Varney a écrit :Je crois qu'en trouvant cette question des certifications légitimes, vous n'avez pas en vue ce qui se passe réellement sur le terrain au fil des réformes du secondaire.Je suis globalement d'accord avec vous sur la question des diplômes (même s'il y a aussi des éléments en faveur de ce genre d'examens : notamment le fait que, en master tout particulièrement, certains établissements ou professeurs considère que payer son inscription et venir en cours donne quasiment un droit à l'obtention du diplôme, ne notent qu'au-dessus de la moyenne, donnent des exercices de validation d'un niveau ridicule, etc. La certification permet d'éliminer la plupart de ces éléments de complaisance). Mais la langue n'est pas l'élément substantiel d'un diplôme de master, sauf en langues (et les candidats au CAPES de langues ne sont pas concernés). A moins que la note en langue soit éliminatoire pour la réussite du M2, mais je ne crois pas que ce soit le cas, si ? De plus Ocean dit bien n'avoir suivi aucun enseignement de langue vivante. Enfin, les choses étant ce qu'elles sont, les examens universitaires n'évaluent pas toutes les compétences linguistiques, notamment l'oral. Au fond, cette certification complète la réforme du CAPES dans son recentrement sur les exercices pratiques.
- La logique de la certification vide d'abord le diplôme de sa substance puisqu'en lui-même il n'est pas suffisant. Elle repose sur l'idéologie des compétences qui se diffuse à une vitesse exponentielle dans tous les domaines (héritée du lien entre ressources humaines, formation continue et éducation).(Voir à ce propos l'intéressant livre d'A. Del Rey, A l'école des compétences. Si les langues sont nécessaires au M2, pourquoi le M2 n'est-il pas suffisant pour attester de leur maîtrise ?
- Ces certifications participent d'une dissolution de l'enseignement des disciplines. La réforme du lycée s'appuie énormément sur ces compétences pour remplacer progressivement les disciplines traditionnelles par de l'accompagnement où l'on fait tout et n'importe quoi ; s'il y a un écran, cela permet d'occuper les élèves.Oui, je suis d'accord. Et ça permet souvent de libérer le professeur, aussi (lorsque chaque élève est devant un écran).
La compétence en langue à terme légitimera un enseignement en langue étrangère des disciplines autres que les langues par des enseignants (qui auront pourtant le niveau B2); cet enseignement en LV est déjà prévu pour certaines disciplines technologiquesLe niveau B2 est quand même loin d'être celui adapté pour enseigner. Je suis assez sceptique là-dessus ; en terme d'enseignement en langue étrangère, la France est très en retard (en licence et master de langues, les professeurs parlent encore majoritairement français dans bien des cours, c'est une aberration). Enseigner dans le secondaire en LV serait assez étrange si c'est pour aller en licence ensuite (dans les filières technologiques et BTS de commecer, pourquoi pas, je n'arrive pas vraiment à avoir un avis). Dans les pays habitués à recevoir beaucoup d'étrangers qui ne parlent pas la langue du pays (et la France en est vraiment très loin actuellement !), l'internationalisation commence le plus souvent par le haut : aux Pays-Bas par exemple, la règle est que les cours de secondaire et de licence aient lieu en néerlandais, ceux de master et doctorat en anglais (avec des exceptions dans les deux sens). J'ai du mal à croire au processus inverse.
Le livre de Frommer est assez caricatural (je peux témoigner que certains .ppt de grandes écoles sont très denses et apportent dans quelques cas une réelle valeur ajoutée par rapport à un polycopié - surtout quand le fichier est mis par ailleurs à disposition des élèves, ce que certains professeurs refusent étrangement de faire !) et bien représentatif d'une certaine pensée française hostile aux progrès linguistiques et technologiques… Confondre mise en ligne et dépossession de la propriété est aussi assez révélateur. Qu'un professeur puisse s'informer sur le cours de son collègue d'une autre matière, ou de ses prédécesseurs, ne me paraît pas choquant. Et cela peut aider dans la préparation de ses propres cours. Il est quand même curieux qu'on vienne nous dire que la préparation des cours prend toujours autant de temps qu'il y a 50 ans, avec la diversification et l'amélioration assez rapide des manuels, la conservation croissante des documents pédagogiques, les contenus énormes disponibles sur internet. Le temps gagné pourrait être réinvesti par les professeurs (par exemple pour le soutien et la présence dans l'établissement). La mise à disposition des données pour les inspecteurs me paraît aussi une très bonne chose (tout élève a assisté au moins deux ou trois fois dans sa scolarité primaire et secondaire au bricolage d'un cours ad hoc pour la venue prévue de longue date de l'inspecteur…), de même que le renforcement des visites inopinées (car il est facile de faire dire n'importe quoi à un cahier de texte, et rien ne remplace l'observation d'un cours). Quant aux conditions d'archivage, je ne vois pas ce qui pose problème, et le texte du BO (qui n'est au demeurant qu'une circulaire…) me paraît mesuré.