Profiter que / de ce que

Langue française

7 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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chers amis, bonjour,

Il m'arrive de voyager dans mon dictionnaire numérique, n'en déplaise à Alain Rey qui, il y a quelques mois, a affirmé, dans une émission de radio, que la version numérique ne le permettait pas.
Je commence par choisir un mot au hasard, et grâce aux liens, je navigue. Certains provoquent un haut-le-cœur tellement insupportable que je préfère ne pas y faire une escale: c'est le cas du mot nazi.

Au fil de mon cabotage, je me suis arrêté sur le mot "profiter", et j'ai constaté que l'on ne devrait pas dire "je profite de" mais plutôt " je profite de ce que".

Mais, faut-il utiliser l'indicatif ou le subjonctif ?

Par exemple: " je profite que vous êtes tous présents" ou " je profite que vous soyez tous présents"; "je profite qu'il fait beau" ou "je profite qu'il fasse beau"?

Je ne vous dis pas bon vent, mais à bientôt.
Profiter est transitif indirect, donc effectivement il faut la préposition.
Il est suivi de l'indicatif :
"je profite de ce que vous êtes tous présents" = je profite de votre présence
"je profite de ce qu'il fait beau" = je profite du beau temps.
Avis du Robert des Difficultés :
Le bon usage, peu conséquent avec lui-même, condamne le tour profiter que, qu'il recommande avec s'attendre, se réjouir, se soucier,[sup]1[/sup] etc. Il faut dire profiter de ce que. (…) On rencontre parfois la construction incriminée dans la langue écrite. Profitons qu'il y a beaucoup de monde (Dorgelès). On notera que dans tous ces exemples, la subordonnée est à l'indicatif. L'emploi du subjonctif est assez rare : Il profitait de ce que, grâce aux incendies, les pins fussent dépréciés (Mauriac).
1 On se soucie de quelque chose, on se réjouit de quelque chose… Et pourtant, on se soucie que… on se rejouit que… ne sont pas proscrits. Contrairement à ce qui passe pour profiter, le fait d'être transitif indirect n'empêche pas, pour ces verbes, l'abandon de la préposition. Allez comprendre !
De ce que.

Si la proposition peut aussi être considérée comme exprimant la cause on emploie de ce que.

De ce que seulement, après les verbes qui ont un objet direct :
Je vous LOUERAI, Seigneur, DE CE QUE vous fîtes naître Saphira, ma mère, parmi votre peuple (FRANCE, Île des Pingouins, I, 7).

De ce que ou que seul, après les verbes sans objet direct, ainsi qu’après des participes ou des adjectifs exprimant un sentiment :
La vieille bonne […] S’EXCUSA DE CE QUE le dîner n’était pas prêt (FLAUB., Mme Bov., I, 4).


Si la proposition correspond plus nettement à un objet indirect et s’il n’y a pas d’objet direct, on emploie de ce que :
N’abusez pas DE CE QUE je vous aime (GAUTIER, Jean et Jeannette, XXIII). — Je profite DE CE QUE le surveillant a le dos tourné pour m’esquiver (CABANIS, Profondes années, p. 87).
— °Profiter que se dit dans la langue parlée, que reflètent certains ex. (DORGELÈS, CÉLINE, VAILLAND, cit. Trésor ; Tr. BERNARD, cit. Sandfeld, t. II, p. 31).
— Témoigner de qq. ch. est plus fréquent aujourd’hui que témoigner qq. ch. ; on comprend que témoigner que soit concurrencé par témoigner de ce que : Elle désirait […] témoigner au prochain […] QU’elle ne le méprisait pas (PROUST, Rech., t. II, p. 425). Témoigner DE CE QUE l’auparavant surclassait l’ensuite (H. BAZIN, Cri de la chouette, p. 196).
Que est la construction normale pour douter (jadis transitif), se douter (qui suit douter), se souvenir, s’apercevoir, s’aviser, se persuader (qui suivent apercevoir, aviser, persuader). Ces ex. ne sont donc pas réguliers : Vitalie ne DOUTAIT pas DE CE QUE le sentiment de celui-ci fût pleinement partagé (S. GERMAIN, Livre des nuits, p. 24).


Quand la proposition ne marque pas la cause, s’il y a un objet direct, on recourt normalement à que :
Mme Simone nous AVERTIT QUE son intention n’a pas été de reconstituer l’atmosphère de la vie bourgeoise (BILLY, dans le Figaro, 7 juillet 1954).
Ex. irrégulier : […] PERSUADÉE DE CE QU’il aurait pu se débrouiller pour obtenir une permission (OLIVIER-LACAMP, Chemins de Montvézy, p. 169).


On emploie aussi que après beaucoup de locutions formées d’un verbe et d’un nom objet direct :
La jeune fille […] semblait parler comme si elle n’AVAIT plus CONSCIENCE QUE Marius fût là (HUGO, Misér., III, VIII, 4).

Se rendre compte que est proscrit par certains puristes, comme Abel Hermant, qui range cela au nombre des « façons de parler barbares » (SAMEDIS DE M. LANCELOT, P. 191). La construction est attestée par de nombreux écrivains modernes, parmi lesquels Abel HERMANT, et l’Ac. l’a reçue en 1988, avec la mention « familier », réserve non justifiée qu’elle a supprimée ensuite : Je me rends bien compte à présent QUE ma confession était un peu étrange (HERMANT, Confession d’un enfant d’hier, III).
(Grevisse)
Il y a une petite contradiction entre ce constat :
Si la proposition correspond plus nettement à un objet indirect et s’il n’y a pas d’objet direct, on emploie de ce que.
… et celui-ci :
Que est la construction normale pour douter (jadis transitif), se douter (qui suit douter), se souvenir, s’apercevoir, s’aviser, se persuader (qui suivent apercevoir, aviser, persuader).
En particulier pour se souvenir, construit avec COI (de…), sans COD, et pourtant "normalement" construit avec que :
Je me souviens de sa venue. → Je me souviens qu'il est venu.
Il cite les exceptions !
Oui, j'avais bien compris que ce sont des exceptions, justement… Mais si l'on peut "justifier" ces exceptions quand le verbe est (ou fut) parfois construit avec un COD, comment expliquer le cas de se souvenir ?
Ce verbe a-t-il été autrefois construit avec un COD ?