Michaux, Clown

Entraide scolaire

16 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonsoir à tous!
J'aurais besoin de l'avis du plus grand nombre sur l'interprétation de ce poème de Michaux que voici:
Un jour,
Un jour, bientôt peut-être,
Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers

Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements "de fil en aiguille"
Vide de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier.

A coups de ridicule, de déchéances (qu'est-ce que la déchéance?), par éclatement.
Par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage
Et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une immense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l'esclaffement, dans le grotesque, le sens que toute lumière je m'étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée.

A force d'être nul
Et ras
Et risible…
Comment interpréteriez-vous l'usage du futur dans ce poème? Futur prophétique comme l'indiquerait le "un jour" initial ou futur à valeur de présent?
Par ailleurs, que diriez-vous à propos d'une éventuelle dimension autobiographique du poème? Par-delà la redéfinition du moi comme clown, par delà le lyrisme récusé?
Je précise qu'il ne s'agit pas du tout d'un quelconque travail scolaire, mais uniquement d'une simple curiosité personnelle face à ce poème qui m'attire et me résiste à la fois.
Merci d'avance à tous ceux qui voudront bien participer!!
Bonjour Nathalie,

Ce poème de Michaux me semble une allégorie de la condition humaine.

Pour moi, il s'agit moins d'une vision autobiographique, des caractéristiques d'une âme personnelle, que de la découverte d'un fonds humain universel.

Cette révélation doit déboucher sur l'action. Loin d'être décourageante ou démobilisatrice, elle doit conduire à l'ascèse. Le salut est à ce prix.

Paradoxe implicite : la grandeur de l'homme ne peut surgir que de l'anéantissement, du sacrifice de son orgueil…

C'est une méditation sur la vraie dignité de l'homme, un chant mystique sur les fondements de la création, un poème nihiliste qui chante l'ivresse du rien comme seule manière pure d'exister…

La question qui demeure est celle de savoir s'il s'agit d'une étape préparatoire ou d'un aboutissement définitif. Persuadé de l'innocence retrouvée dans ce saccage des fausses et orgueilleuses certitudes, le poète va-t-il en rester à cette volupté de déréliction ou va-t-il pouvoir remplir l'espace retrouvé par la présence d'un Autre ?

Quelle grille interprétative retenir ? la bouddhiste ou la chrétienne ?
Merci beaucoup! 🙂
Bonsoir,
j'etudie moi aussi ce texte meme si c'est dans un cadre plus scolaire.
Il semblerait en fait que ce "Clown" n'est autre que le poete, mis en apposition avec "Je". Il fait d'ailleurs echo avec le titre.
On peut ainsi voir que tout au long du poeme, le poete parle de lui meme. Je ne pense pas cependant que ce soit autobiographique, mais il se decrit de maniere pessimiste comme le fait Rimbaud -il me seemble- dans "l'Albatros".On peut aussi mettre ce poeme en lien avec le Crapaud de je ne sais plus quel poete.
Voila !
Comme l'explique plus haut Jean-Luc, ce n'est pas spécialement le poète lui-même, mais un humain semblable aux autres humains.

L'Albatros est de Baudelaire, pas de Rimbaud.
Et le Crapaud, de Tristan Corbière.
Dans leur cas, oui, il s'agissait nettement du poète.
Bonjour à tous,
Je suis en pleine révisions pour mon bac de français (à la fois l'oral et l'écrit) et en faisant ma fiche sur le poème "Clown" de Michaux à l'aide de mon cours mais aussi tout en jetant un coup d’œil sur internet je me suis rendue compte que l'idée générale que nous a décrypté notre professeur dans notre cour est totalement différente aux autres analyses que j'ai trouvé.
En effet dans mon cours nous avons développé l'idée que Michaux dénonçait la condition du poète et l'image que la société lui donne alors que dans les analyses j'ai pu lire qu'il dénonçait la condition humaine en général ( ce dont nous n'avons pas du tout parlé en classe).

Pourriez vous m'aidez et me dire si l'idée que nous avons développé en cours est également recevable si je développe celle ci à l'oral ou non ?
Le problème est que j'ai peur de tomber sur une problématique à l'oral portant sur la condition humaine que je n'ai pas eu l'occasion de voir en cours.

Merci d'avance!
https://www.etudes-litteraires.com/forum/d/27836/michaux-clown
Réponse à floreale = Merci pour ce lien mais j'étais déjà tombé dessus et je n'avais pas été convaincu dû au fait que ma question n'est pas la même que celle de la jeune fille.

En effet je n'ai trouvé aucune analyse parlant de la dénonciation de la condition du poète et c'est pour cela que je m'inquiète.
Lever l'ancre ou jeter l'ancre ? Partir ou rester ? Voyage ou voyage intérieur ? Désespérer ou faire semblant d'en rire ?

Voilà les extrêmes entre lesquels oscille le poème.
Et pourquoi ne pas aborder et la condition humaine et la condition du poète ? de toute façon le mot "dénonciation" est gênant ici.
Pourtant c'est bien le mot "dénonciation" que nous avons utilisé en classe…
Par quoi le remplaceriez vous et pourquoi le trouvez vous gênant ? J'essayerai d'éviter son emploi pendant mon oral si je tombe sur ce texte dans ce cas.
Un jour,
Un jour, bientôt peut-être,
Un jour j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers

Avec la sorte de courage qu'il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m'être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D'un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements "de fil en aiguille"
Vide de l'abcès d'être quelqu'un, je boirai à nouveau l'espace nourricier.

A coups de ridicule, de déchéances (qu'est-ce que la déchéance?), par éclatement.
Par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j'expulserai de moi la forme qu'on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage
Et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une immense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m'avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l'esclaffement, dans le grotesque, le sens que toute lumière je m'étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l'infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée.

A force d'être nul
Et ras
Et risible…
Parler de "dénonciation", c'est, à mon sens, vouloir faire de ce texte, un texte ou engagé ou argumentatif. C'est bien autre chose.

Comme un monologue de survie, dans une scène de théâtre.
D'accord merci.
Si quelqu'un a d'autres idées par rapport à ce texte ou même des idées de problématiques qu'on pourrait me poser je suis toujours preneuse.
Cordialement.
floreale a écrit :Lever l'ancre ou jeter l'ancre ? Partir ou rester ? Voyage ou voyage intérieur ? Désespérer ou faire semblant d'en rire ?
Voilà les extrêmes entre lesquels oscille le poème.
Je suis d'accord avec le fait que le poème et contradictoire et oscille entre plusieurs choses, mais pas celles-ci. Tout d'abord il commence par dire
michaux a écrit : Un jour. Un jour, bientôt peut-être. Un jour, (…)
ce qui, pour moi, signifie que l'auteur a envie de partir, il n'a d'ailleurs aucune vraie raison qui le pousserait à rester.
michaux a écrit : j'arracherai l'encre
prouve qu'il ne veut pas rester, l'encre peut être vue comme le poids qui le retient, le navire trois mots plus tard comme son corps et enfin les mers la liberté ce qui va une nouvelle fois dans le sens du voyage mental tout comme le décrit Jean de la Fontaine par le personnage du Solitaire dans sa fable "Le juge arbitre, L'hospitalier et le solitaire" quand Henri Michaux dit à la fin de son texte "je plongerai. Sans bourse dans l'infini-esprit" ainsi que, un peu plus tôt, "l'espace nourricier" cette théorie se confirme.
Toute fois, je suis d'accord pour dire que le personnage, peut-être un symbole de l'autre, hésite entre désespérer et faire semblant d'en rire même si, pour moi une nouvelle fois, le deux vont ensemble et non séparément.
Le texte serait plus contradictoire car il écrit par exemple "j'arracherai l'ancre qui tient mon navire loin des mers", une encre sert à tenir un navire en mer et non loin des mers ce qui signifie qu'il ne faut pas prendre cette phrase au sens premier.
Je suis d'accord pour dire que le texte est une allégorie de la condition humaine.
Pour moi, le personnage joue un rôle tout comme "le neveu de Rameau" il y est attaché est est caché, "réduit" pour reprendre ses mots, par son rôle mais aussi par la société qui a fait de lui ce qu'il est. Quand il dit "la sorte de courage qu'il faut pour être rien" il dit, une nouvelle fois, comme au début de son texte, c'est à dire une phrase qui signifie autre chose. Je pense qu'elle pourrait justement dire qu'il faut être courageux pour ne pas se placer dans la société et choisir d'être soi-même.
Deux ans après…
Tiens, c’est amusant ce jeu de mot ancre / encre.
Il est de toi ou de Michaux ?
faute d'attention désolée, c'est bien ancre et non encre et oui je suis en train de travailler dessus actuellement alors je me renseigne un peu sur le point de vue qu'on les autres sur le texte
Lorsqu'on apprend ce poème par cœur, ce que je recommande, alors il surgit à l'improviste dans le quotidien et entre en résonance avec notre propre vie.

Ce n'est pas un départ, c'est une sortie de soi, "le navire… est… loin des mers", il n'est pas dans son élément, c'est un leurre, un mirage construit de longue date, auquel on s'est habitué au point de ne plus en voir l'aspect inapproprié. Le navire ancré loin des mers, c’est ce mensonge qu’est l’existence faite de conventions qui oublie de rire d’elle-même. Il souhaite remettre ce navire dans son élément comme son être dans son authenticité, se défaire du mensonge qui conforte en détruisant.
Bien qu'il soit essentiellement construit sur le personnage masculin du clown, il invite chacun à se débarrasser de ses oripeaux, ceux que l'on s'impose à soi-même afin de « convenir » à notre environnement, nos "misérables combinaisons et enchaînements" (à prendre aussi au sens propre!), "l'abcès d'être quelqu'un" « idée-ambition »! Quelle plaie, quelle suppuration que de devoir se singer soi-même ! Sans animosité pour autrui et en refusant de nier l’autre, "mes semblables… si dignes, si dignes mes semblables"," ouvert à tous"; l'image renvoyée par l'écho et le possessif propose de la compassion pour autrui, il ne les abstrait pas, les inclut même à la possibilité de découverte de la source de jouvence.
Ce ne sont pas les autres qui sont en cause, mais la fabrication de soi-même, fait de conventions, de certitude et d'orgueil : " le sens que contre toute lumière je m'étais fait de mon importance; "je lâcherai ce qui me paraissait m’être indissolublement proche"; "ma misérable pudeur". La lutte est violente, brutale, c'est un arrachement, il tranche, il rompt, il renverse, il expulse, il abat, pour pouvoir se libérer :" je plongerai" dans l'infini-esprit sous-jacent, ouvert à tous, ouvert à moi-même". Bien que cette lutte s’envisage au futur, le poème, par sa résolution nous dit assez que le combat a déjà eu lieu et qu’il est achevé. Cette aspiration à la délivrance se résout dans l’écriture même du poème… liberté de forme, de syntaxe, de ponctuation, vers libres et prose, pour une quasi totale disparition-réduction des mots…etc. Le futur employé c'est celui du désir, celui d'être à "ras", qui crée un regard paradoxal, prospectif sur ses constructions passées qu'il envisage de défaire. Le futur est un détour, dans un lointain indéterminé à mettre en parallèle avec le passé indéterminé des contes ? pour aboutir à la mue qui a déjà eu lieu.
Notons l’aspect aqueux de cette libération « des mers, je plongerai, incroyable rosée » est-ce une purification qui s’opère ?
Même s'il s'agit d'une mise en scène, la catharsis évoquée, "par une totale dissipation-dérision-purgation" n'est pas horrifiante, le sublime devient "risible", la dignité de l'être c'est être au plus bas, "sans nom, sans identité" le héros de la tragi-comédie, c'est le "CLOWN" en majuscule, il s'agit plutôt d'une mise bas, une rafraichissante naissance "incroyable rosée" qui en passe par l'arrachement aux conventions absurdes, à une réduction de tous les déploiements pour atteindre le "nul"," ramené au-dessous de toute mesure" "anéanti quant à la hauteur, quant à l'estime". "perdu" dans un ici méconnaissable :"un endroit lointain (ou même pas.)"

Il suggère un regard passant par l’autodérision, (le rire étant le propre de l'homme); la figure du clown, anonyme, grimé, qui façonne d'ordinaire le ridicule est ici à recouvrer, à incarner, cette déchéance questionnée à laquelle on a oublié d'avoir droit, et qui se montre salvatrice " au rang réel", le ridicule du clown, agit comme une métaphore de notre dérisoire existence dont on a perdu l'essence, cependant il est une invitation à la mue. C’est une fois débarrassé de nos faux-semblants, arasé par le rire, que notre nullité nous mettra à nu, lavé par notre ridicule, où seront recouvrés notre être et le bonheur qui s’y lie. ; "ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée".