Quelques questions sur Nietzsche
11 réponses
Bonsoir tout le monde !
Pendant ces vacances, je prépare un exposé sur Nietzsche pour mon cours de philo mais j’ai un peu de mal… il y a notamment quelques points que je n’arrive pas à élucider (je vais essayer de le présenter de façon organisée) :
1 Tout d’abord, je ne comprends pas ce qu’est exactement la Volonté de puissance. D’après ce que j’ai compris, c’est quand il y a un ensemble de forces, c’est-à-dire de règles différentes et contradictoires, qui forment une somme, et c’est cette somme qui va décider de la morale établie. Mais ce qui m’étonne, c’est qu’au contraire dans le petit Robert, volonté de puissance signifie désir d’être puissant.
2 par ailleurs, je ne sais pas si je peux faire un rapprochement entre Nietzsche et les poètes maudits, qui vivaient à peu près en même temps. En effet, les poètes maudits étaient en marge de la société dans laquelle ils vivaient, avaient souvent un membre de leur famille envahissant (comme la sœur de Nietzsche), mais il me semble que Nietzsche rejette moins automatiquement les valeurs (ou ce n’est en tous cas qu’une étape).
3 ensuite, je me demandais si je pouvais faire un rapprochement entre la pensée de Nietzsche et une pensée totalitaire. Je sais qu’on l’a a tort trop rapproché du nazisme à cause de sa sœur, mais il parlait cependant d’un « homme nouveau », comme toutes les sociétés totalitaires finalement !
4 Il y a un mot essentiel dans la philosophie de Nietzsche, « l’éternel retour », mais je n’ai pas compris ce qu’il signifiait.
5 J’aimerais aussi parler de l’influence de Nietzsche chez Camus, notamment par l’œuvre Caligula. Pensez-vous que Caligula soit un héros « nietzschéen » ? car il rejette des valeurs, mais finalement il en garde certaines (comme cette soif de liberté et d’absolu, ou bien ce ne sont peut-être pas des valeurs ?), et il n’adopte pas vraiment de valeurs à lui.
6 Enfin, je ne sais pas si ce que propose Nietzsche (le passage chameau-lion-enfant, c’est-à-dire la soumission, la révolte puis l’adoption de nouvelles valeurs) s’applique au sujet en particulier ou s’il parle de la société en général.
Voilà voilà, bravo si vous m’avez lu jusqu’au bout 😂 , j’espère que quelques personnes pourront répondre à quelques-unes de ces questions !
Merci d’avance
J'ai quelques vagues souvenirs, en espérant qu'ils te seront un peu utiles… !
Je me demande par contre de quels poètes maudits parles-tu ; Ce qui est sûr, c'est qu'ils auront pu être influencés par Schopenhauer par exemple, qui lui est antérieur et qui était plutôt pessimiste. En tout cas, même si le lien est difficile, peut-être que tu pourrais parler d'une influence commune et trouver la source, mais il ne faudrait pas citer Nietzsche comme " point de départ " . La comparaison avec des sociétés totalitaristes me semble un peu " osée ".
L'éternel retour est en fait cette idée que, si l'on pouvait revivre notre vie telle qu'elle s'est passée, il faudrait que chaque moment en soit agréable, pour ne pas tomber dans l'ennui. En gros, il faut qu'au moment présent de ton existence, là, par exemple, il faudrait que ce moment te soit si agréable que tu pourrais le revivre quantité de fois. ( Je sais pas si c'est clair ? :/ )
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que des philosophes comme Schopenhauer, Kierkekaard et enfin Nietzsche influenceront plus tard les existentialistes, comme Sartre et Camus. ( absurdité de la vie, contingence, etc. tu as beaucoup à trouver là-dessus ! ).
Enfin, peut-être que tu pourrais parler de notre société actuelle, où les valeurs morales se sont dégradées… ? ( enfin ce n'est qu'une proposition ! ).
Voilà, même si c'est pas fameux, j'espère avoir pu t'aider un peu ! Bonne chance 🙂
Voici, en gros, ce que j'ai compris de mes quelques lectures de Nietzsche:
1 Tout d’abord, je ne comprends pas ce qu’est exactement la Volonté de puissance. D’après ce que j’ai compris, c’est quand il y a un ensemble de forces, c’est-à-dire de règles différentes et contradictoires, qui forment une somme, et c’est cette somme qui va décider de la morale établie. Mais ce qui m’étonne, c’est qu’au contraire dans le petit Robert, volonté de puissance signifie désir d’être puissant.
La volonté de puissance correspond au mécanisme pulsionnel à la base de toute vie; très schématiquement, des pulsions (et non pas des règles), sont en lutte permanente pour s'imposer; dans le cas de la morale par exemple, elle ne relèverait pas, pour Nietzsche, ni d'un processus continu vers une fin prédéterminée (finalisme), ni d'un hasard complet, mais d'une lutte pulsionnelle. Je crois que cette idée est développée dans le second traité de la
Généalogie de la morale, notamment par rapport au châtiment.
2 par ailleurs, je ne sais pas si je peux faire un rapprochement entre Nietzsche et les poètes maudits, qui vivaient à peu près en même temps. En effet, les poètes maudits étaient en marge de la société dans laquelle ils vivaient, avaient souvent un membre de leur famille envahissant (comme la sœur de Nietzsche), mais il me semble que Nietzsche rejette moins automatiquement les valeurs (ou ce n’est en tous cas qu’une étape).
Je suis pas certain que la comparaison soit tout à fait appropriée, le projet de Nietzsche n'est pas vraiment poétique, et qu'il n'est pas certain que celui des "poètes maudits" soit toujours philosophique; d'autant plus qu'il faut bien définir de qui tu parles lorsque tu dis: "les poètes maudits". Tu peux toujours creuser la question, sous l'angle de la révolte, en lisant quelques chapitres de
L'Homme révolté de Camus.
3 ensuite, je me demandais si je pouvais faire un rapprochement entre la pensée de Nietzsche et une pensée totalitaire. Je sais qu’on l’a a tort trop rapproché du nazisme à cause de sa sœur, mais il parlait cependant d’un « homme nouveau », comme toutes les sociétés totalitaires finalement !
Bof. Le rapprochement est facile et réducteur (même si il est parfois pertinent …); si tu le fais, il faut que ce soit avec beaucoup beaucoup beaucoup de nuances. D'autant plus qu'il faut donner sens à l'idée de "totalitaire" (pour moi ça ne sert qu'à établir un confortable et stupide raccourci entre communisme et nazisme). Il faut faire attention à ne pas renverser l'histoire une fois qu'on la regarde
a posteriori…
Pour Caligula, peut-être peut on dire qu'il est nietzschéen, sans pour autant incarner le surhumain…
6 Enfin, je ne sais pas si ce que propose Nietzsche (le passage chameau-lion-enfant, c’est-à-dire la soumission, la révolte puis l’adoption de nouvelles valeurs) s’applique au sujet en particulier ou s’il parle de la société en général.
J'aurais tendance à dire, à chaque sujet en particulier (surtout dans le cadre du Zarathoustra; néanmoins, Nietzsche réfléchit très souvent (toujours?) par rapport au groupe… disons que c'est à chaque sujet de se dépasser, mais que l'objectif est le dépassement de l'espèce toute entière.
Tout ça est bien sur très schématique, et sans doute en partie incorrect…
Je vois que j'ai abordé là une question difficile, ou en tous cas assez pointue!
Merci beaucoup, Freeze et PèreUbu, pour ces quelques réponses et pour le temps que vous y avez consacré, vous m'avez donné des éléments très utiles pour mon exposé! (car avant je bloquais un peu…) 🙂 Je relance, si d'autres gens ont d'autres idées…
merci d'avance!
L'éternel retour, ah …
Disons que le concept, pour simplifier grandement, c'est vivre ton existence d'une telle façon que tu serais capable de désirer revivre chaque instant à l'infini tant il a été intense.
Bon, dit comme ça, c'est un peu pompeux, mais appliqué c'est extrêmement vivifiant, ça pousse à l'action, à la création, etc.
Le rapprochement avec les sociétés totalitaires euh … "le dernier homme, celui qui n'a comme seule idole son propre bonheur" (dans le APZ je crois bien) ça me semble pas trop compatible avec l'idéal ( et Nietzsche va chercher à débarrasser l'existence d'idéaux qu'ils considère comme nihilistes, au sens où ils étouffent le déploiement de l'existence elle-même (la morale, etc) … Mais il se contredit un peu, dommage… ) de l'homme comme le prônaient (prônent ?) les sociétés totalitaires …
Fun de faire des exposés en philo, nous on rend juste des fiches et on cause deux heures par semaines Y.Y
Si tu veux d'autres informations, je t'invite à aller sur Youtube et taper " Luc Ferry Nietzsche ", il explique et corrige les concepts nietzschéens parfois mal interprétés 🙂
Un immense merci!! (surtout pour les indications vidéos 😉 )
Seymoh a écrit :
Fun de faire des exposés en philo, nous on rend juste des fiches et on cause deux heures par semaines Y.Y
Je te conseille de demander à ton prof. C'est vrai que c'est un exercice que j'aime beaucoup, je trouve ça hyper formateur: on apprend plein de choses, on doit organiser plein d'informations, on apprend à rendre de manière claire et compréhensible ce qu'on a compris… A faire et à refaire, même si ça prend du temps!
Bonjour, j'aurais une nouvelle question concernant mon exposé:
je viens de finir Les Frères Karamazov, de Dostoïevski, et je me demandais si un rapprochement entre Nietzsche et Ivan Karamazov serait judicieux ou non. En effet, Ivan veut briser l'idole du Dieu chrétien, et se construire lui-même des valeurs, par sa propre intelligence et sa réflexion.
Ce qui m'a particulièrement frappée, c'est le dialogue entre Ivan et le diable pendant son hallucination: à un moment, le diable expose presque mot pour mot la théorie de Nietzsche!!! (Et avant lui!): "il suffit d'anéantir dans l'Humanité l'idée de Dieu, voilà par où il faut commencer", "toute l'ancienne conception du monde tombera d'elle-même (…), et surtout l'ancienne morale", et "l'homme-dieu naîtra". N'y a-t-il pas là toute l'idée de Nietzsche, avec celle du surhomme?
Dostoïevski montrerait donc ce à quoi mène la théorie de Nietzsche (même si celui-ci ne l'avait pas encore dite!), à la folie et au suicide (Ivan découvre le mal en lui). Enfin, si j'ai bien compris… 🙄
Pourtant, Nietzsche admirait beaucoup Dostoïevski, qui se reconnaissait dans Ivan mais qui a pourtant montré qu'il n'avait pas pris la "bonne voie".
Pensez-vous que ce rapprochement soit viable, ou qu'il n'ait rien à faire dans mon exposé?
Merci beaucoup beaucoup!!! 🙂
Je n'ai pas lu Les Frères, mais dans tous les bouquins traitant de l'absurde, on retrouve une grande influence de Nietzsche, et il est évident qu'il ait influencé Dostoievski. Si j'étais toi, alors je mettrais ce rapprochement 🙂
C'est plutôt Dostoievski qui a influencé Nietzsche que l'inverse je pense … sinon, il me semble que ce qui intéresse tout particulièrement Nietzsche ce n'est pas directement un contenu philosophique, mais un contenu psychologique; la théorie d'Ivan n'est pas en elle-même une théorie philosophique qui convergerait avec celle de Nietzsche, mais elle constitue une donnée psychologique qui est une source d'inspiration et d'interprétation.
merci beaucoup pour vos réponses! 🙂