Accents circonflexes

Langue française

60 réponses · Page 2 / 3

Spalding a écrit : Comment peut-on justifier par exemple château, alors qu'on écrit bateau ?
Très simplement sur le plan historique. Cet accent de château, souvenir d'un "s" disparu, nous fait plus facilement saisir la parenté avec des mots de la même famille qui ont gardé le "s", parce qu'ils sont venus par un autre chemin : castel, Castille. L'absence d'accent sur bateau ne nous invite pas à en chercher, et d'ailleurs, si l'on cherche un parent, comme l'anglais boat, on constate qu'il n'y a pas de "s" qui traîne ! En revanche, l'accent sur bâtard nous invite directement à l'anglais bastard. C'est donc un petit aide-mémoire étymologique.
Il s'en faut malheureusement que les accents circonflexes fussent toujours aussi judicieusement attribués, mais là, ils sont vraiment très bien. Cela dit, il est clair qu'on pourrait s'en passer. On doit pouvoir se passer de tout dans la vie, à part l'eau et un peu à manger.
Sur un plan strictement étymologique, vous avez sans doute raison. Maintenant, ce point de vue étymologique est-il pertinent ?

Pour contribuer au débat sur les accents circonflexes, voici à ce sujet les attendus du Conseil supérieur de la langue française : Journal officiel du 6 décembre 1990…
L’accent circonflexe représente une importante difficulté de l’orthographe du français, et même l’usage des personnes instruites est loin d’être satisfaisant à cet égard.

L’emploi incohérent et arbitraire de cet accent empêche tout enseignement systématique ou historique. Les justifications étymologiques ou historiques ne s’appliquent pas toujours : par exemple, la disparition d’un s n’empêche pas que l’on écrive votre, notre, mouche, molte, chaque, coteau, moutarde, coutume, mépris, etc., et à l’inverse, dans extrême par exemple, on ne peut lui trouver aucune justification. Il n’est pas constant à l’intérieur d’une même famille : jeûner, déjeuner ; côte, coteau ; grâce, gracieux ; mêler, mélange ; icône, iconoclaste, ni même dans la conjugaison de certains verbes (être, êtes, était, étant). De sorte que des mots dont l’histoire est tout à fait parallèle sont traités différemment : mû, mais su, tu, vu, etc.; plaît, mais tait.

L’usage du circonflexe pour noter une prononciation est loin d’être cohérent : bateau, château ; noirâtre, pédiatre ; zone, clone, aumône ; atome, monôme. Sur la voyelle e, le circonflexe n’indique pas, dans une élocution normale, une valeur différente de celle de l’accent grave (ou aigu dans quelques cas) : comparer il mêle, il harcèle ; même, thème ; chrême, crème ; trêve, grève ; prêt, secret ; vêtir, vétille. Si certains locuteurs ont le sentiment d’une différence phonétique entre a et â, o et ô, è ou é et ê, ces oppositions n’ont pas de réalité sur les voyelles i et u (comparer cime, abîme ; haine, chaîne ; voûte, route, croûte ; huche, bûche ; bout, moût, etc.) L’accent circonflexe, enfin, ne marque le timbre ou la durée des voyelles que dans une minorité des mots où il apparaît, et seulement en syllabe accentuée (tonique) ; les distinctions concernées sont elles-mêmes en voie de disparition rapide.

Certes, le circonflexe paraît à certains inséparable de l’image visuelle de quelques mots et suscite même des investissements affectifs (mais aucun adulte, rappelons-le, ne sera tenu de renoncer à l’utiliser).
Qu'il y ait des incohérences, c'est bien connu. Le débat ne me paraît pas aujourd'hui d'une importance capitale car plus personne ne se soucie vraiment de mettre les accents dans la pratique quotidienne, en dehors des imprimeurs et éditeurs dont c'est le métier et pour qui ça ne pose pas de problème particulier.
Comme l'avaient bien montré les très nombreux débats lors de la timide tentative de 1990, les gens les plus attachés à l'orthographe traditionnelle ne sont pas nécessairement ceux qui ont fait des études supérieures ou qui maîtrisent le mieux l'orthographe. Lire le livre de Cavanna à se sujet (Mignonne, allons voir si la rose).
Avez-vous lu le beau livre de Cerquiglini, l'Accent du souvenir ? Méfiez-vous, il pourrait vous faire aimer l'accent circonflexe !
Non, je n'ai pas lu ce livre de Cerquigni. Merci de me le signaler ! 😉

Personnellement, j'utilise l'accent circonflexe un peu comme je le sens. Par exemple, je le trouve très bien sur maître, couronnant en quelque sorte ce mot !

L'accent circonflexe parait évidemment superflu dans la plupart des cas. Même sur la lettre E, on pourrait le remplacer par des accents aigus ou graves.

Mais il reste indispensable pour distinguer des homophones : du, dû / sur, sûr / o (lettre), ô…

En dehors de ces homophones, je pense qu'il ne faut pas compter de fautes dans ce domaine, laisser chacun suivre son inspiration… 🙂
bonsoir
je cherche à savoir s'il vaut mieux écrire un petit futé ou bien un petit fûté
merci par avance.
Les dictionnaires indiquent en général futé sans accent, mais on rencontre aussi parfois fûté
L'origine du mot est incertaine; peut-être de fuite, peut-être de fût.
De toute manière, la proposition de réforme de 1990 rend facultatifs les accents circonflexes sur la lettre u, sauf pour les formes conjuguées et pour certains homonymes.
merci pour toutes ces précisions
j'avais cru comprendre que fûté venait d'affûté
bien à vous
Le mot affûté dérive de fût.
Mais comme son accent circonflexe est devenu lui aussi facultatif…
[…]Il n’est pas constant à l’intérieur d’une même famille : jeûner, déjeuner ; côte, coteau ; grâce, gracieux ; mêler, mélange ; icône, iconoclaste, ni même dans la conjugaison de certains verbes (être, êtes, était, étant). De sorte que des mots dont l’histoire est tout à fait parallèle sont traités différemment : mû, mais su, tu, vu, etc.; plaît, mais tait.

L’usage du circonflexe pour noter une prononciation est loin d’être cohérent : bateau, château ; noirâtre, pédiatre ; zone, clone, aumône ; atome, monôme. […] comparer il mêle, il harcèle ; même, thème ; chrême, crème ; trêve, grève ; prêt, secret ; vêtir, vétille. […] ces oppositions n’ont pas de réalité sur les voyelles i et u (comparer cime, abîme ; haine, chaîne ; voûte, route, croûte ; huche, bûche ; bout, moût, etc.)
Ces "incohérences" contribuent justement à la beauté de notre langue écrite. 🙂
Les agents (de l'État ?) qui ont écrit ce commentaire ne doivent pas bien aimer la langue française pour en parler ainsi… 😞
Combien a-t-il fallu de "spécialistes" et pendant combien de temps pour sortir un tel rapport ? 🙄
Freddy est un poète ! Personnellement, je ne vois pas de beauté dans l'incohérence.

Mais c'est bien sûr subjectif… 😉
L’usage du circonflexe pour noter une prononciation est loin d’être cohérent : bateau, château ; noirâtre, pédiatre ; zone, clone, aumône ; atome, monôme.
Je ne suis pas de cet avis : le a de noirâtre ne se prononce pas de la même manière que celui de pédiatre. Le a noté avec un accent circonflexe comporte un point d'articulation situé plus en arrière que le a "normal", et la différence se fait nettement entendre dans les accents du nord, où ce â tend nettement vers le o. Ceci dit, tous les francophones ne font pas cette distinction phonétique (de la même manière, tous ne font pas la différence entre un et in, entre le eu de meuble, et celui pleutre, ou plus grave entre le é et le è).
Par ailleurs je ne vois pas où est l'incohérence dans la prononciaiton des ô : ils sont systématiquement fermés. C'est au contraire les o sans accents qui ont une prononciation fluctuante, de sorte qu'il serait cohérent de soutenir une réforme visant à rajouter des accents circonflexes pour noter les ô fermés. Les zônes seraient du meilleur effet. On me répondra sans doute que dans le sud, de telles distinctions sont inopérantes, à moins qu'on rééduque les populations de ces barbares contrées. Mes contradicteurs diront aussi que cette distinction est purement phonétique, et non phonologique (il n'existe pas de mot, où la différence phonétique entre le o ouvert et le o fermé porte à conséquence sur le plan sémantique). Certes, je ne pourrai leur donner tort, mais je crois qu'il est bon que l'orthographe conserve, et contribue à maintenir, ces petites distinctions phonétiques ; je crois surtout qu'il existe bien des cas où l'orthographe est bien moins justifiée.
Que dire par exemple des lettres muettes à l'intérieur des mots, qui, comme l'accent circonflexe, ne sont là que pour rappeler l'étymologie? Si l'on critique "île", qui se justifie par l'étymologie insula, pourquoi ne pas critiquer "temps", qui se justifie par l'étymologie "tempus"? Et pourquoi surtout ne pas en finir avec le p de dompter, qui ne correspond à rien? En comparant "respect" et "objet", on peut même considérer que les accents circonflexes sont, d'un point de vue étymologique, plus réguliers et prévisibles que ces lettres muettes. Il est étonnant que ce pauvre accent soit devenu la cible de l'académie, quand l'orthographe française souffre d'incohérences autrement plus flagrantes.
Lucretius a écrit :il n'existe pas de mot, où la différence phonétique entre le o ouvert et le o fermé porte à conséquence sur le plan sémantique
Si, côte et cote, par exemple.
Tout à fait d'accord avec Lucretius : les accents circonflexes ont servi de boucs émissaires parce que ces petits chapeaux étaient particulièrement voyants ! Il existe des problèmes bien plus fondamentaux dans l'orthographe française : doubles consonnes, terminaisons des mots, pluriel en X, participe passé… La réformette de 1990 ne les envisage pratiquement pas : façon de faire oublier l'essentiel pour l'accessoire !

C'est comme les traits d'union, supprimés en 1990 pour beaucoup de mots. Ils n'ont jamais gêné personne ! On met un trait d'union quand le mot concerné est trop long, ou trop rare pour que son sens soit saisi globalement. Supprimer les traits d'union pour "contretemps" et "entretemps" ne me gêne pas du tout ! S'agissant de "contrerévolutionnaire" et "otorhinolaryngologiste", je proteste par contre ! Les traits d'union doivent être surtout laissés aux usages courants. On enseignera juste quand il faut en mettre absolument ou pas du tout, avec une grande marge d'interprétation entre les deux (comme pour les virgules).

J'en profite pour rappeler que la réformette de 1990 est facultative. Prenez donc là-dedans ce qui vous plait et laissez tomber le reste !


S'agissant des accents circonflexes, une réforme rationnelle consisterait à les supprimer sur les lettres A et O, comme sur I et U en 1990. Sur E, il faudrait les remplacer par des accents graves, parfois aigus. Les accents circonflexes ne seraient maintenus que pour distinguer des homophones : du/dû, cote/côte, tache/tâche…

Cela dit, je reconnais que ces petites couronnes font bien sur certains mots : "maître", "trône", "voûte"… N'édictons donc pas des règles trop impératives, laissons une place à la fantaisie ! Si vous voulez mettre un accent circonflexe sur "maître", pas d'objection. Et aucune objection non plus si vous n'en mettez pas ! Il existe d'ailleurs une cinquantaine de doublets, beaucoup moins justifiés ceux-là : aulne-aune, clé-clef, parafe-paraphe…

Dans un problème comme les doubles consonnes, la question esthétique n'intervient par contre que très peu. C'est surtout une question d'habitude : je parle ici des lecteurs, pas des scripteurs. Une réforme pourrait donc être plus directive pour ce genre de problème, en tout cas lorsqu'il s'agit d'enseigner le français. Les particuliers et les éditeurs feront bien sûr ce qu'ils veulent ! 😉
lamaneur : c'est exact pour la côte et la cote : existe-t-il d'autres exemples?

Spalding : non, il ne faut pas supprimer les accents circonflexes sur les a, car ils ont une valeur phonétique. Sur les o, la question est plus complexe. Je dirais que l'académie n'a pas eu raison de s'attaquer prioritairement à ce problème, mais qu'elle n'a pas eu tort, le faisant, de ne considérer que les i et les u.
Quant aux traits d'union aux mots composés,et à leur pluriels, l'académie à remplacé un système confus par un autre.
Roder / rôder
colon / côlon
mole / môle
notre / nôtre
votre / vôtre
rot / rôt

Mais pourquoi attribuez-vous toujours à l'Académie, ce qu'elle n'a fait que valider avec beaucoup de réticences ?
Spalding a écrit :Freddy est un poète !
🙂

Entre deux vers
D'un long poème
D'un poème fort ennuyeux
La cédille aux yeux de verveine
qui nattait ses jolis cheveux
rencontra l'accent circonflexe
Curieuse quoiqu'un peu perplexe
Sans moi vous l'eussiez deviné
Elle lui dit pour commencer
Quel bizarre chapeau que le vôtre
Seriez-vous par hasard gendarme ou polytechnicien
Et que faites-vous donc sur le front des apôtres
Est-ce vous la colombe ou la fumée du train
Je suis je suis gentille cédille
Le S escamoté des mots de l'autrefois
C'est à l'hostellerie qu'on emmenait les filles
Le S a disparu me voici sur le toit
Et toi que fais-tu cédille
A traîner derrière les garçons
Sont-ce là d'honnêtes façons
N'es-tu point de bonne famille
Accent bel accent circonflexe
Voilà toute ma vérité
Je t'aime et pour te le prouver
Je fais un S avec un C

(Jean-Pierre Rosnay)
Lucretius a écrit :Spalding : non, il ne faut pas supprimer les accents circonflexes sur les A, car ils ont une valeur phonétique.
Il est possible que le A de "bâche" soit prononcé long par certains, court par d'autres. Mais quelle importance, puisqu'il n'existe aucun risque de confusion avec un autre mot ? Personne ne remarquera même la différence !

Si l'on voulait faire une réforme strictement rationnelle, autant donc supprimer tous les accents circonflexes, sauf pour distinguer des homophones : du/dû, cote/côte, tache/tâche… Sur E, ils seraient remplacés par des accents graves, parfois aigus. Cela ne devrait en tout cas plus être considéré comme des fautes. Après, si certains veulent ne rien changer parce qu'ils aiment beaucoup ces petits chapeaux, on ne leur comptera pas non plus des fautes ! Il existe déjà une cinquantaine de doublets, comme déjà dit, sans aucune justification ceux-là : aulne/aune, clé/clef, parafe/paraphe…

Vous savez, l'orthographe ne pourra de toute façon jamais indiquer la prononciation que très approximativement. Elle varie toujours plus ou moins selon les régions, les milieux sociaux, même les personnes. Et l'on arrive quand même à se comprendre ! 😉
Anne345 a écrit :Roder / rôder
colon / côlon
mole / môle
notre / nôtre
votre / vôtre
rot / rôt

Mais pourquoi attribuez-vous toujours à l'Académie, ce qu'elle n'a fait que valider avec beaucoup de réticences ?
Ma question ne portait pas sur les mots distingués graphiquement par un accent circonflexe, mais sur ceux qui se distinguent phonétiquement par le degré d'aperture, comme côte et cote. Dans votre liste, seul mole/môle semble présenter une distinction phonétique (quoi que je n'ai jamais entendu prononcer le terme "môle", que je découvre ici) : ce qui donne pour l'instant une liste de deux mots au total.
Sinon vous avez raison pour l'attribution de la réforme aux académiciens qui n'est pas l'auteur de la réforme. Cepandant, en la validant, elle lui a conféré une certaine autorité, l'institution étant plus connue que le Conseil supérieur de la langue française. J'ai du coup tendance, par facilité et simplification abusive, à lui en attribuer la paternité.
Il est possible que le A de "bâche" soit prononcé long par certains, court par d'autres. Mais quelle importance, puisqu'il n'existe aucun risque de confusion avec un autre mot ? Personne ne remarquera même la différence !

Si l'on voulait faire une réforme strictement rationnelle, autant donc supprimer tous les accents circonflexes, sauf pour distinguer des homophones : du/dû, cote/côte, tache/tâche… Sur E, ils seraient remplacés par des accents graves, parfois aigus. Cela ne devrait en tout cas plus être considéré comme des fautes. Après, si certains veulent ne rien changer parce qu'ils aiment beaucoup ces petits chapeaux, on ne leur comptera pas non plus des fautes ! Il existe déjà une cinquantaine de doublets, comme déjà dit, sans aucune justification ceux-là : aulne/aune, clé/clef, parafe/paraphe…
La différence entre le a de tâche et celui de tache ne porte pas sur la longueur, mais sur le point d'articulation. Je suis bien d'avis qu'il ne faut pas tendre vers une orthographe rigoureusement phonétique, mais je ne souhaite pas que ce genre de notation disparaisse de l'orthographe. La présence de ces notations phonétiques contribue à maintenir ces nuances de prononciations, qui sont précieuses et concernent la langue elle-même.
En revanche, je ne vois aucune raison de conserver les accents circonflexes qui n'ont pas de raison phonétique ou étymologique, et ne sont là que pour opérer des distinctions qu'on ferait facilement sans leur aide. Je pense notamment à , et son féminin due, qui n'est pas un chef-d'oeuvre de cohérence. Par principe, je suis contre l'idée de justifier une orthographe particulière par l'unique souci de distinction entre homonymes : c'est typiquement le genre de choses qui apportent des exceptions, et brisent la logique.
Dans le Poitou au moins, on distingue bien à l'oreille notre et nôtre,votre et vôtre, roder et rôder
Dans la transcription phonétique du Robert aussi, d'ailleurs… Pas chez toi ?
Le même Robert distingue aussi [kɔlɔ̃] et [kolɔ̃].
A mon humble avis, l'accent circonflexe n'a aucune utilité, ni à l'oral (les mêmes mots sont prononcés différemment selon les régions de France), ni à l'écrit car le contexte est suffisamment parlant :

Sa cote de popularité n'est pas très élevée.
La cote méditerranéenne offre de splendides couleurs.
La cote de mailles se portait sous l'armure.


Qui ne comprendrait pas les sens différents de ces trois mots écrits avec la même orthographe ?