Accord des adjectifs coordonnés par "ou"

Langue française

19 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Ex : Ses personnages se caractérisent par une originalité ou une révolte étrangères au milieu bourgeois où ils évoluent.

Je me demande si je dois accorder au pluriel "étrangères" sachant que cet adjectif qualifie et "originalité" et "révolte".
Il faut se demander si ce "ou" est exclusif, qui est le seul cas possible d'accord au singulier.
Là, l'originalité et la révolte sont étrangères, un pluriel est attendu donc.

J'espère ne pas me tromper.
Je suis heureux d'avoir trouvé cette question de polaris, j'allais en poser une tout à fait semblable !

Littré écrit (article liaison) : « Liaisons dangereuses : celles que l’on entretient avec des hommes ou des femmes dangereuses. »

On trouve dans La Grande Nurserie, de Mathieu Laine, p. 137 :

« Si, aujourd’hui, les homosexuels, les juifs ou les femmes sont protégés par la loi, que fait-on des blondes, des obèses ou des chauves ? »

Laine aurait-il dû écrire, en suivant Littré : « …les juifs ou les femmes sont protégées par la loi… » ?

Mes grammaires sont muettes sur ce sujet.
Bonsoir Zorah,

Cherchez avec "accord de proximité" dans vos grammaires, je manque de temps pour le faire ce soir…

Muriel
Dans la phrase de Littré, il n'y a pas accord de proximité. Il peut y avoir une coquille, mais il est peu probable qu'elle ait échappé à de nombreuses rééditions. La distinction des hommes d'une part, et des femmes dangereuses de l'autre met hors danger les liaisons avec les femmes non dangereuses. Il ne s'agit pas d'homosexualité mais du danger qu'il y a à se lier avec quelqu'un qui a une forte personnalité parce que cette liaison comporte des risques. Comme la société était beaucoup plus machiste alors qu'elle ne l'est aujourd'hui, et qu'on y voyait des anges gardiens là où aujourd'hui on voit des surveillants, la liaison naturelle était protectrice, mais si elle n'était pas dangereuse pour le protecteur, elle pouvait l'être pour le protégé.
Si l'on exclut l'accord de proximité dans la phrase de Littré (qui est d'ailleurs reprise dans l'Abrégé, donc il ne peut guère s'agir d'une coquille) on doit logiquement entendre que les liaisons avec des hommes seraient automatiquement dangereuses. Non-sens ! Littré veut bel et bien dire "hommes dangereux", du moins c'est ainsi que je le comprends, autant que "femmes dangereuses". Si l'accord choque à première vue (mais pas plus que liaisons avec des hommes ou des femmes dangereux), on s'y fait après quelques lectures… C'est finalement l'acord latin qui refait surface, ou je me trompe ? Et puis, qui a dit que l'adjectif s'accorde de la même manière après une série de et et après une série de ou ?

Merci Muriel, j'ai cherché, mais pas trouvé grand chose…
Termes unis par ou Nous avons vu au § 441 que l’accord se faisait d’ordinaire avec l’ensemble des donneurs lorsque ceux-ci sont unis par ou, mais l’idée même de substitution qui est exprimée par cette conjonction fait que l’accord avec un seul terme est assez fréquent.

Lorsqu’il s’agit de préciser les raisons (voir a ci-dessous) et les modalités (b) de ce choix, la tradition grammaticale présente des règles relativement simples, mais que l’usage ne confirme guère.

On peut penser, comme Littré (s. v. ou, Rem. 1), que l’accord avec l’ensemble des donneurs « est la construction la plus naturelle » (si l’on ajoute : à la réflexion). Il a aussi l’avantage de supprimer des ambiguïtés, puisqu’il permet de distinguer clairement du cas où, parmi les termes coordonnés, il y a un seul donneur légitime ; notamment quand l’épithète ou la proposition relative ne se rapportent qu’à un seul des noms (ou pronoms) coordonnés : Un mot commençant par une voyelle ou un « h » MUET (Ac. 2001, s. v. élision). [Muet ne peut s’appliquer qu’à h.] — Cf. § 339.
a)
La tradition grammaticale considère que le singulier s’impose si le verbe ne peut avoir qu’un seul agent logique : Pierre ou Paul sera colonel de ce régiment (il y a un colonel par régiment) ; — tandis que le pluriel conviendrait si les êtres ou choses représentés par le sujet pouvaient simultanément faire l’action. Mais l’usage garde à l’égard de cette règle, surtout à la deuxième partie, une large indépendance.
Il faut naturellement tenir compte des cas où intervient un autre facteur : les sujets désignent une réalité unique (§ 447) ; la coordination est différée (§ 444) ; les sujets sont des éléments « neutres » (§ 446) ; un des sujets l’emporte sur les autres (§ 448, notamment a, 3°, ou plutôt) ; l’un ou l’autre, tel ou tel (§§ 445, b ; 453, a).R4
b)
La tradition grammaticale enseigne aussi que, si l’accord se fait avec un seul des termes unis par ou, ce terme est le dernier. Mais la réalité de l’usage est beaucoup moins simple.

Dans la plupart des ex., il est impossible de dire quel est le terme qui l’emporte.
(…)

Épithète se rapportant à plusieurs noms : Je ne pouvais pas me permettre un geste ou un sentiment DÉRAISONNABLE (BAUDEL., Spleen de Paris, XLII). — Nous reprenions notre partie ou notre conversation INTERROMPUE de baisers (PROUST, Rech., t. III, p. 76). (…)

Parfois la suite semble montrer que l’accord n’était pas fait avec le dernier terme, mais, apparemment (cf. 2°), avec le premier : Le tribunal prononcera […] si le père ou la mère qui offrira de recevoir […] l’enfant à qui IL devra des aliments, devra […] être DISPENSÉ de payer la pension alimentaire (Code civil, art. 211).

Quand les donneurs diffèrent quant à la personne ou quant au genre, on voit quel est le terme qui intervient (ou qui n’intervient pas) dans l’accord ; contrairement à ce que disent beaucoup de grammairiens, le premier terme détermine plus souvent l’accord que le deuxième.
L’accord est fait, certainement ou apparemment, avec le dernier terme : On entourait d’une particulière déférence celui ou celle qui était « RESTÉE à écrire » (PROUST, Pastiches et mélanges, p. 227). (…)

L’accord est fait, certainement ou apparemment, avec le premier terme : Est-ce la chair ou l’esprit dans Tristan qui EST INTÉRESSÉE ? (CLAUDEL, Figures et paraboles, p. 182.) ( …)
Nous avons ci-dessus, à deux reprises, utilisé la formule « certainement ou apparemment ». Il ne faut pas oublier en effet que le masc. est aussi le genre indifférencié et que la troisième personne est la personne indifférenciée, la « non-personne » (§ 655, c). Dès lors le recours à ce genre ou à cette personne peut être, soit la marque d’un accord avec le terme qui est à ce genre ou à cette personne, soit une absence d’accord. Cela est particulièrement vrai du participe passé conjugué avec avoir que certains laissent invariable même quand l’objet direct précède (cf. § 942).
(Grevisse)

Donc tout est possible…
Eh bien voilà qui est clair, et probablement exhaustif. Merci, Anne.
On peut écrire : "Relations dangereuses : celles que l'on entretient avec des ennemis ou des amis dangereux."
On peut être choqué par la transposition "celles que l'on entretient avec des hommes ou des femmes dangereuses", mais ce qui choque ne vient pas alors de la grammaire mais du sens. On est choqué par le sens de la phrase. Mais ce sens est clair.
Comment comprenez -vous ma signature ?
Putakli a écrit :On peut écrire : "Relations dangereuses : celles que l'on entretient avec des ennemis ou des amis dangereux."
On peut être choqué par la transposition "celles que l'on entretient avec des hommes ou des femmes dangereuses", mais ce qui choque ne vient pas alors de la grammaire mais du sens. On est choqué par le sens de la phrase. Mais ce sens est clair.
Comment comprenez -vous ma signature ?
Le sens est clair, je suis bien d'accord avec vous. Il ne me choque pas, je crois que vous y cherchez sans doute des subtilités que je ne saisis pas. Putakli, vos faites trop de philosophie ! Ce qui m'a choqué c'est seulement l'accord au féminin pluriel, assez étonnant à la première lecture, vous en convenez vous-même. Mais j'en arrive maintenant à le considérer comme incontournable, et à le préférer, de loin, à l'accord plus "classique" que pourrait être : des hommes ou des femmes dangereux ! Je n' m'y habitue pas !

Question corollaire : Littré aurait-il pu écrire : Liaisons dangereuses : liaisons avec avec des femmes ou des hommes dangereux ? Qu'en pensez-vous ?
Bonsoir Zorah,

Pour moi, oui. On rétablit mentalement l'ellipse sans problème : « Liaisons dangereuses : liaisons avec des femmes (dangereuses) ou des hommes dangereux… »

Muriel
Littré n'aurait pas écrit: "Liaisons dangereuses: liaisons avec des femmes ou des hommes dangereux" parce que la distinction des hommes et des femmes n'ayant pas de raison d'être, il aurait écrit plutôt: "Liaisons dangereuses : liaisons avec des personnes dangereuses ou avec des gens dangereux", mais ne l'aurait pas écrit non plus parce que ce serait parler pour ne rien dire.

Remarque: J'avais pris comme exemple "Relations dangereuses: relations que l'on entretient avec des ennemis ou des amis dangereux" pour montrer que même dans le cas où l'accord de l'adjectif n'indique pas son affectation aux seuls amis, le sens est suffisant pour le faire comprendre car il va sans dire que l'accord avec des ennemis est dangereux.
Oui, sans doute, mais s’agissant de « liaisons », un homme ou une femme ne peut offrir de danger qu’en tant, précisément, qu’homme, ou femme. Littré nous le montre bien quand il définit une femme dangereuse ou un homme dangereux : celle, celui qui provoque volontairement l’amour et l’attachement qui en découle, chez un autre, le feint lui-même, et n’en assume nullement les conséquences. C’est pourquoi je ne pense pas qu’un mot comme personne ou individu puisse remplacer homme et femme dans la phrase de Littré : ce sont des termes asexués. Dans d’autres domaines que celui des rapports entre les hommes et les femmes, personne conviendrait sans doute bien. (Les Anglais disent maintenant très souvent Chairperson, pour désigner un président de séance, c’est à dire un Chairman aussi bien qu'une Chairwoman.)

Je pense aussi, mais ce n'est que l'avis d'un amateur, que c'est avec raison que Littré met hommes avant femmes dangereuses, le masculin avant le féminin. C'est l'ordre naturel, banal, des deux genres en français, ordre parfaitement « neutre », qui ne marque particulièrment aucun des deux genres : on dit et écrit banalement, par exemple, les garçons et filles sont ensemble à l'école, les étudiants et les étudiantes ont des cours séparés, les vieux et les vieilles de ce pays, ceux et celles qui… (mais, dans cette dernière expression, le mot « ceux » suffirait probablement à lui tout seul). Placer le mot féminin en tête donne à ces phrases une tonalité particulière, dire par exemple les étudiantes et les étudiants met l'accent sur étudiantes, ce qui infléchit nécessairement la signification puisque la neutralité du discours n'existe plus, son sens est déplacé en faveur du genre féminin.
Voyez « Françaises, Français ! », « Électrices, électeurs ! », « Travailleuses, travailleurs ! » des politiciens. L’ordre des mots n’est pas normal. Il interpelle. C’est l’effet recherché.
Bonjour, cette phrase est correcte? On accord l'adjectif "intéressant' à quel mot?

Il est en train de lire une revue ou un journal intéressant
Bonjour,

J'écrirais:

"Il est en train de lire une revue ou un journal intéressants.
https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca//bdl/gabarit_bdl.asp?id=3997

Mais attends d'autres avis.
Je confirme.

https://vitrinelinguistique.oqlf.gouv.qc.ca//bdl/gabarit_bdl.asp?id=1738
Très discutable. On ne lit qu'une chose à la fois. La revue ou le journal qu'il est en train de lire est intéressant.
Certes, mais pour une raison quelconque la personne énonçant la phrase ne sait nettement trancher entre l'un ou l'autre… Les deux options de lecture sont possibles.
Si la personne avait pu trancher, elle aurait dit simplement "un journal intéressant" dans un cas, "une revue intéressante" dans l'autre cas.
Si elle avait pu trancher, pourquoi aurait-elle utilisé le "ou" ?
Invité a écrit :https://www.etudes-litteraires.com/218000.html#p218000
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