Bonjour,
Jules Renard a écrit un texte que je trouve fort sibyllin, intitulé Le grillon. On peut consulter ce texte sur inlibroveritas.
Je dis «sibyllin», mais ce n'est pas le 'shéma narratif' du texte qui est en cause : on comprend bien la situation initiale (le grillon revient de promenade), les 'péripéties' (le désordre de son domaine, il remonte sa montre, il rentre chez lui, …) , et même une forme de conclusion (on n'entend plus rien, le paysage intact et symbolique de la fin).
Je dis «sibyllin» parce qu'il y a dans chaque détail quelque chose qui m'inquiète : le narrateur est un peu fou, il imagine que le grillon a des actions d'humain. Et surtout, et c'est pour cela que j'écris ici, je ne sais pas bien quoi penser de ces vers :
«D'abord il ratisse ses étroites allées de sable. Il fait du bran de scie qu'il écarte au seuil de sa retraite. Il lime la racine de cette grande herbe propre à se harceler.»
Je ne comprends pas bien : est-on sur une plage de sable ? Non, puisqu'il y a du bran de scie (poudre fine issue d'une sciure) et même une grande herbe. Le sable est-il donc du bran de scie ? Non, puisqu'il peut «faire» du bran de scie. Le sable est donc d'origine inconnue. Mais alors d'où vient ce bran de scie ? Argh…
«Sa retraite» semble être le trou par lequel le grillon va s'engouffrer… Mais alors pourquoi fait-il du bran de scie avant de s'engouffrer ? Et «cette herbe», est-elle apparue de nulle part ? Mais l'adjectif «cette» désigne 'normalement' quelque chose qu'on a déjà évoqué…
Si vous avez quelque avis constructif sur la question… je vous en remercie d'avance !
Jules Renard a écrit un texte que je trouve fort sibyllin, intitulé Le grillon. On peut consulter ce texte sur inlibroveritas.
Je dis «sibyllin», mais ce n'est pas le 'shéma narratif' du texte qui est en cause : on comprend bien la situation initiale (le grillon revient de promenade), les 'péripéties' (le désordre de son domaine, il remonte sa montre, il rentre chez lui, …) , et même une forme de conclusion (on n'entend plus rien, le paysage intact et symbolique de la fin).
Je dis «sibyllin» parce qu'il y a dans chaque détail quelque chose qui m'inquiète : le narrateur est un peu fou, il imagine que le grillon a des actions d'humain. Et surtout, et c'est pour cela que j'écris ici, je ne sais pas bien quoi penser de ces vers :
«D'abord il ratisse ses étroites allées de sable. Il fait du bran de scie qu'il écarte au seuil de sa retraite. Il lime la racine de cette grande herbe propre à se harceler.»
Je ne comprends pas bien : est-on sur une plage de sable ? Non, puisqu'il y a du bran de scie (poudre fine issue d'une sciure) et même une grande herbe. Le sable est-il donc du bran de scie ? Non, puisqu'il peut «faire» du bran de scie. Le sable est donc d'origine inconnue. Mais alors d'où vient ce bran de scie ? Argh…
«Sa retraite» semble être le trou par lequel le grillon va s'engouffrer… Mais alors pourquoi fait-il du bran de scie avant de s'engouffrer ? Et «cette herbe», est-elle apparue de nulle part ? Mais l'adjectif «cette» désigne 'normalement' quelque chose qu'on a déjà évoqué…
Si vous avez quelque avis constructif sur la question… je vous en remercie d'avance !
LE GRILLON
C’est l’heure où, las d’errer, l’insecte nègre revient de promenade et répare avec soin le désordre de son domaine.
D’abord il ratisse ses étroites allées de sable.
Il fait du bran de scie qu’il écarte au seuil de sa retraite.
Il lime la racine de cette grande herbe propre à le harceler.
Il se repose.
Puis il remonte sa minuscule montre.
A-t-il fini ? Est-elle cassée ? Il se repose encore un peu.
Il rentre chez lui et ferme sa porte.
Longtemps il tourne sa clé dans la serrure délicate.
Et il écoute :
Point d’alarme dehors.
Mais il ne se trouve pas en sûreté.
Et comme par une chaînette dont la poulie grince, il descend jusqu’au fond de la terre.
On n’entend plus rien.
Dans la campagne muette, les peupliers se dressent comme des doigts en l’air et désignent la lune.



