Quelles différences y a-t-il entre barbarisme et néologisme?
Est-ce un barbarisme ou un néologisme d"'inventer" tronc-de-conique pour décrire la forme d'un tronc de cône alors que le mot tronconique existe? (merci Jehan 🙂 ).
Je dirais barbarisme, parce que "tronc-de-conique" ne remplacera jamais "tronconique".
C'est un barbarisme car le mot existe déjà …
Une prof un jour m'avait dit : " Quand vous êtes élèves vous faites des barbarismes mais quand vous êtes un chercheur reconnu , alors là , vous faites des néologismes."
🙂
On m'avait fait le même coup : anacoluthe/faute répréhensible de syntaxe…
Si j'ai bien compris un néologisme est nouveau mot (ou un nouveau sens) tandis qu'un barbarisme est une faute?
Allann a écrit :C'est un barbarisme car le mot existe déjà …
Une prof un jour m'avait dit : " Quand vous êtes élèves vous faites des barbarismes mais quand vous êtes un chercheur reconnu , alors là , vous faites des néologismes."
🙂
Est-ce à dire que l'"élite" a le droit, voire une sorte de devoir, de faire des néologismes, mais pas le commun des mortels?
C'était un peu la teneur d'une intervention ici-même sur un autre thème où il était exposé ( à propos de Mallarmé je crois) qu'un (grand) poète a, par définition, tous les droits et que c'est une sorte de sacrilège de chercher à corriger un grand poète.
C'est certainement aussi pour cela que les dictionnaires citent les grands auteurs.
Mais alors, et c'est une de mes marottes, les journalistes et autres animateurs de télévision font-ils partie de cette "élite"?
Certes non. Pourtant, ils ont la capacité, du fait de l'étendue de leur auditoire, de faire rentrer dans le langage courant (celui qui est utilisé par le commun des mortels), et donc dans les dictionnaires, des mots inventés (des barbarismes deviennent de fait des néologismes).
Que faut-il en penser?
?
Quand on considère qu'il y a incorrection, on dit que c'est un barbarisme.
Tous les barbarismes ne sont pas forcément des néologismes, mais peuvent être des mots déjà existants inutilement estropiés, comme ton "tronc-de-conique", ou encore le "stupéfactionné" de Popeye. 😜 Mais tu faisais peut-être de la poésie ?
Le langage poétique récusant la fonction utilitaire du langage, on est souvent plus indulgent avec les "barbarismes" des poètes et autres créateurs, qui les forgent souvent en pleine connaissance de cause.
Plus d'indulgence aussi pour le langage des chercheurs, souvent découvreurs de notions nouvelles ou créateurs d'objets nouveaux.
Cela dit, beaucoup de néologismes, à leur naissance, s'exposent d'emblée à être qualifiés de barbarismes, notamment si l'on en conteste l'utilité, le bien-fondé sémantique ou grammatical.
Mais ces appréciations sont souvent bien subjectives. Et tous les néologismes répandus par la presse ne sont pas forcément "incorrects" par essence. Cela dit, ils ne sont pas pour autant tous certains de perdurer et de s'intégrer au français… L'histoire de la langue en est le témoin, avec sa kyrielle de néologismes adoptés ou disparus.
Certes, mais j'ai du mal a accepter qu'un Dechavannes ou qu'un Nagui puisse enrichir les dictionnaires par leurs tics de langage. C'est quand même leur donner beaucoup d'importance et de pouvoir. La culture TF1 a égalité avec les chercheurs et les grands auteurs!
Mais si tu n'es pas d'accord avec moi, y a pas de soucis, ça le fera quand même, je suis juste très en colère (même si cela ne se voit pas). 😀 😀
Tu parles d'histoire de la langue. La télévision (et son influence sur la langue) est une chose très récente à l'échelle de cette histoire-là.
Je doute que les dictionnaires, lorsqu'ils mentionnent tel ou tel néologisme, donnent un jour comme source "Nagui" ou "Dechavanne"… Et je ne crois pas que ces messieurs et leurs confrères aient autant de pouvoir et d'influence langagière que tu leur prêtes; on n'emploie pas tel ou tel mot "parce que si Nagui l'a dit nous on peut", mais parce qu'on le juge commode ou amusant… Et ça durera ou pas. Et si ça dure, pourquoi pas le faire entrer dans le dico ?
Au fait, toi qui vitupères volontiers l'opacité sémantique et grammaticale du néologisme "Ça le fait" au sens de "Ça marche, ça réussit"… Trouverais-tu à redire au non moins opaque "Ça y est" au sens de "C'est terminé", et qui est entré dans la langue depuis fort belle lurette ?
Jehan a écrit :Je doute que les dictionnaires, lorsqu'ils mentionnent tel ou tel néologisme, donnent un jour comme source "Nagui" ou "Dechavanne"…
Certes non. Je n'ai d'ailleurs jamais dit ça.
Jehan a écrit :Et je ne crois pas que ces messieurs et leurs confrères aient autant de pouvoir et d'influence langagière que tu leur prêtes; on n'emploie pas tel ou tel mot "parce que si Nagui l'a dit nous on peut"
Non, mais ce sont d'une certaine façon des lanceurs de mode. Quand ils sont écoutés par des millions de personnes chaque jour, ils ont potentiellement un grand pouvoir d'influence sur l'évolution de la langue. Et c'est justement parce que, comme tu le dis, qu'on adopte un nouveau mot (barbarisme) si on le trouve commode ou amusant, qu'un tic de langage de Dechavanne peut entrer dans l'usage et, de là, dans les dictionnaires. Ils deviennent donc les équivalents des chercheurs et des grands auteurs (qui eux ne sont pas lus par grand monde).
Et tu sais ce que je pense des dictionnaires et de leur édition annuelle.
Jehan a écrit :Trouverais-tu à redire au non moins opaque "Ça y est" au sens de "C'est terminé", et qui est entré dans la langue depuis fort belle lurette ?
Là, je n'ai rien à y redire parce que j'ai appris le français de cette manière. Ce qui n'est pas le cas pour : ça va le faire, y a pas de soucis, ça pose question ou ça fait sens; de même que : les zandicapés ou hériter d'une maison, et pourquoi pas c'est la chambre à mon fils ou je me rappelle de cette histoire ….etc
Quelques remarques…
Liaison incorrecte pour
les z'handicapés, bien d'accord.
Mais aucun dictionnaire n'entérine cette prononciation pourtant "à la mode"… comme quoi les dictionnaires suivent moins aveuglément la mode que tu ne sembles le prétendre.
Tu noteras en revanche qu'il est correct de prononcer
les héros sans liaison, mais de dire l
es z'héroïnes. Rigolo, non ?
Dans les locutions verbales, l'absence d'article est courante.
Faire sens n'est pas plus choquant que
faire feu ou
faire question (Académie, 1935).
Souci, sans S final, signifiant "inquiétude",
Y a pas de souci n'est pas plus choquant que "Il n'y a pas d'inquiétude à avoir".
Tu dis seulement
hériter une maison ? Il est pourtant parfaitement correct depuis très longtemps de dire aussi
hériter d'une maison.
Car ce verbe peut avoir une construction directe et indirecte. Voir
Littré (édition 1872-1877)
Tu as raison de le rappeler, on se rappelle
quelque chose, et non
de quelque chose.
Le Robert des difficultés (qui ne fait pas peau neuve tous les ans) le rappelle aussi, mais signale toutefois, à propos du tour "fautif", que
"de nombreux écrivains se laissent entraîner à suivre l'usage courant, et des linguistes tels que Vendryès estiment que ce tour est dans la tendance naturelle de la langue."
Notons aussi que selon ce bon vieux Littré, la construction avec
de est correcte quand le complément
est un infinitif :
Je me rappelle avoir vu ou J
e me rappelle d'avoir vu…