Bonjour, voilà le sujet de ma dissertation. Je suis mexicaine, suivant le programme français en Terminale L. Je voudrais connaître votre opinion sur ce que j'ai jusqu'à maintenant:
Je vais définir traduire-traduction, comme quoi il s'agit de dire la même chose dans une autre langue. Sauf que il y a des difficultés par la perte de richesse lors du passage d'une langue à une autre… le danger de tomber dans des paraphrases, de la subjectivité, dans l'ignorance sur le sujet à traduire.
Définir Trahir. = Tromper, ne pas rester fidèle.
Remarquer que les deux définitions se complémentent pour dire qu’effectivement Traduire, C'EST trahir en quelque sens. Par la déformation donc de la vraie signification.
Dire ensuite en quoi traduire relève quelques fois plutôt de l'interprétation. Interpréter étant donner un sens, "approximatif", comment faire que ce sens soit le véritable sens?
Le sens serait-il donc comme le prisonnier des langues? Ne va-t-il pas plus profond? Le sens n'est-il pas dans la pensée? Comment traduire, interpréter quelque chose d'immatériel (la pensée) ? -Ceci serait ma problématique.
Bonsoir,
Quelques remarques :
Traduire, C'EST trahir en quelque sens.
Il y a une expression italienne qui synthétise cela :
traduttore, traditore. La paronomase y a valeur d'argument.
La notion de fidélité, sauf essentialisme, pose un problème logique, car elle implique que la traduction est le même texte que l’original. Une traduction n’est pas une copie, mais un texte issu de la lecture d’un autre texte, écrit dans une autre langue, une autre culture.
Dire ensuite en quoi traduire relève quelques fois plutôt de l'interprétation.
Ce sont pourtant deux pratiques différentes. Expliquer, clarifier, c’est, nécessairement, déformer : d’un point de vue éthique, on pourrait aussi dresser une équivalence entre interpréter et trahir.
comment faire que ce sens soit le véritable sens?
Il faut d’abord se demander si un texte a un seul sens, un sens qui est le
vrai sens. Et si c’est le sens qui doit primer, ou la manière d’en produire. Baudelaire, en traduisant Poe, a privilégié la poéticité à l’exactitude linguistique, par exemple, et cela continue d’être apprécié.
Le sens serait-il donc comme le prisonnier des langues?
La traduction est un universel linguistique. Si le sens était prisonnier, je pense qu’on s’en serait aperçu plus tôt :- Mais attention à l'image, elle donne l'impression que vous essentialisez le sens, que vous le séparez des discours dans lesquels on le trouve. Si c'est le cas, il faut expliciter votre position et la défendre.
Bonjour, merci de votre réponse et de votre aide.
Je me demande, "La notion de fidélité, sauf essentialisme" que serait-il si la question était dans l'essentialisme? C'est-à-dire, si j'étais essentialiste?
Puis, "d’un point de vue éthique, on pourrait aussi dresser une équivalence entre interpréter et trahir." Je suppose que ceci est puisque si l'on interpréte, on explique "avec nos mots" et ceci est trahir? Comme changer le sens, c'est ca?
Serait-il important de signaler que Trahir n'est pas forcémment dans le mauvais sens? C'est-à dire que trahir son frère est différent de trahir un sens, puisque l'un joue dans les sentiments et c'est d'un jugement mauvais, alors que trahir dans le sens d'interprétation/traduction veut juste dire "ne pas rester fidèle" mais pour bien ou pour mal, n'est-ce pas? Comme exemple pourrais-je mettre quelque chose comme "Good morning, I am hungry so I am going to have you for breakfast" et quelqu'un traduis "Bonjour (déja, pas d'indication que c'est le matin), J'ai faim, alors je vais t'inviter déjeuner" (là je change complètement le sens, pour un beaucoup plus sympa) Je me fais comprendre? :S
"Il faut d’abord se demander si un texte a un seul sens, un sens qui est le vrai sens". Voulez-vous dire que peut-être qu'un auteur écrit sans se rendre compte des ambigüités de son texte? Ambigüités qui posiblement seront ensuite traduites par des nouvelle idées?
Et puis tout le dernier paragraphes me confond: "attention à l'image, elle donne l'impression que vous essentialisez le sens, que vous le séparez des discours dans lesquels on le trouve. Si c'est le cas, il faut expliciter votre position et la défendre."
Est-ce que ce serait bien de présenter cette position dans un de mes axes? Faire un plan du genre:
Comment traduire, interpréter quelque chose d'immatériel (la pensée) ?
I. Les nuances
II."Traduire" pour les essentialistes.
III. Traduire c'est aussi conserver l'essence. (Baudelaire et Poe)
?
Merci beaucoup d'avance.
que serait-il si la question était dans l'essentialisme? C'est-à-dire, si j'étais essentialiste?
De ce point de vue, le sens est une essence, une substance dont le texte est le contenant. La traduction peut alors s'envisager comme
translation, passage du sens d'un contenant à un autre. A ce moment là, on peut rêver d'une traduction qui soit une "copie" dans une autre langue du texte traduit, c'est-à-dire, un contenant nouveau qui puisse recueillir aussi parfaitement que le premier la même substance.
on explique "avec nos mots" et ceci est trahir? Comme changer le sens, c'est ca?
Changer le sens, pas systématiquement, mais on change toujours quelque chose quand on fait passer son interprétation dans la traduction. Par exemple, s'il y a de l'implicite dans le texte traduit, et qu'on l'explicite, on retire sa valeur à cet implicite. On décide qu'il ne compte pas, qu'il peut être effacé. De même, quand on prétend clarifier un texte ambiguë, on efface la valeur de cette ambiguïté.
Serait-il important de signaler que Trahir n'est pas forcémment dans le mauvais sens?
Trahir est un terme fort, qui implique un jugement moral : quand on dit que traduire, c'est trahir, on est jamais très loin de dire que traduire, c'est toujours, d'une certaine manière, pécher. On a tué pour des traductions insatisfaisantes.
Voulez-vous dire que peut-être qu'un auteur écrit sans se rendre compte des ambigüités de son texte?
Pourquoi pas oui, c'est une piste.