Devoir sur la rencontre amoureuse dans le roman (Aurélien / Belle du Seigneur)

Entraide scolaire

6 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour à tous, 🙂

J'ai un DM à faire pour d'en une semaine. C'est un sujet type bac avec un corpus et un sujet d'invention. Pas de problème pour le sujet d'invention qui est bouclé mais j'aurais besoin d'aide pour le corpus car je ne comprends pas vraiment la question et je ne sais pas vraiment comment m'y prendre. Pouvez vous me donner un petit coup de main? (je ne demande pas de travail tout fait bien sûr juste une petite aide et explication). Voici le sujet du corpus dont l'objet d'étude est le roman :

En quoi ces textes, qui développent pourtant un topos littéraire, s'écartent-ils de la norme et quelle est leur originalité commune?
Les textes étant l'incipit d'Aurélien d'ARAGON jusqu'à "Leurs yeux se rencontrèrent" et le début du chapitre III de Belle du Seigneur d'Albert COHEN jusqu'à "Notre premier baiser,mon amour."

Merci d'avance pour les éventuelles réponse!

Je joins les textes:

Incipit d'Aurélien d'Aragon :
"La première fois qu'Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n'aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu'il n'aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'Orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût. Ses cheveux étaient ternes ce jour-là, mal tenus. Les cheveux coupés, ça demande des soins constants. Aurélien n'aurait pas pu dire si elle était blonde ou brune. Il l'avait mal regardée. Il lui en demeurait une impression vague, générale, d'ennui et d'irritation. Il se demanda même pourquoi. C'était disproportionné. Plutôt petite, pâle, je crois… Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie, il n'y aurait pas repensé, après coup. Mais Bérénice. Drôle de superstition. Voilà bien ce qui l'irritait.
Il y avait un vers de Racine que ça lui remettait dans la tête, un vers qui l'avait hanté pendant la guerre, dans les tranchées, et plus tard démobilisé. Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable, mais qui l'avait obsédé, qui l'obsédait encore :

Je demeurai longtemps errant dans Césarée…

En général, les vers, lui… Mais celui-ci lui revenait et revenait. Pourquoi ? c'est ce qu'il ne s'expliquait pas. Tout à fait indépendamment de l'histoire de Bérénice…l'autre, la vraie… D'ailleurs il ne se rappelait que dans ses grandes lignes cette romance, cette scie. Brune alors, la Bérénice de la tragédie. Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth. Territoire sous mandat. Assez moricaude, même, des bracelets en veux-tu en voilà, et des tas de chichis, de voiles. Césarée… un beau nom pour une ville. Ou pour une femme. Un beau nom en tout cas. Césarée… Je demeurai longtemps … je deviens gâteux. Impossible de se souvenir : comment s'appelait-il, le type qui disait ça, une espèce de grand bougre ravagé, mélancolique, flemmard, avec des yeux de charbon, la malaria… qui avait attendu pour se déclarer que Bérénice fût sur le point de se mettre en ménage, à Rome, avec un bellâtre potelé, ayant l'air d'un marchand de tissus qui fait l'article, à la manière dont il portait la toge. Tite. Sans rire. Tite.

Je demeurai longtemps errant dans Césarée…

Ça devait être une ville aux voies larges, très vide et silencieuse. Une ville frappée d'un malheur. Quelque chose comme une défaite. Désertée. Une ville pour les hommes de trente ans qui n'ont plus de cœur à rien. Une ville de pierre à parcourir la nuit sans croire à l'aube. Aurélien voyait des chiens s'enfuir derrière les colonnes, surpris à dépecer une charogne. Des épées abandonnées, des armures. Les restes d'un combat sans honneur
Bizarre qu'il se sentît si peu vainqueur."
Chapitre III de Belle du Seigneur :
"Assise sr le bord du lit, elle grelottait dans sa robe du soir. Un fou, avec un fou dans une chambre fermée à clé, et le fou s'était emparé de la clé. Appeler au secours? A quoi bon, personne dans la maison. Maintenant il ne parlait plus. Le dos tourné, debout devant la psyché, il s'y considérait dans son long manteau et sa toque enfoncée jusqu'aux oreilles.
Elle tressaillit, s'apercevant que dans la glace il la regardait maintenant, lui souriait tout en caressant l'horrible barbe blanche. Affreuse, cette lente caresse de méditation. Affreux, ce sourire édenté. Non, ne pas avoir peur. Il lui avait dit lui-même qu'elle n'avait rien à craindre, qu'il voulait seulement lui parler et qu'il partirait ensuite. Mais quoi, c'était un fou, il pouvait devenir dangereux. Brusquement, il se retourna, et elle sentit qu'il allait parler. Oui, faire semblant de l'écouter avec intérêt.
- Au Ritz, un soir de destin, à la réception brésilienne, pour la première fois vue et aussitôt aimée, dit-il, et de nouveau ce fut le sourire noir où luisait deux canines. Moi, pauvre vieux, à cette brillante réception? Comme domestique seulement, domestique au Ritz, servant des boissons aux ministres et aux ambassadeurs, la racaille de mes pareils d'autrefois du temps où j'étais jeune et riche et puissant, le temps d'avant ma déchéance et misère. En ce soir du Ritz, soir de destin, elle m'est apparue, noble parmi les ignobles apparue, redoutable de beauté, elle est moi et nul autre en la cohue de réussisseurs et des avides d'importances, mes pareils d'autre fois, nous deux, seuls exilés, elle seule comme moi, et comme moi triste et méprisante et ne parlant à personne, seule amie d'elle-même, et au premier battement de ses paupières je l'ai connue. C'était elle, l'inattendue et l'attendue, aussitôt élue en ce soir de destin, élue au premier battement de ses long cils recourbés. Elle, Boukhara divine, heureuse Samarcande, broderie aux dessins délicats. Elle, c'est vous.
Il s'arrêta, la regarda, et ce fut encore le sourire vide; abjection de vieillesse. Elle maîtrisa le tremblement de sa jambe, baissa les yeux pour ne pas voir l'horrible sourire adorant. Supporter, ne rien dire, feindre la bienveillance.
- Les autres mettent des semaines et des mois pour arriver à aimer, et à aimer peu, et il leur faut des entretiens et des goûts communs et des cristallisations. Moi, ce fit le temps d'un battement de paupières; Dites-moi fou, mais croyez-moi. Un battement de ses paupières, et elle me regarda sans me voir, et ce fut la gloire et le printemps et le soleil et la mer revenue, et le monde était né, et je sus que personne avant elle, ni Adrienne, ni Aude, ni Isolde, ni les autres de ma splendeur et jeunesse, toutes d'elle annonciatrices et servantes. Oui, personne avant elle, personne après elle, je le jure sur le sainte Loi que je baise lorsque solennelle à la synagogue devant moi elle asse, ors de velours vêtue, saints commandements de ce Dieu en qui je ne crois pas mais que je révère, follement fier de mon Dieu, Dieu d'Abraham, Dieu d'Isaac, Dieu de Jacob, et je frissonne en mes os lorsque j'entends Son nom et Ses paroles.
"Et maintenant, écoutez la merveille. Lasse d'être mêlée aux ignobles, elle a fui la salle jacassante des chercheurs de relations, et elle est allée, volontaire bannie dans le petit salon désert, à coté. Elle, c'est vous. Volontaire bannie comme moi, et elle ne savait pas qi derrière les rideaux je la regardais. Alors, écoutez, elle s'est approchée de la glace du petit salon, car elle a la manie des glaces comme moi, manie des tristes et des solitaires, et alors, seule et ne se sachant pas vue, elle s'est approchée de la glace et elle a baisé ses lèvres sur la glace. Notre premier baiser, mon amour"
Bonjour Fifi,

Le topos ou cliché est dans les arts une manière habituelle de présenter un thème ou un sujet.
La rencontre amoureuse en littérature est le plus souvent vécue sous la forme du coup de foudre, de l'illumination, du désir qui s'emballe…
Les deux textes du corpus sont assez éloignés de cette représentation…
D'accord merci beaucoup j'ai déjà fait des recherches pour l'éloignement de la norme mais c'est surtout pour l'originalité que je ne vois pas. Je ne sais pas si la norme et l'originalité sont semblable enfin si le sujet n'est au final une seule et même question veut dire la même chose. En s'éloignant de la norme il crée leur originalité?
Je pense que l'originalité est à rechercher du côté des réminiscences culturelles et orientales : références à de grandes amoureuses et aux mirages de l'Orient, terre de la passion…
Et puis surtout la première phrase d'Aurélien devenue culte annonce tout sauf une relation amoureuse 🆒
En seconde, notre prof nous avait parlé de l'essai de Jean Rousset, Leurs yeux se rencontrèrent : il analyse des scènes de "première rencontre" et tente d'établir un topos de la première rencontre : cadre spatio-temporel, quels effets, quel contact (visuel, olfactif, tactile…) et j'en passe… Tu peux éventuellement te renseigner sur cet essai ou bien le feuilleter pour t'inspirer, et trouver ce qui relève des lieux communs, pour mieux cerner l'originalité dans tes extraits.