Bonjour 😉
freddy.lombard a écrit :Les auteurs modernes ont coutume de dire que l'ouvrage ne leur appartient plus dès lors qu'il est imprimé et que chaque lecteur se l'approprie. Je ne sais pas si les auteurs plus classiques avaient la même approche.
Chacun interprèterait le livre à l'aune de son imagination ? C'est certainement vrai pour les descriptions des décors et des personnages; de la même façon, les caractères humaines raisonnent par rapport à notre entourage et à notre expérience.
Si certains livres font rêver - je mets dans cette catégorie les romans d'aventure - d'autres nous apprennent sur la vie, parfois peuvent aider à nous prémunir contre certains personnages que nous reconnaissons d'une certaine façon à travers nos lectures.
Je pense que si je reviens si souvent à Balzac, c'est qu'à travers la peinture des milieux essentiellement bourgeois de son époque, j'y retrouve la matière de mes voisins, de ma famille, de mes collègues, de mes amis. Il a écrit des histoires relativement intemporelles. Il avait l'ambition que le lecteur accède à l'ensemble de la Comédie humaine.
Relativement peu d'auteur classique se préoccupait pas de la résonance de son oeuvre dans le milieu culturel de l'époque. Ne serait-ce que pour survivre au fil des années. Flaubert n'y parvint pas d'ailleurs. Lorsqu'il publie
Salammbô c'est un désastre pour lui aux yeux des critiques, un déluge. Soudain, un désintérêt de Flaubert pour porter son oeuvre, le génie perdu au milieu du succès de son premier roman. Goethe eut aussi des problèmes après la publication des
Souffrances du jeune Werther. Oui ! une vague de suicide s'était emparé des lecteurs naïfs qui s'identifiaient au personnage, tellement proche avec les gens de l'époque, d'une génération brimée et sans repère, sinon celui de l'amour, une passion destructrice, meurtrière, des jeunes qui commencent à mettre un pied sur l'étrier…
Nous n'étions qu'à l'aube du romantisme, qui prit les sujets développés, d'une certaine façon par la tournure des récits du réalisme en en captant la signification immédiatement, en dehors du cadre du roman (qu'il préfigure) pour apporter un sursaut de renouveau à la poésie. L'école allemande a influencé ce qu'est devenu le réalisme au XIXème. Flaubert dans sa catégorie n'arrivait pas à contenir l'effervescence provoquée par son oeuvre car le public trop peu informé sur les valeurs de la religion catholique dominante à l'époque tenait à le dénoncer pour en faire un credo d'une société un peu décadente. Goethe se défendit mieux face au cléricalisme de son époque en jouant sur le ton de l'ironie et méprisant ainsi les lecteurs un peu trop empathique et illettré pour comprendre la signification profonde de son oeuvre. D'ailleurs, c'est pour ça qu'il réédita le livre en y apposant la marque de son exaspération par l'intermédiaire de petits poèmes glissés à l'attention du lecteur pour qu'il n'essaie pas de faire comme le jeune homme qu'ils aiment (c'est un peu étrange).
La magie du romantisme est d'amener aux lecteurs crédules une projection d'une réalité qu'il préfère à la leur et il se sent dans l'âme la force de combattre pour les convictions fictives de personnages fictifs, quitte à mourir pour ça. C'est un peu pareil pour le roman, au long terme son action amène probablement certaines personnes à ne voir d'autres alternatives que cette maxime moderne pour vivre "le tour pour le tout". Réellement, je pense foncièrement que Flaubert ne se sentait pas du tout proche de ses personnages. Je ne serais pas étonner de savoir qu'un auteur eut été surpris par la tournure des événements de son récit, alors qu'il avait peut-être prévu d'autres réactions. Peut-être même qu'il fallut s'adapter à de nouveaux décors.
C'est aussi un aspect plaisant de l'exercice, les personnages sont des unités en dehors de l'auteur, qui n’apparaît jamais dans
Madame Bovary. Le réalisme peut être cruel comme il peut être heureux. Ce mouvement littéraire doit plus au talent des plumes qui l'ont construit qu'au vrai naturalisme encore plus récent. Seul un auteur brillant pouvait passionné le lecteur ! Voilà pourquoi Mr. Chamfleury (élève de Balzac) plus personne n'en parle aujourd'hui. Il ne suffit pas de cracher des azurs merveilleux après l'orage et le tumulte des aventures du personnages sous-étiqueté "réaliste" pour être considéré comme tel… La vrai force est de plonger son personnage dans une autre journée maussade et toutes les autres qui passent et se ressemblent s'il faut pour cela provoquer sa réaction.
C'est là que je suis tenté de ranger certains livres jugés réalistes dans la catégorie du roman d'aventure. Le lecteur doit supporter de se plonger dans univers qui ne déroge pas aux règles de son monde à lui, il faut percevoir plutôt la quintessence de l'esprit d'une époque et peut-être les prémices de changements futurs, de sentiments et de dimension du Désir qui prédomine aujourd'hui sur celle de l'Être. Il faut être un lecteur profondément sensible pour supporter le réalisme, et patient bien sûr.
Aujourd'hui tout le monde peut dire ce que bon lui semble en chiant sur Balzac pour se targuer ensuite d'être la génération suivante, post-soixante du Nouveau roman prétextant l'impossibilité pour le lecteur d'avoir le temps de se projeter dans une histoire qui ne l'implique pas rapidement puisqu'elle reste imaginé, senti et choisi tout au long de l'écriture, cela au péril du temps. Malheureusement, les auteurs de ce genre de chose ne sont qu'un souffle de vent dans l'histoire littéraire.
La Comédie humaine, c'est tout le propos, en effet ^^
Bonne journée !