Lettre ouverte à Messieurs
Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale,
Laurent Wauquiez, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,
Pascal Charvet, Directeur de l’Office national d'information sur les enseignements et les professions (ONISEP) et
Jean-Robert Pitte, Délégué interministériel à l’orientation.
Messieurs,
Après le BAC L, tel est le titre d’une fiche ONISEP. En page 3 de ce guide, on parle des prépas. A en croire l’ONISEP, différentes prépas recrutent des élèves titulaire d’un bac L. Elles sont certes moins nombreuses que celles ouvertes au S ou au ES mais c’est donné comme possible. Ma fille a pu faire la douloureuse expérience qu’il n’en est rien.
Camille est élève en Terminale (filière littéraire, section Euro-Anglais) au Lycée J. à M. Au moment de choisir sa filière (fin de la classe de seconde), Camille hésite. Ses résultats sont très bons voir excellents dans toutes les matières et toutes les filières lui sont ouvertes. Seulement, Camille a un goût marqué pour la littérature, la philosophie,le grec ancien et une passion pour les mathématiques. Dans le même temps, elle ne manifeste que peu d’intérêt pour la Physique-Chimie ou pour la SVT. Camille est une enfant prudente, avant de faire son choix, elle prend conseil auprès de ses professeurs et de la Conseillère d’orientation de son établissement. Après mûre réflexion, elle opte pour la voie littéraire avec pour spécialité les mathématiques. Dès l’entrée en classe de première, son objectif est clairement défini : intégrer une prépa littéraire lettres et sciences sociales (CPGE HK B/L).
Camille est bonne élève. C’est une enfant déterminée et persévérante. Tant en classe de première qu’en classe de Terminale, ses professeurs louent son sérieux, la pertinence de ses réflexions, la qualité de son travail et même sa maturité alors qu’elle a deux ans d’avance scolaire. Camille ne néglige aucune matière (pas même l’EPS) et multiplie les options (en plus de la section euro et de la spécialité mathématiques, elle suit les cours de grec ancien et de latin tout en poursuivant des études de musique au Conservatoire) mais il y a une matière où elle brille particulièrement : les mathématiques. L’un de ses professeurs de mathématiques écrira même dans une lettre de recommandation : « cette élève, qui a choisi la filière L, est l’une des plus douée à qui il m’ait été donné d’enseigner, et en disant cela, je prends en compte mes élèves de la filière S ». En plus d’excellents résultats dans cette discipline, Camille se distingue en obtenant le Premier prix pour l’Académie de M. aux Olympiades Mathématiques de Première. Encouragée par tous ces beaux résultats, Camille est confortée dans le choix d’orientation qu’elle a fait.
Lors des phases d’inscription au portail Admission Post-Bac (APB), Camille s’acquitte régulièrement de toutes les formalités et en toute logique place en tête de son classement les CPGE HK B/L de ses rêves. Aucun de ses professeurs n’a de doute quant à ses chances d’être reçue. D’ailleurs, l’appréciation du chef d’établissement et du professeur principal indique que le niveau de la classe est Très bon, avis général sur le dossier Très Favorable avec le commentaire « Un ensemble remarquable à tous points de vue. Un excellent profil d’élève de CPGE. » Camille a toutes les raisons d’être sereine en attendant les résultats d’admission ; son dossier est très solide.
Arrive enfin, le 9 juin 2011 à 14h. Ma fille saura où elle poursuivra ses études l’an prochain. Catastrophe ! Camille a été « refusée » dans toutes les CPGE HK B/L (5) qu’elle avait sollicitées. Pas sur liste d’attente, pas admise sans l’internat, refusée, évincée… Pour chacune de ses demandes dans cette filière apparaît à côté du mot « refusée » le court texte suivant : « Après examen, l’établissement a jugé que votre dossier n’était pas en adéquation avec la formation. Vous ne pouvez donc plus prétendre à cette formation, ni lors des 3 phases d’admission ni lors de la procédure complémentaire. » Le coup est violent, j’en ai la tête qui tourne. Camille est K.O debout, son monde s’écroule… Puis rapidement, il me faut comprendre. Ma fille souffre, je veux savoir qui l’a blessée et pourquoi.
« Pas en adéquation avec la formation », que leur faut-il ? Elle a 19/20 de moyenne en mathématiques. Je relis tous les textes ONISEP sur cette filière, je demande conseil à ses professeurs (ils sont aussi abasourdis que moi) puis j’entre en contact par courriel avec les animateurs de deux sites dédiés aux prépas HK B/L. Mon courriel est volontairement polémique et a pour objet : « peut-on vraiment intégrer une B/L quand on vient de la filière L ? » A ma grande surprise, les réponses n’attendent pas, dès le lendemain messieurs X. et Y., professeurs en prépas B/L me font part de leur étonnement. En résumé, ils sont tous deux aussi surpris et étonnés de ce résultat. Tous deux me confirment que les élèves venant de Terminal L sont nettement moins nombreux dans ces prépas que ceux venant de filières S ou ES, néanmoins il m’indique clairement qu’il n’est pas normal que Camille ait été refusée dans toutes les B/L qu’elle a demandées. Je cite leurs réponses : «… si ses résultats affichés sur sa fiche de candidature démontraient clairement qu'elle avait suivi un enseignement de mathématiques en "spécialité" (la précision est obligatoire pour les élèves issus d'une voie "Littéraire") avec de tels résultats, je puis vous assurer qu'elle aurait été classée… », ou encore : « …je suis moi-même étonné que votre fille n'ait pas été recrutée avec un aussi bon dossier. Je vous confirme qu'il est tout à fait possible d'intégrer une prépa BL en venant de L, à la condition bien sûr d'avoir la spécialité maths, et d'excellents résultats dans cette discipline. Il n'y a certes pas beaucoup d'élèves de L dans notre filière (moins que de S et de ES), mais il y en a. » Dans le même temps, tous deux me conseillent vivement de contrôler le dossier APB (et tout particulièrement la fiche pédagogique) pour s’assurer qu’il n’y ait pas eu une erreur.
Après quelques tâtonnements, je comprends que le document déterminant dans l’étude des dossiers, celui qui permet de passer le premier filtre de la sélection c’est justement cette fameuse « fiche pédagogique ». Cette fiche pédagogique est dite « dématérialisée » car elle générée directement par le portail APB et elle est consultable par les élèves après que les commissions de sélections aient fait leur classement. Cette fiche fait apparaître pour chaque matière la moyenne des deux premiers trimestres de Terminale, l’appréciation du professeur et le classement de l’élève. S’ajoute à cela un avis général sur l’élève, et sur la classe. En prenant connaissance de la fiche pédagogique accompagnant le dossier de Camille ma stupeur et mon écœurement sont à leurs paroxysmes. Ce document est incomplet et erroné. La spécialité mathématiques n’apparaît pas (ni évidemment les résultats), dans la case LV1 Anglais, il est indiqué : « l’élève ne suit pas cet enseignement », ce qui est évidemment faux concernant une élève en section européenne Anglais. S’ajoute à cela une erreur de saisie concernant ses résultats d’histoire-géo. Cette coquille avait été signalée et corrigée sur les bulletins électroniques mais pas sur « la fiche pédagogique dématérialisée ».
Après l’énervement, l’espoir reprend. Je me dis, il y avait bien une erreur. On va la signaler, Camille n’est pas responsable, son mérite n’est pas en cause et je n’en doute pas, il se trouvera une personne bienveillante qui nous aidera à corriger tout cela. Premièrement, je me rapproche de son Professeur principal et du Proviseur de son lycée. Tous deux acceptent d’écrire aux Proviseurs des établissements sollicités par Camille en faisant état de cette « erreur informatique » et les prient de reconsidérer le dossier de ma fille. Dans le même temps, Camille utilise la messagerie interne d’APB pour leur demander de faire le nécessaire pour corriger ce qui lui paraît être une injustice. Sur les conseils d’une maman d’élève, je me rapproche également du Rectorat de Montpellier et plus particulièrement du SAIO qui pilote APB au niveau académique. Nous sommes tous confiants, la situation est critique mais pas désespérée.
Pourtant, le temps passe et rien n’avance. La messagerie interne d’APB indiquera « en attente » pendant plus de quinze jours. Entretemps, la deuxième phase d’APB a eu lieu et rien ne laisse croire que le problème est adressé. Quand finalement, Camille est gratifiée d’une réponse d’APB, on comprend que rien ne sera fait pour corriger le problème car ce n’est pas une erreur sur le dossier de Camille, c’est un problème « national ». Voici la réponse de M. Bernard Koehret : « Depuis que toujours, y compris avant APB, le dossier d’entrée en CPGE ne comporte pas les spécialités. Cette candidate est traitée comme tous les candidats. » A nouveau, la douche froide. L’erreur n’est pas le traitement des données, l’erreur c’est la filière choisie par ma fille à la fin de la classe de seconde.
Pour être complète, je dois préciser qu’APB propose désormais un « module d’aide à la décision. » Je cite la notice « traitement des dossiers » d’APB qui présente ce module aux établissements.
« Ce module a été mis au point en 2009 avec l’aide de Thierry Ballenghein, responsable du logiciel CIELL, pour les IUT. Ce module est disponible pour toutes les formations. Il n’est pas utilisable pour le classement pour l’internat des CPGE.
Le module peut être utilisé pour faire un tri préalable à l’examen des dossiers et, éventuellement, pour générer le classement final. Les candidatures peuvent être réparties par familles en fonction du bac préparé (ou obtenu), le tri peut être réalisé à partir de notes de certaines matières affectées de coefficients choisis par l’utilisateur … »
Techniquement les établissements peuvent établir les matières qu’ils définissent comme déterminantes (en affectant des coefficients). Sont ainsi créés des « fichiers paramétrables. » Cependant cette fonctionnalité n’est pas accessible aux CPGE et seul le « fichier standard » est utilisable. Quant à savoir qui décide ce qu’est le « fichier standard » et quelles sont les matières remontées dans ce fichier, mystère… Pourquoi ne pas simplement faire apparaître l’intégralité des enseignements suivis par les élèves ? J’ai observé qu’il n’y avait matériellement pas assez de « cases » sur la fiche pédagogique pour faire apparaître toutes les matières. Est-ce uniquement un problème de mise en page ? Dans la mesure où les spécialités peuvent être un pré-requis au recrutement dans certaines CPGE selon la filière d’origine, il paraît aberrant (pour ne pas dire imbécile) de ne pas les faire apparaître.
Enfin, je passe rapidement, mais le fait que l’enseignement de LV1 n’ait pas été correctement remonté serait le fait d’une mauvaise nomenclature. Dans la perspective d’une automatisation du système, il me semble qu’il est urgent d’homogénéiser les appellations. Cette erreur n’a probablement pas suffit à bloquer le dossier de ma fille mais elle demeure inadmissible.
Mon analyse de la situation est la suivante, si ma fille avait choisi la filière S après la classe de seconde, elle ne serait pas dans cette situation. Certes, les enseignements qu’elle a reçus en littérature, en philosophie et en langues anciennes l’ont comblée. Bien entendu, tout cela l’a nourrie et construite mais pour être parfaitement honnête si dès la classe de seconde on lui avait clairement expliqué qu’en intégrant la filière L, elle ne pourrait pas suivre la voie qu’elle avait choisie, je pense sincèrement qu’elle aurait opté pour la filière S ou ES, non sans un énorme pincement au cœur. Seulement voilà, elle n’a pas été informée correctement. D’ailleurs, ses professeurs (tout comme les professeurs de prépas B/L que j’ai contactés) n’ont pas su l’informer correctement car les informations dont ils disposaient étaient manifestement erronées. D’ailleurs, les guides ONISEP que nous avons consultés, nous ont également induits en erreur. J’ai un respect sincère et profond pour les enseignants et pour leur travail mais en l’état, ils ont menti à mon enfant. L’ONISEP ment à nos enfants. L’affirmation se vérifie également à propos du site EDUCSOL.
En matière de CPGE, il n’y a plus qu’une seule filière possible pour les élèves des séries littéraires : la CPGE HK A/L. Peut-être me jurerez vous qu’il n’en est rien et que seul un concours de circonstance désastreux (erreur de paramétrage ?) a pu engendre cette réalité. Si tel était le cas, qu’attend-t-on pour réparer l’erreur, pour laver l’injustice ? La réalité est, je le regrette d’ailleurs, bien plus terrible. Le chef d’établissement de ma fille a contacté par téléphone, devant elle, un confrère pour tenter d’arranger les choses. Ce dernier lui a indiqué que dans son lycée on ne recrutait plus d’élèves issus de la voie littéraire en B/L car ils étaient tous trop faibles en mathématiques.
Honnêtement, je pense qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une méconnaissance manifeste des responsables de l’interface APB mais quoiqu’il en soit le résultat reste. Si vous êtes très bon élève, ne gaspillez pas votre orientation future en optant pour la voie littéraire. Prenez la filière S, elle ouvre toutes les portes. Et voilà comment lentement mais surement on en arrive au lycée unique. Quand les cours de langues et de civilisations anciennes ne seront plus que des histoires de grands-mères, quand la philosophie (réduite à la portion congrue dans la voie scientifique) ne sera plus qu’un « truc pour enquiquiner » les élèves, quand la littérature ne se résumera plus qu’aux quelques fragments de textes que l’on saupoudre aux classes de premières S, que restera-t-il de « l’esprit français », de ces « lumières » qui font encore aujourd’hui de la France un phare culturel. Il fut un temps où l’on pouvait être philosophe et mathématicien. Je ne pense pas que la CPGE B/L ait tout à fait cette vocation mais c’est sans doute ce qui s’en approchait le plus. Force est de constater qu’entre conter et compter, il faut désormais choisir son camps.
Je ne demande qu’à être convaincue qu’il s’agit là d’une erreur lamentable mais jusqu’à présent toutes nos tentatives pour trouver une issue ont été vaines.
L’erreur est humaine, la réparer c’est faire preuve d’humanité.
France Vézina
Luc Chatel, Ministre de l’Education Nationale,
Laurent Wauquiez, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche,
Pascal Charvet, Directeur de l’Office national d'information sur les enseignements et les professions (ONISEP) et
Jean-Robert Pitte, Délégué interministériel à l’orientation.
Messieurs,
Après le BAC L, tel est le titre d’une fiche ONISEP. En page 3 de ce guide, on parle des prépas. A en croire l’ONISEP, différentes prépas recrutent des élèves titulaire d’un bac L. Elles sont certes moins nombreuses que celles ouvertes au S ou au ES mais c’est donné comme possible. Ma fille a pu faire la douloureuse expérience qu’il n’en est rien.
Camille est élève en Terminale (filière littéraire, section Euro-Anglais) au Lycée J. à M. Au moment de choisir sa filière (fin de la classe de seconde), Camille hésite. Ses résultats sont très bons voir excellents dans toutes les matières et toutes les filières lui sont ouvertes. Seulement, Camille a un goût marqué pour la littérature, la philosophie,le grec ancien et une passion pour les mathématiques. Dans le même temps, elle ne manifeste que peu d’intérêt pour la Physique-Chimie ou pour la SVT. Camille est une enfant prudente, avant de faire son choix, elle prend conseil auprès de ses professeurs et de la Conseillère d’orientation de son établissement. Après mûre réflexion, elle opte pour la voie littéraire avec pour spécialité les mathématiques. Dès l’entrée en classe de première, son objectif est clairement défini : intégrer une prépa littéraire lettres et sciences sociales (CPGE HK B/L).
Camille est bonne élève. C’est une enfant déterminée et persévérante. Tant en classe de première qu’en classe de Terminale, ses professeurs louent son sérieux, la pertinence de ses réflexions, la qualité de son travail et même sa maturité alors qu’elle a deux ans d’avance scolaire. Camille ne néglige aucune matière (pas même l’EPS) et multiplie les options (en plus de la section euro et de la spécialité mathématiques, elle suit les cours de grec ancien et de latin tout en poursuivant des études de musique au Conservatoire) mais il y a une matière où elle brille particulièrement : les mathématiques. L’un de ses professeurs de mathématiques écrira même dans une lettre de recommandation : « cette élève, qui a choisi la filière L, est l’une des plus douée à qui il m’ait été donné d’enseigner, et en disant cela, je prends en compte mes élèves de la filière S ». En plus d’excellents résultats dans cette discipline, Camille se distingue en obtenant le Premier prix pour l’Académie de M. aux Olympiades Mathématiques de Première. Encouragée par tous ces beaux résultats, Camille est confortée dans le choix d’orientation qu’elle a fait.
Lors des phases d’inscription au portail Admission Post-Bac (APB), Camille s’acquitte régulièrement de toutes les formalités et en toute logique place en tête de son classement les CPGE HK B/L de ses rêves. Aucun de ses professeurs n’a de doute quant à ses chances d’être reçue. D’ailleurs, l’appréciation du chef d’établissement et du professeur principal indique que le niveau de la classe est Très bon, avis général sur le dossier Très Favorable avec le commentaire « Un ensemble remarquable à tous points de vue. Un excellent profil d’élève de CPGE. » Camille a toutes les raisons d’être sereine en attendant les résultats d’admission ; son dossier est très solide.
Arrive enfin, le 9 juin 2011 à 14h. Ma fille saura où elle poursuivra ses études l’an prochain. Catastrophe ! Camille a été « refusée » dans toutes les CPGE HK B/L (5) qu’elle avait sollicitées. Pas sur liste d’attente, pas admise sans l’internat, refusée, évincée… Pour chacune de ses demandes dans cette filière apparaît à côté du mot « refusée » le court texte suivant : « Après examen, l’établissement a jugé que votre dossier n’était pas en adéquation avec la formation. Vous ne pouvez donc plus prétendre à cette formation, ni lors des 3 phases d’admission ni lors de la procédure complémentaire. » Le coup est violent, j’en ai la tête qui tourne. Camille est K.O debout, son monde s’écroule… Puis rapidement, il me faut comprendre. Ma fille souffre, je veux savoir qui l’a blessée et pourquoi.
« Pas en adéquation avec la formation », que leur faut-il ? Elle a 19/20 de moyenne en mathématiques. Je relis tous les textes ONISEP sur cette filière, je demande conseil à ses professeurs (ils sont aussi abasourdis que moi) puis j’entre en contact par courriel avec les animateurs de deux sites dédiés aux prépas HK B/L. Mon courriel est volontairement polémique et a pour objet : « peut-on vraiment intégrer une B/L quand on vient de la filière L ? » A ma grande surprise, les réponses n’attendent pas, dès le lendemain messieurs X. et Y., professeurs en prépas B/L me font part de leur étonnement. En résumé, ils sont tous deux aussi surpris et étonnés de ce résultat. Tous deux me confirment que les élèves venant de Terminal L sont nettement moins nombreux dans ces prépas que ceux venant de filières S ou ES, néanmoins il m’indique clairement qu’il n’est pas normal que Camille ait été refusée dans toutes les B/L qu’elle a demandées. Je cite leurs réponses : «… si ses résultats affichés sur sa fiche de candidature démontraient clairement qu'elle avait suivi un enseignement de mathématiques en "spécialité" (la précision est obligatoire pour les élèves issus d'une voie "Littéraire") avec de tels résultats, je puis vous assurer qu'elle aurait été classée… », ou encore : « …je suis moi-même étonné que votre fille n'ait pas été recrutée avec un aussi bon dossier. Je vous confirme qu'il est tout à fait possible d'intégrer une prépa BL en venant de L, à la condition bien sûr d'avoir la spécialité maths, et d'excellents résultats dans cette discipline. Il n'y a certes pas beaucoup d'élèves de L dans notre filière (moins que de S et de ES), mais il y en a. » Dans le même temps, tous deux me conseillent vivement de contrôler le dossier APB (et tout particulièrement la fiche pédagogique) pour s’assurer qu’il n’y ait pas eu une erreur.
Après quelques tâtonnements, je comprends que le document déterminant dans l’étude des dossiers, celui qui permet de passer le premier filtre de la sélection c’est justement cette fameuse « fiche pédagogique ». Cette fiche pédagogique est dite « dématérialisée » car elle générée directement par le portail APB et elle est consultable par les élèves après que les commissions de sélections aient fait leur classement. Cette fiche fait apparaître pour chaque matière la moyenne des deux premiers trimestres de Terminale, l’appréciation du professeur et le classement de l’élève. S’ajoute à cela un avis général sur l’élève, et sur la classe. En prenant connaissance de la fiche pédagogique accompagnant le dossier de Camille ma stupeur et mon écœurement sont à leurs paroxysmes. Ce document est incomplet et erroné. La spécialité mathématiques n’apparaît pas (ni évidemment les résultats), dans la case LV1 Anglais, il est indiqué : « l’élève ne suit pas cet enseignement », ce qui est évidemment faux concernant une élève en section européenne Anglais. S’ajoute à cela une erreur de saisie concernant ses résultats d’histoire-géo. Cette coquille avait été signalée et corrigée sur les bulletins électroniques mais pas sur « la fiche pédagogique dématérialisée ».
Après l’énervement, l’espoir reprend. Je me dis, il y avait bien une erreur. On va la signaler, Camille n’est pas responsable, son mérite n’est pas en cause et je n’en doute pas, il se trouvera une personne bienveillante qui nous aidera à corriger tout cela. Premièrement, je me rapproche de son Professeur principal et du Proviseur de son lycée. Tous deux acceptent d’écrire aux Proviseurs des établissements sollicités par Camille en faisant état de cette « erreur informatique » et les prient de reconsidérer le dossier de ma fille. Dans le même temps, Camille utilise la messagerie interne d’APB pour leur demander de faire le nécessaire pour corriger ce qui lui paraît être une injustice. Sur les conseils d’une maman d’élève, je me rapproche également du Rectorat de Montpellier et plus particulièrement du SAIO qui pilote APB au niveau académique. Nous sommes tous confiants, la situation est critique mais pas désespérée.
Pourtant, le temps passe et rien n’avance. La messagerie interne d’APB indiquera « en attente » pendant plus de quinze jours. Entretemps, la deuxième phase d’APB a eu lieu et rien ne laisse croire que le problème est adressé. Quand finalement, Camille est gratifiée d’une réponse d’APB, on comprend que rien ne sera fait pour corriger le problème car ce n’est pas une erreur sur le dossier de Camille, c’est un problème « national ». Voici la réponse de M. Bernard Koehret : « Depuis que toujours, y compris avant APB, le dossier d’entrée en CPGE ne comporte pas les spécialités. Cette candidate est traitée comme tous les candidats. » A nouveau, la douche froide. L’erreur n’est pas le traitement des données, l’erreur c’est la filière choisie par ma fille à la fin de la classe de seconde.
Pour être complète, je dois préciser qu’APB propose désormais un « module d’aide à la décision. » Je cite la notice « traitement des dossiers » d’APB qui présente ce module aux établissements.
« Ce module a été mis au point en 2009 avec l’aide de Thierry Ballenghein, responsable du logiciel CIELL, pour les IUT. Ce module est disponible pour toutes les formations. Il n’est pas utilisable pour le classement pour l’internat des CPGE.
Le module peut être utilisé pour faire un tri préalable à l’examen des dossiers et, éventuellement, pour générer le classement final. Les candidatures peuvent être réparties par familles en fonction du bac préparé (ou obtenu), le tri peut être réalisé à partir de notes de certaines matières affectées de coefficients choisis par l’utilisateur … »
Techniquement les établissements peuvent établir les matières qu’ils définissent comme déterminantes (en affectant des coefficients). Sont ainsi créés des « fichiers paramétrables. » Cependant cette fonctionnalité n’est pas accessible aux CPGE et seul le « fichier standard » est utilisable. Quant à savoir qui décide ce qu’est le « fichier standard » et quelles sont les matières remontées dans ce fichier, mystère… Pourquoi ne pas simplement faire apparaître l’intégralité des enseignements suivis par les élèves ? J’ai observé qu’il n’y avait matériellement pas assez de « cases » sur la fiche pédagogique pour faire apparaître toutes les matières. Est-ce uniquement un problème de mise en page ? Dans la mesure où les spécialités peuvent être un pré-requis au recrutement dans certaines CPGE selon la filière d’origine, il paraît aberrant (pour ne pas dire imbécile) de ne pas les faire apparaître.
Enfin, je passe rapidement, mais le fait que l’enseignement de LV1 n’ait pas été correctement remonté serait le fait d’une mauvaise nomenclature. Dans la perspective d’une automatisation du système, il me semble qu’il est urgent d’homogénéiser les appellations. Cette erreur n’a probablement pas suffit à bloquer le dossier de ma fille mais elle demeure inadmissible.
Mon analyse de la situation est la suivante, si ma fille avait choisi la filière S après la classe de seconde, elle ne serait pas dans cette situation. Certes, les enseignements qu’elle a reçus en littérature, en philosophie et en langues anciennes l’ont comblée. Bien entendu, tout cela l’a nourrie et construite mais pour être parfaitement honnête si dès la classe de seconde on lui avait clairement expliqué qu’en intégrant la filière L, elle ne pourrait pas suivre la voie qu’elle avait choisie, je pense sincèrement qu’elle aurait opté pour la filière S ou ES, non sans un énorme pincement au cœur. Seulement voilà, elle n’a pas été informée correctement. D’ailleurs, ses professeurs (tout comme les professeurs de prépas B/L que j’ai contactés) n’ont pas su l’informer correctement car les informations dont ils disposaient étaient manifestement erronées. D’ailleurs, les guides ONISEP que nous avons consultés, nous ont également induits en erreur. J’ai un respect sincère et profond pour les enseignants et pour leur travail mais en l’état, ils ont menti à mon enfant. L’ONISEP ment à nos enfants. L’affirmation se vérifie également à propos du site EDUCSOL.
En matière de CPGE, il n’y a plus qu’une seule filière possible pour les élèves des séries littéraires : la CPGE HK A/L. Peut-être me jurerez vous qu’il n’en est rien et que seul un concours de circonstance désastreux (erreur de paramétrage ?) a pu engendre cette réalité. Si tel était le cas, qu’attend-t-on pour réparer l’erreur, pour laver l’injustice ? La réalité est, je le regrette d’ailleurs, bien plus terrible. Le chef d’établissement de ma fille a contacté par téléphone, devant elle, un confrère pour tenter d’arranger les choses. Ce dernier lui a indiqué que dans son lycée on ne recrutait plus d’élèves issus de la voie littéraire en B/L car ils étaient tous trop faibles en mathématiques.
Honnêtement, je pense qu’il s’agit d’abord et avant tout d’une méconnaissance manifeste des responsables de l’interface APB mais quoiqu’il en soit le résultat reste. Si vous êtes très bon élève, ne gaspillez pas votre orientation future en optant pour la voie littéraire. Prenez la filière S, elle ouvre toutes les portes. Et voilà comment lentement mais surement on en arrive au lycée unique. Quand les cours de langues et de civilisations anciennes ne seront plus que des histoires de grands-mères, quand la philosophie (réduite à la portion congrue dans la voie scientifique) ne sera plus qu’un « truc pour enquiquiner » les élèves, quand la littérature ne se résumera plus qu’aux quelques fragments de textes que l’on saupoudre aux classes de premières S, que restera-t-il de « l’esprit français », de ces « lumières » qui font encore aujourd’hui de la France un phare culturel. Il fut un temps où l’on pouvait être philosophe et mathématicien. Je ne pense pas que la CPGE B/L ait tout à fait cette vocation mais c’est sans doute ce qui s’en approchait le plus. Force est de constater qu’entre conter et compter, il faut désormais choisir son camps.
Je ne demande qu’à être convaincue qu’il s’agit là d’une erreur lamentable mais jusqu’à présent toutes nos tentatives pour trouver une issue ont été vaines.
L’erreur est humaine, la réparer c’est faire preuve d’humanité.
France Vézina



