"À qui" ou "auquel" ? présider à un individu ?

Langue française

27 réponses · Page 1 / 2

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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"… dans mon être à qui le sang morne préside, …"

Cette relative me chiffonne, en particulier le "à qui". J'ai bien lu les nombreux sujets déjà ouverts sur ce thème, et selon eux, le "à qui" renvoyant à une personne et non pas à un objet est correct. Pourtant, je ne peux me défendre d'un sentiment de malaise et même d'incorrection face à cet énoncé; selon moi, il serait plus correct d'écrire : "dans mon être auquel préside le sang morne," et même là, le mot préside me paraît impropre.

Donc, voici quelques questions :

1- honorables lecteurs, partagez vous mon sentiment ?

2- à qui, correct ou pas ?

3- existe-t-il des limitations à la liberté de placer le verbe où l'on veut, en particulier dans le cadre d'une relative ? Je sais bien, le français n'est pas l'allemand, mais dans ce cas, quand même…

4- impropriété ou pas de l'emploi du verbe "présider" : on peut présider au conseil de classe, aux destinées des élèves, mais présider à un individu…

Enfin, chers lecteurs, imaginez, pour la validité de l'expérience et pour conserver votre liberté de jugement, que vous ayez trouvé cette phrase dans une copie d'élève. Mais je vous révèle quand même la vérité : il s'agit d'un vers de Mallarmé, extrait du sonnet "renouveau".

Merci à tous !
todike a écrit :"… dans mon être à qui le sang morne préside, …"

Cette relative me chiffonne, en particulier le "à qui". J'ai bien lu les nombreux sujets déjà ouverts sur ce thème, et selon eux, le "à qui" renvoyant à une personne et non pas à un objet est correct. Pourtant, je ne peux me défendre d'un sentiment de malaise et même d'incorrection face à cet énoncé; selon moi, il serait plus correct d'écrire : "dans mon être auquel préside le sang morne," et même là, le mot préside me paraît impropre.

Donc, voici quelques questions :

1- honorables lecteurs, partagez vous mon sentiment ?
Non! De toute façon, Mallarmé est seul maître de son texte!

2- à qui, correct ou pas ?
Le choix du pronom "qui" renforce le caractère "animé" du nom être; je te fais remarquer par ailleurs que lechoix du relatif "auquel" n'eût pas modifié la versification!

3- existe-t-il des limitations à la liberté de placer le verbe où l'on veut, en particulier dans le cadre d'une relative ? Je sais bien, le français n'est pas l'allemand, mais dans ce cas, quand même…
Le pronom relatif , tout comme le verbe de la proposition relative, me semblent placés ici de façon tout à fait canonique!

4- impropriété ou pas de l'emploi du verbe "présider" : on peut présider au conseil de classe, aux destinées des élèves, mais présider à un individu…
J'ai déjà donné la réponse : le mot être désigne la personne "philosophique" et sensorielle du poète; c'est donc un animé…
Chers lecteurs, imaginez, pour la validité de l'expérience et pour conserver votre liberté de jugement, que vous ayez trouvé cette phrase dans une copie d'élève. Mais je vous révèle quand même la vérité : il s'agit d'un vers de Mallarmé, extrait du sonnet "Renouveau".

Sauf ton respect, tu me fais penser à Malherbe entreprenant de corriger les poèmes de Ronsard!!! (Et c'est un admirateur des Classiques qui te parle!)
Merci à tous !
Bonjour et bienvenue.
Honorables lecteurs, partagez-vous mon sentiment ?
Non, pas vraiment…
"dans mon être à qui le sang morne préside"
Première remarque : "mon être", ce n'est pas véritablement un nom de personne; "mon être", c'est "mon existence".
Et selon le Robert des Difficultés, l'emploi du groupe préposition + qui avec un antécédent non animé n'est pas incorrect, mais constitue "une survivance classique assez affectée". Avec en outre ce commentaire : "Il est du reste certains cas où l'antécédent se trouve à mi-chemin d'un concret animé et d'un abstrait non animé." Ce qui me semble le cas ici. La tolérance est donc de toute façon de mise.

L'inversion du sujet dans ce genre de relatives n'est aucunement obligatoire. Placer le verbe "préside" à la fin me semble donc tout à fait licite. Même si licence il y avait, la poésie, de toute manière, s'en permet bien d'autres pour la bonne cause. Voir "Les bateaux qui sur le Rhin voguent" d'Apollinaire.

Étant bien entendu que "mon être", comme rappelé plus haut, n'est pas vraiment un nom de personne, la construction du verbe est tout aussi licite. Voir le Trésor de la Langue française :
Présider 2. Qqc. préside àqqc. Être le principe, la raison, la cause qui soutient, qui régit l'existence ou la réalisation de quelque chose.
Dans le vers de Mallarmé, le sang régit l'existence… Est-ce si incongru ?
Merci de vos rapides réactions ! Commenter Mallarmé un beau dimanche après-midi au lieu de profiter des oiseaux en fleur gazouillant ha ha, quel dévouement à la cause littéraire !

Il ne s'agissait (bien sûr) pas de corriger Mallarmé, mais de le commenter (ou de tenter de). Et je me doutais bien qu'il s'agissait de faire passer l'idée de la dépersonnification de l'être, vu le sens général du poème. Ce que suggère préside, puisqu'on ne peut présider qu'à qqc et non pas à qqun (j'avais consulté le CNRTL). Mais dans ce cas, "auquel" s'impose !!! (exemple type du dictionnaire : "le réverbère à qui j'ai attaché mon vélo" est incorrect)

Donc, quelle interprétation peut-on risquer de ce "à qui" ?

je me sens néanmoins très honorée d'être comparée à Malherbe, immortel auteur de la boutade sur les joueurs de quilles…

à bientôt ! Justement, on ne peut présider qu'à une chose, pas à un individu, et ça me semble être un sens du poème : la dépersonnificiation du poète qui perd sa lucidité. D'où présider, qui confirme ce sens, mais qui doit entraîner "auquel" et non pas "à qui". Autrement dit, je n'arrive pas à sortir de l'incohérence suivante :

préside ==> objet ==> auquel

à qui ==> être animé ==> lucidité

Mais je suis sûre que ça avait du sens pour Mallarmé. Mais lequel ?

à bientôt.
Mais "à qui" n'est pas absolument prohibé pour un non animé…
C'était courant dans la langue classique, comme dit plus haut.
D'autant que "mon être", comme dit également plus haut, est précisément aux frontières de l'animé et du non animé.
De plus, "à qui" a peut-être été préféré à "auquel" pour sa sonorité au sein du vers… Les poètes sont si sensibles à ces "inanités sonores", n'est-ce pas ?
D'autre part, il me semble avoir dit que le mot "être" désigne bel et bien un animé!!!!
(Entre nous : la difficulté de Mallarmé est ailleurs!)
le mot "être" désigne bel et bien un animé!!!!
Pas forcément. Je l'ai déjà dit aussi. 😉

Certes animé quand on dit "Je suis un être vivant."
Mais quand un être parle de "son être"…
L'on voit bien qu'il y a "être" et "être".

D'autres acceptions données par le TLF :
  • L'existence en général.
  • Ce qui existe, conçu sous la forme la plus abstraite.
  • L'existence de qqn ou de qqc. en situation.
  • Ce qui distingue quelqu'un ou quelque chose fondamentalement. (cf. essence)

L' "existence" de quelqu'un n'est pas ce "quelqu'un"…
Certes, mais en empoyant le relatif "à qui", Mallarmé ne confère-t-il pas l'existence à l'être!!!
Certes, mais en empoyant le relatif "à qui", Mallarmé ne confère-t-il pas l'existence à l'être!!!
et c'est justement ce qui me préoccupe !

en tous cas, votre discussion est passionnante, continuez !
Mallarmé ne confère-t-il pas l'existence à l'être!!!
C'est la thèse de Todir…
Mais je l'ai dit, on peut voir ici tout aussi bien une joliesse classique et / ou un choix euphonique.
À moins que Mallarmé n'ait voulu ici faire d'une pierre trois coups .

"Des murs solides et sur qui les balles ne marquent pas."
Tu crois que Cocteau a voulu ici élever les murs au rang d'animés ?
Possible, mais reconnais que ça peut se discuter…

Ma vieille grammaire Hachette de 1971, au sujet de tels emplois de "qui" pour un non animé, parle de "cette construction légère, malheureusement taxée aujourd'hui d'archaïsme".
Jehan a écrit :Mais "à qui" n'est pas absolument prohibé pour un non animé…
C'était courant dans la langue classique, comme dit plus haut.
D'autant que "mon être", comme dit également plus haut, est précisément aux frontières de l'animé et du non animé.
De plus, "à qui" a peut-être été préféré à "auquel" pour sa sonorité au sein du vers… Les poètes sont si sensibles à ces "inanités sonores", n'est-ce pas ?
justement, il me semblait que si, c'était prohibé ! voir exemple trivial plus haut… voir aussi le dictionnaire de l'Académie Française qui stipule pour "lequel" : s'emploie obligatoirement pour un nom de chose.
https://www.cnrtl.fr/definition/lequel

Mais pour paraphraser Jacques "Mallarmé est seul maître de son texte!" autrement dit, s'il l'a écrit, c'est certainement à dessein… oui mais lequel ? Peut-être à rapprocher de "la difficulté de Mallarmé est ailleurs!" ? Dans ce cas, laquelle ?

à bientôt !
D'autre part, il me semble avoir dit que le mot "être" désigne bel et bien un animé!!!!
(Entre nous : la difficulté de Mallarmé est ailleurs!)
dites en plus !
Prohibé ? Les avis que j'ai cités sont plus nuancés.
Serait donc prohibée toute tournure classique élégamment désuète ?
La difficulté de Mallarmé me semble résider ailleurs que dans le choix d'un pronom relatif!!! En vérité, cette discussion me semble plutôt futile, très peu en rapport avec la Poésie, presque profanatrice! Méditez plutôt ces vers :

Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
La difficulté de Mallarmé me semble résider ailleurs que dans le choix d'un pronom relatif!!!
Tout à fait d'accord. C'est bien pour cela que lui prêter, par ce choix, des intentions d'animer l'être, ce n'est pas forcément pertinent… 😉
Je pense que le choix de "qui" n'est pas neutre, d'autant que Mallarmé pouvait écrire "auquel" sans que son vers en souffre!!!
Pourquoi pas une simple raison d'euphonie, comme je l'ai suggéré plus haut ?

auquelle / à qui le…
C'est possible, qui peut savoir?
La difficulté de Mallarmé me semble résider ailleurs que dans le choix d'un pronom relatif!!! En vérité, cette discussion me semble plutôt futile, très peu en rapport avec la Poésie, presque profanatrice! Méditez plutôt ces vers :

Eux, comme un vil sursaut d'hydre oyant jadis l'ange
Donner un sens plus pur aux mots de la tribu
Proclamèrent très haut le sortilège bu
Dans le flot sans honneur de quelque noir mélange.
Certes, mais hélas, l'exercice est imposé. Quant à savoir dans quelle mesure c'est profaner un texte que de se livrer (ou de le livrer, tel le martyr aux lions) à un commentaire académique, c'est peut-être un bon sujet de réflexion ?
Bonjour.

Il y a une phrase dont je ne peux pas clairement comprendre le sens :
Il est rare que ce qu’on désire ardemment ne soit pas défendu ardemment par ceux de qui on veut l’obtenir ou auxquels on tente de l’arracher.
Si je réécris cette phrase :
Il est rare que ce qu’on désire ardemment ne soit pas défendu ardemment par ceux desquels on veut l’obtenir ou à ceux à qui / à ceux auxquels on tente de l’arracher.
ai-je tort ?

Je souhaite que ma curiosité vous soit compréhensible.

Amicalement.
Bonjour.

Plutôt ceci :

Il est rare que ce qu’on désire ardemment ne soit pas défendu ardemment par ceuxde qui on veut l’obtenir ou par ceuxà qui on tente de l’arracher.

Le plus souvent, la chose que l'on désire ardemment est défendue ardemment :
- par les personnes dont on veut obtenir cette chose
ou
- par les personnes à qui on tente d'arracher cette chose.