Bonsoir !
Cette question étant récurrente, je recopie ce que Riegel (2005) en dit :
Après EN anaphorique interprété comme son COD, le pp reste EN PRINCIPE INVARIABLE.
MAIS, comme la forme EN peut représenter un antécédent massif (De la farine, il en a vendu[e]) ou comptable (Des poésies, il en a écrit[es]), le locuteur SENSIBLE à cette nuance PEUT PRATIQUER, comme l’arrêté du 28.12.1976 l’y autorise, L’ACCORD en genre et en nombre avec l’antécédent COMPTABLE PLURIEL [Moi : restriction bizarre.].
Il serait PAR CONTRE ILLOGIQUE de faire l’accord dans la phrase : « Des poésies, il en a écrit plusieurs / un tas / des centaines », où l’essentiel du COD est POSTPOSÉ au verbe.
Précédé de la forme interrogative et exclamative COMBIEN, elle-même SUIVIE DE EN anaphorique ou d’un complément spécifiant la nature du référent à quantifier, le pp devrait s’accorder DANS LES MÊMES CONDITIONS que lorsqu’il est précédé de EN (ci-dessus) :
* Combien d’abnégation il a déployé(e) !
* Combien de truites as-tu pris(es) ?
MAIS
* ° Des truites, il en a PRISES combien ? → PRIS
FIN DE CITATION
Application :
* Des femmes, Sacha Guitry EN a épousé(es) ! (Accord au choix.)
* Des femmes, il EN a épousé plusieurs. (COD « plusieurs » postposé.)
* COMBIEN de femmes a-t-il épousé(es) ? (Au choix.)
* Des femmes, COMBIEN EN a-t-il épousé(es) ? (Au choix)
* Des femmes, il EN a épousé COMBIEN ? (COD « combien » postposé. Interrogation mélodique familière.)
Bescherelle conseille l’invariabilité dans tous les cas :
* Une bouteille de liqueur traînait par là : ils EN ont BU.
* Des nouvelles de mon frère ? Je n’EN ai pas REÇU depuis longtemps.
* Des truites, il EN a tant PRIS !
* Pas autant cependant qu’il EN a MANQUÉ.
* Combien EN a-t-on VU, je dis des plus huppés. (Racine)
* J’EN ai tant VU, des rois. (Hugo)
POUR PIERROT
Vos réflexions sont intéressantes. Mais je pense que la question est déjà assez compliquée comme cela. Comme dit Grevisse, la règle de l'accord du pp conjugué avec avoir est passablement artificielle. La règle actuelle a été "initiée" par Marot et implantée par Vaugelas ; et nous faisons aujourd'hui des accords là où ils préconisaient l'invariabilité :
* La peine que m'a donné cette affaire. → donnée.
* Les habitants nous ont rendu maîtres de la ville ; le commerce l'a rendu puissante. → rendue.
* Les lettres que j'ai reçu de vous. → reçues.
* La peine que cela m'a donné. → donnée.
La règle "marotique" n'était d'ailleurs pas observée strictement par les classiques ; en effet, elle n'est pas naturelle.