Bonsoir à tous.
Voilà il s'avère que je passe prochainement mon bac de Français. J'ai un problème sur un texte que je dois réviser pour l'oral, il s'agit de l'excipit de L'Etranger d'Albert Camus :
Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.
Voilà donc l'extrait. J'ai beaucoup de mal avec la lecture analytique de mon professeur, dont le plan est le suivant :
I- Un monologue tragique (pas de sous parties)
II- Une paix salvatrice
A- L'accès à une nouvelle conscience
B- La possibilité du bonheur
C- Un attachement viscéral à la vie
(Je ne vois pas à quelle problématique répond ce plan … En avez vous une idée ?)
Donc mon problème, c'est que je cherche à faire un plan "polyvalent", qui puisse s'adapter et se modifier aisément selon la question posée à l'oral. J'en cherche un qui pourrait répondre à une problématique du genre : "En quoi Meursault est il un héros moderne dans cet extrait ?"
J'ai demandé les caractéristiques à mon professeur du héros moderne. J'ai réfléchi longtemps, et je ne trouve pas vraiment de plan qui soit pertinent et logique …
Le seul plan que j'ai pu mettre sur pied est celui-ci (et encore je ne suis pas sûre de moi) :
I- la délivrance et le détachement du monde des hommes
II- L'harmonie avec la nature et le bonheur dans l'absurde
Mais est il pertinent ? Pensez vous qu'il ya mieux ?
Merci (infiniment) d'avance.
Bonjour,
Tout d'abord, je me doute, étant donné que ton message date de 2011, que la réponse ne t'intéresse guère… Néanmoins, pour ceux que cela pourrait aider, je pense qu'une problématique adaptée à ton plan pour l'excipit de L'Étranger d'Albert Camus serait :
En quoi cet excipit exprime-t-il l'évolution du personnage ?
En espérant en avoir aidé certains 🙂
Bonjour,
Je suis actuellement en train de réviser mon oral de français et j'ai un plan pour ce texte sauf que je ne suis pas très sure de mes axes.
I- Un personnage en osmose avec la nature
II- Un personnage réconcilié avec l'existence
III- Le personnage, porte parole de l'auteur
Si quelqu'un pouvait me donner des conseils pour les améliorer ou m'aider à trouver d'autres axes possibles, je suis preneuse ^^
Bonjour,
Sur quoi vous appuyez-vous pour traiter votre troisième partie ?
Je n'ai pas de citation précise mais ce que j'essaye de dire dans cet axe c'est que Meursault en se réconciliant avec son existence devient finalement un porte parole de la philosophie de l'absurde supportée par Camus.
Peut être que la phrase "Je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde." est celle qui explique le mieux cette philosophie.
Je ne sais pas si c'est suffisant pour faire un axe :/
Mais surtout, tu n'as aucun élément qui le prouve dans le texte : c'est à dire en conclusion seulement.
Voici le commentaire que j'ai fait cette année avec mon prof que je compte présenter le jour de l'oral. J'espère que ça pourra t'aider :
L’Etranger – A. Camus
Excipit p185 --> fin
Nous sommes après le départ de l’aumônier qui à provoqué une extrême colère chez Meursault. Lui le mutique qui s’est mis à crier à plein gosier, un cri de révolte, de justification de ce qu’à été sa vie, cri de prise de conscience : tout se vaut, rien n’a d’importance car on est tous élu face à la mort. Et en même temps nous partageons tous, cette élection à la mort. C’est là pour Meursault la seule vérité et il est ébloui par celle-ci et cela lui donne la certitude de pouvoir vivre à quelques minutes de son exécution. Meursault utilise à 2 reprises « du fond de mon avenir », avenir qui semblait fini. Ensuite Meursault est amené à utilisé tous les temps verbaux comme si la chronologie semblait s’abolir. Une fois l’aumônier parti, Meursault se trouve une sérénité en conséquence de cette colère et lui permet de faire un bilan de sa vie sous le signe de la fusion.
I- Fusion avec la nature
II- Retrouvailles et fusion avec la mère
III- Fusion avec lui-même
I- La fusion avec la nature
« Jai retrouvé le calme » associé à un sentiment d’apaisement. Ce retour au calme est présenté comme une perte de mémoire salutaire « je crois que j’ai dormi ».
C’est donc un véritable sommeil purificateur d’où va naitre un homme nouveau. Le premier contact qu’à Meursault à son réveil est un contact avec la nature : « étoiles sur le visage ». Cette relation avec la nature est sans obstacle, les étoiles sont sur son visage, la distance homme/nature est alors abolie.
Il est difficile de se rappeler que Meursault est dans une cellule.
Il y a comme un mouvement de la nature vers le personnage avec un rythme ternaire « bruit de campagne… mes tempes…. paix de cet été » La nature pénètre l’âme de Meursault progressivement.
La nature est représentée comme un tout : « campagne » « terre » « sel » « marée ».
S’opère aussi une véritable osmose qui touche tous les sens : « étoiles » --> vue ; « bruits de campagne » --> ouïe ; « odeur de terre » --> Odorat ; « rafraichissement » --> Le toucher
S’instaure dès lors une harmonie du calme. Le calme de Meursault est semblable au calme de la nature. Cela est aux antipodes de l’extrait précédent et de la première partie avec l’agressivité du soleil.
Il y a une fusion dans une sorte d’intemporalité marquée par la récurrence des impfts qui impose une durée sans rupture malgré les « sirènes » qui rappellent les contraintes.
Or cet appel des sirènes rappelle le détachement complet et définitif de Meursault : « Monde à jamais indifférent » = rupture radicale avec les illusions du monde des humains.
Cet homme nouveau évolue dans un temps nouveau et qui offre « pour la première fois depuis longtemps » une prise de conscience de ce qui est réellement important --> ses origines : sa mère
II- Retrouvailles et fusion avec la mère
Apparaît à Meursault le souvenir de sa mère avec identité d’atmosphère. En effet, il se trouve dans une atmosphère telle que celle dans laquelle il a reçu les propos du directeur de l’hospice qui lui parlait de sa mère.
Meursault ressent la même sérénité que sa mère lorsqu’elle se promenait les soirs avec Mr Perez. Il ressent cela grâce à son osmose avec la nature.
Nous somme là dans un grand moment de rapprochement, Meursault se souvient du rapprochement de sa mère avec Mr Perez et il maintenant il se rapproche lui-même de sa mère.
Il reprend trois termes de la 1ère partie :
« Le soir dans ce pays devait être une trêve mélancolique » --> « le soir était comme une trêve mélancolique »
Cependant dans cette fin l’émotion est beaucoup plus marquée, on passe de l’hypothèse à la certitude :
« Devait être » --> « était »
Tout cela grâce au rapprochement avec sa mère. Ils attendent tous deux la mort, lui en prison, elle à l’hospice.
Meursault est doublement proche de sa mère de par sa situation et son état d’esprit qui est de revivre à l’approche de la mort : Il a maintenant la certitude de comprendre sa mère.
Même si cela reste encore d’une extrême prudence : « il m’a semblé comprendre ». Par la suite devant l’évidence il devient catégorique : « était » « devait »
Il insiste aussi sur ce que pouvait avoir de dérisoire la vie de sa mère à l’asile : les guillemets mis au « fiancé » de sa mère montrent la moquerie de la sté, avoir un fiancé semble pour la sté, dérisoire.
Meursault est dans la même situation que sa mère, lui aussi est jugé par la sté avec dérision : lui aussi est incompris par la sté.
Il y à réciprocité entre lui et sa mère : la vie de sa mère lui permet de la comprendre et en comprenant sa mère il se comprend lu même.
La décision de sa mère de prendre un fiancé montre son adhésion à la vie contre la mort. Cela n’est compréhensible qu’à l’approche de cette mort. Cette proximité donne le courage, contre la stupidité de la sté, de tout revivre.
En parlant ainsi de sa mère, Meursault parle aussi de lui-même. La vérité de sa mère est aussi la sienne.
Meursault à la veille de sa mort parvient à une vérité essentielle --> La vie terrestre telle qu’elle est, est la seule vraie valeur.
Meursault n’est pas accablé par l’idée de sa mort prochaine, tout comme sa mère. Cette idée lui donne envie de revivre. Cela peut être le caractère dérisoire mais aussi infiniment précieux de la vie : on a un vocabulaire très positif : « vie » « vivre » « pureté » « bonheur » « purger »…
Et tout cela se fait dans une opposition assumée avec la sté, avec ceux qui sont encore prisonniers de leurs illusions.
Une renaissance justifiée chez sa mère mais aussi chez lui.
Il est dès lors le bon fils avec une mère retrouvée, il est comme un autre lui-même.
III- Fusion avec lui-même
Il est naturel qu’en partant de sa mère, Meursault arrive à lui.
« et MOI aussi je me suis senti… »
Désormais un bilan est bel et bien possible. « Purgé » « vidé » --> Il est donc libéré de tout ce qui aveugle l’homme.
Pour Camus, l’espoir est ce qui altère la vérité. Cette absence d’espoir permet à Meursault de faire un bilan et de se rendre compte que la vie qu’il mène est SA vie.
La nature est comme lui, tous deux se contentent d’exister tels qu’ils sont, sans illusion, jugement ou hiérarchie de valeur. Il n’y a plus que la tendresse et la fraternité.
--> Les étoiles deviennent pour nous de véritables signes. Il y à un jeu de mot de la part de Camus puisque signe vient de « signum » et étoile aussi.
Meursault est en communion intense avec sa mère et la nature et c’est la première fois qu’il « éprouve » cela.
Cala indique le vrai sens de la vie. Il conclue donc sur le bonheur, comme si le meurtre était dépassé.
Meursault est arrivé à un état supérieur à celui du meurtre. Il y a un réel dépassement, d’où sa sérénité.
Meursault a rejeté le monde des humains et il sait que cette rupture est irréversible. Il veut que tout soit confirmé d’où les « cris de haine » qui montrent que la sté est dans l’erreur et lui dans la vérité.
Il accepte son étrangeté aux yeux des autres. Il est en phase avec lui-même, il a retrouvé son équilibre et il refuse la pitié des autres. Il n’y à rien de plus humiliant que de faire pitié à quelqu’un qui est dans l’erreur.
Meursault reprend pleinement son destin en mains, c’est lui TOUT seul qui marche à la mort.
Accepter sa mort, c’est s’en libérer.
CCL
Il s’agit là du bilan de la vie de Meursault mais aussi de sa clôture. La boucle est bouclée.
On n’a pas de vision de Meursault « autre », c’est juste notre jugement qui a changé.
N'hésite pas si tu as des questions ou que tu ne comprend pas mes abréviations 🙂
C'est un plan particulier. Personnellement nous avons plus travaillé sur ce texte en mettant en avant la philosophie de l'absurde. Une petite précision tout de même par rapport à votre phrase:
Voici le commentaire que j'ai fait cette année avec mon prof que je compte présenter le jour de l'oral. J'espère que ça pourra t'aider :
On ne présente pas le commentaire que l'on a fait en cours. On répond à la problématique de l'examinateur. Si celui-ci pose une question sur l'absurde ton plan est à revoir.
Bonjour
Je suis en 1ère ES , et j'ai un commentaire à faire sur l'excipit de L'étranger de Camus , malheureusement je n'arrive pas à faire mon plan . Si quelqu'un pouvait me donner quelques pistes je les prendrais avec grand plaisir.
Merci
Alors, je ne sais pas pourquoi, il y a quelque chose qui a crevé en moi. Je me suis mis à crier à plein gosier et je l'ai insulté et je lui ai dit de ne pas prier. Je l'avais pris par le collet de sa soutane. Je déversais sur lui tout le fond de mon cœur avec des bondissements mêlés de joie et de colère. Il avait l'air si certain, n'est-ce pas ? Pourtant, aucune de ses certitudes ne valait un cheveu de femme. Il n'était même pas sûr d'être en vie puisqu'il vivait comme un mort. Moi, j'avais l'air d'avoir les mains vides. Mais j'étais sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que lui, sur de ma vie et de cette mort qui allait venir. Oui, je n'avais que cela. Mais du moins, je tenais cette vérité autant qu'elle me tenait. J'avais eu raison, j'avais encore raison, j'avais toujours raison. J'avais vécu de telle façon et j'aurais pu vivre de telle autre. J'avais fait ceci et je n'avais pas fait cela. Je n'avais pas fait telle chose alors que j'avais fait cette autre. Et après ? C'était comme si j'avais attendu pendant tout le temps cette minute et cette petite aube où je serais justifié. Rien, rien n'avait d'importance et je savais bien pourquoi. Lui aussi savait pourquoi. Du fond de mon avenir, pendant toute cette vie absurde que j'avais menée, un souffle obscur remontait vers moi à travers des années qui n'étaient pas encore venues et ce souffle égalisait sur son passage tout ce qu'on me proposait alors dans les années pas plus réelles que je vivais. Que m'importaient la mort des autres, l'amour d'une mère, que m'importaient son Dieu, les vies qu'on choisit, les destins qu'on élit, puisqu'un seul destin devait m'élire moi-même et avec moi des milliards de privilégiés qui, comme lui, se disaient mes frères. Comprenait-il, comprenait-il donc ? Tout le monde était privilégié. Il n'y avait que des privilégiés. Les autres aussi, on les condamnerait un jour. Lui aussi, on le condamnerait. Qu'importait si, accusé de meurtre, il était exécuté pour n'avoir pas pleuré à l'enterrement de sa mère ? Le chien de Salamano valait autant que sa femme. La petite femme automatique était aussi coupable que la Parisienne que Masson avait épousée ou que Marie qui avait envie que je l'épouse. Qu'importait que Raymond fût mon copain autant que Céleste qui valait mieux que lui ? Qu'importait que Marie donnât aujourd'hui sa bouche à un nouveau Meursault ? Comprenait-il donc, ce condamné, et que du fond de mon avenir… J'étouffais en criant tout ceci. Mais, déjà, on m'arrachait l'aumônier des mains et les gardiens me menaçaient. Lui, cependant, les a calmés et m'a regardé un moment en silence. Il avait les yeux pleins de larmes. Il s'est détourné et il a disparu.
Lui parti, j'ai retrouvé le calme. J'étais épuisé et je me suis jeté sur ma couchette. Je crois que j'ai dormi parce que je me suis réveillé avec des étoiles sur le visage. Des bruits de campagne montaient jusqu'à moi. Des odeurs de nuit, de terre et de sel rafraîchissaient mes tempes. La merveilleuse paix de cet été endormi entrait en moi comme une marée. À ce moment, et à la limite de la nuit, des sirènes ont hurlé. Elles annonçaient des départs pour un monde qui maintenant m'était à jamais indifférent. Pour la première fois depuis bien longtemps, j'ai pensé à maman. Il m'a semblé que je comprenais pourquoi à la fin d'une vie elle avait pris un « fiancé », pourquoi elle avait joué à recommencer. Là-bas, là-bas aussi, autour de cet asile où des vies s'éteignaient, le soir était comme une trêve mélancolique. Si près de la mort, maman devait s'y sentir libérée et prête à tout revivre. Personne, personne n'avait le droit de pleurer sur elle. Et moi aussi, je me suis senti prêt à tout revivre. Comme si cette grande colère m'avait purgé du mal, vidé d'espoir, devant cette nuit chargée de signes et d'étoiles, je m'ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde. De l'éprouver si pareil à moi, si fraternel enfin, j'ai senti que j'avais été heureux, et que je l'étais encore. Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu'il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu'ils m'accueillent avec des cris de haine.
Des pistes mais tu ne pourras pas faire l'économie d'une analyse sérieuse.
Comme un long monologue
De la révolte à l'apaisement
L'absurdité de la condition humaine
Sans oublier la réconciliation avec le Monde : c'est un thème capital, c'est ce qui fait que Meursault est non seulement apaisé au spectacle du ciel rempli d'étoiles, mais qu'il souhaite avoir le plus de monde possible lors de son exécution.
Et tout le paradoxe : "qu'ils m'accueillent avec des cris de haine."
Comment comprenez-vous cette fin ?
A qui s'adresse la question ? 🙄
Pour ma part, j'y ai déjà répondu il y a deux ans, mais je ne me "retrouve" plus…
A qui s'adresse la question ?
A ceux qui comprennent.
J'ai toujours été gênée par ce passage. Et n'ai jamais pu émettre autre chose que des hypothèses.
Oui, nous ne pouvons que partager nos réactions de lecteur en lisant cette fin du roman.
Pour moi, Meursault reste jusqu'au bout cet étranger, celui qui regarde l'absurdité du monde. Certes, il trouve après le procès une sorte d'apaisement, de libération devant la persective de sa mort prochaine. Et ce retour au début du roman où il "comprend" sa mère devient comme un retour aux origines. La mort et la vie mêlées. Peut-être que seuls ceux qui ont côtoyé la mort, et Camus en est, peuvent comprendre, prendre avec eux ce sentiment étrange dêtre libéré du poids de la vie, du regard des autres mais de ne pas faire partie non plus de la société "qui ne sait pas", qui juge, qui bavarde, qui condamne. Cela me convient de voir en Meursault, jusqu'à la fin, un étranger. Il mourra en définitive, seul, apaisé et lucide sur lui et sur ses semblables. Pas de fin de roman sucrée. Il est l'autre, il m'est étranger et tellement fraternel. C'est tout le paradoxe de ce héros inclassable. Pour Jacques :
https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/40458-sens-dune-phrase-dans-letranger-de-camus.htmlMerci, floréale pour ta réponse et c-le lien vers celle de Jacques.
Merci de ton analyse, Floréale, et de la "récupération" de mon message. Dans celui-ci, les dernières lignes laissent entendre que Meursault se "résignerait" face à l'ordre des choses. Ce n'est évidemment pas le cas. La dernière phrase du roman est à mettre en relation avec le Mythe de Sisyphe (dont Sartre pensait que ce roman était l'illustration) ; Meursault y exprime clairement une volonté de vivre l'absurde après l'avoir côtoyé et subi dans la première partie du roman. C'est là qu'on peut voir se manifester un héroïsme quasiment tragique chez un homme qui, en affirmant sa capacité à vivre ce qui lui arrive sans haine, sans regret et sans vouloir rien y changer, affirme par là sa liberté et sa révolte. A mon avis, cette phrase fait écho aux quatre coups de revolver que Meursault tire sur le corps inerte de l'arabe à la fin de la première partie, la différence étant qu'il est passé de l'acte encore mécanique à l'affirmation passionnée d'une volonté.
Pour moi il y a trois pistes principales qui reprennent les trois grandes attitudes de Camus :
- L'absurde : même si Meursault se réconcilie avec le monde, il y reste un « étranger ». Ce « monde maintenant [lui est] à jamais indifférent. » Expression ambiguë qui signifie à la fois que le condamné n'attend plus rien de l'extérieur, et que, surtout, l'homme n'est rien pour l'univers. Meursault pour la première fois accepte de considérer ses sentiments et il « s'ouvr[e] à la tendre indifférence du monde. » L'homme se sait définitivement étranger à toute transcendance. La vie, le bonheur, le malheur, rien n'a de justification. Meursault découvre ce qu'il a pressenti sans jamais le nommer, la solitude fondamentale de l'être humain étranger au monde et emmuré dans son incommunicabilité.
- Cette solitude, cet enfermement en soi sont d'autant plus prégnants à l'heure de la mort que tout homme meurt seul. Mais Meursault veut conjurer la malédiction. Je suis étonné par le mot « consommé » qui, pour moi, offre des connotations évangéliques. Meursault semble nous dire qu'il n'y a rien de pire que l'indifférence. Et puisqu'on ne peut l'aimer, du moins qu'on le haïsse. Il espère une solidarité paradoxale a minima.
- La révolte est perceptible elle aussi. Pour la première fois, Meursault n'est plus un simple spectateur de sa vie. Il l'assume. Dans le même temps il refuse qu'on puisse le juger (toute vie demeure incompréhensible pour autrui). Je suis frappé que Camus utilise le qualificatif de « fraternel » pour justifier l'existence mimétique indifférente de son personnage. Enfin Meursault repousse tout apitoiement (une autre raison pour appeler les cris de haine). Son défi est désormais de mourir dignement.