Villiers de L’Isle-Adam, Vox populi

Entraide scolaire

12 réponses

Bescherelle · L'essentielBac français 2027Fiches bac françaisBrevet 2027
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Bonjour,Je suis en seconde générale. Mon Professeur de Français me demande de trouver la structure du Texte Vox populi De Villiers de L'Isle Adam. Le problème c'est que j'ai du mal à savoir exactement ce qu'il faut que je cherche dans le texte. De plus je ne le comprend pas trop. Voilà le texte :
VOX POPULI

À Monsieur Leconte de Lisle

« Le soldat prussien fait son café dans une lanterne sourde. »
Le Sergent Hoff.

Grande revue aux Champs-Élysées, ce jour-là !
Voici douze ans de subis depuis cette vision. — Un soleil d’été brisait ses longues flèches d’or sur les toits et les dômes de la vieille capitale. Des myriades de vitres se renvoyaient des éblouissements : le peuple, baigné d’une poudreuse lumière, encombrait les rues pour voir l’armée.
Assis, devant la grille du parvis Notre-Dame, sur un haut pliant de bois, — et les genoux croisés en de noirs haillons, — le centenaire Mendiant, doyen de la Misère de Paris, — face de deuil au teint de cendre, peau sillonnée de rides couleur de terre, — mains jointes sous l’écriteau qui consacrait légalement sa cécité, offrait son aspect d’ombre au Te Deum de la fête environnante.
Tout ce monde, n’était-ce pas son prochain ? Les passants en joie, n’étaient-ce pas ses frères ? À coup sûr, Espèce humaine ! D’ailleurs, cet hôte du souverain portail n’était pas dénué de tout bien : l’État lui avait reconnu le droit d’être aveugle.
Propriétaire de ce titre et de la respectabilité inhérente à ce lieu des aumônes sûres qu’officiellement il occupait, possédant enfin qualité d’électeur, c’était notre égal, — à la Lumière près.
Et cet homme, sorte d’attardé chez les vivants, articulait, de temps à autre, une plainte monotone, — syllabisation évidente du profond soupir de toute sa vie :
— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! »

Autour de lui, sous les puissantes vibrations tombées du beffroi, — dehors, là-bas, au-delà du mur de ses yeux, — des piétinements de cavalerie, et, par éclats, des sonneries aux champs, des acclamations mêlées aux salves des Invalides, aux cris fiers des commandements, des bruissements d’acier, des tonnerres de tambours scandant des défilés interminables d’infanterie, toute une rumeur de gloire lui arrivait ! Son ouïe suraiguë percevait jusqu’à des flottements d’étendards aux lourdes franges frôlant des cuirasses. Dans l’entendement du vieux captif de l’obscurité mille éclairs de sensations, pressenties et indistinctes, s’évoquaient ! Une divination l’avertissait de ce qui enfiévrait les cœurs et les pensées dans la Ville.
Et le peuple, fasciné, comme toujours, par le prestige qui sort, pour lui, des coups d’audace et de fortune, proférait, en clameur, ce vœu du moment :
— « Vive l’Empereur ! »
Mais, entre les accalmies de toute cette triomphale tempête, une voix perdue s’élevait du côté de la grille mystique. Le vieux homme, la nuque renversée contre le pilori de ses barreaux, roulant ses prunelles mortes vers le ciel, oublié de ce peuple dont il semblait, seul, exprimer le vœu véritable, le vœu caché sous les hurrahs, le vœu secret et personnel, psalmodiait, augural intercesseur, sa phrase maintenant mystérieuse :
— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! »

Grande revue aux Champs-Élysées, ce jour-là !
Voici dix ans d’envolés depuis le soleil de cette fête ! Mêmes bruits, mêmes voix, même fumée ! Une sourdine, toutefois, tempérait alors le tumulte de l’allégresse publique. Une ombre aggravait les regards. Les salves convenues de la plate-forme du Prytanée se compliquaient, cette fois, du grondement éloigné des batteries de nos forts. Et, tendant l’oreille, le peuple cherchait à discerner déjà, dans l’écho, la réponse des pièces ennemies qui s’approchaient.
Le gouverneur passait, adressant à tous maints sourires et guidé par l’amble-trotteur de son fin cheval. Le peuple, rassuré par cette confiance que lui inspire toujours une tenue irréprochable, alternait de chants patriotiques les applaudissements tout militaires dont il honorait la présence de ce soldat.
Mais les syllabes de l’ancien vivat furieux s’étaient modifiées : le peuple, éperdu, proférait ce vœu du moment :
— « Vive la République ! »
Et, là-bas, du côté du seuil sublime, on distinguait toujours la voix solitaire de Lazare. Le Diseur de l’arrière-pensée populaire ne modifiait pas, lui, la rigidité de sa fixe plainte.
Âme sincère de la fête, levant au ciel ses yeux éteints, il s’écriait, entre des silences, et avec l’accent d’une constatation :
— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! »

Grande revue aux Champs-Élysées, ce jour-là !
Voici neuf ans de supportés depuis ce soleil trouble !
Oh ! mêmes rumeurs ! mêmes fracas d’armes ! mêmes hennissements ! Plus assourdis encore, toutefois, que l’année précédente : criards, pourtant.
— « Vive la Commune ! » clamait le peuple, au vent qui passe.
Et la voix du séculaire Élu de l’Infortune redisait, toujours, là-bas, au seuil sacré, son refrain rectificateur de l’unique pensée de ce peuple. Hochant la tête vers le ciel, il gémissait dans l’ombre :
— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! »
Et, deux lunes plus tard, alors qu’aux dernières vibrations du tocsin, le Généralissime des forces régulières de l’État passait en revue ses deux cent mille fusils, hélas ! encore fumants de la triste guerre civile, le peuple, terrifié, criait, en regardant brûler, au loin, les édifices :
— « Vive le Maréchal ! »
Là-bas, du côté de la salubre enceinte, l’immuable Voix, la voix du vétéran de l’humaine Misère, répétait sa machinalement douloureuse et impitoyable obsécration :
— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! »

Et, depuis, d’année en année, de revues en revues, de vociférations en vociférations, quel que fût le nom jeté aux hasards de l’espace par le peuple en ses vivats, ceux qui écoutent, attentivement, les bruits de la terre, ont toujours distingué, au plus fort des révolutionnaires clameurs et des fêtes belliqueuses qui s’ensuivent, la Voix lointaine, la Voix vraie, l’intime Voix du symbolique Mendiant terrible ! — du Veilleur de nuit criant l’heure exacte du Peuple, — de l’incorruptible factionnaire de la conscience des citoyens, de celui qui restitue intégralement la prière occulte de la Foule et en résume le soupir.
Pontife inflexible de la Fraternité, ce Titulaire autorisé de la cécité physique n’a jamais cessé d’implorer, en médiateur inconscient, la charité divine, pour ses frères de l’intelligence.
Et, lorsque enivré de fanfares, de cloches et d’artillerie, le Peuple, troublé par ces vacarmes flatteurs, essaye en vain de se masquer à lui-même son vœu véritable, sous n’importe quelles syllabes mensongèrement enthousiastes, le Mendiant, lui, la face au Ciel, les bras levés, à tâtons, dans ses grandes ténèbres, se dresse au seuil éternel de l’Église, — et, d’une voix de plus en plus lamentable, mais qui semble porter au-delà des étoiles, continue de crier sa rectification de prophète :
— « Prenez pitié d’un pauvre aveugle, s’il vous plaît ! » https://fr.wikisource.org/wiki/Vox_populi
Si vous pouvez m'aider Merci d'avance !
Bonjour,

Ce conte est un apologue.

Première structure donc : un récit suivi d'une morale, d'une leçon.

Deuxième structure : les cycles répétitifs du récit lui-même.

Enfin pour la compréhension générale du texte, demande-toi en quoi l'aveugle est la voix véritable du peuple, la vraie vox populi, en quoi il est plus lucide que ceux qui voient. Si les badauds sont versatiles, l'aveugle exprime, dans la permanence de son appel, les vrais besoins de ses frères.
Merci pour votre réponse.
Je voulais savoir aussi si lorsque l'on étudie la structure d'un texte on doit parler du cadre spatio-temporel, du nombre de personnages ? Parce que quand mon professeur nous a donné nos devoirs il a expliqué de quoi il s'agissait mais même avec toutes ses explication je me perd un peu …
Merci et bonne soirée
Fais ce que ton professeur t'a demandé.
L'opposition entre la foule et le mendiant est très significative.
Merci beaucoup, bonne journée. Je crois bien que ce texte n'est pas un conte, car il ne commence pas par "il était une fois" (c'est un exemple).
Dans un conte normalement la présentation spatiale est plus importante que la présentation temporelle alors qu'ici il y a beaucoup de passage qui nous explique à quel moment on est "Voici douze ans", il y a aussi "Vive l'Empereur", donc cela nous prouve que c'est pendant l'Empire, c'est assez vague mais c'est un élément temporel.
Le conte et la nouvelle sont deux genres qui ont presque les mêmes caractéristiques. C'est pour cela que avant les écrivains mélangeaient les deux, et dans le livre de Villiers de l'Isle-Adam il y a aussi des nouvelles (Véra par exemple). Donc je pense que ce texte est une nouvelle. Après je me suis peu être trompée.
Je ne sais pas si ce texte est un conte ou une nouvelle, mais par rapport à tes arguments :
-un conte ne commence pas forcément par "il était une fois"
-dans tout conte on trouve roi, reine, prince, empereur, duc… mais cela n'est pas lié à une époque historique identifiable
Bonjour,

Villiers de l'Isle-Adam a donné le titre de Contes cruels à son recueil. Ici le terme a le sens d'histoire, récit et non de conte merveilleux.
bonjour.
Oui, c'est ce que je pensait aussi.
C'est un récit difficile parce que les autres nouvelles que j'ai lu de cette auteur j'ai comprit l'essentiel, mais celle-ci je l'ai relu plusieurs fois mais je n'arrive toujours pas a comprendre le message qu'il veut passer, j'ai relevé cette phrase : " Tout ce monde, n'était-ce pas son prochain ? Les passants en joie, n'étaient-ce pas ses frères ? A coup sûr, Espèce Humaine ! "
Il met une majuscule au mot "Espèce", donc ce mot est important.
J'ai supposé qu'à travers ce passage il y avait un message, car il le met en valeur avec l'utilisation du discours indirect libre. Mais comme vous le voyez ce n'est que des suppositions car je ne comprend pas.
Villiers oppose le cri invariant du mendiant aveugle aux acclamations changeantes du peuple qui encense le vainqueur. Celui qui est sincère est celui qui ne voit pas, il demande constamment aide et protection. Ceux qui voient sont victimes des apparences et se soumettent servilement aux puissants. L'aveugle est le seul à exprimer les besoins du peuple, il est la vox populi véritable.
Merci, j'avais mis à peu près pareil dans mon texte. Mais grâce à vos explications je vais pouvoir enrichir un peu. Merci beaucoup et Bonne soirée.
Bonjour,

Alors voila, j'aimerai savoir si quelqu'un a dejà étudié "Vox Populi", car après de nombreuses lectures et relectures … c'est apologue reste encore flou pour moi .. :/

Je dois trouver le schéma narratif, le type d'argumentation, et le genre littéraire.
Je sais que ce texte est un apologue, qui utilise un registre satirique (et lyrique).

J'ai besoin de votre aide, s'il vous plaît..
Merci et bonne journée 🙂
C'est pourtant bien simple : le mendiant représente la "vraie" inspiration du peuple selon le narrateur (et sûrement Villiers de l'Isle Adam) c'est-à-dire la misère. Et rien des évènements, des changements politiques (du XIXème siècle particulièrement riche en retournements politiques…) ne changera cette éternelle plainte du "prophète" aveugle mais clairvoyant (Topos …) de la misère.

Cela renvoie aussi à des notions politiques et philosophiques : Marx, la conception hégélienne de l'histoire etc… En réalité le système de pensée du texte nous montre le pessimisme vis à vis du progressisme, de l'optimisme (venu du XVI humaniste, optimisme de Leibniz, positivisme d'Auguste Comte…). Le régime politique est comme une mode "du moment", qui ne change rien à la misère intrinsèque et inexpiable de la condition humaine, et plus particulièrement du "peuple".

Le texte fait rentrer en dialectique la Vox populi du peuple-foule voué à s'égarer dans des aspirations labiles et idéologiques "du moment" et la voix prophétique constante de l'aveugle (jeu de répétition de la phrase "prenez pitié…" par rapport aux changements de régimes : "vive l'empereur" ; "vive la commune")