Emploi du subjonctif imparfait

Langue française

77 réponses · Page 1 / 4

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
Livres sur Amazon
Bonjour,

à propos de l’imparfait du subjonctif, on m’a dit qu’en français moderne on ne l’utilise presque plus. Alors, si je dis

“Je veux que tu le fasses”, ça marche; pourtant, si je disais

“Je voudrais” ou “Je voulais”, comment faudrait-il terminer la phrase ?

Merci
Il faut dire : "Je voudrais que tu le fasses" (Conditionnel présent dans la principale, subjonctif présent dans la subordonnée). Par contre, en "bon" français, : "Je voulais que tu le fisses" (Indicatif imparfait dans la principale, subjonctif imparfait dans la subordonnée).
En français courant, on peut évidemment dire : "Je voulais que tu le fasses", mais dans d'autres langues, comme l'italien, la concordance est absolument obligatoire! Toute dérogation à la règle constituerait une faute grossière!
Merci pour la réponse, dont j’ai déjà fait trésor !
Il faut dire : "Je voudrais que tu le fasses" (Conditionnel présent dans la principale, subjonctif présent dans la subordonnée).
Et vous n'êes pas le seul sur ce forum à faire cette préconisation du subjonctif présent après le conditionnel présent.

Pourtant je viens de lire dans une lettre de Rimbaud "Ce serait bien qu'il pût s'en charger". Et, comme j'ai cherché, j'ai trouvé ceci :

https://www.francaisfacile.com/exercices/exercice-francais-2/exercice-francais-16430.php

Alors subjonctif imparfait ou présent après conditionnel présent ? Parmi les auteurs classiques (Voltaire, La Fontaine…) ontrouve constamment le subjonctif imparfait aporès in conditionnel présent.
Tu as parfaitement raison Ponthieu.
La recommandation classique de la sacro-sainte concordance des temps était le subjonctif imparfait après le conditionnel. Ainsi, encore dans cette grammaire du XIXe siècle :
[lien invalide]934230books.png][lien invalide]/934230books.png[/img][/url]
https://books.google.fr/books?id=naMPAAAAQAAJ&pg=PA330#v=onepage&q&f=false
C'est ce qui explique ce que tu lis chez les auteurs anciens et encore chez Rimbaud. Mais il faut reconnaître que cette recommandation n'est plus appliquée aujourd'hui, même dans la littérature, ou alors pour donner de la préciosité au style.
Merci lamaneur ! Donc si je comprends bien c'est uniquement parce que l'imparfait du subjonctif est plus ou moins ringard qu'on emploie le présent après un présent du conditionnel, en dépit de la règle de bonne concordance qui exige l'imparfait ?
D'autre part ton lien est très intéressant. Au § 367, j'ai un problème. Il l'a trompé, quoiqu'il soit son frère est expliqué par Il est son frère, cependant il l'a trompé.
Quelle explication donnerais-tu de : Il l'a trompé, bien qu'il fût son frère ? L'imparfait du subjonctif pourrait-il signifier que ce frère est mort ?
ponthieu a écrit :Quelle explication donnerais-tu de : Il l'a trompé, bien qu'il fût son frère ? L'imparfait du subjonctif pourrait-il signifier que ce frère est mort ?
La concordance des temps n'était quand même pas une science parfaitement exacte ! Mais effectivement, on pourrait être tenté de conclure que le frère n'est plus vivant au moment où l'on parle. Cependant, dans ce cas, je m'attendrais peut-être à un autre temps principal : "il le trompa, quoiqu'il fût son frère".
Il l'a trompé, bien qu'il fût son frère
Pour ma part, je ne vois pas dans l'exemple proposé la marque de la vie ou de la mort du frère.
L'imparfait du subjonctif est simplement employé parce que le verbe de la principale est au passé, et qu'apparemment on se trouve en présence d'un registre de langue soutenu.
il est vrai que de nos jours l'imparfait du subjonctif, à défaut d'être ringard, n'est plus guère usité à l'oral, et rarement à l'écrit.
Laoshi a écrit :L'imparfait du subjonctif est simplement employé parce que le verbe de la principale est au passé, et qu'apparemment on se trouve en présence d'un registre de langue soutenu.
Non, le §367 cité plus haut montre qu'en certaines occasions et toujours dans le registre soutenu, on utilise le présent.
Laoshi a écrit : il est vrai que de nos jours l'imparfait du subjonctif, à défaut d'être ringard, n'est plus guère usité à l'oral, et rarement à l'écrit.
Ce n'est pas le problème. La question était de savoir quel changement de sens ou quelle implication différente il peut y avoir entre Il l'a trompé, bien qu'il soit son frère, exemple d'une "anomalie" d'emploi du présent du subjonctif donné par la grammaire, et Il l'a trompé bien qu'il fût son frère.
Non, le §367 cité plus haut montre qu'en certaines occasions et toujours dans le registre soutenu, on utilise le présent
Soit. J'admets mon ignorance de ces certaines occasions.
Changement de sens
Je ne le sens pas, en l'absence de tout contexte.
ponthieu a écrit :si je comprends bien c'est uniquement parce que l'imparfait du subjonctif est plus ou moins ringard qu'on emploie le présent après un présent du conditionnel, en dépit de la règle de bonne concordance qui exige l'imparfait ?
Il faut dire que le mouvement a commencé il y a longtemps. Ainsi, dans Les Gasconismes corrigés, dans la version publiée en 1801, on trouve ceci :
[lien invalide]801483books.png][lien invalide]/801483books.png[/img][/url]
Les Parisiens (colonne de gauche) préféraient déjà le présent de l'indicatif à l'imparfait.
lamaneur a écrit :
Les Parisiens (colonne de gauche) préféraient déjà le présent de l'indicatif à l'imparfait.
Oui, mais il est bien précisé que ce sont des parisianismes, donc bel et bien des "écarts" de langage, répréhensibles. Et, à mon humble avis, une erreur ne peut pas être donnée pour règle ! C'est donc un tort de dire qu'après un conditionnel présent dans la principale il faut un subjonctif présent dans la subordonnée, comme des membres de ce forum le font de temps en temps.. 😉 . C'est induire en erreur. Une tolérance ou un usage courant mais fautif est à signaler comme tel, comme tu l'as fait, pas comme la règle. C'est simplement ce que j'ai voulu dire au départ.

Il reste que ce forum est globalement, à mes yeux, extraordinairement intéressant et savant !
Bonjour,
il y a quelques écrivains contemporains qui utilisent toujours abondamment le subjonctif imparfait et plus-que-parfait, ainsi que le conditionnel passé 2ème forme, comme par exemple Christian Oster (Éditions de Minuit). En le lisant, j'ai l'impression que c'est un peu pour jouer avec la langue.
J'aurais cependant aimé avoir votre avis sur l'extrait suivant :
<<Je pouvais me procurer le téléphone de l'hôtel.
Mais je ne voulais pas l'appeler, je préférais que ce fût elle.
Et j'avais la possibilité […], mon numéro de téléphone, de le déposer à la réception de l'hôtel, pour qu'elle m'appelle.
Ça impliquait en outre que je rentre chez moi et que j'attende son coup de fil […].
En même temps, l'idée, c'était aussi de la revoir.
Mais c'était aussi qu'elle m'appelle, que ce fût elle qui vînt à moi.>>

(Dans le train, C. Oster)
Dans toutes ces phrases, la principale est au passé, pourtant j'observe une alternance entre le subjonctif imparfait et présent, parfois au sein de la même phrase, notamment la dernière ; moi, logiquement, j'aurais écrit "Mais c'était aussi qu'elle m'appelât, que ce fût elle qui vînt à moi", ou bien j'aurais tout écrit au subjonctif présent : "Mais c'était aussi qu'elle m'appelle, que ce soit elle qui vienne à moi".
Je sais bien que la littérature n'est pas seulement régie par des règles, mais dans ce cas précis ça titille ma curiosité : qu'en conclure ? Est-ce :
1) une mégarde de l'auteur (à laquelle je ne crois pas trop) ?
2) un choix purement esthétique de l'auteur ("je remplace le subjonctif présent par le subjonctif imparfait quand ça me chante") ?
3) ou bien encore une exception dans l'usage du subjonctif imparfait, comme dans l'exemple cité plus : "Il l'a trompé, quoiqu'il soit son frère" ? L'explication étant que les actions décrites par les expressions "pour qu'elle m'appelle", "que je rentre chez moi", "que j'attende son coup de fil" se prolongerait jusqu'au temps de l'énonciation ?
J'ai l'impression que l'auteur ne se risque au PQP du subjonctif que pour "fût". En dehors, point de salut !
On comprend bien qu'il ne tente pas le rentrasse et attendisse qui sont quand même un peu durs pour nos oreilles d'aujourd'hui et focaliseraient l'attention..
Appelât aurait pu passer tout seul, mais prendre celui-ci et refuser les autres aggraverait encore le sentiment de mélange des temps. Il a cru bien faire en se contentant de "fût" qui est relativement discret.
C'est vrai les formes rentrasse et attendisse, je trouve ça assez dissonant.
Pourtant, l'auteur ne s'en prive pas, dans d'autres extraits que je vous rapporte, piochés dans le même roman, à peine quelques pages plus loin :
<<C'était le minimum que je pusse envisager, pour revoir Anne.>>
<<Il voulait que nous le prissions à l'intérieur.>>
(Cette dernière phrase détonne complètement je trouve, c'est très inhabituel !)
Il faut dire : "Je voudrais que tu le fasses" (Conditionnel présent dans la principale, subjonctif présent dans la subordonnée). Par contre, en "bon" français, : "Je voulais que tu le fisses" (Indicatif imparfait dans la principale, subjonctif imparfait dans la subordonnée).
On voit parfois des phrases comme "Je voudrais que tu le fisses" avec le présent dans la principale et le passé dans la subordonnée.

Est-ce correct ? Est-ce du snobisme ?
C'est tout à fait correct, mais c'est effectivement un peu plus affecté.
(Voir le message n°5 de Lamaneur dans la présente discussion)
La valeur modale d' "irréel" du conditionnel l'emporte alors sur le côté temporel (le présent).

Je veux que tu le fasses.

Je voulais que tu le fisses / fasses.

Je voudrais que tu le fisses / fasses.
Je ne comprends pas bien ce que le "fisses" apporte par rapport au "fasses".
Je crois que ça n'apporte rien.
On rencontre surtout ce genre de déclinaison dans la littérature classique des 17è/18è/19è siècles. Après, c'est devenu désuet et affecté.
Personnellement, j'ai toujours trouvé ce type de concordance pas très logique.
Mais peut être que le rationnel tient au fait que la phrase suborbonnée exprime une action que l'on aimerait antérieure au souhait que l'on exprime: "J'aimerais que tu sois déjà entrain de faire…"