente j'espère, de vous proposer quelques conseils "politiques", étant, en tant qu'étrangère mineure littéraire à profil atypique dans la France d'aujourd'hui, une très très grande habituée des problèmes éduco-administratifs.

Contrairement à vous, je pense que cette erreur de mise en page est la source de tous les maux de votre fille. En noyant son cas dans une complainte concernant la lutte des filières, votre revendication perd de la force (même si elle ne perd en rien sa légitimité, je partage votre avis) puisqu'on pourra aisément lui opposer l'argument de la douzaine de littéraires admis en BL. Auquel cas votre indignation vous dessert : vous déplacez le débat du terrain d'une grave faute administrative, informatique voire humaine, susceptible d'entraver l'avenir de votre fille, à un "simple" problème d'orientation, d'information, voire de désinformation, position aisément attaquable par les faits (même maigres). J'ai bien compris que le "mensonge" de l'Onisep vous indigne plus que l'erreur de mise en page, mais la dernière supportera mieux (et plus véridiquement aussi) votre plainte que le premier. Dépolitisez votre revendication ; car rien n'insupporte plus le bureaucrate qu'un rappel du salmigondis politique dans lequel il est déjà empêtré, et rien n'attaque mieux la bureaucratie que ses propres erreurs.

Si tel était le cas, qu’attend-t-on pour réparer l’erreur, pour laver l’injustice ?
Votre initiative de lettre ouverte est bonne, mais il vous faudra agir plus concrètement : actions administratives, plaintes contre l'EN…
Dernier petit conseil politique. Je ne comprends pas bien pourquoi vous être adressée surtout à des proviseurs (de ce que je comprends de votre message) pour une éventuelle admission parallèle de votre fille. Vous devriez plutôt tenter de prendre contact avec des professeurs, surtout que les lycées possédant une BL sont souvent des usines dans lesquelles les proviseurs ne supervisent pas tout à fait de près les procédures d'admission. Essayez donc de prendre contact avec le professeur de sociologie de mon hypokhâgne, responsable je crois des admissions à Janson, en évitant si possible le côté "maman courroucée", et en expliquant toutes les raisons pour lesquelles vous pensez vraiment que votre fille est une normalienne en puissance.
A titre d'information, l'an dernier, l'overbooking était de 67 élèves pour une classe finalement assez modeste de 38 élèves. 38 élèves, c'est relativement peu pour une hypokhâgne, sachant que certaines comptent jusqu'à une soixantaine d'élèves…Donc je trouve que l'argument de l'overbooking avec 70 élèves était un peu de mauvaise foi…
Ce dernier lui a indiqué que dans son lycée on ne recrutait plus d’élèves issus de la voie littéraire en B/L car ils étaient tous trop faibles en mathématiques.
Ce qui est juste vrai, malheureusement, pour les cinq lycées envisageant sérieusement Normale (H4, Janson, Le Parc, Thiers, Lakanal). Il n'empêche que des exceptions existent (il y a eu un littéraire à Henri IV il y a quelques années il me semble). Ce que l'on a ôté à votre fille, c'est le droit d'être une de ces exceptions (souvent brillantes) à cause d'une erreur administrative.


Il fut un temps où l’on pouvait être philosophe et mathématicien. Je ne pense pas que la CPGE B/L ait tout à fait cette vocation mais c’est sans doute ce qui s’en approchait le plus.
Petite précision. La B/L n'est pas une hypokhâgne. 4h de philosophie par semaine, c'est vraiment trop peu pour prétendre acquérir une culture philosophique identique à celle des A/L, même en trois ans. Je ne parle même pas de l'enseignement des lettres que j'ai trouvé anecdotique, superficiel, allusif (un arrière-goût de ma première S). Et mes professeurs étaient pourtant de qualité.
En revanche, c'est la formation idéale pour de futurs économistes, politiques, administrateurs (un quart des admis à l'ENA viennent de BL) cherchant une voie royale alternative au "tout-mathématique".

Je vous invite chaleureusement, vous et votre fille, à prendre contact avec moi si besoin est par messagerie privée, au sujet de Janson, de la BL, des coordonnées de professeurs…
Metropolis a écrit :Petite précision. La B/L n'est pas une hypokhâgne. 4h de philosophie par semaine, c'est vraiment trop peu pour prétendre acquérir une culture philosophique identique à celle des A/L, même en trois ans.
Heu, la filière dite "B/L" se compose d'une hypokhâgne et d'une khâgne.
Peut-être voulais-tu dire "n'est pas une hypokhâgne A/L", ce qui serait plus logique. 😜

Et pour ce qui est de l'hypokhâgne, les "A/L" ayant 4h également, la quantité d'enseignement est identique.

@ maman courroucée : je ne vous garantis pas qu'ils le lisent, mais sait-on jamais. =)
Encore une fois, je pense comme Metropolis que mener un combat "politique" général, en opposant filières L et S, en appeler aux ministres de manière trop polémique (en pointant des incompétences à certains niveaux par exemple), etc, peut nuire à votre démarche dans l'immédiat (ce qui ne veut pas dire qu'il ne faudra pas, par la suite, faire certaines remarques, éventuellement publiquement par voie de presse…). Dans l'immédiat, ce qui compte est que votre fille soit affectée dans une classe préparatoire B/L si elle mérite de l'être (pensez aussi à son inconfort si elle devait être "imposée" à un proviseur et à des professeurs à la suite d'une pression "politique", ou d'un "scandale"…).

Dans un 1er temps donc, et urgemment, il s'agit de convaincre un proviseur de la prendre et vous avez des arguments :
1/ L'imprécision de la fiche pédagogique, mais c'est un peu faible si l'option mathématiques n'est pas censée figurer, ce que je crois en effet, après vérification.
2/ Surtout, la qualité du dossier de votre fille (notes, distinction, avis du professeur de mathématiques exprimé dans la lettre de recommandation et avis du chef d'établissement), qui n'a pu être évaluée correctement du fait de l'imprécision conceptuelle de la fiche (pas de mathématiques !) si seule cette fiche a été consultée. Aviez-vous bien joint toutes les pièces pouvant attester son niveau en mathématiques ? Si oui, cela signifierait que les commissions ne regardent que la fiche pédagogique, elle-même mal conçue dans ce cas ?… C'est à vérifier et à pointer éventuellement. Le fait que des lycées recrutent des L en B/L tendrait à prouver que toutes les commissions ne s'en tiennent pas à cette fiche et examinent d'autres éléments.

Un proviseur (a fortiori de "grande prépa") ne réagira pas par pitié ou par humanité (bien que certains soient très humains, là n'est pas la question), mais en stratège : il prendra votre fille parce qu'il est convaincu qu'elle a le potentiel de suivre et d'intégrer des établissements/écoles prestigieuses à l'issue de la prépa. "Faire intégrer" est une priorité pour lui. Des professeurs peuvent en effet jouer les intermédiaires, mais la décision est prise par le chef d'établissement. Je suis d'ailleurs étonnée que le proviseur de son établissement actuel ne parvienne pas à convaincre ses collègues… Je répète que des affectations en prépa se font hors APB (donc hors algorithme 🙂 ), dans certains cas, exceptionnels. Les proviseurs de lycées à CPGE ont des contacts réguliers (notamment par le biais de leur association) et ils se parlent régulièrement… Si c'est seulement une question d'effectifs, les choses pourraient bouger, mais à la rentrée seulement, avec les défections habituelles (admission dans un autre établissement intervenue pendant l'été, prise de conscience d'une erreur d'orientation, etc). Mais encore faut-il que votre dossier figure en bonne place sur le bureau du proviseur.

Dans un second temps, il serait bon de soulever et de poser en "haut-lieu" les questions relatives au recrutement en B/L. Car de deux choses l'une : ou bien cette filière est réservée aux S (et éventuellement aux ES) et il faut que cela figure clairement dans les textes et que les conseillers d'orientation (et les professeurs et proviseurs) relaient cette information auprès des élèves et des familles; ou bien les L option mathématiques peuvent y prétendre et dans ce cas, il faut évidemment que puissent être pris en compte tous les éléments du dossier attestant notamment le niveau en mathématiques. Il semblerait que l'on soit dans une situation inacceptable (pour les usagers de l'Education Nationale que nous sommes) selon laquelle les élèves de L ont accès de droit à cette filière, mais ne peuvent de fait y prétendre (écartés quasiment systématiquement par les commissions d'admission). D'ailleurs, avec le nouveau bac L, qu'en est-il ? Mais ce 2ème temps profitera sans doute plus aux prochains candidats qu'à votre fille, je le crains.

En espérant que votre fille Camille - encore jeune - ne sera pas déstabilisée par tout cela au point d'en être démotivée (et les adultes se doivent, je crois, d'éviter cela aussi : le gâchis des talents…) et qu'elle ne retiendra que votre mobilisation (qui se révèlera, espérons-le efficace).

Cordialement.
Tout à fait d'accord avec votre analyse concernant une intégration qui n'interviendrait que par "piston" ou "scandale". Cela a d'ailleurs guidé mes nombreuses tentatives de trouver une solution "à l'amiable" avec les différents intervenants. La demande du rectorat d'origine était sur ce point très claire. Revoir le dossier de Camille, le comparer aux autres et lui accorder le rang le plus près possible de ce qui aurait du être le sien. Par exemple, si son dossier méritait d'être au rang 42 et que lors de la première phase, l'établissement avait appelé jusqu'au rang 67, il suffisait de lui accorder le rang 68 afin, qu'au premier désistement, elle puisse être appelée. De même, si son dossier méritait le rang 92, lui accorder ce rang et voir si elle était ultérieurement appelée. Seulement, ça n'a pas été fait.
Le proviseur de son lycée n'a simplement pas reçu de réponse à ses courriers. Ils auraient pu répondre que son dossier était bon mais pas assez bon ou que sais-je encore. Silence total.
En ce qui concerne le dossier de ma fille, je puis vous assurer qu'il était complet. Si la fiche pédagogique prend tant d'importance dans le dispositif, ce n'est pas tant pour le classement final que pour le premier tri. Vérification faite, le dossier de Camille n'a pas passer le premier barrage dans aucun des lycées demandés. Il est vrai qu'elle sollicitait des établissements très demandés et c'est justement pour ces établissements très demandés que le "module d'aide à la décision" a été élaboré. L'automatisation devient un couperet terrible si les paramètres sont mal définis.
En ce qui concerne le proviseur de son lycée, il est vrai qu'il n'est pas très actif sur ce dossier. D'une part, je crois que c'est un peu sa nature (désolée) d'autre part il ne comprend pas l'insistance de ma fille à vouloir faire des maths. Dans la mesure où elle est admise dans une A/L très réputée, il ne voit pas vraiment où elle a mal. Du reste, cette histoire est gênante pour les établissements. On peut dire pis que pendre d'APB et de leurs approximations mais in fine ce sont les établissements qui sont responsables de leurs choix et de leurs méthodes de sélection. Admettre que l'on a "zapper" plusieurs dossier en utilisant un filtre informatique mal paramétré, ça fait un peu tache. Sans compter, que si je me mets un peu dans les chaussures d'un proviseur qui reçoit ce dossier, la question pertinente qui suit est : "combien d'autres encore?"
Je vais persévérer et après avoir tenter la porte principale et la porte de service, je vais aussi essayer la fenêtre et pourquoi pas la cheminée. En ce qui concerne Camille, bien évidemment cela l'a beaucoup affectée mais c'est une jeune fille solide et nous avons tous à coeur (ses proches) de lui faire voir le verre à moitié plein plutôt qu'à moitié vide.
Cordialement
Tenno a écrit :
Metropolis a écrit :Petite précision. La B/L n'est pas une hypokhâgne. 4h de philosophie par semaine, c'est vraiment trop peu pour prétendre acquérir une culture philosophique identique à celle des A/L, même en trois ans.
Heu, la filière dite "B/L" se compose d'une hypokhâgne et d'une khâgne.
Peut-être voulais-tu dire "n'est pas une hypokhâgne A/L", ce qui serait plus logique. 😜

Et pour ce qui est de l'hypokhâgne, les "A/L" ayant 4h également, la quantité d'enseignement est identique.

@ maman courroucée : je ne vous garantis pas qu'ils le lisent, mais sait-on jamais. =)
Je vous assure, Tenno, que je connais au moins l'intitulé de ma formation.
Mon propos n'était pas littéral, c'est ma faute, j'ai toujours cédé aux grandes formules.
Je voulais simplement exprimer le fait qu'à mon avis, l'hypokhâgne B/L est bien plus proche d'une ECS que d'une A/L. D'ailleurs il m'arrive d'échanger des cours avec les premiers mais jamais avec les seconds…Et pourtant, mes affinités intellectuelles me pousseraient au contraire. Ca a été un motif de déception assez sévère au début de mon année. Le temps aidant, je me suis passionnée d'économie, d'histoire…Mais en restant très loin de mon idéal un peu naïf d'humaniste épistémologue que les sites de lycée vendent éhontément. En A/L, les lettres et la philosophie dominent avec l'histoire l'emploi du temps. En B/L, cumulées, elles dépassent à peine d'une heure l'allocation horaire des seules mathématiques (7 h), sans parler des sciences sociales (6 h) et de la géographie qui se métamorphose la moitié de l'année en un cours de géophysique. Pour être vraiment claire, comme la fille de mère courroucée, j'étais entrée en pensant "mathématiques et philosophie", maintenant c'est vraiment "sciences sociales".
maman courroucée a écrit :En ce qui concerne le proviseur de son lycée, il est vrai qu'il n'est pas très actif sur ce dossier. D'une part, je crois que c'est un peu sa nature (désolée) d'autre part il ne comprend pas l'insistance de ma fille à vouloir faire des maths. Dans la mesure où elle est admise dans une A/L très réputée, il ne voit pas vraiment où elle a mal.
D'accord. Je comprends mieux : vous avez là, selon moi, le point faible de votre dossier. Le manque d'appui du proviseur freine à mon avis beaucoup les choses. Mais pas seulement… Le fait que votre fille ait été admise dans une prépa A/L (a fortiori si elle est "très réputée") rend sa situation objectivement moins grave que si elle n'était admise nulle part. Et si vous dites que sa préférence allait à B/L, comme la vocation première (même si pas unique) des classes préparatoires est de préparer aux concours des ENS, on vous rétorquera que Camille peut intégrer après une A/L et faire une fois à l'ENS des mathématiques et tout ce qui lui plaira d'ailleurs (et comme elle est encore jeune, blabla…). Paradoxalement, le dossier aurait eu plus de force si vous n'aviez pas joué la prudence en demandant aussi des A/L.
Bien entendu, ceci n'enlève rien au fait que vous ayez été mal renseignée et mal orientée à différents niveaux, que la sélection des B/L organise sans le dire une exclusion quasi systématique des L (alors que cette filière leur est ouverte de droit), bref, tous les éléments que vous dénoncez demeurent et sont regrettables. Je souscris assez à votre exaspération à l'égard d'un système au fond assez hypocrite et rejoins votre analyse de fond (et votre question première) quant à la place et à l'avenir de la filière littéraire…
Quand on pense que les plus prestigieuses universités anglo-saxonnes se disputent, au lieu de les refouler, les élèves d'exception comme votre fille…
Dans un an ou deux elle pourra postuler pour Oxford, avec toutes les chances d'être admise, avec un curriculum et un dossier comme les siens ! (Bourse possible. Attention, inscription durant l'été pour la rentrée de l'année suivante). Cohn-Bendit l'a fait en son temps !