Que signifie "manque de rigueur" dans une appréciation ?

Entraide scolaire

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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En tant que scientifique, je suis intriguée par ce que peut signifier "manque de rigueur" dans une appréciation de devoir en prépa littéraire. Comment la mesure-t-on? Comment la corrige-t-on?

La question est bien évidemment volontairement provocatrice, mais très sincèrement je ne comprends pas ce que cela signifie.

Lorsqu'un sujet est relativement vague (par exemple "le beau et le vrai"), les pistes de réflexion son innombrables, elles ne correspondent pas nécessairement avec celles du correcteur. Il peut juger que certaines pistes sont "futiles", que ne pas en citer d'autres est un grave manquement. Une piste étant choisie par l'étudiant, l'argumentation se fait par étapes et des citations viennent étayer son raisonnement. Juger de la pertinence des étapes, des citations est une chose mais qu'en est-il de la "rigueur"? Est-ce juste un sentiment général à la lecture d'un travail? Est-ce la quantité d'informations qui donnerait une impression de confusion? Est-ce une manière d'argumenter? Pouvez vous me donner des exemples précis? Merci.
Le manque de rigueur peut s'entendre à deux niveaux :
- premier niveau, celui de l'analyse conceptuelle. Il s'agit alors souvent d'une tendance à délayer, à noyer les idées dans une expression filandreuse et insuffisamment abstraite. Ce défaut vient souvent soit d'une difficulté avec l'abstraction soit d'une manière d'écrire, d'un style ou d'un ton inadéquat.
Ex. d'analyse rigoureuse : L'autonomie est une forme de liberté où la personne se donne à elle-même ses propres lois.
Ex. d'analyse moins rigoureuse : Etre autonome, c'est être indépendant, c'est faire ce que l'on a envie en suivant ses propres décisions [moins rigoureux car on confond autonomie et indépendance, car on confond envie (affectivité) et volonté, car on ne mobilise pas la notion de loi qui est essentielle].
- deuxième niveau, celui de l'organisation des idées. La construction du plan est souvent une accumulation d'idées sans véritable lien logique, une juxtaposition de parties sans justification de l'abandon de la première pour passer à la seconde etc… Il s'agit d'un manque de logique du raisonnement d'ensemble (ou à l'intérieur de chaque paragraphe).
Je suis tout à fait d'accord avec le contenu du "deuxième niveau" que tu distingues; en revanche, ton "premier niveau" rejoint le second, puisque tu évoques le défaut d'analyse conceptuelle et qu'aussitôt après tu évoques la forme et l'organisation des idées… Manque de rigueur? (Soit dit pour le plaisir du bon mot, et nullement pour t'agresser; je ne te connais pas, et tu vaux peut-être cent fois mieux que moi!!! 🙂
Je suis tout à fait d'accord avec le contenu du "deuxième niveau" que tu distingues; en revanche, ton "premier niveau" rejoint le second, puisque tu évoques le défaut d'analyse conceptuelle et qu'aussitôt après tu évoques la forme et l'organisation des idées… Manque de rigueur? (Soit dit pour le plaisir du bon mot, et nullement pour t'agresser; je ne te connais pas, et tu vaux peut-être cent fois mieux que moi!!! 🙂
😜

Pour moi, il s'agit bien de deux niveaux différents, le premier est de l'ordre de l'expression (avoir le ton juste qui permet de cerner conceptuellement la chose), il se situe au niveau de la rédaction du paragraphe, le deuxième est de l'ordre de l'organisation globale du plan.

En philo. on a des copies qui proposent de très bonnes analyses dans les paragraphes mais où la construction d'ensemble est problématique, l'inverse est plus rare mais se trouve quand le défaut de l'analyse est lié à une question de style plus que de pensée.

Mais la première qualité n'est pas très littéraire (par opposition à la philo), les copies de littéraire préférant généralement le joli au précis (les fameux rythmes ternaires qui détricotent la précision du concept pour le noyer dans les synonymes (qui justement sont différents)). Mais non, ce n'est pas une vacherie à l'attention des littéraires .
Comme le dit Varney, la dissertation est très difficile par sa rigueur. Il faut sans cesse avancer, aller plus loin et montrer à l'examinateur qu'on suit une progression logique en travaillant sur des notions, des concepts de plus en plus subtils. L'acmé du devoir étant le deuxième paragraphe de la deuxième partie (en suivant le schéma classique). Hélas, au lycée, l'accumulation suffit souvent. De toute manière, le plan "thèse antithèse foutaise" ne donne jamais rien de très concluant.
Merci pour vos explications. Je reprends la première partie de l'analyse. Il semble donc que rigueur soit associé à "peu de mots" et "phrases courtes", puisque délayé, filandreux est souvent associé à phrases à rallonge.

La pertinence (donc le rigueur?) d'un raisonnement serait-elle aussi associée à la simplicité des mots utilisés : il y a selon le lecteur, des mots qui seront associé à "pédant" et qui seront mal perçus donc assombriront la pertinence du raisonnement pour un examinateur. Etre rigoureux empêcherait donc une certaine créativité, fantaisie dans l'écriture.

Cette rigueur ne permettrait donc pas non plus, la répétition d'une idée et le fait de la dire autrement dans une copie comme on peut le faire dans un but pédagogique.

Il serait intéressant d'analyser "statistiquement" les copies de concours ENS dites excellentes pour voir si se dégage un profil de phrases donné car une interaction rédaction/analyse d'une copie se fait malgré tout au cours du temps. Le temps passé pour analyser une copie devrait aussi intervenir dans la perception de cette rigueur.

Mes remarques sont peut être confuses mais j'ai besoin encore de quelques itérations et d'exemples pour mieux saisir ce que signifie "rigueur" dans une rédaction dite littéraire. D'ailleurs ces notions diffèrent peut être selon qu'il s'agisse de composition française, de philosophie ou d'histoire.
Lire de bonnes copies, oui (avis aux amateurs).
Faire des statistiques dessus, non.

De même qu'il n'y a pas de profil parfait du normalien, de même, il n'y a pas de canon de la dissertation. Elle a une forme qui lui donne clarté et efficacité, et des exigences que formulent les épreuves/jurys. Concentrez-vous sur votre travail, et sur les demandes de votre professeur. Il sait très bien ce que le jury attend - normalement si j'ose dire.
youmi a écrit :Merci pour vos explications. Je reprends la première partie de l'analyse. Il semble donc que rigueur soit associé à "peu de mots" et "phrases courtes", puisque délayé, filandreux est souvent associé à phrases à rallonge.

La pertinence (donc le rigueur?) d'un raisonnement serait-elle aussi associée à la simplicité des mots utilisés : il y a selon le lecteur, des mots qui seront associé à "pédant" et qui seront mal perçus donc assombriront la pertinence du raisonnement pour un examinateur. Etre rigoureux empêcherait donc une certaine créativité, fantaisie dans l'écriture.

Cette rigueur ne permettrait donc pas non plus, la répétition d'une idée et le fait de la dire autrement dans une copie comme on peut le faire dans un but pédagogique.
C'est en fait un questionnement très intéressant, car vous cherchez à élucider les règles du jeu - celles que l'on ne formule jamais vraiment de manière claire en pensant que cela viendra …

La fantaisie stylistique est un effet littéraire qui peut masquer une idée obscurément pensée ; les effets de style ne sont pas l'essentiel dans une copie de philo, ils sont parfois exaspérants. La concision et la clarté sont effectivement valorisées ; l'originalité ne doit pas être dans la manière de dire mais dans ce que l'on pense. Quant à la répétition, si les choses ont été dites clairement, elle ne sert pas à grand chose (pourquoi répéter ce que l'on a déjà bien dit ?); autant la limiter aux étapes récapitulatives à la fin de chaque partie.

Pour l'usage du jargon, il se défend en ce sens qu'il permet justement d'avoir le mot juste ; mais si c'est pour l'utiliser à tort et à travers, autant l'abandonner (par exemple, la plupart des copies utilise transcendantal au sens de transcendant).

Voilà un exemple de copie rigoureuse en philo (sur "L'actualité") :
https://www.paris-philo.com/article-4709563.html
Il y a de la précision, un usage maîtrisé du jargon mais pas d'effet de style.
Varney a écrit :
Pour moi, il s'agit bien de deux niveaux différents, le premier est de l'ordre de l'expression (avoir le ton juste qui permet de cerner conceptuellement la chose), il se situe au niveau de la rédaction du paragraphe, le deuxième est de l'ordre de l'organisation globale du plan.
Ce qui me gêne, c'est que tu parles d'analyse conceptuelle en termes de style : les deux me semblent à l'opposé! On dirait à te lire que le "ton juste" est garant de la validité de la pensée! Ceci dit, je n'entends presque rien à la philosophie, et je peux m'égarer…
Une parenthèse à propos des statistiques, sans vouloir enfermer la qualité dans des chiffres, l’interprétation des notes peut être malgré tout révélateur. Je n’interprète que les statistiques sur les notes de philo, composition française et histoire où l’échantillon est significatif (1268 copies) https://www.ens.psl.eu/IMG/file/concours/2010/AL/stats_AL_2010.pdf :
-Notes évitées : on évite la note de 9/20 en philo. Ceci peut exprimer le fait que l’on désire séparer les mauvaises des copies correctes.
-Dissymétrie de la distribution : les notes élevées sont plus dans l’esprit de la loi normale donc l’analyse des copies est plus rigoureux alors que les faibles notes (au dessous de 5) sont plus dans l’esprit d’une loi uniforme « mauvais pour mauvais » la correction est moins approfondie.
- Notes essentiellement par palier de 1 point : on évite de noter au ½ point près donc on admet que l’analyse d’une copie est au point près. On retrouve cela dans les 3 matières. Les ½ points sont très rares, ils pourraient montrer l’indécision du correcteur.
Si l’on admet maintenant que ces statistiques sont significatives, on admettra que lors de l’analyse d’une copie il peut y avoir un comportement « moyen » des correcteurs devant des copies dont la longueur moyenne des phrases est élevée ou faible. Cela sera d’autant plus vrai que la copie est courte ou longue.
Je ne suis pas sûr que mon analyse serve à quelque chose mais elle n’est pas fausse malgré tout.
S. a écrit :Comme le dit Varney, la dissertation est très difficile par sa rigueur. Il faut sans cesse avancer, aller plus loin et montrer à l'examinateur qu'on suit une progression logique en travaillant sur des notions, des concepts de plus en plus subtils. L'acmé du devoir étant le deuxième paragraphe de la deuxième partie (en suivant le schéma classique). Hélas, au lycée, l'accumulation suffit souvent. De toute manière, le plan "thèse antithèse foutaise" ne donne jamais rien de très concluant.
Sans compter qu'aucune instruction officielle n'a ainsi "codifié" la dissertation!!!
Varney a écrit :
Pour moi, il s'agit bien de deux niveaux différents, le premier est de l'ordre de l'expression (avoir le ton juste qui permet de cerner conceptuellement la chose), il se situe au niveau de la rédaction du paragraphe, le deuxième est de l'ordre de l'organisation globale du plan.
Ce qui me gêne, c'est que tu parles d'analyse conceptuelle en termes de style : les deux me semblent à l'opposé! On dirait à te lire que le "ton juste" est garant de la validité de la pensée! Ceci dit, je n'entends presque rien à la philosophie, et je peux m'égarer…
Parce que ce ton ou ce "style" est garant d'un bon découpage du réel (c'est la comparaison avec le boucher dans le Phèdre qui découpe selon les bonnes articulations). Une copie dont l'auteur s'exprime dans un registre à la fois abstrait et précis dit rarement des énormités car elles sautent aux yeux (en revanche, celui qui enrobe sa pensée dans un effet de style en dit parfois sans que l'on s'en rende compte immédiatement).
Mais dans ce cas, le "style" devient l'expression même de la pensée! Ne conviendrait-il pas de remplacer ce mot par celui de "langage"? Le point de départ don notre discussion est la notion de concept : il s'agit bien d'une idée abstraite qu'on a formée à partir de représentations concrètes diverses, entre lesquelles on voit un rapport, n'est-ce pas? Eh bien, si je dis que le triangle, en tant que concept, est une figure à trois côtés, je pourrai exprimer cela simplement dans toutes les langues que l'on peut imaginer, je ne ferai pas pour autant appel au "style" : j'aurai une pensée rigoureuse qui s'incarne dans la forme la plus simple du langage, non?
Que cela est "compliqué" pour moi : intéressant mais compliqué.

Pour revenir à la question du début ou plutôt à la fin de ma question, une fois que l'on a un peu mieux cerné ce qui signifie rigueur, "comment devenir plus rigoureux?".

Avez-vous des conseils simples, pratiques, de bon sens, plus profonds…à la portée d'une jeune étudiant en khâgne ?

L'apprentissage à la rigueur doit pouvoir se faire de différentes façons.
youmi a écrit :Une parenthèse à propos des statistiques, sans vouloir enfermer la qualité dans des chiffres, l’interprétation des notes peut être malgré tout révélateur. Je n’interprète que les statistiques sur les notes de philo, composition française et histoire où l’échantillon est significatif (1268 copies) https://www.ens.psl.eu/IMG/file/concours/2010/AL/stats_AL_2010.pdf :
-Notes évitées : on évite la note de 9/20 en philo. Ceci peut exprimer le fait que l’on désire séparer les mauvaises des copies correctes.
-Dissymétrie de la distribution : les notes élevées sont plus dans l’esprit de la loi normale donc l’analyse des copies est plus rigoureux alors que les faibles notes (au dessous de 5) sont plus dans l’esprit d’une loi uniforme « mauvais pour mauvais » la correction est moins approfondie.
- Notes essentiellement par palier de 1 point : on évite de noter au ½ point près donc on admet que l’analyse d’une copie est au point près. On retrouve cela dans les 3 matières. Les ½ points sont très rares, ils pourraient montrer l’indécision du correcteur.
Si l’on admet maintenant que ces statistiques sont significatives, on admettra que lors de l’analyse d’une copie il peut y avoir un comportement « moyen » des correcteurs devant des copies dont la longueur moyenne des phrases est élevée ou faible. Cela sera d’autant plus vrai que la copie est courte ou longue.
Je ne suis pas sûr que mon analyse serve à quelque chose mais elle n’est pas fausse malgré tout.
Je ne comprends pas, si tu es un scientifique (un bac S ? !), que tu utilises le terme d'échantillon, alors que tu étudies la population totale du concours concerné. Si tu considéres cette population commme un échantillon des étudiants amenés à faire un dissertation de philo, une épreuve d'histoire… alors l'échantillon est fortement biaisé. Les candidats ne sont pas représentatifs de tous ces étudiants, et les correcteurs sans doute pas. Qui dit qu'un correcteur note de la même façon à un concours, un examen ou un "simple" devoir ?
Et ce qui me choque surtout, c'est le lien que tu fais entre note, longueur de copie et longueur de phrases, parce que je ne vois vraiment pas ce qui te permet de l'affirmer.
Effectivement, il ne s'agit pas "d'échantillon" puisque je prenais l'ensemble des notes au concours 2010 (philo, compo française et histoire) soit près de 1300 données ce qui est très significatif.

Je relevais juste le fait que l'on pouvait déjà à partir de ces notes, comprendre une attitude moyenne des correcteurs (difficulté à noter par pas de 1/2, précision meilleure pour les meilleures copies donc attention accrue, notion de note palier (environ 5/20) en dessous de laquelle "c'est mauvais, donc je n'analyse pas vraiment la copie", séparation implicite en 2 groupes de notes par l'absence de 9/20 en philo).

Ce n'est bien sûr pas à partir de cela que l'on peut tirer des conclusions sur le lien entre phrases courtes et bonnes notes. Cela me permet de te convaincre qu'une analyse statistique permettrait de mieux cerner cette notion de "bonne copie" pour un correcteur, la preuve en est que l'on dégage déjà des comportements moyens significatifs.