76man a écrit :Je pense que S. voulait juste dire que ce livre était ennuyeux, et non une œuvre de littérature courtoise 😉
Non, à partir d'une centaine de pages seulement ! 🙂
Comme nous l'a dit un prof de littérature médiévale, il faut prendre celle-ci comme le témoignage d'une civilisation révolue. Je crois que la différence entre Antiquité et Moyen Âge vient du fait qu'on a glorifié l'Antiquité à partir de la Renaissance, et que le Moyen Âge a été considéré comme une période sombre, obscure.
Certes, mais le Moyen-Âge a quand même accordé une grande part à l'Antiquité, notamment à l'aube du XIIIe siècle (cf. mouvements de traduction, courants de pensée, etc.) - sans doute l'action pontificale a-t-elle mis l'accent sur l'Antiquité chrétienne, donc tardive, reste que les intellectuels percevaient une nette survivance des cultures antiques (cf. scolastique, etc.), et ne voyaient pas de réelle rupture entre ces deux périodes, comme le feront les humanistes. Non ?
Si cette question de la survivance de l'Antiquité au Moyen-Age et bien sûr à la Renaissance t'intéresse, Sullyvan, il faudra que tu lises Aby Warburg et Jean Seznec.
S. a écrit :reste que les intellectuels percevaient une nette survivance des cultures antiques (cf. scolastique, etc.), et ne voyaient pas de réelle rupture entre ces deux périodes, comme le feront les humanistes. Non ?
Tout à fait. Mais nous sommes encore aujourd'hui tributaires des visions renaissante puis romantique du Moyen Âge.
Punaise je viens de capter que S c'était Sullyvan. Brûlez-moi !
Thomas1604 a écrit :Punaise je viens de capter que S c'était Sullyvan. Brûlez-moi !
Pourtant c'est qu'il a un style inimitable, le Sullyvan ! 😜
(ça fait un peu "jeu de l'auteur mystérieux" là…)
76man a écrit :S. a écrit :reste que les intellectuels percevaient une nette survivance des cultures antiques (cf. scolastique, etc.), et ne voyaient pas de réelle rupture entre ces deux périodes, comme le feront les humanistes. Non ?
Tout à fait. Mais nous sommes encore aujourd'hui tributaires des visions renaissante puis romantique du Moyen Âge.
Exactement! Et le Romantisme n'a guère servi le Moyen-Age, selon moi! Sur l'héritage antique, il y aurait beaucoup à dire (à l'agrég, j'ai eu le bonheur d'avoir le
Roman d'Eneas dans mon programme, et j'avais un peu creusé la question!), mais je n'ai pas le temps ce soir…
bonjour à tous,
voila je rentre en 2ème année de lettres modernes et je dois choisir un cours de littérature médiévale. Le problème est que je n'arrive pas à me décider car c'est un genre de littérature complètement étranger pour moi…
j'ai le choix entre 3 cours:
Chrétien de Troyes, Le Chevalier de la charrette OU Jean d'Arras, Mélusine ou la Noble Histoire de Lusignan OU BIEN Le Charroi de Nîmes + La Prise d’Orange.
que choisiriez vous personnellement? (et pour quelles raisons)
merci de votre aide
Le chevalier de la charette est un grand classique, et un livre passionnant à étudier pour la narration et la symbolique. C'est juste peut-être un peu trop classique, et tarte à la crême. Si tu ne connais pas cette oeuvre, je pense que c'est prioritaire, surtout si tu te destines à l'enseignement.
À mon sens le charroi de Nime et la prise d'Orange sont à fuir comme la peste. Ce sont des chansons de geste dont le héros est Guillaume d'Orange, un homme entier, courageux, rusé, jovial etc. Mais honnêtement le récit de ses exploits me fait soupirer tant il est naïf. Les répétitions, les lesses "similaires", tout dans la forme est grossier. Tu risques d'avoir des cours chiants sur les "motifs" épiques qui se répètent, l'énumération des éléments qu'on trouve immanquablement dans tout prologue de chanson de geste… Bref on compense le simplisme de ces vieilles chansons (dont le principal intérêt tient précisément à leur ancienneté) par une approche superficiellement formaliste. Au mieux, les profs utilisent tout cet attirail formel pour découvrir avec une grande ingéniosité des richesses qui n'y sont pas. Par exemple Claude Lachet arrive à interpréter toutes les maladresses de La prise d'Orange comme des traits subtilement parodiques.
Quant au Roman de Mélusine, ça peut etre intéressant, je ne me prononcerai pas, ne l'ayant pas lu.
Cependant, mes conseils et ceux que pourront te donner les autres doivent être tempérés par une considération : si le choix de l'oeuvre implique un choix d'enseignant, la qualité du prof est plus importante que celle de l'oeuvre étudiée, car rien n'est pire qu'un mauvais cours sur un chef-d'oeuvre.
Je suis d'accord avec ce que dit Lucretius : Chrétien est absolument incontournable si l'on veut s'initier à la littérature médiévale. Mais je ne reprendrai pas à mon compte l'expression de "tarte à la crème" qu'il emploie. Si Chrétien est un "classique", c'est parce qu'il peut apparaître comme un "modèle" pour ses successeurs (je pense à la légende du Graal), et aussi par la merveilleuse illustration qu'il donne de la langue du XIIème siècle. Mais il n'est certainement pas "classique" au sens où il aurait donné ses lettres de noblesse aux poncifs de son temps, dont la littérature des trouvères abonde : fin'amor, exploits chevaleresques convenus, "blasons" etc… Il a en fait transgressé beaucoup de normes, en particulier dans sa conception plus humaine (ce qui ne veut pas dire moins méritoire, bien au contraire) de l'exploit chevaleresque. Lancelot est celui qui n'hésite pas à affronter le déshonneur, l'infamie, les moqueries (cf la charette !) pour les besoins de sa quête, et qui est loin de connaître le parfait amour avec la reine Guenièvre, non par caprice ou vanité de cette dernière, mais parce qu'il s'agit là d'un amour interdit (Guenièvre est l'épouse d'Arthur (pas celui du forum 🙂 ). Lancelot n'est un surhomme que parce qu'il transgresse les normes courtoises et morales de son temps, que dans la mesure ou il est, en définitive, pleinement humain.