Stendhal, Le Rouge et le Noir, chapitre 40 - Plusieurs fois en des jours de mauvaise humeur…

Entraide scolaire

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Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoiiir !


Alors voila j'ai une khôlle à préparer et je ne veux non pas jouer pour la note mais j'aimerais que cette khôlle soit constructive, que je puisse avancer un peu ! J'aimerais donc arriver, cette fois ci, avec quelque chose de pertinent et c'est pourquoi je viens solliciter vos neurones 🙂

Voici tout d'abord le texte:
Plusieurs fois en des jours de mauvaise humeur, Mathilde essaya de prendre avec lui le ton d’une grande dame, elle mettait une rare finesse à ces tentatives, mais Julien les repoussait rudement.
Un jour il l’interrompit brusquement : — Mademoiselle de La Mole a-t-elle quelque ordre à donner au secrétaire de son père ? lui dit-il ; il doit écouter ses ordres et les exécuter avec respect, mais du reste, il n’a pas un mot à lui adresser. Il n’est point payé pour lui communiquer ses pensées.
Cette manière d’être, et les singuliers doutes qu’avait Julien, firent disparaître l’ennui qu’il trouvait régulièrement dans ce salon si magnifique, mais où l’on avait peur de tout, et où il n’était convenable de plaisanter de rien.
Il serait plaisant qu’elle m’aimât ! Qu’elle m’aime ou non, continuait Julien, j’ai pour confidente intime une fille d’esprit, devant laquelle je vois trembler toute la maison, et, plus que tous les autres le marquis de Croisenois. Ce jeune homme si poli, si doux, si brave, et qui réunit tous les avantages de naissance et de fortune dont un seul me mettrait le cœur si à l’aise ! Il en est amoureux fou, il doit l’épouser. Que de lettres M. de La Mole m’a fait écrire aux deux notaires pour arranger le contrat ! Et moi qui me vois si subalterne la plume à la main, deux heures après, ici dans le jardin, je triomphe de ce jeune homme si aimable, car enfin, les préférences sont frappantes, directes. Peut-être aussi elle hait en lui un mari futur. Elle a assez de hauteur pour cela. Et les bontés qu’elle a pour moi, je les obtiens à titre de confident subalterne !
Mais non, ou je suis fou, ou elle me fait la cour ; plus je me montre froid et respectueux avec elle, plus elle me recherche. Ceci pourrait être un parti pris, une affectation ; mais je vois ses yeux s’animer, quand je parais à l’improviste. Les femmes de Paris savent-elles feindre à ce point ? Que m’importe ! j’ai l’apparence pour moi, jouissons des apparences. Mon Dieu, qu’elle est belle ! Que ses grands yeux bleus me plaisent, vus de près, et me regardant comme ils le font souvent ! Quelle différence de ce printemps-ci à celui de l’année passée, quand je vivais malheureux et me soutenant à force de caractère, au milieu de ces trois cents hypocrites méchants et sales ! J’étais presque aussi méchant qu’eux.
Dans les jours de méfiance : Cette jeune fille se moque de moi, pensait Julien. Elle est d’accord avec son frère pour me mystifier. Mais elle a l’air de tellement mépriser le manque d’énergie de ce frère ! Il est brave, et puis c’est tout, me dit-elle. Il n’a pas une pensée qui ose s’écarter de la mode. C’est toujours moi qui suis obligé de prendre sa défense. Une jeune fille de dix-neuf ans ! À cet âge peut-on être fidèle à chaque instant de la journée à l’hypocrisie qu’on s’est prescrite ?
D’un autre côté, quand Mlle de La Mole fixe sur moi ses grands yeux bleus avec une certaine expression singulière, toujours le comte Norbert s’éloigne. Ceci m’est suspect, ne devrait-il pas s’indigner de ce que sa sœur distingue un domestique de leur maison ; car j’ai entendu le duc de Chaulnes parler ainsi de moi. À ce souvenir la colère remplaçait tout autre sentiment. Est-ce amour du vieux langage chez ce duc maniaque ?
Eh bien, elle est jolie ! continuait Julien avec des regards de tigre. Je l’aurai, je m’en irai ensuite, et malheur à qui me troublera dans ma fuite.
Cette idée devint l’unique affaire de Julien, il ne pouvait plus penser à rien autre chose. Ses journées passaient comme des heures.
À chaque instant, cherchant à s’occuper de quelque affaire sérieuse, sa pensée abandonnait tout, et il se réveillait un quart d’heure après, le cœur palpitant, la tête troublée et rêvant de cette idée : M’aime-t-elle ?
Pour moi, ce qui est frappant dans cette extrait, c'est le caractère assez singulier de Julien Sorel qui est donc "amoureux" de Mathilde de La Mole. Caractère d'ailleurs à la fois inquiétant mais qui fait naitre une certaine pitié pour lui
Je vais développer mes idées (j'ai écris la problématique après):

I Pour Julien:
Julien est toujours dans le fictif, dans l'éventuel. l.14 "Il serait"; l.24 "Peut être aussi"; l.30 "Ceci pourrait"; l.41 "elle a l'air". Il ne se repose jamais sur des éléments concrets, l'exemple le plus flagrant étant pour moi ligne 30: "mais je vois ses yeux s'animer quand je parais à l'improviste".
Il est dans une sur-interprétation constante de la réalité et ce dans le seul but de conforter ce qu'il est agréable pour lui de croire: que Mathilde l'aime.
Et cette interprétation ex-nihilo (je crois qu'on peut le dire vu le peu de choses que reposent ses "arguments") l'occupe comme cela est dit de manière détournée ligne 10&11. Ses pensées sont donc saturées par Mathilde, m'aime t elle ou ne m'aime t elle pas ? La question le hante et bien que ses réflexions l'amène toujours à y répondre positivement, il continue de se poser la question ! Il est monstrueusement paradoxal…
Il recherche toujours à se rassurer: elle l'aime car elle lui lance ces regards (l.30), elle le cherche quand il s'éloigne d'elle (l.28), son frère ne se moque pas réellement de lui la preuve est qu'il doit le défendre (l.40), il triomphe même du marquis de Croisenois (ligne 17) qui a pourtant tout pour lui plaire !
Et même si elle ne l'aime pas, il se rassure à nouveau: Mathilde est une confidente de qualité et il peut obtenir ses bontés grâce à son statut de confident qui lui suffit amplement (qui suffit amplement à Julien)
Ce statut lui suffit il vraiment ? Il est visiblement hanté par Mathilde et bien qu'il se trouve tous les arguments démontrant son amour pour lui, il ne "tente" (oulaaa, le vilain verbe 😀 ) rien. Se complait il dans sa souffrance ? Ce me parait à la fois logique mais bizarre.
De plus, il idéalise Mathilde. C'est la cristallisation de Stendhal qui apparait dans le texte. Mathilde n'a presque plus de rôle à jouer dans la séduction, Julien l'idéalisant tellement, la plaçant sur un piédestal tel que ses sentiments pour elle se renforcent de jour en jour.
D'ailleurs peut on seulement parler d'amour ? Pour moi, c'est plus une obsession malsaine, une manière d'occuper son esprit. On dirait qu'il a un profond manque de confiance en lui…



II Pour Mathilde:
Selon moi, elle le manipule.
La première phrase nous indique que selon son humeur Mathilde se sent plus ou moins enclin à jouer avec lui. Tentatives auxquelles Julien répond avec froideur et distance en parlant de lui même à la troisième personne
Le fait qu'elle le cherche quand il s'éloigne d'elle (l.28) n'est rien de plus qu'une mise à découvert de son jeu: Mathilde veut jouer et si le poisson cesse de mordre à l'hameçon, elle va de nouveau revenir vers lui et l'appâter.
Et cette ligne me fait également penser qu'elle se doute parfaitement des sentiments que Julien a pour elle mais qu'au lieu de le "délivrer" (en lui disant clairement si elle l'aime ou pas !), elle continue à jouer avec lui: par plaisir ? Satisfaction de son égo ? Il la rassure sur son potentiel de séduction/sa beauté ? (j'ai peur de partir un peu loin en disant ça)

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Par contre, je ne comprends pas la phrase qui commence à la ligne 35 car…je n'ai pas lu le livre ! Je ne suis pas sûr qu'il connaissait déjà Mathilde "l'année passée".

Problématique: en quoi ce texte met il en évidence la situation malsaine que les deux personnages ont contribué à mettre en place ?
Je vais être honnête, je ne sais pas sur quel élément de l'extrait je dois faire tourner la problématique: uniquement les sentiments de Julien ? Le côté malsain de la situation ? Ou alors le sentiment amoureux…"psychotique" vu par Stendhal(le terme "psychotique" est beaucoup trop fort, je ne sais pas si vous voyez ce que j'essaye de dire, obsessionnel serait peut être plus adéquat).

Avec:
I Julien
II Mathilde
(je sais, plan tout pourrit, mais la problématique est encore floue donc j'ai du mal à le fixer)


Voila désolé pour le pavé !
Donc mon principal problème reste la problématique.
Bien sûr je suis preneur de toute critique/remarque sur les éléments du texte que j'ai pu relever et l'interprétation que j'en ai fait 🙂
Bonjour Regoma,

Il te sera difficile d'interpréter correctement cet extrait sans connaître le roman de Stendhal. En particulier il te faut comprendre que le petit paysan parvenu est étonné d'attirer l'attention d'une aristocrate distinguée…

Ce texte reprend quelques-unes des thématiques :
- ambition de Julien,
- son orgueil et sa susceptibilité,
- sa prudence maladive,
- son admiration pour Napoléon, (l'amour est envisagé en termes guerriers)
- amour de tête : Julien se sent flatté par l'intérêt de Mathilde,
- ce n'est pas lui qui a pris l'initiative, contrairement avec Mme de Rénal.

L'année passée fait référence à son séjour au séminaire.

Ce qui me frappe dans ce texte est le dédoublement de personnalité chez le héros : acteur et juge, sentiments qui l'agitent et tête froide qui analyse, mode de connaissance par intuition et raison.

Ce texte pose la question de savoir qui est le chasseur, qui est le gibier.

Il faut absolument aborder la focalisation.
J'ai effectivement repensé à la problématique aujourd'hui et je tend de plus en plus à la faire tourner autour du jeu de séduction.
En en parlant avec l'autre personne avec qui je passe en khôlle nous avons aussi supposé qu'il avait un égo démesuré et un certain manque de confiance en lui qui l'empêche d'agir. Tu pense que ça revient à ce que tu as dis à savoir:
ce que nous avons perçu comme un égo démesuré est en fait son orgueil ?
ce que nous avons vu comme un manque de confiance en lui est en réalité sa prudence maladive ?
Étant donné le milieu dont est issu Julien et les progrès qu'il a fait (et son caractère!), ne peut on pas parler de méfiance plutôt que de prudence ?

Quand tu parle du dédoublement de la personnalité je pense comprendre. Peut on dire qu'une des personnalités alimente l'autre ? (à savoir sa personnalité acteur/agitée par la passion/intuitive alimente l'autre, la personnalité juge/cartésienne)


Par contre là où j'ai du mal à te suivre c'est quand tu dis qu'il s'agit de savoir qui est le chasseur et qui est le gibier. Enfin je dis ça parce que pour moi le fait que Julien puisse être le chasseur me semble absurde dans la mesure où il est avant tout passif et paralysé par Mathilde ("prudence maladive" comme tu le dis).

Pour ce qui est de la focalisation…le narrateur sait tout des deux personnages et même si il semble se "rapprocher" de Julien dans les paragraphes où sa passion déborde (surtout celui allant de la ligne 28 à 38) ça reste une focalisation omnisciente, non ?



En tout cas merci de ta réponse ça me permet de réfléchir à nouveau 😀
Julien est un ambitieux, pas un mégalomane. Le qualificatif d'orgueilleux correspond mieux à son caractère que celui d'ego démesuré. Les deux notions sont voisines, mais c'est affaire de nuance.
De même je préfère prudence à manque de confiance. En d'autres occasions, Julien a su montrer courage et détermination. Mais il est dissimulateur. Pour assouvir son ambition, il doit l'enfouir. En revanche la méfiance est aussi présente en lui, c'est une forme maladive de la prudence. Julien ne veut pas se montrer vulnérable.

Julien n'est pas paralysé par Mathilde, il la tient à distance pour exciter le désir de la jeune fille et mieux la prendre dans ses filets au moment opportun. Cette mise à distance est aussi une sorte d'épreuve ainsi qu'une tentative de se protéger, de ne pas paraître le serviteur soumis.

Entre les deux, se jouent donc les rôles du chat et de la souris.

La focalisation doit te permettre de déboucher sur le regard amusé, sinon ironique du narrateur.
D'accord je commence à voir. Je m'étais précipité sur une interprétation alors qu'en abordant l'extrait avec le recul apporté par la connaissance du livre je me rend compte que c'est le contraire, Julien est plutôt fin d'esprit !

Je pense faire ça pour problématique: dans quelle mesure la finesse du jeu de séduction entre Mathilde et Julien permet elle de parler de stratégie militaire ?